Peut-on déceler une certaine logique dans les choix de RenéVandereycken ? Nous nous y étions efforcés et, honnêtement, nous pensions avoir trouvé. Avant le match contre la Serbie, en août, alors que tout le monde attendait ChristopheGrégoire et GuillaumeGillet (après avoir espéré HansCornelis et TomSoetaers la saison dernière), le sélectionneur national avait fait l'impasse sur les hommes en forme du moment.
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Peut-on déceler une certaine logique dans les choix de RenéVandereycken ? Nous nous y étions efforcés et, honnêtement, nous pensions avoir trouvé. Avant le match contre la Serbie, en août, alors que tout le monde attendait ChristopheGrégoire et GuillaumeGillet (après avoir espéré HansCornelis et TomSoetaers la saison dernière), le sélectionneur national avait fait l'impasse sur les hommes en forme du moment. En conférence de presse, il avait prononcé une petite phrase qui était passée complètement inaperçue : il donnait la priorité aux joueurs évoluant dans des championnats huppés ou dans des clubs belges participant aux compétitions européennes. C'était une motion de défiance à l'égard du championnat de Belgique, mais elle pouvait se justifier. Après tout, la presse elle-même n'arrête pas de mettre en exergue la faiblesse de la Ligue Jupiler. Vandereycken avait, à l'époque, offert une première sélection à KevinMirallas. Parce qu'il avait brillé à l'Euro Espoirs ? Non, parce qu'il avait conquis ses galons de titulaire en Ligue 1. Là encore, cela pouvait se justifier, car il est clair que briller contre Lyon ou Marseille a plus de valeur que de le faire contre Roulers ou Westerlo. Les faits avaient d'ailleurs donné raison à Vandereycken, car Mirallas a inscrit un but pour sa première sélection et a confirmé le mois suivant au Kazakhstan. Mais, si l'on suit cette logique-là, pourquoi prendre cette fois Grégoire et Gillet, alors qu'ils n'évoluent ni à l'étranger, ni dans un club belge européen, et de surcroît pourquoi maintenant, à une époque où La Gantoise semble chercher son deuxième souffle ? Toujours est-il que les deux Liégeois ont reçu samedi passé une première occasion de démontrer leur valeur, et que l'on a pu apporter un élément de réponse aux questions que l'on se posait depuis longtemps : le plus beau pied gauche du championnat de Belgique a-t-il réellement la carrure internationale, ou lui manque-t-il ce petit quelque chose qui pourrait expliquer son échec à Anderlecht ? L'ancien meneur de jeu d'Eupen, que l'on présente parfois comme le nouvel EricGerets, a-t-il réellement un grand avenir à l'arrière droit ? Vandereycken s'est dit satisfait des deux nouveaux, tant au niveau de l'intégration durant la semaine de préparation, qu'au niveau de leur prestation durant le match. Grégoire a joué les trois quarts du match, avant d'être remplacé par BartGoor. Sur son flanc gauche, il a eu quelques bonnes actions sans pour autant avoir eu un impact phénoménal sur le jeu. Il a aussi botté la plupart des corners et coups francs, mais pas toujours dosés avec la précision qu'on lui connaît. " Vandereycken m'avait demandé d'adresser le plus de centres possibles et d'apporter le danger devant le but adverse ", explique-t-il. " C'est ce que je me suis efforcé de faire, mais ce n'était pas facile samedi soir. Je sais que j'aurais pu apporter davantage. Si l'équipe avait montré un visage plus offensif, si l'on était passé davantage par les flancs et si l'on s'était créé davantage d'occasions, j'aurais été plus présent. Je crois que c'est globalement qu'on n'a pas été transcendants. Ce qui changeait pour moi, par rapport à Gand ? Là, je joue des matches de championnat. Samedi, c'était un match international. Le rythme était plus élevé, le pressing était plus haut et plus dur. J'ai dû m'y habituer, mais ce n'est pas cela qui m'a posé des problèmes. C'était une première expérience, j'espère qu'on m'offrira de nouvelles chances. J'ai désormais fait mon entrée dans le cercle fermé des internationaux, à moi de faire en sorte d'y rester. Ce qui m'a surpris durant cette semaine ? Rien de spécial, sinon peut-être la sérénité qui régnait au sein du groupe. L'ambiance était très bonne, et par rapport à tout ce que j'avais lu ou entendu, je m'attendais à pire. A en croire la presse, il y aurait des clans ou des tensions communautaires au sein des Diables Rouges. Or, je n'ai rien constaté de tout cela. Tout le monde rigolait avec tout le monde. Je me suis facilement adapté, mais je connaissais déjà beaucoup de joueurs. Ça aide. J'ai deviné assez rapidement que je débuterais la rencontre. Dès le premier entraînement, j'ai fait partie du futur onze titulaire, et cela n'a plus changé par la suite. Je savais donc à quoi m'attendre ". Qu'en pense RaphaëlQuaranta, l'entraîneur du FC Liège qui a en partie façonné Grégoire lorsqu'il était jeune ? " C'était le premier match de Christophe en équipe nationale, et sur base de celui-ci, on ne peut pas tirer de conclusions définitives ", estime-t-il. " Le contexte était difficile. Les Diables étaient déjà éliminés au coup d'envoi, et dans ce cas-là, on sait que la motivation des uns et des autres n'est pas toujours aussi optimale que lorsqu'il y a un réel enjeu. Je ne sais pas, non plus, quelles étaient les consignes que Vandereycken avait données à Christophe. Connaissant la prudence traditionnelle de René, je doute qu'il ait prôné un jeu à visière découverte. Grégoire apprécie d'avoir un rôle à 80 % offensif et à 20 % défensif. S'il évolue dans une équipe qui n'aligne qu'un seul attaquant, et que l'on compte sur sa vitesse pour déborder, il se noiera. C'est un joueur qui base son jeu sur de grandes qualités techniques, ce qui tranche un peu dans le contexte du football belge où l'on a toujours mis l'accent sur le physique et l'engagement, sans oublier sa grande qualité de centre. Il est capable de placer le ballon exactement là où il le souhaite, au centimètre près. Il a parfois la réputation d'être nonchalant, alors que cela ne cadre pas du tout avec son caractère, mais c'est son aisance technique qui lui donne cette apparence. Pourquoi a-t-il échoué avec FrankieVercauteren à Anderlecht, où il avait été attiré par HugoBroos ? Vercauteren cherchait peut-être un joueur capable à la fois de centrer, de marquer et de défendre. Ce que Christophe n'est pas. Il y a certaines similitudes avec Frankie au niveau du centre, mais Christophe n'est pas aussi complet. Malgré tout, je trouve que le Sporting a commis une erreur en s'en séparant, car son style de jeu est de celui qui plaît au public du Parc Astrid. Il a heureusement bien rebondi à Gand, où à 27 ans, il entre dans ses belles années. Un transfert vers la Bundesliga, comme il en fut question cet été, aurait constitué un bon test pour voir s'il était capable de s'imposer dans un football plus rapide et plus engagé. Mais j'avoue que, personnellement, je le verrais mieux dans un football plus latin (en France, par exemple) ou aux Pays-Bas, où le jeu est technique et ouvert. Cela correspond plus à son profil ". Gillet a joué 90 minutes, à un poste d'arrière droit qu'il devra bien finir par considérer, un jour, comme son poste d'avenir. Il a joué assez haut : on l'a souvent vu au niveau de la ligne médiane. Vandereycken avait d'ailleurs demandé à VincentKompany de rester derrière pour permettre à son arrière latéral d'arpenter son flanc. Il faut dire qu'avec Grégoire, les Diables Rouges possédaient un vrai flanc gauche mais pas de vrai flanc droit, même si KevinMirallas s'est souvent déporté de ce côté. Gillet avait donc quasiment tout le couloir pour lui tout seul. Appliqué dans l'ensemble, mais néanmoins coupable de l'une ou l'autre mauvaise relance à un endroit où l'on ne peut pas se permettre de perdre le ballon. Auteur d'une belle reprise de volée aussi, en fin de match : elle n'était pas cadrée mais il a eu le mérite de la tenter. A l'issue du match, il a dû se soumettre au contrôle antidopage, au même titre que NicolasLombaerts. " J'en ai l'habitude ", rigole-t-il. " A Gand, lorsqu'il y a un contrôle, cela tombe toujours sur moi également, je ne sais pas pourquoi. Ça m'a quand même permis de croiser Sami Hyypia, lui aussi convoqué. A part cela, pour une première, c'était un match assez difficile à négocier face à une équipe bien organisée, sur une pelouse qui ne permettait pas la pratique d'un football léché. Il faut se montrer indulgent à mon égard : je n'ai pas encore totalement trouvé mes marques, et avec le temps, je parviendrai sans doute à apporter davantage offensivement ". Qu'en pense MarcGrosjean, l'entraîneur d'Eupen qui a eu Gillet sous ses ordres lorsqu'il s'est révélé au grand jour avec le club germanophone ? " Je m'attendais à une sélection de Guillaume chez les Diables Rouges, mais pour tout avouer, je l'attendais... plus tôt dans la saison ", affirme-t-il. " Elle est enfin devenue réalité, et j'espère que Guillaume n'en restera pas là. A mes yeux, il a toutes les qualités pour s'imposer à ce poste. Sa carrière est appelée à décoller dans l'avenir, et à ce jour, personne n'est encore capable d'imaginer jusqu'où il ira, car il possède un énorme potentiel qu'il n'a pas encore totalement exploité. Physiquement, il est très fort. C'est un battant, prêt à relever les challenges, et ce qui ne gâte rien, c'est un garçon bien équilibré, grâce à son entourage familial mais aussi grâce à son manager YvesBaré, qui l'a très bien guidé dans ses choix. Guillaume est très terre-à-terre, il a confiance en lui mais, pour autant, n'est pas prétentieux. Il a su rester humble. Techniquement, le fait d'avoir progressivement été rétrogradé dans le jeu peut se révéler un avantage. Il a eu une formation d'attaquant, est ensuite passé au n°10 et a été reconverti en arrière latéral par GeorgesLeekens. Sa formation d'attaquant lui permet d'avoir une technique au-dessus de la moyenne. Il est capable d'éliminer un adversaire sur une petite surface de jeu. Il a une grande justesse dans ses passes et ses centres. Son jeu de tête, tant offensif que défensif, constitue l'un de ses points forts. En fait, c'est un joueur des 16 mètres. Est-il pour autant le nouveau Gerets ? Je pense qu'il ne le sera jamais verbalement. Lorsqu'on parlait, jadis, du Lion de Rekem, c'était tout à fait cela : il rugissait. Je vois mal Guillaume fustiger ses partenaires de la voix. Son humilité le lui en empêche. Guillaume n'aura jamais le même impact à ce niveau. Par contre, techniquement, il a plus de qualités que n'en avaient Gerets. Footballistiquement, Guillaume est supérieur ". par daniel devos - photos: reporters/ gouverneur