On l'appelait le Baron. Une référence, à la fois, à son port altier sur le terrain et à son allure aristocratique en dehors. Une noblesse qui n'empêchait cependant pas une extrême humilité. Interrogé par nos soins sur son but d'anthologie, qui avait valu aux Diables Rouges de partager l'enjeu à Wembley (2-2), le 21 octobre 1964, le back gauche avait préféré la jouer modeste.
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On l'appelait le Baron. Une référence, à la fois, à son port altier sur le terrain et à son allure aristocratique en dehors. Une noblesse qui n'empêchait cependant pas une extrême humilité. Interrogé par nos soins sur son but d'anthologie, qui avait valu aux Diables Rouges de partager l'enjeu à Wembley (2-2), le 21 octobre 1964, le back gauche avait préféré la jouer modeste. " J'ai marqué, certes, mais ce n'était jamais qu'un but comme les autres, même si le lieu était magique ", s'excusa-t-il. Pourtant, ce goal d'ouverture des Belges, inscrit au terme d'un une-deux avec l'Unioniste PaulVandenberg, figure dans le top-10 des plus belles réalisations de tous les temps de notre formation représentative. JeanCornélis himself aurait dû et pu s'en imprégner : la scène, immortalisée sur une photo, n'ornait-elle pas, aux dires d'intimes, l'un des murs de son bureau chez Securex, où il termina sa carrière dans la vie civile ? Mais se gausser d'un exploit n'était pas dans sa nature. Pourtant, bien peu ont mérité du football comme lui. Né à Lot, en périphérie bruxelloise, le 2 août 1941, il s'affilie à l'âge de 12 ans au club de son patelin avant d'intégrer, en 1955, l'école des jeunes du RSCA, à Neerpede. Le prix de son transfert ? Un ballon, tout simplement. Autres temps, autres moeurs... Aligné à l'extérieur, le Brabançon est amené, au fil du temps, à reculer dans le jeu, pour aboutir finalement au poste d'arrière latéral gauche. Un exemple imité, sur l'autre flanc, par son compagnon d'âge, GeorgesHeylens, plus jeune d'une semaine à peine. Tous deux, à l'image d'autres teenagers issus de la banlieue, comme le gardien JeanTrappeniers (Vilvorde) ou le défenseur central JeanPlaskie (Haren) vont former petit à petit l'ossature du grand Anderlecht des années 60, dirigé par le coach français PierreSinibaldi. En l'espace de 13 campagnes en équipe-fanion, de 1958 à 71 Cornélis dispute la bagatelle de 347 matches, inscrivant 7 buts au passage. Un parcours agrémenté de 7 titres de champion en 1959, 62, 64, 65, 66, 67 et 68, d'une coupe de Belgique en 1965 et d'une participation à la première finale européenne du club, en Coupe des Villes de Foire, face à Arsenal en 1970. Pour avoir joué plus d'une décennie, sans interruption, en équipe A du Sporting, le Baron a droit, le 12 mars 1969, à un match de gala face au Benfica Lisbonne du légendaire Eusebio, et ce, conjointement avec deux autres serviteurs au long cours du club : Jean Trappeniers, déjà cité, et un certain PaulVanHimst. C'est là, à coup sûr, son moment de gloire sous les frondaisons du Parc Astrid. Deux années plus tard, suite à l'avènement de deux jeunes pousses, MauriceMartens et JosVolders, pour ne pas les citer, Cornélis délaisse le stade Emile Versé pour tenter sa chance, tour à tour, à Beveren (1971-72) et au Crossing de Schaerbeek (1972-73), où il termine sa carrière active. Mais l'appel du RSCA aura toujours été, pour lui, le plus fort. Instituteur de formation, enseignant à l'athénée de Hal, il avait quitté pour de bon l'école dès l'instant où il était devenu une valeur sûre au RSCA. Parallèlement à ses occupations de footballeur, il s'était alors lancé dans l'immobilier. Et c'est précisément dans ce domaine-là qu'il était toujours actif au sein du club de son coeur, jusqu'à son décès, le 21 mars dernier. Impliqué dans la cellule sociale, Cornélis était effectivement chargé du suivi des nouveaux joueurs en matière de logement et d'ameublement. A intervalles réguliers, on pouvait même tailler une bavette avec lui au GreenPark, la brasserie située en face de l'entrée principale du Stade Constant Vanden Stock, dont la patronne n'est autre que sa belle-soeur, JeanneDemol. Passionné dans l'âme, il suivait toujours avec assiduité les matches de la Première, tant du côté masculin que féminin. C'est d'ailleurs à la faveur d'un match de la section dames qu'il fut victime d'un malaise dont il n'allait jamais se remettre. Adieu, Monsieur le Baron ! PAR BRUNO GOVERS