8 mai 2005, Vaux-Noville, ultime journée de championnat, 89' : le but qu'inscrit le visité Kevin Remy précipite en 2e Provinciale la RUS Sartoise dont je suis l'entraîneur. Une minute plus tôt, nous pouvions encore rêver de nous en sortir via les barrages, une minute plus tard ce sera officiellement foutu... ça devait m'arriver puisque, comme dit l'autre, tout finit par s'équilibrer : j'entraîne depuis une douzaine d'années, j'ai connu une montée, fallait bien que je connaisse une descente... Cela fait chier quand même, surtout que c'est un chouette club. Je sors de la buvette avec Tof, mon buteur qui n'a pas buté, l'enfoiré même si je l'aime bien ! Avant de rentrer dans sa bagnole pour un retour morose à deux, j'écrase ma sèche sur le parking. C'est à ce moment précis que, subconsciemment mais pas du tout confusément, je prends deux résolutions !
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8 mai 2005, Vaux-Noville, ultime journée de championnat, 89' : le but qu'inscrit le visité Kevin Remy précipite en 2e Provinciale la RUS Sartoise dont je suis l'entraîneur. Une minute plus tôt, nous pouvions encore rêver de nous en sortir via les barrages, une minute plus tard ce sera officiellement foutu... ça devait m'arriver puisque, comme dit l'autre, tout finit par s'équilibrer : j'entraîne depuis une douzaine d'années, j'ai connu une montée, fallait bien que je connaisse une descente... Cela fait chier quand même, surtout que c'est un chouette club. Je sors de la buvette avec Tof, mon buteur qui n'a pas buté, l'enfoiré même si je l'aime bien ! Avant de rentrer dans sa bagnole pour un retour morose à deux, j'écrase ma sèche sur le parking. C'est à ce moment précis que, subconsciemment mais pas du tout confusément, je prends deux résolutions ! Primo, j'arrête d'entraîner, c'est sûr, j'ai fait le tour du bazar. Je suis plus que jamais convaincu que le foot est éminemment un jeu de hasard, d'autant plus cruel qu'il est sans cesse déguisé en jeu tactique. Le coach est la première victime de cet aléatoire barbare, il n'a pas l'importance qu'on veut faire croire sur le façonnement d'un résultat, bon ou mauvais : sont bien plus prépondérantes la valeur intrinsèque des joueurs d'abord, les conséquences (favorables ou défavorables) des barres, piquets, blessures et pulsions arbitrales ensuite. Sur tout un championnat, entre le coaching d'un très bon coach (ou celui qui le croit) et celui d'un très mauvais (qui ne le croit jamais, c'est bien normal), il y a juste place pour 4 ou 5 points de plus ou de moins au classement final : points qui peuvent tout changer dans un classement, d'accord, mais ce n'est pas beaucoup quand même ! En réalité, la fonction première d'un coach, indispensable au bon fonctionnement de tout le système footeux, c'est de choisir et placer onze mecs : pour que le système puisse cancaner/théoriser/pester sur ceux qu'il n'a pas choisis ou qu'il a placés autrement. C'est donc décidé et c'est sans amertume, c'est même une perspective plutôt plaisante : je me contenterai désormais d'intégrer le clan des cancaneurs... Deuxio, j'arrête de fumer, quoique je ne smoke pas comme une cheminée (ou alors, comme une cheminée d'appoint...), et je me refais un corps, c'est sûr ! Marre d'être un quinqua con ! Marre de voir chaque matin, sur cette balance de mes deux, approcher un nombre en trois chiffres ! Marre de faire moins de sport depuis que je suis censé en faire faire aux autres ! Marre de bouffer comme un gros cochon pressé, sans mâcher, sans penser ! Comme disent les vieilles gonzesses une fois les enfants casés : " A présent, je vais prendre soin de moi-même... " Mai 2007, soit deux années plus tard. Tout baigne. Je n'ai plus tété fût-ce une fois sur un bout de saloperie de clope. Je ne mange plus comme un gros cochon, seulement encore parfois comme un petit. J'ai joggé des dizaines de fois et j'aurai bientôt perdu 10 kg : l'autre jour en courant au soleil, pour la première fois depuis pas mal de temps, mon ombre courante sur le macadam m'a renvoyé la silhouette d'un joggeur pas gros, je n'en croyais pas mon plaisir, j'ai cru qu'il y avait quelqu'un d'autre... Je rejoue même au tennis en compète, sans me claquer, en me bougeant honnêtement le cul, en me payant même parfois le scalp d'un gamin de 35 ou 40 ans... Bonheur pulmonaire, comment avais-je pu t'oublier ? Novembre 2007. Je suis retombé dans la marmite en été,... j'ai recommencé à entraîner : Salmchâteau, P2 Luxembourg ! Y'a des bas, y'a des hauts, y'a des bas. Y'a que je ne joue plus guère au tennis. Y'a que j'avale moins de kilomètres en courant et plus de chopes en levant le coude. Y'a que je bouffe des spéculoos en pensant au match perdu hier, et du chocolat en pensant à celui qu'il faudra gagner demain. Y'a surtout que cette putasserie de balance me susurre à présent que je mets à regonfler, lentement, mais sûrement de chez sûrement ! Pauvre con, Jeunejean, mais qu'est-ce qui t'a pris ? Alors que ça ne te manquait pas ! Alors que tu restes tout à fait convaincu de cette importance toute relative du coach, que tu viens de décrire ci-dessus ! Divan, tentative d'explication. Je ne sais pas. Je sais juste que je serais encore plus con si ça devait m'amener à refumer. Je sais que j'aime bien être au sein d'un groupe qui tourne bien. Et que je n'aime pas être au sein d'un groupe qui tourne mal, mais y faut faire avec... Je me demande surtout, Docteur, s'il ne s'agit pas en fait d'une forme de fidélité assez stupide à l'enfance : la faute au temps où, sur seule base des papiers bien foutus que pondait dans Les SportsRoger De Somer, je me prenais pour Paul Vandenberg. Sans l'avoir jamais vu jouer. Qu'est-ce qu'on est con quand on est petit... par bernard jeunejean