Le 1er janvier, Alain Courtois quittera ses fonctions à l'Union Belge et sera remplacé par Jean-Paul Houben. Ce dernier deviendra le huitième secrétaire général de la maison de verre depuis Louis Muhlinghaus, élu en 1898.
...

Le 1er janvier, Alain Courtois quittera ses fonctions à l'Union Belge et sera remplacé par Jean-Paul Houben. Ce dernier deviendra le huitième secrétaire général de la maison de verre depuis Louis Muhlinghaus, élu en 1898.Le style est différent entre Alain Courtois et Jean-Paul Houben comme si Mazarin succédait à John Kennedy. Présent au QG du football belge depuis 37 ans, Jean-Paul Houben (55 ans) a gravi tous les échelons, est devenu directeur administratif, fut le sherpa de quelques présidents (Louis Wouters, Michel D'Hooghe et Jan Peeters) et secrétaires généraux (José Crahay, Albert Roossens, Jan Peeters et Alain Courtois) en suscitant l'unanimité autour de lui. Bourreau du travail, il arrive à l'ombre de l'Atomium avant huit heures du matin, ne rentre chez lui qu'en soirée afin d'éviter de perdre son temps dans les embouteillages. Sympa mais ferme, le nouveau secrétaire général de l'Union Belge ne perd jamais une seule seconde, ce qui lui permet de lire tous les jours un roman de deux cents pages. Il ne dort que cinq heures par nuit. Cette résistance lui sera nécessaire afin de dévorer les "best sellers" de l'Union Belge: expédition des Diables Rouges en Asie, scission entre les clubs pros et amateurs, formation des jeunes, lutte contre la violence, avenir des petits clubs, etc.Comment jugez-vous les actes de barbarie qui ont récemment secoué le football belge?Jean-Paul Houben: Je suis révolté. Je n'ai jamais eu la prétention d'affirmer que la violence était éradiquée mais on avançait dans la bonne direction (stewarding, formation, etc.) quand deux affaires horribles ont éclaté: la mort d'un supporter à Lommel, sauvagement attaqué par des hooligans, et les dégâts infligés au domicile d'un arbitre, Frank De Bleeckere, après Gand-Standard. Ce sont des faits qui ne peuvent pas se reproduire et la fédération doit être ferme dans le soutien des victimes. Nous serons à leurs côtés dans les actions en justice via nos services juridiques qui seront mis gratuitement à leur disposition, en intervenant financièrement s'il le faut, en donnant des conseils à la famille, en faisant appel au fonds de solidarité des arbitres... La fédération se réserve aussi le droit d'agir de son côté afin que les coupables soient punis de manière exemplaire. Le risque zéro n'existe hélas pas plus en sport que dans la société. Il faut taper sans cesse sur le même clou: éducation, respect de l'esprit sportif, etc. C'est un problème de longue haleine avec un déplacement de la violence de masse vers un hooliganisme parfois plus solitaire et qui peut se situer en dehors des stades. Il faut veiller au grain.Il y a aussi toujours beaucoup de remous à la Ligue Pro...Les clubs pros devraient être capables de gérer leus problèmes. L'Union Belge ne peut être heureuse qu'avec une Ligue Professionelle forte. Même si des représentants de la Ligue Pro siègent au Comité exécutif, les clubs pros ont besoin d'autonomie car ils ont des problèmes spécifiques. Le cas de Charleroi est révélateur: ce club va entrer bientôt en bourse afin d'avoir une plus grande surface financière. C'est une nouveauté dans le cadre du football belge mais ce problème ne sera jamais à l'ordre du jour dans un club de Promotion. C'est dire si la Ligue Professionnelle doit avoir ses propres champs de réflexion. Je ne suis certainement pas contre les nouveautés. Si les Zèbres dont la structure administrative a été progressivement changée en société anonyme sont cotés en bourse, cela entraînera un contrôle suivi de la vie financière par les actionnaires, etc. C'est une bonne chose pour la limpidité des comptes. Je ne crains pas du tout les clubs tournés vers de nouvelles idées. La fédération ne prend pas position, elle observe. Mais, et c'est mon dada, je suis aussi très préoccupé par ce qui se passe dans les petits clubs: beaucoup ont carrément le couteau sur la gorge. Or, s'il n'y a pas de football sans une bonne Ligue Pro (qui assure un rôle de locomotive), il n'y a plus de football sans petits clubs. Il y en a quand même près de 2.000 en Belgique.Que proposez-vous pour eux?Le président de l'Union Belge, Jan Peeters, va présenter bientôt son grand plan de réformes. Il y aura probablement un foot rémunéré (D1, D2) et un football amateur à partir des D3 ou des Promotions, la barre des séparations n'a pas encore été fixée, car il y aurait des réticences dans le chef de certains clubs de D3 désireux de créer une zone intermédiaire du style non amateur. A mon avis, il faudrait une D2 forte et médiatique, comme dans certains pays étrangers, afin qu'elle serve de tremplin, de révélateur et de vivier pour nos jeunes joueurs. La Ligue Pro doit veiller à ce que la D2 soit saine et reçoive aussi sa part du gâteau. Le foot amateur aurait une coupole au nord et une autre au sud de notre pays. La coupole nationale contiendrait le football payant (Ligue Pro) et l'équipe nationale. La compositon du Comité Exécutif sera revue avec des représentants du sud, du nord, de la Coupole nationale et des "techniciens" représentant les joueurs, etc.Quel combat menez-vous pour les petits clubs?Je voudrais que le foot soit vraiment amateur dans les petits clubs. Je connais leurs problèmes. Olivier, mon fils a joué durant neuf ans à Ohain et j'ai sillonné le Brabant dans tous les sens avec lui. Mon petit-fils, Loïc, porte le maillot de Waterloo. Ils ont tous des problèmes financiers mais la première chose à faire est de les informer. Pas mal de clubs ne savent que faire afin de décrocher des subsides alors que la fédé peut les aider. Des budgets sont carrément non utilisés et c'est râlant alors que les besoins sont énormes. Il y a donc un problème de communication et d'information. La fédération a entamé un effort de modernisation avec l'informatique, internet, etc. Avec l'appui de Hewlett-Packard, Belgacom et Systemat, la Vie Sportive d'ici un an va être publiée uniquement sur internet. Les clubs doivent sortir du Moyen-Age. Pas facile évidemment mais si on ne le fait pas, on nous reprochera un jour d'avoir raté le virage de la modernité. Il faut aussi que les jeunes prennent la relève car la moyenne d'âge des dirigeants est très élevée. Nous devrons les former, les encadrer et les soutenir. Sur cette lancée, j'aimerais récompenser les bénévoles qui, par exemple, ne sont jamais invités aux matches de l'équipe nationale! Quand la France joue à Marseille, la FFF invite 5.000 bénévoles de la région. Je me demande pourquoi on n'en fait pas de même en Belgique. J'aimerais qu'il y ait un diplôme ou un insigne du bénévole. Une enquête scientifique et universitaire révèlera ce qui fait exactement défaut dans les petits clubs. J'ai lancé l'idée d'une "Europ Assistance" des clubs: cinq ou six personnes seraient à leur service pour les conseiller dans leurs dossiers juridiques, financiers, administratifs... J'aimerais aussi leur proposer une boutique sur le site internet de la fédé: on a des contacts avec de gros fournisseurs en matériel sportif et il serait intéressant que tout le monde en bénéficie. Je m'inquiète aussi de la chute du nombre d'arbitres: 12 % en moins par rapport à l'année passée. Ils lâchent rapidement alors que leur nombre est le même chaque année au moment de l'inscriptiion des nouveaux. Là aussi, il faut étudier la sutuation, la comprendre et réagir.Vous défendez les amateurs mais l'Union Belge garde des prérogatives très professionnelles avec l'équipe nationale, symbole du foot-business: n'est-ce pas contradictoire?Pas du tout. Michel D'Hooghe et Alain Courtois ont entamé leur action alors que l'Union Belge n'avait qu'un sponsor: le Crédit Communal. C'était plus que vital pour notre survie. Si les clubs pros doivent être solides, c'est aussi le cas de la fédé et cela passe par de bonnes finances. Il y a désormais 13 grands sponsors (plus 20 autres partenaires commerciaux) et la fédération ne peut pas se passer de leurs apports financiers ou de leurs services. Si la Ligue Pro a son cercle d'influences, ses objectifs et ses ambitions, la fédération doit songer à tout le football et l'équipe nationale, tout comme la Coupe de Belgique, appartient à tout le football belge. Tout coûte cher et doit être financé: information, modernisation, défrayement du personnel, etc. Il y a la formation aussi et sans l'EURO 2000, qui avait été tant décrié mais qui fut un succès, on n'aurait pas pu songer à la construction de centres régionaux ou du centre national de Tubize qui, nous l'espérons, sera opérationnel le 1er septembre 2003. Le plan Michel Sablon a pris son envol et on en recueillera les premiers fruits dans trois ou quatre ans. Tout cela se fera dans le cadre d'une fédération modernisée, en harmonie avec les réalités du pays mais unie. Cela marche bien en tennis. Frans Masson a relancé l'école des entraîneurs. Nos diplômes sont reconnnus à l'étranger et on arme de plus en plus de bons formateurs pour les clubs. En fait, derrière Robert Waseige et les Diables Rouges, il faut que ça bouge sans quoi l'aventure asiatique ne serait pas totalement utile. Il y a beaucoup de choses à faire. C'est pour cela que je me lance dans une aventure intéressante.Quid du règlement?Nos commissions de spécialistes éprouvent parfois de la peine à les déchiffrer. Je me mets à la place du dirigeant d'un petit club qui n'a pas le temps de l'étudier et signe une carte bleue sans se rendre compte, parfois, que cela l'engage sur le plan financier. Il faut nettoyer, simplifier le règlement, le rendre lisible. Il y a du boulot. J'ai un avantage par rapport à Alain Courtois qui était venu de l'extérieur, a brillé et beaucoup apporté sur la route de l'EURO 2000. Il a aussi fortement médiatisé le rôle du secrétaire général. Alain Courtois avait besoin d'une autre grande aventure car il ne pouvait pas apporter plus à l'Union Belge. Il y a 37 ans que j'y travaille. Le défi actuel me passionne et j'ai été élu à l'unanimité pour mes idées. En tant que premier employé de l'Union Belge, je suis au service de tous.Dia 1Pierre Bilic