Avec Imoh Ezekiel, tout va toujours très vite. Il y a ses sprints, évidemment. Et aussi son art de buter sans traîner. Il est à peine revenu au Standard qu'il en met directement une au fond, contre Mouscron. Histoire de soigner ses stats. Depuis qu'il est pro, c'est en gros une quarantaine de buts en une centaine de matches. Le Nigérian n'a que 21 ans. Et en parlant de rapidité, il revient sur ce goal marqué contre Genk en début de saison passée. Après 10 secondes et 80 centièmes. Plus que le temps dont il a besoin pour couvrir un 100 mètres, probablement...
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Avec Imoh Ezekiel, tout va toujours très vite. Il y a ses sprints, évidemment. Et aussi son art de buter sans traîner. Il est à peine revenu au Standard qu'il en met directement une au fond, contre Mouscron. Histoire de soigner ses stats. Depuis qu'il est pro, c'est en gros une quarantaine de buts en une centaine de matches. Le Nigérian n'a que 21 ans. Et en parlant de rapidité, il revient sur ce goal marqué contre Genk en début de saison passée. Après 10 secondes et 80 centièmes. Plus que le temps dont il a besoin pour couvrir un 100 mètres, probablement... " Je sais que c'est toujours le but le plus rapide de l'histoire du championnat de Belgique. Ça peut paraître anecdotique, mais pour moi, c'est important des trucs pareils. C'est une façon de rester dans l'histoire, de laisser une trace. C'est un beau record... Il risque de tenir encore longtemps parce que ça ne sera pas simple de marquer plus tôt dans un match. Et même s'il est battu, on dira encore, au pire, que je suis un des buteurs les plus rapides du championnat. " Et il part dans un grand éclat de rire. Ça se produira plusieurs fois pendant cette interview. Pour que tout soit clair : Imoh Ezekiel revit complètement depuis son retour au Standard, à la maison. Il ne va pas le cacher : l'été dernier, il a signé au Qatar pour l'argent, point à la ligne. Pas du tout pour le foot ou la vie là-bas. Son compte a bien grossi pendant que son spleen devenait intenable. Aujourd'hui, son prêt à Sclessin jusqu'en fin de saison, il mord dedans. Confession. Imoh Ezekiel : Pas du tout surpris. Je me connais et je savais où j'en étais physiquement. Mes qualités ne peuvent pas s'envoler comme ça. Ne te trompe pas, on travaille aussi au Qatar ! Là-bas aussi, c'est des professionnels, hein... On s'entraîne beaucoup mais bon, c'est clair que ce n'est quand même pas tout à fait la même chose qu'ici. C'est... je dirais... moins intensif. Moins agressif. Parfois, c'était un peu intensif. Souvent, c'était très cool. I have a good feeling, yeah... Je suis vraiment heureux d'être revenu, je me sens beaucoup plus relax qu'à Doha. Peut-être mais c'est la vie. C'est le foot. Oui et non. Dans la vie, ça se passait bien. Mais sur le terrain, ce n'était pas ce que je voulais. J'avais envie de rejouer plus de matches, et d'un meilleur niveau, avec plus d'intensité, plus de qualité. Et plus de passion. C'est pour ça que j'ai fait le forcing pour rentrer en Europe. Il y a du vrai là-dedans mais l'équipe tournait bien, donc ça me convenait. Chacun a son heure. J'ai eu la mienne pendant la saison précédente, puis ça a été le tour de Batshuayi. Il a saisi sa chance. Mais au final, je trouve que j'ai quand même très bien géré la saison dernière. J'ai mis 12 buts en championnat, 15 en comptant la Coupe de Belgique et l'Europa League. Ce ne sont pas les stats d'un attaquant qui est dans le trou... Ce n'est pas tout à fait la même chose parce qu'ils ont des profils différents. Batshuayi aime rester devant et marquer lui-même. Quand il reçoit un ballon dans le rectangle, il ne regarde personne, il tire au but. Igor de Camargo observe plus s'il y a du mouvement autour de lui. (Il rigole). Non, deux, c'est bien. Je suis conscient que c'est difficile pour un entraîneur de mettre trois vrais avants dans son équipe. Mais si ça peut marcher, je suis preneur. C'est quoi la pression ? Pour moi, pas un truc ingérable. Je fais mon job, et une fois que je suis sur le terrain, j'oublie complètement le salaire que mon club me donne à la fin du mois. Non mais quand il y en a beaucoup, je la ressens, c'est clair. Au Qatar, par exemple, elle est très forte. Les Européens n'en sont probablement pas conscients mais c'est comme ça. On te donne tellement d'argent que tu ne peux pas les décevoir. Ils te le font sentir en continu. They give you big money, you must score goals ! Si tu n'es pas bon, on te dégage à la première période de transferts. Tu ne marques pas assez, tu ne justifies pas ton salaire ? Dehors ! Pas de pitié. Ici, on se fait finalement une fausse image du foot dans ces pays-là. C'est beaucoup plus difficile que vous le pensez. Quand le cheikh vient te trouver, tu vois vite s'il est content ou pas. Mais pour moi, ça se passait bien puisque je marquais un but en moyenne tous les deux matches. Je me dis que je dois être fort et qualifier l'équipe pour la Ligue des Champions avant de partir. Puis, à la fin, il y a mon tour d'honneur, je salue les supporters, et dès ce moment-là, je me dis qu'il y a des choses qui vont méchamment me manquer : les gens, le stade, les coéquipiers, la ville, les amis. D'un côté, je suis heureux, je me dis que je quitte... enfin le Standard. D'un autre, je suis déjà nostalgique alors que je suis encore ici. C'est un double sentiment, assez étrange, il y a plein de choses qui se bousculent dans ma tête. Et une fois dans l'avion, j'ai un gros coup de blues. J'aime tellement le Standard. Mais je me dis que c'est mon job. Non, je n'étais pas prêt, c'est clair. Mais parfois, tu n'as pas le choix. Et là, je n'avais pas le choix ! Les gens du Qatar m'ont contacté, je les ai écoutés, je devais y aller, saisir l'opportunité, c'était bon pour tout le monde. Pour ma famille. Et pour mon académie au Nigeria qui a touché un pourcentage. Pour eux, ça représente une très grosse somme. Donc, tout le monde s'y retrouvait. Au Qatar, j'ai signé une assurance-vie. Tu as raison. Mais je me suis dit que je me sacrifiais pour rendre heureux des gens autour de moi. Je ne pouvais pas être égoïste. Enfin bon, on n'en parle plus, je suis de retour au Standard... (Il rigole). Peut-être plus. Peut-être que je ne retournerai pas au Qatar. On verra, personne ne le sait. Le plan n'a jamais été de jouer quatre ans au Qatar. Plutôt une saison, puis je serais rentré en Europe. Al Arabi me voulait vraiment dans l'équipe la première année, ils avaient besoin d'un gars rapide et capable de marquer pas mal de buts. Que ce soit clair : je n'ai vu aucune offre concrète. C'est facile de dire que c'était mieux pour moi d'aller en Allemagne, mais le seul club qui m'a montré des documents officiels, c'était Al Arabi. Et ils ont su être convaincants. J'avais déjà signé à ce moment-là. Oui, c'est exact qu'ils m'ont emmené dans des concessions de Doha. Ils m'ont dit : -On tient à ce que tu te sentes bien ici, alors prends ce que tu veux. On est passé chez Porsche, Ferrari, Lamborghini, Bentley,... Je me suis contenté de la BMW du club. C'est bien comme ça. Bien sûr. Très souvent. Qui ne mettrait pas en permanence les deux mondes en parallèle ? Au Qatar, je faisais beaucoup de flash-backs dans ma tête... Et j'en rigolais avec des copains nigérians qui venaient passer du temps chez moi. Ils me demandaient si je me souvenais de ceci et cela pendant mon enfance et mon adolescence. Evidemment que je m'en souviens. Je n'oublie pas que je viens d'un univers qui n'a rien à voir avec le luxe du Qatar. En décembre. C'est à ce moment-là que j'ai vraiment commencé à souffrir du manque de passion dans le foot qatari. Les matches sont comme des entraînements, ça manque de tempo, il n'y a parfois que 200 ou 300 spectateurs. Dès que c'est fini, on prend sa douche et on rentre à la maison, vraiment comme si on venait de s'entraîner. Il y a des bons joueurs là-bas, ils savent jouer au sol, mais le rythme, c'est quand même problématique. Non. Très peu de gens en tout cas. C'est pour ça que les stades sont vides. Ils se passionnent pour les courses de voitures, pas pour les matches de foot. Je contacte l'intermédiaire marocain qui m'a amené là-bas. Je me dis que s'il a su gérer pour me faire signer à Al Arabi, il doit être capable de me libérer. Il me demande d'abord de patienter jusqu'à la fin de la saison. Et là, je suis catégorique, je lui dis que je veux absolument m'en aller directement. Mon message : -Débrouille-toi, c'est ton job. Il va trouver la direction du club, qui veut aussi que je reste au moins jusqu'à la fin du championnat. Puis ils voient que c'est impossible pour moi, ils comprennent que je suis encore très jeune et que j'ai besoin d'excitation, de stades où il y a du monde, d'un foot où ça va vite. Et alors, ils collaborent. Je me lève tard, vers 11 heures, midi. Je mange. Je regarde la télé. Je fais un tour en ville. Je repasse à la maison. On s'entraîne le soir. Quand j'ai un jour libre, je fais parfois des excursions avec des coéquipiers, on part faire du quad dans le désert par exemple. J'ai appris des choses sur la vie. Et j'ai découvert un univers où tout est grand, et où on te sert. Ma maison est très grande, je pourrais y loger une famille avec six ou sept enfants. Mais je suis seul dedans. Les restaurants sont grands, les centres commerciaux sont grands,... Quand je passe à la pompe, un gars se précipite pour remplir mon réservoir. Quand je vais au resto, on prend mes clés et on gare ma voiture. Ah oui, tout à fait. Tu te demandes parfois pourquoi on fait tout ça pour toi. (Il éclate de rire). Un peu, oui. Je le referais. Mais à 31 ou 32 ans, pas à 21. En début de carrière, tu dois faire d'autres choix. On appelle ça l'expérience. On apprend tous les jours. Je ne vois pas les choses comme ça, je me dis plutôt que j'ai pris une bonne leçon. Et je suis content d'être allé au Qatar. S'ils sont inflexibles, je ne pourrai rien faire. Mais il y a toujours une solution, on l'a vu avec mon retour au Standard. On peut discuter avec ces gens-là, ils sont ouverts. J'ai réussi à les convaincre une fois, ça marchera encore dans le futur... Absolument. Sa situation n'est pas comparable à la mienne. J'étais seul et je suis en début de carrière. Lui, il peut s'y installer relax avec sa femme et ses enfants, y finir tranquillement sa carrière.?PAR PIERRE DANVOYE - PHOTOS: BELGAIMAGE/ KETELS" Avant de prendre l'avion pour Doha, j'avais déjà la nostalgie du Standard. " " Les Qataris te font sentir en continu qu'ils te donnent beaucoup d'argent et que tu as intérêt à être bon. Sinon, ils te dégagent. "