Le coach Senol Günes

né le 1er juin 1952
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né le 1er juin 1952 L'homme qui avait emmené Hakan Sükur et ses coéquipiers en demi-finale de la Coupe du monde 2002 est de retour sur le petit banc de la Turquie depuis mars 2019. Moins charismatique que Fatih Terim, mais déjà plus efficace que Mircea Lucescu, licencié en février 2019 après avoir échoué à se qualifier pour le Mondial 2018, Günes (69 ans) a été rapidement vu comme le sage capable de replacer la Turquie en ordre utile à l'aube des qualifications pour le championnat d'Europe. Un temps has been après avoir surfé sur une cote du popularité improbable au début du siècle qui l'avait vu refuser des opportunités à la tête de la sélection brésilienne, espagnole ou grecque au sortir du Mondial 2002, Senol Günes est redevenu crédible aux yeux des décideurs du football turc en ramenant deux titres de champion à Besiktas en 2016 et 2017. Un début de rédemption, bientôt accompagné de cet appel à l'aide de la Fédé turque et concrétisé par un parcours quasi sans faute sur la route de l'EURO, sublimé par ce quatre sur six réalisé contre le champion du monde français. Un exploit de plus pour cet ancien gardien international (31 sélections) qui détient entre autre record, celui du plus grand nombre de minutes (1.112) passées sans prendre de but en championnat de Turquie. C'était lors de la saison 1978-1979 avec Trabzonspor, à une époque où le club situé en bords de Mer Noire marchait sur le football local. Sacré six fois champion de Turquie en huit ans, ce diplômé de l'Université technique de Karadeniz cumule pourtant alors son activité de dernier rempart infaillible avec celle d'enseignant dans un collège. La vie trépidante des grands hommes, mais avec l'emploi du temps de Monsieur et Madame Tout-Le-Monde. Senol Günes, quoi. "Je crois vraiment qu'on a toutes les chances de faire quelque chose de grand. Historiquement, il faut concéder que la Turquie est trop rarement présente en phase finale des grandes compétitions. Mais ce qui change, cette année, c'est qu'on a une défense incroyable. Dans l'axe, l'association entre Çaglar Söyüncü et Merih Demiral, c'est l'une des meilleures du monde. En tout cas, compte tenu de leur âge. Je n'ai pas peur de le dire. Et la saison qu'ils viennent tous les deux de réaliser tend déjà à me donner raison. Ils ont la rigueur, le jeu de tête, le jeu aux pieds et surtout, ils sont complémentaires. C'est le point fort de cette génération. Dans son ensemble, la levée qui arrive maintenant va nous faire du bien. Certains pensent que l'EURO arrive peut-être un peu tôt. Moi, je pense que quand on voit nos récentes victoires contre la Norvège ( 0-3, ndlr) ou les Pays-Bas ( 4-2, ndlr), on peut déjà avoir de vraies ambitions. Bien sûr, on risque encore de faire des erreurs. Il suffit de regarder ce match fou contre la Lettonie ( 3-3, ndlr) pour comprendre que cette équipe est encore jeune. Mais sur un grand tournoi, je nous vois capables de nous surpasser. En termes d'individualités, on est en tout cas aussi forts qu'en 2002." Sans la pandémie, Merih Demiral aurait regardé cet EURO devant sa télévision. C'était en tout cas le diagnostic des plus pessimistes après sa blessure au genou gauche survenue le 12 janvier 2020 pour ce qui n'était jamais que sa cinquième sortie avec le maillot de la Juventus. Une tuile en forme de renoncement pour un joueur que Maurizio Sarri préférait en début d'année 2020 à un certain Matthijs de Ligt pour accompagner Leonardo Bonucci dans l'axe de sa défense. La revanche d'un homme snobé par son club formateur de Fenerbahçe, mais récupéré par le Sporting CP pour 200.000 euros en juillet 2017. Soit 18 mois seulement avant d'être transféré pour 18 briques de Sassuolo vers la Juve en juillet 2019. Juste le temps pour ce gladiateur des temps modernes de devenir ce roc défensif que les attaquants du Calcio ont appris à ne pas approcher. Physiquement monstrueux, on dit que ses tacles chassent les ballons en même temps qu'ils en profitent pour tondre les gazons. Antoine Griezmann, Wissam Ben Yedder, mais surtout Kingsley Coman confirment. Tous les trois avalés par la grande faucheuse turque en début de qualifications pour l'EURO. Ce soir-là, le monde découvre le torse velu d'un homme au maillot déchiré. Le poids des mots, le choc des photos aussi pour un homme qui avait déclaré juste avant de croiser le fer avec les Bleus: "La peur n'est pas un sentiment que je ressens." La Turquie est d'abord affiliée dès sa création en 1954 à la Confédération asiatique de football (AFC), avant de rejoindre l'UEFA en 1964. Au même moment, elle s'était aussi portée candidate pour intégrer la Communauté économique européenne (CEE), devenue l'Union Européenne (UE). Sans succès jusqu'ici. Avec la République tchèque, la Turquie est la seule qui compte un bilan de 100% de victoires aux tirs au but à l'EURO. Un record à prendre avec des pincettes. La Turquie ne s'est retrouvée qu'une seule fois confrontée à cette terrible épreuve. C'était en quart de finale de l'EURO 2008 contre la Croatie, et Luka Modric y avait mis du sien. Lors de l'EURO 2008 en Autriche et en Suisse, la Turquie s'impose 3-2 contre la République tchèque après avoir été menée 2-0 et en inscrivant trois buts dans le dernier quart d'heure. Une remontada historique et un écart négatif avant de gagner plus jamais revu lors d'un EURO depuis lors. Merci Petr Cech. Si beaucoup considèrent que jamais l'équipe de Turquie n'est arrivée à l'aube d'une compétition avec autant de certitudes défensives, la complémentarité du binôme Demiral- Söyüncü reste encore à prouver. Titularisé de concert à cinq reprises seulement (une défaite, deux nuls, deux victoires), le duo fait pour l'instant principalement rêver sur papier. Le reste tient à l'alchimie. Domaine dans lequel Senol Günes excelle depuis l'aventure de 2002. Favori pour évoluer devant la défense, Okay Yokuslu devrait profiter de sa découverte concluante de la Premier League pour être l'homme chargé d'effectuer les basses besognes derrière les plus clinquants Hakan Çalhanoglu ou Yusuf Yazici. À 24 ans, le supersub de la saison lilloise pourrait-être la révélation turque de l'EURO, s'il parvient à alimenter correctement l'insatiable Burak Yilmaz.