On en tient un pas comme les autres. Un footballeur passionné de philosophie et de voyages, qui s'obstine à rouler dans une petite caisse (Nissan Micra de 2013, cotée 8.000 euros à l'argus), qui rejette le bling-bling, qui ne soigne son look que quand il a le temps, qui ne joue qu'avec des godasses noires. Seuls ses tatouages (et aussi son talent) nous rappellent qu'il est joueur professionnel.
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On en tient un pas comme les autres. Un footballeur passionné de philosophie et de voyages, qui s'obstine à rouler dans une petite caisse (Nissan Micra de 2013, cotée 8.000 euros à l'argus), qui rejette le bling-bling, qui ne soigne son look que quand il a le temps, qui ne joue qu'avec des godasses noires. Seuls ses tatouages (et aussi son talent) nous rappellent qu'il est joueur professionnel. A l'encre indélébile sous la peau de son index : FRIHED. Liberté, en danois. Tout un symbole. Avec Alexander Scholz, on va donc pouvoir parler d'autres choses que de penalties et de corners. Parfait. On va le confronter à un tas d'idées reçues, de soi-disant vérités incontournables. La tour nordique du Standard refait le foot, c'est ici. Alexander Scholz : Non. A chacun son truc, à chacun son style. Moi, j'ai une personnalité qui fait que je n'ai jamais aimé me montrer, en jeter. Je sais que je n'ai pas le body language et les attitudes du footballeur moyen. J'ai un look naturellement discret. Je ne célèbre pas trop les grandes victoires. Mais je ne suis pas non plus dans le trou après les défaites. J'ai l'impression d'être souvent autour du juste milieu. Je trouve que c'est surtout important de pouvoir les contrôler. De pouvoir se contrôler. Ça permet de se reconcentrer plus facilement sur l'objectif suivant. En tout cas, chez moi, ça marche. Plutôt une question d'expérience, de vécu. Je n'ai que 22 ans mais j'ai déjà pas mal voyagé. Je connais l'Allemagne, le pays de mes parents. Je suis né et j'ai grandi au Danemark. J'ai fait un séjour et j'ai joué au foot en Islande. J'ai passé du temps à Lokeren avant de venir au Standard. J'ai parfois fait des choix surprenants mais ils m'ont beaucoup appris. Oui, assez calmes. Mon père et ma mère ont toujours poussé pour que je sois un winner mais ils l'ont fait sagement, sans me mettre la pression. Mon père était joueur pro au Danemark, il a évolué à un bon niveau, il a joué des matches européens. Mais je ne l'ai jamais vu faire le fou après un match. Il ne sortait pas. Il rentrait directement à la maison pour être avec nous, relax. Il montrait peu d'émotions. Et il élevait rarement la voix. Quand il le faisait, on comprenait que c'était sérieux. Je suis comme lui. Oui, j'étais possédé pour l'accompagner aux entraînements et aux matches. Il m'emmenait dans le vestiaire des pros, je respirais déjà cette ambiance particulière alors que j'étais tout petit. Il me rapportait parfois un maillot qu'il avait échangé avec un adversaire, ça me donnait des rêves ! Je suis entré naturellement dans ce monde, ça n'a pas été un choc. Chez les jeunes, j'ai eu comme entraîneurs des gars qui avaient joué avec mon père. A Vejle, où je suis devenu professionnel, l'adjoint avait été son coéquipier. Oui, je suis né quelques mois plus tard ! Mais on en parle toujours là-bas. Les Danois ont tellement peu l'occasion d'être fiers de leur équipe actuelle que ça leur fait du bien de se rappeler un souvenir pareil... Je suis bien d'accord, c'est une contradiction. Mais je vois qu'il y a d'autres pays où on se tâte pour trouver une meilleure formule. Aujourd'hui, les Danois s'intéressent au système belge et ils n'excluent pas de le copier. Pour moi, ce n'est pas un mauvais système. Maintenant, je suis conscient que je suis un privilégié. En deux ans et demi, j'en suis à mes troisièmes play-offs 1. Deux fois avec Lokeren, aujourd'hui avec le Standard. Je ne parlerais pas comme ça si j'étais obligé de jouer les PO2. Et les PO3, avec cinq matches contre la même équipe, là je ne veux même pas y penser. Les PO1, c'est plein de pression pendant deux mois. Pression dans les stades, pression dans les médias. C'est ça qu'on aime quand on joue au foot. Et c'est cette année que je les savoure le plus. L'approche n'était pas la même à Lokeren parce qu'il fallait se battre à bloc pendant toute la phase classique pour espérer une qualification, et quand on y était, tous les joueurs étaient très fatigués. Physiquement et mentalement. Dans un club comme le Standard, c'est différent, on a l'occasion de gérer en phase classique, on nous a programmés pour être à fond au moment où les play-offs ont commencé. Ça me semble moins dur. Je ne pense pas. Bruges fait une bonne saison, donc ses supporters sont fort excités. Et c'est vrai que là-bas, la pression sur les arbitres est énorme. Même quand ils prennent une bonne décision, ils se font huer. Mais la culture qu'on trouve au Standard est unique en Belgique. J'ai des copains qui sont venus voir mon premier match ici, contre Anderlecht. Ils sont habitués à aller voir des matches en Espagne, en Italie, en Allemagne. Ils n'en revenaient pas. Ils ne pensaient pas qu'on pouvait avoir une ferveur pareille en Belgique. Tu la sens à fond dès que tu montes sur la pelouse. Sclessin, c'est unique. Un stade incroyable dans un quartier industriel plutôt ravagé. Ici, quand tu fais un tacle, tu as des supporters qui t'applaudissent comme si tu venais de marquer un but magnifique. Et, pour être venu plusieurs fois avec Lokeren, je peux te garantir que quand le Standard tourne, personne n'aime venir. Les adversaires savent que le public va mettre une pression infernale. Ah, on a deux styles très différents, ça c'est clair ! J'avais fait un test à Lokeren avant de signer. Je pense que si Peter Maes ne m'a pas engueulé à ce moment-là, c'est seulement parce que j'étais jeune et à l'essai... Mais il ne se privait pas pour s'en prendre à d'autres joueurs, il y allait fort, je n'étais pas habitué à ça et je me suis posé des questions. Plus tard, on a eu une très bonne relation. Il m'enguirlandait rarement. Quand il le faisait, je savais que je n'avais pas été bon. Avec José Riga, ça n'a rien à voir. Il a une autorité plus indirecte. Pendant l'entraînement, il parle peu, il observe. On sent qu'il nous contrôle, on sent son ombre même quand il n'est pas près de nous. Il enregistre tout et il ne réagit pas à chaud, il fait un debriefing quand l'entraînement se termine. Pour moi, on est comme on est, play-offs ou pas. Chacun a sa façon de fonctionner. Moi, par exemple, je ne serai pas bon si je ne ressens pas l'adrénaline, le kick. Un jour, j'ai fait le test. J'avais l'impression que ma nervosité me paralysait un peu, alors j'ai essayé de ne plus être nerveux du tout. J'ai fait un travail mental pour évacuer toute la pression avant un match. Je me suis convaincu que ce n'était finalement que du foot, que ça ne servait à rien de s'emballer, de paniquer. Eh bien j'ai été mauvais dans ce match ! Pour le week-end suivant, j'ai fait le travail inverse, je me suis dit : -C'est une question de vie ou de mort, et si je joue mal, je vais y penser pendant des semaines. Et là, j'ai été bon. Donc, j'en ai conclu que j'avais besoin d'être nerveux. Pour un défenseur, c'est plus facile de ne pas le montrer. On ressent la peur de faire des erreurs. Ça s'arrête là. Un joueur offensif ressent encore d'autres choses, il ne peut pas rester dans l'attente, il doit être prêt, à tout moment, à provoquer, à dribbler, à être décisif vers l'avant. Je pense que c'est plus difficile à vivre, et dans ce cas-là, il peut avoir plus de mal à masquer sa nervosité. Son boulot est plus complet que celui d'un défenseur. Pour les sensations du buteur, ça me manque un peu. J'ai déjà essayé de dribbler, d'avoir un jeu plus offensif. J'ai vite compris que j'étais meilleur en tackling... Non, je raisonne autrement. Je me dis, la veille, que je vais avoir ma récompense du travail de la semaine. Le jour où je vais avoir le kick arrive enfin. Ça m'apaise et je m'endors sans problème. Par contre, j'ai plus de mal pendant les heures qui précèdent le match, le jour même. Là, je deviens un peu comme un addict. Mais finalement, ce n'est pas désagréable. Je sais déjà que le jour où j'arrêterai de jouer, ça me manquera. Je suis divisé ! Je sais que, moi, je ferai un autre boulot après ma carrière. J'adore voyager, j'aime faire plein de choses, je trouverai un truc intéressant, je ne me tournerai pas les pouces, c'est sûr. Mais tout le monde ne raisonne pas comme ça, évidemment. Et il faut comprendre ceux qui cherchent à gagner toujours plus. Il y a l'envie de se mettre à l'abri mais aussi une réaction à une situation qui irrite pas mal de footballeurs : les dérives politiques. On voit qu'il y a un gros gâteau mais qu'une bonne part disparaît dans la poche de gens qui ne sont pas sur le terrain. Tout le monde essaie de se servir, ça frustre. Moi, c'est l'Allemagne d'abord. Parce que je viens d'une famille allemande mais aussi pour la qualité de son championnat, de ses fans, de ses stades. A la maison, on regardait Sportschau, les résumés de Bundesliga, pas les images de foot anglais. S'il y a autant d'intérêt pour l'Angleterre, je pense que c'est une question d'habitude, de tradition, de médiatisation. Partout, les gosses grandissent avec la PremierLeague. C'était comme ça au Danemark aussi. Pour moi, ce n'est pas logique. La Bundesliga a au moins autant d'atouts. Je n'ai jamais connu ça mais j'imagine que quand 25.000 personnes te sifflent, ce n'est pas simple à gérer. C'est aussi pour ça que je suis venu au Standard. J'étais curieux de voir comment j'allais réagir à des challenges pareils. Le choix le plus facile n'est pas toujours le meilleur. Il faut chercher à grandir, dans la vie... Aller en ligne droite... Par exemple. Au lieu de ça, j'ai choisi de signer dans un club francophone alors que je ne parle pas français. Ça peut compliquer les choses au départ. Et j'ai accepté de jouer dans un club où il y a beaucoup de pression. Je veux savoir comment je peux la gérer. Anderlecht doit être champion chaque saison, c'est une pression. Bruges ne l'a plus été depuis dix ans, c'est une pression. Mais oui, je trouve que c'est plus fort ici. On la sent encore plus. C'était frappant quand je venais avec Lokeren. A Sclessin, tu sens toujours qu'un truc spécial se passe. Ça m'interpellait et j'y ai beaucoup réfléchi quand j'ai dû faire un choix entre Anderlecht et le Standard. J'ai aussi compris qu'on me voulait plus ici qu'à Bruxelles. Oui, mais je voyais que les négociations traînaient. Ça bougeait trop peu à mon goût, j'avais l'impression de ne pas faire vraiment partie de leur projet. Je sentais le Standard plus chaud. En tout cas, ça a été une période difficile. C'était la toute première fois que deux clubs me voulaient en même temps. Et pendant ce temps-là, je devais continuer à m'entraîner avec Lokeren. En me demandant si mon club essayait, ou pas, de se débarrasser de moi. Parfois, des coéquipiers m'ont demandé si ma tête était toujours là-bas. Il exagère. (Il rigole). Mais c'est clair que je n'étais pas à 100 %. Je sentais que je ne pouvais pas rater ce virage de ma carrière. On a dû reprendre le championnat contre Genk et je me suis même demandé si je devais jouer ou déclarer forfait. Je ne voulais pas être sur le terrain avec les idées ailleurs. Oui, je l'ai lu. Donc, pour lui, la concurrence en défense centrale serait plus grande là-bas qu'ici ? Pour moi, ce n'est pas frappant. Chancel Mbemba est un bon défenseur, OK. Mais Jorge Teixeira aussi. Dino Arslanagic aussi. Moi aussi. (Il rigole). De toute façon, je n'ai pas à me défendre par rapport aux déclarations de Hasi. Il a le droit d'avoir un avis. Je sais comment ça marche dans le foot. Anderlecht me voulait et ne m'a pas eu, il fallait bien qu'ils communiquent vers leurs fans, qu'ils se protègent. Je n'ai pas à me sentir coupable si j'ai préféré le Standard. Et ils n'ont pas à se sentir coupables si je n'ai pas signé chez eux. Cher, qu'est-ce que ça veut dire ? Peut-être qu'un jour, je partirai pour 5 millions. On dira alors que le Standard avait fait une bonne affaire. ? PAR PIERRE DANVOYE" Je n'ai pas à me défendre par rapport aux déclarations de Hasi sur moi. " " Je sais que je n'ai pas le body language et les attitudes du footballeur moyen. "