Samedi matin, Marcin Zewlakow s'est réveillé avec la gueule de bois. Le retour à la dure réalité mouscronnoise avait été brutal et douloureux. "Je n'ai pas trop envie de parler de l'Excelsior", soupire-t-il, visiblement affecté. "Ce n'est pas le moment d'évoquer mon entente avec Zoran Ban et Claude Bakadal, ni la manière dont je suis approvisionné. La seule chose que je puisse dire, c'est qu'il faudra se serrer les coudes et faire preuve de solidarité. C'est le seul moyen de sortir de cette spirale négative. Mais je suis certain que le déclic se produira".
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Samedi matin, Marcin Zewlakow s'est réveillé avec la gueule de bois. Le retour à la dure réalité mouscronnoise avait été brutal et douloureux. "Je n'ai pas trop envie de parler de l'Excelsior", soupire-t-il, visiblement affecté. "Ce n'est pas le moment d'évoquer mon entente avec Zoran Ban et Claude Bakadal, ni la manière dont je suis approvisionné. La seule chose que je puisse dire, c'est qu'il faudra se serrer les coudes et faire preuve de solidarité. C'est le seul moyen de sortir de cette spirale négative. Mais je suis certain que le déclic se produira". En sept jours, l'attaquant polonais est passé de l'euphorie d'une qualification pour la Coupe du Monde à la détresse d'une quatrième défaite d'affilée en championnat de Belgique. Récit d'une semaine où il a connu tous les états d'âme.Samedi 1er septembre: 3-0 contre la NorvègeEn battant la Norvège, la Pologne devient le premier pays européen qualifié sur le terrain pour la Coupe du Monde 2002. "L'équipe nationale ne s'était plus qualifiée depuis 1986", rappelle Marcin Zewlakow, lui-même auteur du troisième but. "Cet événement a donc été fêté comme il se doit par tout le pays. Il y avait 45.000 spectateurs dans le stade de Chorzow et ils ont chanté en choeur comme un seul homme. Nous avons livré une belle prestation: 3-0 face à la Norvège, qui est tout de même une équipe expérimentée, c'est un beau résultat. Avoir pu marquer dans ce match historique est une grande satisfaction pour moi. Tout le pays était en liesse au coup de sifflet final. Après le match, j'ai essayé de téléphoner à mon épouse Monika, qui était restée en Belgique. Impossible d'utiliser le GSM: le réseau était trop encombré. Le soir, nous avons fêté cette qualification entre nous. Sans excès, car il restait encore un match à disputer, mais nous avions bien mérité un petit relâchement". Dimanche 2 septembre: tout pour la presseLa journée est réservée aux médias. Les joueurs de l'équipe nationale sont à l'entière disposition des journalistes accourus au centre d'entraînement. L'après-midi, ils se rendent au studio de la télévision où une émission spéciale est enregistrée. Les téléspectateurs peuvent poser leurs questions en direct par téléphone. Et ils ne s'en privent pas. La soirée est consacrée aux soins et au sauna. Il faudra bientôt se remettre à la tâche. Marcin Zewlakow: "Ce qui a fait le succès de la Pologne? Il n'y a pas de vedette dans cette équipe. Tout le monde fait bloc et aide le partenaire. C'est un pour tous, tous pour un. Jerzy Engel trouve également les mots justes pour nous motiver. Avant chaque match, il passe dans les chambres et discute individuellement avec chaque joueur. Son message est reçu cinq sur cinq. De cette manière, il parvient à tirer le maximum de nos possibilités. Cette solidarité et cet enthousiasme font-ils actuellement défaut à Mouscron? Je le répète, je ne veux pas effectuer de comparaison de ce genre". Lundi 3 septembre: Engel ne le lâche pasLa fête est finie, il faut se remettre au travail. Deux entraînements figurent au programme de l'équipe nationale polonaise. Le match en Biélorussie approche à grands pas. Marcin Zewlakow sera bien du voyage. Hugo Broos avait demandé à Jerzy Engel de le libérer, si la qualification était déjà acquise, mais le sélectionneur polonais ne l'a pas écouté. "J'ignore ce qui s'est dit exactement entre les deux hommes", se défend l'attaquant. "Je n'ai pas été mêlé à la discussion. Je comprends qu'Hugo Broos aurait souhaité que je sois économisé: Mouscron traverse une période difficile et il a besoin de toutes les forces vives. J'aurais vraiment aimé accéder à son souhait. Mais, lorsque je me mets au service de l'équipe nationale, les dirigeants polonais deviennent temporairement mes patrons. Si Jerzy Engel me demande d'accompagner l'équipe, je ne peux qu'obtempérer".Mardi 4 septembre: découverte de MinskDe Varsovie à Minsk, la distance n'est pas très grande. L'équipe nationale polonaise a choisi de voyager ce mardi, la veille du match. "Minsk rappelle les villes de l'ancien Bloc de l'Est", explique Marcin Zewlakow. "C'est assez vieillot. Mais c'est propre et soigné, on a envie de prendre l'air et d'aller se promener. C'est très différent de ce que j'avais ressenti lorsque je m'étais rendu à Erevan. Là-bas, en Arménie, la pauvreté sautait aux yeux. A en attraper le cafard. Malgré tout, la tension était palpable à Minsk. C'était un match couperet pour la Biélorussie, qui peut encore accrocher la deuxième place aux dépens de l'Ukraine et qui avait besoin d'une victoire pour continuer à y croire. La polémique entourant la mise à l'écart de deux internationaux biélorusses avait encore accentué la tension. Ces deux internationaux évoluent au Dynamo Kiev, dont l'entraîneur est un certain Valéry Lobanovski, qui est également le sélectionneur de l'Ukraine. On les a suspectés de ne pas vouloir défendre les chances de leur pays à fond. En outre, le sélectionneur biélorusse a fait référence à un contentieux historique avec la Pologne pour motiver ses troupes. On devine déjà que cela va être chaud". Mercredi 5 septembre: 4-1 pour la BiélorussieLa Pologne s'incline 4-1 en Biélorussie. Sans conséquence. "Je trouve tout de même le score trop lourd", estime Marcin Zewlakow, entré au jeu en deuxième mi-temps et qui a inscrit le seul but des siens. "D'aucuns nous ont accusé d'avoir trop fait la fête après la qualification. C'est faux. Nous nous sommes trouvés face à des adversaires qui jouaient leur survie et qui étaient plus déterminés que nous. Ils devaient absolument gagner et ils sont allés à la guerre. Alors que je m'échauffais le long de la touche, j'ai assisté à deux tackles assassins sur mon frère. Mon sang n'a fait qu'un tour et ma motivation s'en est trouvé décuplée lorsque je suis entré au jeu. J'ai inscrit un nouveau but, ce qui porte mon total à trois en équipe nationale, mais il n'a servi qu'à sauver l'honneur. La Biélorussie tenait déjà sa victoire bien en mains à ce moment-là. Dommage que cette belle semaine se soit terminée sur une fausse note pour la Pologne. Si mon pays veut encore franchir un palier, il faudra parvenir à se concentrer en toutes circonstances. A Minsk, nous n'étions pas aussi concentrés qu'à Chorzow contre la Norvège. D'une certaine manière, cette décompression est humaine. Mais, en phase finale de Coupe du Monde, on joue aussi tous les quatre jours. Si nous voulons y faire bonne figure, nous devrons apprendre à enchaîner les matches à intervalles rapprochés et à nous remettre à chaque fois en question".Jeudi 6 septembre: la réalité belgePassage obligé par Varsovie avant le retour en Belgique. "Il faut opérer une petite transformation dans son esprit", explique Marcin Zewlakow. "Passer de l'euphorie d'une qualification historique pour son pays à la réalité quotidienne du championnat de Belgique n'est pas évident. Il faut immédiatement effacer toutes les images qui restent en mémoire pour se reconcentrer sur d'autres objectifs. En Biélorussie, nous avons subi une douche froide. L'essentiel, à savoir la qualification, était acquis, mais ce 4-1 m'est resté sur l'estomac. J'étais un peu nerveux et j'ai eu du mal à trouver le sommeil".Vendredi 7 septembre: le poids des responsabilitésMouscron subit face à Charleroi sa quatrième défaite d'affilée en championnat. Son jeu apparaît stéréotypé et ses joueurs semblent paralysés par le besoin urgent de prendre des points. Le but stupidement encaissé après vingt minutes de jeu n'arrange rien. L'Excelsior affiche son impuissance sous le regard de Nenad Jestrovic, venu rendre visite à ses anciens partenaires. Souvenir d'un passé récent où marquer n'était pas un problème pour les Hurlus. Depuis le départ du buteur yougoslave, le poids des responsabilités offensives s'est accru sur les épaules de Marcin Zewlakow. Et Hugo Broos a fait la grimace lorsque l'attaquant polonais a demandé son changement à un quart d'heure de la fin. "J'avais des crampes", explique Marcin. "J'avais envie de jouer, mais je ne pouvais plus continuer. Je pensais que deux jours de repos après le match de Minsk suffiraient à récupérer complètement. J'avais présumé de mes forces. La débauche d'énergie consentie, les fatigues du voyage: tout cela a pesé dans les jambes". Son frère Michal a également terminé le match sur les genoux. "J'espère que demain on se contentera d'un simple décrassage", soupire le défenseur. "Car si j'étais soumis à un entraînement normal je ne tiendrais pas le coup. J'ai disputé trois matches complets en six jours. Je suis vidé". Mais pas une plainte, pas une critique ne sortira de la bouche des jumeaux. "Non, je ne regrette pas d'avoir prolongé mon contrat avec Mouscron jusqu'en 2006", affirme Marcin. "J'avais pesé le pour et le contre au moment de prendre cette décision, et je me dois aujourd'hui de l'assumer. Nous traversons une mauvaise passe, mais nous en sortirons. Je dois être solidaire vis-à-vis de mes équipiers. Car nous sommes tous sur le même bateau. Ce serait trop facile, parce que la Pologne est qualifiée pour la Coupe du Monde, de prendre le championnat de Belgique par-dessus la jambe. Comme je l'ai déclaré à un quotidien: sans Mouscron, je n'existerais pas. C'est ici que je dois prouver tous les jours que je mérite d'être international".Samedi 8 septembre: sens de l'humour intactAu Canonnier, Cleiton croise Marcin Zewlakow, qu'il a remplacé la veille à un quart d'heure de la fin. Le premier arrive au stade pour prendre le bus pour le match des Réserves, alors que le second rentre chez lui après le décrassage. "Je me réjouis déjà à l'idée d'assister à Pologne-Brésil à la Coupe du Monde", sourit Cleiton. "A condition que le Brésil se qualifie", rétorque Marcin. "Michal m'a déjà dit qu'il enverrait une carte postale à Ronaldo depuis le Japon. Mais il faudra que tu lui donnes son adresse..." Et d'ajouter en plaisantant: "A propos: Scolari était dans la tribune, hier soir!" "Je sais mais il préfèrerait que je joue à l'arrière. Car j'ai un bon... dégagement!", répond Cleiton. Allusion au tir qu'il expédia dans les nuages. Le sens de l'humour n'a pas disparu au Canonnier, malgré le contexte difficile. "Oui, le match au Standard sera important", admet Marcin Zewlakow. "Le prochain match est toujours le plus important. Pour l'instant, je ne songe pas du tout au Belgique-Pologne amical du 14 novembre si les Diables ne doivent pas jouer de barrage pour la Coupe du Monde. La transformation s'est opérée dans mon esprit. Mouscron est mon employeur, et le redressement de l'Excelsior doit requérir toute ma concentration et toute mon énergie. La Pologne a atteint son objectif, Mouscron piétine. Pourquoi? Je l'ignore. Le classement ne reflète pas la qualité de l'effectif. Lorsque cela ne va pas, il faut travailler encore plus. C'est dans ces moments-là qu'il faut faire preuve de caractère. Parler ne sert à rien, il faut montrer ce que l'on a dans le ventre".Daniel Devos