Samedi, 22h20. Daniel Leclercq lève une bière locale à la victoire des Loups et demande, sourire en coin: "Et les frites vont arriver?" L'homme a bien installé son humour, son accent du Nord de la France et ses priorités au Tivoli. Il a passé plus d'une demi-heure dans le vestiaire des Vert et Blanc avant de venir à la rencontre de la presse: "Désolé, mais il ne faudra pas m'attendre plus tôt les prochaines fois. J'ai des devoirs vis-à-vis de mes joueurs, notamment celui de passer un bon moment avec eux après la fin d'un match. Que ce soit pour les réconforter ou pour partager leur joie. Ce soir, je les ai félicités mais je leur ai aussi demandé de rester humbles dans le succès".
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Samedi, 22h20. Daniel Leclercq lève une bière locale à la victoire des Loups et demande, sourire en coin: "Et les frites vont arriver?" L'homme a bien installé son humour, son accent du Nord de la France et ses priorités au Tivoli. Il a passé plus d'une demi-heure dans le vestiaire des Vert et Blanc avant de venir à la rencontre de la presse: "Désolé, mais il ne faudra pas m'attendre plus tôt les prochaines fois. J'ai des devoirs vis-à-vis de mes joueurs, notamment celui de passer un bon moment avec eux après la fin d'un match. Que ce soit pour les réconforter ou pour partager leur joie. Ce soir, je les ai félicités mais je leur ai aussi demandé de rester humbles dans le succès". La Louvière s'est donné un peu d'air dans le bas du classement, grâce à sa victoire contre Alost. Daniel Leclercq s'avoua satisfait du résultat et de la manière. "Mes joueurs ont affiché de grandes qualités de coeur, même si j'ai parfois eu l'impression qu'ils jouaient encore, par moments, avec le frein à main. Lorsque l'adversaire a mis un peu de pression en deuxième mi-temps, j'ai ressenti un certain stress dans mon équipe". Cette deuxième victoire de la saison - la première depuis le 30 septembre! - devra être suivie d'autres résultats positifs. Le chemin du sauvetage est encore long. En tout cas, les Loups viennent de prendre cinq points sur neuf, ils sont invaincus depuis trois matches et n'ont pas encaissé de but lors de leurs deux dernières rencontres. Le week-end prochain appellera une nouvelle confirmation: à Saint-Trond pour un autre rendez-vous crucial. "J'ai hâte de découvrir l'ambiance apparemment typique de ce stade", avoua encore Daniel Leclercq.Le match contre Alost avait une saveur particulière pour Dimitri Delière (28 ans), le plus pur Louviérois du noyau de Daniel Leclercq. Suspendu pour abus de cartes jaunes une semaine plus tôt à Malines, il aurait voulu défier le club qui lui avait permis de faire ses débuts en D1. Mais il passa une bonne partie du match sur la touche puis, une fois le troisième remplacement effectué, regagna le banc en remettant ses espoirs de titularisation au match suivant. Ce joueur a grandi à quelques kilomètres du Tivoli et il s'y affilia en Préminimes, en 1981. Cela représente une présence de vingt années dans ce club, seulement entrecoupée d'un séjour de deux saisons à l'Eendracht, où Jan Ceulemans lui fit découvrir la première division, en 1996. De l'ancien international, Delière retient surtout les bienfaits d'une ambiance très cool et un football on ne peut plus simple. "Ceulemans avait prévu de me lancer dans l'équipe de base dès le premier match de la saison, contre Anderlecht. La veille, je me suis pointé au terrain alors que l'entraînement était pratiquement terminé: je m'étais trompé d'heure! En voyant que mes coéquipiers avaient presque terminé la séance, j'ai pensé que Ceulemans allait me passer un fameux savon et que je pouvais oublier le match du lendemain. Mais il m'a compris et j'ai quand même entamé la rencontre face à Anderlecht. Je n'avais pas participé aux dernières répétitions, mais avec Ceulemans, ce n'était de toute façon jamais très compliqué. Il inscrivait les noms des onze joueurs adverses sur le tableau puis se contentait d'un simple: -On y va, les gars; on donne tout". C'était l'époque où tout allait bien à Alost. Les joueurs étaient encore payés à temps et personne ne parlait de faillite. Delière, dont l'amitié profonde avec Yves Vanderhaeghe remonte à cette période, a gardé beaucoup de bons souvenirs de son passage à l'Eendracht. "Tous les jeunes qui évoluent aujourd'hui en équipe Première frappaient alors à la porte de la Réserve. J'avais remarqué qu'ils étaient doués, mais ils m'étonnent vraiment par leur engagement. C'est beau de savoir faire abstraction de tous les problèmes extrasportifs dès que le match commence". Le médian des Loups constate que le football a beaucoup changé depuis sa première expérience en D1. "Quand j'étais à Alost, on avait un peu de temps devant soi quand on recevait le ballon. On pouvait se permettre de regarder à gauche et à droite, de chercher le coéquipier le mieux démarqué. Il était encore possible, même pour les équipes moyennes, de bâtir une action en partant de derrière. Il fallait être dans les 30 dernières mètres pour que ça devienne beaucoup plus chaud. Tout cela, c'est fini aujourd'hui. Chaque semaine, je suis ébahi par le pressing qui s'exerce sur toute la surface du terrain. Les attaquants pressent, le numéro 10 ne laisse aucun répit au milieu défensif adverse. Et les duels sont bien plus physiques qu'il y a trois ou quatre ans".Dimitri Delière a fait toutes ses classes de jeunes au libero. C'est Horvath qui le lança en équipe Première de La Louvière, alors en D3. A Alost, il évolua comme stoppeur puis dans le milieu du jeu. A son retour au Tivoli, Marc Grosjean lui confia une mission très complète: "Je devais jouer en marquage derrière et me retrouver dans l'entrejeu en possession de balle. Nous avons essayé cela pendant deux ou trois matches, mais il s'est vite avéré que c'était trop me demander, d'un point de vue physique. Je devais reprendre ma place dans la défense dès que nous perdions le ballon et cela n'a pas marché. Marc Grosjean en a tiré ses conclusions et il m'a transformé en vrai médian défensif. Libero, stoppeur ou demi, cela ne fait guère de différence pour moi: l'essentiel est que je puisse occuper une position axiale". Quand il évoque Marc Grosjean, on sent que Dimitri Delière est, quelque part, mal à l'aise. Car il se rend compte que le noyau louviérois n'a sûrement pas tout fait pour sauver la peau de ce coach. "Nous avons connu deux saisons fantastiques, puis quelques joueurs ont cru que c'était arrivé et ils ont laissé aller le bazar (sic). Dans le succès, Marc était devenu le copain des joueurs. C'est dans son tempérament: il éprouve des difficultés à être sévère, il n'aime pas sanctionner. C'est sans doute ce qui l'a perdu car tout le monde n'en a plus fait qu'à sa tête. A l'entraînement, c'était devenu n'importe quoi. Nous avons une part de responsabilité dans son licenciement. J'espère que les principaux coupables en sont conscients et s'en veulent aujourd'hui. Si ce groupe avait été plus professionnel, il aurait su faire son autocritique. Le seul point positif pour Marc, c'est que cette expérience lui servira certainement pour la suite de sa carrière. D'ailleurs, il s'y prendrait sans doute autrement dans son approche de notre noyau si la saison recommençait aujourd'hui". Daniel Leclercq a débarqué avec des méthodes différentes de celles de son prédécesseur. "Il est beaucoup plus perfectionniste", signale Dimitri Delière. "Il a par exemple prévu, pour cette semaine, une majorité d'entraînements durant l'après-midi, alors que nous travaillons généralement le matin. Tout cela parce que nous allons jouer le dimanche à 15 heures à Saint-Trond. Il sait que nous n'aimons pas jouer en journée et il veut nous mettre toute la semaine dans des conditions proches de celles du match. Il passe énormément de temps à corriger certains détails. Il donne des entraînements intensifs, sans temps morts. Il exige que nous soyons concentrés du début à la fin. C'est intelligent car si on parvient à rester parfaitement concentré pendant une heure et demie en semaine, on pourra sans doute refaire la même chose en match. Or, c'est justement la concentration qui nous a manqué jusqu'à présent. De petits relâchements passagers nous ont coûté beaucoup de buts". L'entraîneur français a aussi tracé des lignes que les joueurs ont l'interdiction de dépasser. "C'était nécessaire", dit Delière. "Nous avions besoin d'une métamorphose mentale. Nous avons eu énormément de malchance avec de nombreux blessés et des arbitres qui nous ont plus d'une fois pénalisés. Mais ce serait lâche de vouloir justifier notre classement en tenant compte uniquement de ces facteurs. Nous avons craqué moralement, et cela, nous en sommes les seuls responsables. Ce n'est pas normal d'avoir fauté dans tous les matches où l'adversaire a pris l'avance. On ne peut pas tolérer des manquements pareils en D1. Nos entraînements se passaient très bien: nous parvenions à jouer en une touche de balle et nous marquions de tas de buts. Mais dès qu'un grain de sable se glissait dans la mécanique du match, nous laissions tomber les bras. Beaucoup de joueurs de notre noyau ne possédaient pas une "culture de la défaite", ils n'avaient jamais, avant cette saison, perdu trois ou quatre matches d'affilée. Après le début de championnat raté, ils ont un peu paniqué et n'ont pas su se remettre en question. Nous avons aussi commis des erreurs dans notre façon d'aborder certaines phases. Ce n'est pas uniquement la faute des arbitres si nous n'avons pas encore hérité d'un seul penalty cette saison: quand l'occasion se présente, il faut aussi savoir se laisser tomber. Benoît Thans m'a dit un jour qu'avec un Toni Brogno dans notre équipe, nous aurions déjà obtenu plusieurs penalties. Et avec Dante aussi (il rit)". Un nouveau championnat a commencé pour les Loups au moment où Leclercq a débarqué. "Il serait désolant de retomber en D2 dès la fin de cette saison parce que nous avons assez de qualités pour viser la douzième ou la treizième place. Personnellement, la perspective de retourner jouer dans quelques mois à Deinze ou à Tirlemont m'effraie. S'il faut lutter jusqu'à la dernière seconde du dernier match de la saison pour sauver notre peau, je le ferai. Le nouvel entraîneur dit qu'il est très satisfait de notre mentalité, il constate que nous tirons de nouveau à la même corde. Il reste maintenant à être concrets lors de tous les matches de la fin de championnat. Daniel Leclercq nous a montré son ambition quand il a commenté le nul contre Bruges: pour lui, c'était un bon point mais nous aurions pu gagner si nous avions puisé encore un peu plus dans nos réserves. Nous avons su tenir compte de ses remarques lors des deux matches suivants. C'est prometteur".Pierre Danvoye