Ces trois clubs ont lutté pour le maintien en Jupiler Pro League jusqu'à la dernière journée. Finalement, c'est OH Louvain qui est descendu tandis que Westerlo et Saint-Trond se sauvaient. Étrangement, ce sont aussi ces trois clubs qui, avec Roulers (voir plus loin) s'étaient montrés les plus actifs au moment de la réforme des championnats. Ils ont donc été confrontés plus vite que souhaité aux conséquences irrémédiables des changements en faveur desquels ils avaient milité. Dorénavant, un seul club, le champion de 1B, rejoindra la Division 1A. Le descendant savait donc que ses chances de retour parmi l'élite diminueraient de 50 %. C'est tombé sur OHL.
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Ces trois clubs ont lutté pour le maintien en Jupiler Pro League jusqu'à la dernière journée. Finalement, c'est OH Louvain qui est descendu tandis que Westerlo et Saint-Trond se sauvaient. Étrangement, ce sont aussi ces trois clubs qui, avec Roulers (voir plus loin) s'étaient montrés les plus actifs au moment de la réforme des championnats. Ils ont donc été confrontés plus vite que souhaité aux conséquences irrémédiables des changements en faveur desquels ils avaient milité. Dorénavant, un seul club, le champion de 1B, rejoindra la Division 1A. Le descendant savait donc que ses chances de retour parmi l'élite diminueraient de 50 %. C'est tombé sur OHL. Pendant que les joueurs de ces clubs se battaient sur le terrain, les choses bougeaient en coulisses également. Au cours des deux derniers mois, des mini-tremblements de terre ont eu lieu : Saint-Trond, Westerlo et Roulers ont changé de main tandis qu'OHL met au point une structure qui devrait faciliter la reprise du club. Le 27 mai, on apprenait que la SA Stayen de Marieke Höfte avait acheté Saint-Trond. Höfte est la compagne de Roland Duchâtelet, lui-même propriétaire de Saint-Trond par le passé. Le 12 juillet, à l'occasion d'une conférence de presse, Westerlo dévoilait que Soudal, une firme de Turnhout qui fabrique des produits pour l'étanchéité, devenait actionnaire principal du club par le biais d'une augmentation de capital. Le même jour, Roulers annonçait fièrement que, par le truchement d'un montage identique, le club passait dans des mains chinoises. Trois jours plus tard, enfin, OHL annonçait sur son site internet que le club allait fonder une société permettant d'attirer des investisseurs et d'ainsi mieux s'armer "dans un paysage footballistique qui évolue rapidement." La décision d'OHL est révolutionnaire car ce club a toujours favorisé l'ancrage local. Lorsque la société qui doit gérer les intérêts du club sera fondée, seuls La Gantoise, Genk et Malines auront encore le statut d'ASBL. " Après la relégation, on nous a dit que nous étions des Don Quichotte parce que nous nous accrochions à notre ancrage local ", dit Paul Van Der Schueren, le CEO. " Si nous avons décidé de changer d'attitude, c'est uniquement pour des raisons rationnelles. Nous avons vu les limites de notre structure. Nous sommes la cinquième ville de Flandre mais nous avons perdu la lutte contre des clubs que nous devrions pouvoir battre. " Van der Schueren fait référence à des clubs comme Ostende, Mouscron et Westerlo mais il a également constaté les investissements de Sud-Coréens à Tubize, de Qataris à Eupen et d'un Allemand à l'Union. " Et bientôt, il faudra compter avec l'Antwerp et le Beerschot. Il est évident que nous souhaiterions conserver notre ancrage local mais quand on opte pour le professionnalisme, il faut adapter sa stratégie. Nous avons tous des moyens limités et il n'est plus possible de continuer de la sorte. Quand on voit les millions affluer sur les comptes d'autres clubs, il faut être réaliste, surtout si on construit un stade avec des deniers publics. En Angleterre, pratiquement plus aucun club n'appartient à la communauté locale. " Westerlo reste belge tandis que Roulers battra désormais pavillon chinois. Avant d'investir au Schiervelde, ces mêmes Chinois s'étaient adressés à OHL. " Ce n'était pas illogique car la première ville qu'ils avaient découverte en descendant de l'avion, c'était Louvain. Mais nous n'étions pas prêts. Nous ferons le point au printemps 2017. Contrairement à ce que j'ai pu lire, nous ne sommes pas à l'article de la mort. Rien ne presse. Nous tentons simplement de voir plus loin et de faire des choix fondamentaux. " On tient le même discours à Roulers, où le CEO Johan Plancke était confronté depuis longtemps à ses limites. " Il y a cinq ans, nous avons créé une S.C.R.L. comptant le moins d'actionnaires possible. Des conseils d'administration à trente plus une asbl qui a son mot à dire, ce n'est pas tenable. J'étais actionnaire principal et je voulais bien investir mais je n'étais pas suffisamment puissant pour tirer le club vers le haut. Je m'étais donc mis à la recherche d'aides à coups de 1000 euros mais, à la longue, j'en ai eu assez. Il fallait faire des choix. " La nouvelle patronne du Schiervelde s'appelle Hawken Xiu Li, c'est une Chinoise titulaire d'un passeport britannique. Elle a fondé une société de droit belge qui a investi dans le club par le biais d'une augmentation de capital. Roulers compte désormais quatre actionnaires, Hawken et Plancke étant les plus importants. C'est l'agent de joueurs Jacques Liechtenstein qui a établi le contact. Il avait rencontré Hawken quatre ans plus tôt lorsqu'il avait transféré Xavier Chen à Guizhou Renhe (aujourd'hui devenu Beijing Renhe suite à un déménagement dans la capitale). Ce club appartient à Dai Yongge, le jeune frère de Hawken, qui s'appelle en réalité Dai Xiu Li mais elle a conservé le nom de famille du prof de math britannique qu'elle avait rencontré après avoir émigré à Londres en 1991. Après vingt ans de mariage, Tony Hawken s'est séparé de son épouse chinoise en 2014. Il prétend que la richesse de celle-ci jurait avec son style de vie modeste. La famille Dai doit avant tout sa richesse à des holdings immobiliers qu'elle possède au sein du groupe Renhe. Le plus important, Renhe Commercial Holdings, est enregistré aux Iles Caïman et côté en Bourse à Hong Kong. On dit de Dai Yongge qu'il entretient d'excellentes relations avec la tête du parti communiste chinois, y compris avec le président Xi Jinping, qui adore le football. La fortune familiale a pris son envol lorsque le frère et la soeur ont reçu le feu vert pour la construction d'un centre commercial sous-terrain dans d'anciennes caves servant de cachettes. Aujourd'hui, ils en posséderaient vingt-deux, répartis dans toute la Chine. " Ces bunkers datent de la Guerre Froide ", dit Plancke. " Ils pouvaient abriter des millions de personnes. Comme les temps ont changé, la famille a obtenu une concession pour les aménager en centres commerciaux. " Le premier contact entre Hawken et Roulers remonte à novembre 2015. Elle a visité le stade et c'est là que les discussions ont eu lieu. Dai Yongge est également venu une fois en Belgique. En mars 2016, son club chinois est venu s'entraîner au Schiervelde et disputer quelques matches amicaux en Flandre. Ce club, Beijing Renhe, a déjà changé de nom à plusieurs reprises en fonction de la ville où il jouait. Ces déménagements avaient lieu pour des raisons commerciales mais aussi sportives. Pour attirer les meilleurs joueurs, les clubs chinois doivent quitter la province et s'installer à Pékin. " J'ai vu jouer cette équipe et elle est talentueuse ", dit Plancke. Hawken sera membre du conseil d'administration de Roulers mais ne sera pas souvent présente. " Je n'ai vraiment pas l'impression que les Chinois vont regarder chaque jour par dessus mon épaule pour voir ce que je fais ", dit Plancke. " Je vais continuer à travailler comme je le fais depuis cinq ans, à la différence près que j'aurai davantage de moyens. Avant, je devais toujours regarder pour voir si les huissiers ne m'attendaient pas. Cette fois, pour la première fois de ma vie, j'ai pu demander une ristourne parce que je payais cash. La confiance est mutuelle. Il est vrai que j'ai cédé une partie du pouvoir mais on m'a donné carte blanche. La seule chose qu'elle me demande, c'est que trois Chinois puissent s'entraîner avec nous. Mais nous ne sommes pas obligés de les aligner, il s'agit avant tout de les former. La valeur marchande d'un joueur formé chez nous augmentera fortement en Chine. " Quels clubs ont vu arriver des investisseurs chinois ? Plancke fait le compte : Sochaux, l'Inter Milan, Manchester City, etc... " Nous devons enlever nos oeillères. La mondialisation a touché le monde du football aussi. Dans le monde de l'entreprise, on est tout heureux de voir des investisseurs étrangers débarquer en Belgique. En football, c'est toujours considéré comme scandaleux. Moi, en tout cas, je ne me sens pas coupable. " Plancke reconnaît que, comme Westerlo, il aurait pu opter pour un partenaire belge. " Mais dans la région, je n'ai trouvé personne. Si je trace un rayon de 30 km autour de Roulers, j'arrive à Bruges (2 clubs), Waregem, Ostende, Courtrai, Gand et Mouscron. De plus, à Roulers, j'ai un grand concurrent : le club de volley, qui fait partie du top européen et est sponsorisé par Roularta, coté en Bourse. On ne se bouscule donc pas au portillon. " Avec l'apport de Hawken Xiu Li, le budget de Roulers augmente de quatre millions d'euros d'un seul coup. L'objectif est de remonter en Jupiler Pro League. Et dire qu'il y a trois mois, le club semblait condamner à la relégation en D1 amateur. Puis le White Star, champion de D2, n'a pas obtenu sa licence pro et le club flandrien a été repêché. " Une affaire de gros sous ", dit Plancke. " Sans budget, on ne va plus nulle part. Cette saison sera une année de transition, nous allons faire preuve de prudence. Mais je sais que si j'ai besoin d'un joueur, je l'aurai. Beaucoup de choses sont possibles, désormais. " Pour Vic Swerts aussi, les 30 km de Plancke sont magiques. Le siège de son entreprise, Soudal, se situe en effet à 30 km de Westerlo, dont il fut sponsor pendant des années et dont il est désormais l'homme fort. " Il faut des moyens pour reprendre un club et, dans cette région, le choix était limité. Notre firme emploie mille personnes : il n'y a pas cent entreprises aussi grandes dans un rayon de 30 km. Je suis né et j'ai grandi à Turnhout mais je me sens Campinois et je suis heureux de pouvoir rester dans ma région. Pour Westerlo aussi, il est plus logique de collaborer avec une firme à ancrage régional qu'avec des Asiatiques ou des Russes. " L'époque où dix investisseurs mettaient chacun 100.000 euros sur la table et dirigeaient un club est révolue. Tôt ou tard, le système montrait ses faiblesses. C'était surtout le cas lorsque l'équipe connaissait des difficultés et qu'il fallait réinvestir pour éviter la relégation. Trois disaient oui, cinq hésitaient et deux disaient non. Du coup, la direction volait en éclats. Aujourd'hui, les clubs dépendent d'un homme fort. Ou d'une femme : Hawken Xiu Li à Roulers, Roland Duchâtelet à Saint-Trond, Vic Swerts à Westerlo. Ils ne doivent rendre de comptes à personne. La hauteur de l'augmentation de capital voulue par Swerts doit rester secrète. Il est possible que le montant soit relativement peu élevé. Devenir actionnaire principal, c'est une chose mais le plus important est de vouloir continuer à investir si les ambitions de départ - "une place au milieu de tableau", selon Swerts - sont menacées. "Celui qui met l'argent dirige", dit l'entrepreneur. "L'important n'est pas que je possède 51 % ou 75 % des actions : ceci n'est pas un achat commercial. Je n'ai pas l'intention de gagner de l'argent avec Westerlo. Je ne veux pas m'appauvrir non plus." Soudal a l'habitude d'investir dans le monde du sport. L'entreprise est déjà présente en cyclisme et en cyclo-cross. Désormais, elle se lance à fond dans le football. " Nous serons désormais visibles toute l'année ", dit le CEO Dirk Coorevits. Selon Herman Wijnants, qui continuera à s'occuper de la gestion du club au quotidien, le capital investi par Soudal sera réinjecté à 100 % dans le club. " Personne ne tirera profit de ses actions ", dit-il. Swerts affirme que c'est ce qui fait la différence avec les investissements étrangers. " Les Asiatiques et les gens de l'Europe de l'Est ont d'autres objectifs que nous. Nous sommes des Campinois, nous voulons avant tout nous amuser. Mais il est vrai qu'il est plus gai d'avoir du succès. " Les Russes et les Asiatiques, Wijnants les connaît par coeur. Comme Bart Lammens, de Saint-Trond, il a reçu des gens du monde entier. Il y a un an et demi, l'ex-propriétaire des Canaris s'était mis à rechercher activement des investisseurs parce que, seul, il n'y arrivait plus. Il avait voulu engager Dirk Degraen, l'ex-directeur de Genk, mais n'était pas parvenu à un accord avec lui et s'était donc rendu lui-même en Turquie, en Espagne, en Angleterre, en Allemagne et en Chine. Un homme suivait tout cela attentivement : Roland Duchâtelet craignait qu'un repreneur étranger ne complique les choses en matière de cohabitation avec la SA Stayen, qui loue les installations au club. Il n'est pas évident de faire prospérer un site comprenant des appartements, des magasins et un hôtel. Multipropriétaire de clubs à l'étranger, il préférait ne pas devoir traiter avec des inconnus. A force d'intervenir, il se brouilla avec Lammens. L'affaire n'est d'ailleurs toujours pas résolue. Duchâtelet finit par racheter Saint-Trond par l'intermédiaire de la SA de sa compagne, Marieke Höfte, qui devient ainsi la première femme présidente d'un club de D1 en Belgique. " Nous avons ainsi évité que le club tombe dans les mains d'une tierce partie étrangère ", mentionne le site du club. " Désormais, le club et l'infrastructure sont réunis, ce qui ne peut que favoriser la croissance du club. " PAR JAN HAUSPIE - PHOTOS BELGAIMAGE" Je sais que si j'ai besoin d'un joueur, je l'aurai. Beaucoup de choses sont possibles, désormais. " CEO DE ROULERS, JOHAN PLANCKE " Dans le monde de l'entreprise, on est tout heureux de voir des investisseurs étrangers débarquer en Belgique. En football, c'est toujours considéré comme scandaleux. " CEO DE ROULERS, JOHAN PLANCKE