Dieudonné Londo avait entamé la saison en fanfare avant qu'une blessure face à Mouscron ne donne un coup de frein terrible à sa carrière et ses ambitions. Aujourd'hui, le Gabonais de Mons a dû céder sa place de milieu gauche à Jean-Pierre La Placa, qui tourne fort.
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Dieudonné Londo avait entamé la saison en fanfare avant qu'une blessure face à Mouscron ne donne un coup de frein terrible à sa carrière et ses ambitions. Aujourd'hui, le Gabonais de Mons a dû céder sa place de milieu gauche à Jean-Pierre La Placa, qui tourne fort. "Lorsque j'ai débarqué à Mons pour le tour final, Dieudonné ne jouait pas", se souvient Marc Grosjean, son entraîneur. "A Renaix, il était entré au jeu et on l'avait fait ressortir après dix minutes. Entre nous, le courant est toutefois très bien passé, Dieudonné s'est vite imposé et il a inscrit le but de la montée contre Ingelmunster. Au début de cette saison, il fut l'un des premiers à assimiler la différence de rythme entre la D1 et la D2. Il s'est donc imposé sur son flanc gauche, que ce soit en 4-3-3 ou en 4-5-1. Il étonnait tout le monde. Puis vint ce match à Mouscron où il s'occasionna une grosse entorse. Il est resté aux soins pendant cinq ou six semaines et cela l'a perturbé. Le fait de ne pas pouvoir s'engager comme il le souhaitait l'empêchait de retrouver son niveau de performance. On me l'avait présenté comme un joueur cyclique, c'est peut-être le cas. Et entre-temps, l'équipe a poursuivi sa progression, il a été remplacé". Dieudonné ne conteste pas la version de son entraîneur, en qui il a visiblement une grande confiance: "Il fait partie des gens que l'on se doit de rencontrer au moins une fois dans sa vie. C'est quelqu'un qui connaît la valeur du travail et sait l'inculquer. Dès qu'il est arrivé, il m'a fait confiance et m'a permis de progresser. Quand je suis revenu de blessure, il m'a régulièrement aligné mais ça n'allait plus aussi bien. Pourquoi? Je ne sais pas. J'ai joué en D1 au Gabon et au Raja Casablanca mais ce n'était pas la même chose qu'ici. Je dois me remettre en question, apprendre à travailler davantage au sortir d'un match moyen. A Mons, il faut être prêt physiquement tous les week-ends, fournir sa part de travail défensif. Au Maroc, il m'était pratiquement interdit de défendre: je devais rester frais pour dessiner des attaques. Bien entendu, je comprends parfaitement que, dans le football moderne, celui qui veut dominer son adversaire doit être prêt physiquement".Ne pas penserSeule l'expression joueur cyclique le chagrine un peu. "C'est vrai qu'avant l'arrivée de Marc Grosjean, je me suis aussi retrouvé sur le banc à Mons, mais au Maroc et au Gabon, je n'avais jamais raté trois ou quatre matches d'affilée. Halilhodzic, qui fut mon entraîneur à Casablanca, m'a toujours dit que c'est lorsqu'on commençait à penser cela que l'on sombrait. J'ai donc toujours travaillé pour rester dans le coup. A ce niveau-là, je ne pense pas que l'on puisse me reprocher grand-chose". Londo débarqua à Mons voici deux ans, après avoir joué à USM, Mbilinga et Raja Casablanca: "A 19 ans, j'étais international dans mon pays et je disputais la Ligue des Champions d'Afrique avec Mbilinga. Après un match contre le Raja, le secrétaire du club est venu me trouver en me disant que les Marocains voulaient me transférer. J'ai immédiatement dit oui et j'ai signé un contrat de trois ans dont une clause prévoyait qu'on pouvait me renvoyer après trois mois. J'y suis resté deux ans et demi, j'ai été deux fois champion du Maroc et j'ai égalisé en finale de la Supercoupe d'Afrique contre l'Etoile du Sahel avant que nous ne nous inclinions aux tirs au but. Avant la CAN 2000, pour laquelle j'avais aidé mon pays à se qualifier en bottant un penalty à la 92e minute contre l'Afrique du Sud, j'ai voulu rediscuter mon contrat. On ne m'a pas écouté et, après la compétition, je suis resté chez moi pendant trois ou quatre mois. Francis Macor, un Belge que j'avais rencontré à Casablanca, m'a alors appelé et m'a demandé de venir en Belgique. J'ai fait un test à Mons qui s'est avéré concluant. Mon but avait toujours été de jouer en Europe et, comme je n'avais rien d'autre, le fait d'évoluer en D2 ne me dérangeait pas. C'est même un passage qui m'a beaucoup aidé, qui m'a permis de constater que le football belge était assez dur physiquement.Maintenant, j'ai 26 ans, c'est l'heure de m'affirmer définitivement". Le foot est fortOutre sa blessure, Londo a également dû faire face à des problèmes d'ordre privé qui l'ont perturbé: "Mon père est tombé malade et cela m'a tracassé. Là encore, j'ai pu compter sur la compréhension du coach qui, début janvier, m'a accordé deux jours de congé pour que je puisse aller le voir. Je suis le dernier d'une famille de 12 enfants, dont quatre sont décédés avant même ma naissance. Je suis le seul à jouer au football mais toute ma famille adore ce sport. Ma mère, qui a souvent été malade, aurait voulu que je sois médecin pour que je puisse la soigner mais le football était plus fort".En cours de saison, Dieudonné s'est également retrouvé seul à Ghlin, son épouse et ses deux enfants ayant repris le chemin du pays. "Quand ça ne va pas au football, ma famille ne peut rien faire pour moi", dit-il. "A un certain moment, j'avais même perdu la joie de rentrer à la maison et cela devenait très difficile à vivre pour eux. Notre petite fille venait de naître, elle me réveillait la nuit et je n'arrivais plus à bien récupérer, à me concentrer. J'ai donc demandé à ma femme de rentrer au Gabon jusqu'à ce que cela aille mieux pour moi. Elle l'a très bien compris".Aujourd'hui, c'est donc tout seul que Londo s'adonne à sa passion, le scrabble. "J'adore ce jeu et il m'arrive de passer des mercredis entiers devant la table", dit-il. "Lorsque ma femme était à la maison, je jouais avec elle mais il fallait la motiver, lui promettre un sac ou de nouveaux vêtements".Timide et réservé, il avoue n'avoir qu'un couple d'amis. "Monsieur et Madame Pascal Duplex, les tenanciers de l'hôtel où j'ai logé pendant deux mois à mon arrivée à Mons. Ils m'invitent souvent à partager leur table et je sais que je peux compter sur eux dans les moments difficiles, c'est ma deuxième famille" Il aime aussi la NBA: "J'espère que je recevrai une nouvelle chance à Mons car je veux aller de l'avant. Je ne dis pas que cette fin de saison peut déterminer la suite de ma carrière à Mons, c'est toutefois possible. Je suis sous contrat jusqu'en 2005 mais on sait désormais que ce n'est plus vraiment un critère.J'ai appris que Mons cherchait un joueur pour le flanc gauche, c'est son droit le plus strict et cela ne me tracasse pas outre mesure. Le football est un métier où la concurrence existe et j'ai toujours pensé qu'elle était bénéfique".Patrice Sintzen"Je suis sous contrat jusqu'en 2005 mais on sait désormais que ce n'est plus vraiment un critère"