Comédiens? Artistes de cirque? Tricheurs? Colosses aux pieds d'argile? Comment faut-il qualifier les attaquants qui faussent la logique sportive d'un match par un subtil plongeon - consécutif à une intervention tout à fait réglementaire d'un adversaire- qui trompe l'arbitre? Ces derniers temps, on a beaucoup accusé les Anderlechtois Nenad Jestrovic et Aruna Dindane. Sont-ils les nouveaux Brogno du football belge? Les brothers de Gozée ont plus d'une fois obtenu des penalties cadeaux et ne s'en cachent d'ailleurs pas. Bien avant eux, il y eut le célèbre duo constitué de Paul Van Himst et Léon Semmeling: Polle Gazon et P'tit Léon avaient, dans les années 60 et 70, la réputation de s'affaisser dans les 16 mètres adverses au moindre coup de vent. Une étiquette justifiée?
...

Comédiens? Artistes de cirque? Tricheurs? Colosses aux pieds d'argile? Comment faut-il qualifier les attaquants qui faussent la logique sportive d'un match par un subtil plongeon - consécutif à une intervention tout à fait réglementaire d'un adversaire- qui trompe l'arbitre? Ces derniers temps, on a beaucoup accusé les Anderlechtois Nenad Jestrovic et Aruna Dindane. Sont-ils les nouveaux Brogno du football belge? Les brothers de Gozée ont plus d'une fois obtenu des penalties cadeaux et ne s'en cachent d'ailleurs pas. Bien avant eux, il y eut le célèbre duo constitué de Paul Van Himst et Léon Semmeling: Polle Gazon et P'tit Léon avaient, dans les années 60 et 70, la réputation de s'affaisser dans les 16 mètres adverses au moindre coup de vent. Une étiquette justifiée? Accusés... relevez-vous! Et défendez-vous!Jestrovic accuse les arbitresNenad Jestrovic: "Les gens pensent et disent ce qu'ils veulent, mais je suis outré qu'on m'ait collé une étiquette de comédien. Je ne cherche jamais à obtenir un penalty s'il n'y a pas eu de faute. Mais si on me pousse, je tombe. C'est quand même normal, non? Cette saison, j'ai été fameusement désavantagé. A Bruges, on m'a exclu pour simulation alors que Clement m'avait clairement freiné. D'accord, il a commis la faute à l'extérieur du rectangle et je suis tombé dedans. J'ai simplement essayé de rattraper le ballon après son intervention, et quand j'ai vu que je n'y arriverais pas, je me suis laissé tomber. Cela ne me paraît pas illogique. A côté de cela, on nous a refusé plusieurs penalties après des fautes sur moi. A l'Antwerp, nous aurions dû en recevoir deux mais l'arbitre n'a pas bronché. Contre le Standard, j'ai essayé de rester debout après une poussée alors que j'avais déjà passé le gardien, mais cela s'est retourné contre moi: je n'ai pas marqué et nous n'avons pas eu de penalty. Alors que, si j'étais tombé, c'était sans aucun doute le coup de réparation. Et contre St-Trond, Delorge m'a poussé contre Belic sans que l'arbitre n'intervienne. éa fait beaucoup, non? Et après cela, on parvient encore à me traiter de plongeur? Je ne comprends pas. Que les gens aillent plutôt voir ce qui se passe du côté de Lokeren, qui a déjà hérité de 11 penalties. Anderlecht n'en a eu que trois. Les arbitres sifflent beaucoup moins facilement pour notre équipe, cette saison". Van Himst se moque de son surnomPaul Van Himst: "Je ne me suis jamais laissé tomber dans un rectangle sans qu'il y ait eu de faute. C'est une légende. Polle Gazon, ça remonte à plus de 30 ans et, franchement, c'est un surnom qui m'a toujours laissé indifférent. Les gens m'appellent comme ils le souhaitent, ça n'engage qu'eux. Je ne vois vraiment pas pourquoi j'aurais provoqué artificiellement des penalties. Quand j'entrais dans le rectangle avec le ballon au pied, je cherchais toujours à aller au bout de mon action. Et si je tombais, c'est parce qu'il y avait des raisons. Il faut se remettre dans le contexte de mon style de jeu: je me pointais souvent devant le but après avoir dribblé un, deux ou trois défenseurs. Pour y parvenir, il faut jouer à la limite de l'équilibre et le moindre contact vous envoie alors au sol. C'était la même chose avec Cruyff ou Rensenbrink. Eux aussi arrivaient dans le rectangle comme des bolides, et donc en équilibre instable. Mais Cruyff était le plus fort pour éviter les contacts: au lieu d'aller au duel et de se laisser tomber, il arrivait à faire le petit mouvement qui lui permettait d'esquiver le choc. Il y a toujours eu des abus, mais c'est aux arbitres de jouer. Penalty ou pas penalty? C'est sur des phases litigieuses dans le rectangle qu'on voit la différence entre un bon referee et un très bon". Toni Brognoet la simulation instinctiveToni Brogno: "Evidemment, j'ai déjà obtenu des penalties en me laissant tomber alors qu'il n'y avait aucune faute. Cela fait partie du jeu, tout simplement. Mais ce n'est jamais prémédité. Cela se passe dans le feu de l'action et je ne prends pas le temps de me demander si je dois tomber ou rester sur mes jambes. Je ne sais pas si on peut blâmer les attaquants qui jouent ce petit jeu-là. Quand on a l'occasion de débloquer un match, il faut la saisir, quelle que soit la manière. Et pourquoi les attaquants n'auraient-ils pas le droit de chercher le penalty à partir du moment où les défenseurs peuvent se permettre les pires fautes, en dehors du rectangle, sans prendre de cartes? Le problème, c'est qu'on attrape vite une réputation. Et la mienne m'a déjà joué des tours. Dans l'esprit de pas mal d'arbitres, je suis un simulateur. Alors, quand ils hésitent sur une phase litigieuse, ils préfèrent ne pas siffler. On m'a déjà privé de trois penalties depuis le début de cette saison. Uniquement à cause de mon étiquette. Les défenseurs le savent aussi: ils sont conscients que je ne suis pas le joueur le moins farceur du championnat et ils en profitent pour commettre des petites fautes qui restent impunies. J'ai même pris deux cartes jaunes pour simulation alors que Westerlo aurait dû hériter d'un penalty dans les deux cas. Chaque fois que je suis volé de cette manière, je repense aux penalties que j'ai forcés sans qu'il y ait de faute. Je suppose que tout cela s'équilibre sur l'ensemble d'une carrière".Semmeling: "J'étais vite au sol mais ça s'expliquait"Léon Semmeling: "L'adversaire qui venait vers moi savait ce qu'il risquait. Je tombais facilement (il rit)! Il ne fallait pas grand-chose pour m'envoyer au sol. Normal: j'étais continuellement sollicité, j'étais un tout petit gabarit, j'allais vite et j'affrontais régulièrement des colosses. éa faisait des étincelles. De mon temps, le défenseur type était d'ailleurs plus costaud qu'aujourd'hui. Il mettait le pied. La référence, à l'époque, c'était un arrière qui rentrait dedans sans se poser de questions. On a gardé de moi l'image d'un plongeur, d'un comédien? Il y a sûrement des raisons... Une réputation pareille est toujours justifiée et je ne vais pas nier que je cherchais le penalty dès que l'occasion se présentait. A l'époque, la carte jaune pour simulation n'existait pas. Elle est apparue récemment et je trouve que c'est une bonne idée parce qu'elle est censée mettre fin aux excès. Les arbitres punissent aussi plus facilement qu'autrefois les défenseurs qui commettent de vrais penalties. éa aussi, c'est une bonne idée. L'attaquant ou le défenseur qui a été averti fait attention, de peur de se faire exclure, et cela donne des matches plus propres. Après un certain temps, j'ai attrapé une réputation de simulateur et cela m'a pénalisé. C'était le revers de la médaille, les arbitres ont laissé passer des fautes réelles".Dante Brogno et les courants d'air!Dante Brogno: "Pourquoi je tombais souvent? Vous savez, il y a eu beaucoup de travaux dans le stade de Charleroi avant l'EURO 2000 et, quand la grande tribune était en démolition, il y avait pas mal de courants d'air dans les rectangles (il rit)... Non, tomber sans qu'il y ait de faute, je considère cela comme une preuve d'intelligence. On connaît toute l'importance des phases arrêtées dans le football moderne. Dans beaucoup de matches, un coup franc aux abords du rectangle ou un penalty suffit à provoquer la décision. Il faut en être conscient et s'adapter à cette réalité. Le plus difficile dans le rectangle, pour un défenseur, est d'attaquer le porteur du ballon sans commettre d'intervention fautive. Dès qu'il y a un duel, le défenseur a 33% de chances de s'emparer de la balle, et les autres 66% sont en faveur de l'attaquant. Dans pas mal de cas, celui-ci a le choix entre deux options: tenter sa chance au but ou se laisser tomber. La simulation fait partie du jeu et c'est à l'arbitre de voir qui a tort et qui a raison. Il est clair que sa tâche n'est pas facile car tout va très vite et il n'est pas toujours bien placé, mais c'est alors au juge de touche de lui apporter son aide. Lui, il est toujours bien positionné, puisqu'il doit se trouver à la hauteur du rectangle quand le jeu se déroule là.Les entraîneurs qui affrontent une équipe dans laquelle il y a un ou plusieurs plongeurs ont aussi un rôle important à jouer. Si nous devons jouer contre Anderlecht, je mets mes défenseurs en garde: -Attention, Jestrovic cherche souvent le penalty. Ne rentrez pas dans son jeu, soyez plus intelligents que lui. Il faut tout faire pour avoir le ballon avant lui et ne pas lui donner l'occasion de chercher le duel litigieux. Dindane ne me fait pas tellement peur: il est tellement puissant qu'il reste le plus souvent sur ses jambes. Par contre, je me méfie de Mbo Mpenza... et de mon frère. Je ne suis pas d'accord avec la carte jaune que l'on donne aux attaquants qui tombent dans le rectangle. Que je sache, un simulateur n'a jamais cassé la jambe d'un adversaire. Qu'on commence par punir les joueurs réellement dangereux". Pierre Danvoye"Anderlecht a eu trois penalties cette saison. Lokeren, onze. Cherchez l'erreur" (Jestrovic)"La simulation est une preuve d'intelligence" (Dante Brogno)