Alexis a le sourire et ce n'est pas grâce à nous. Ou pas vraiment. En plein shooting photo, occupé à se montrer sous son meilleur profil, le cinquième joueur belge à porter les couleurs du Milan AC après Maurice Tobias (1910-1911), Louis Van Hege (1910-1917), Camille Nys (1912-1913) et Eric Gerets (1983-1984), apprend en ce mardi soir estival la titularisation de Jérémy Doku avec les Diables contre l'Islande par nos soins. Une surprise en forme de confirmation de l'amour réel du sélectionneur national pour le made in Neerpede. Un peu plus tôt, Alexis Saelemaekers s'était déjà offert sous son meilleur jour dans le 3-4-3 de Jacky Mathijssen, avec les Diablotins contre l'Allemagne, en qualifications pour l'EURO U21 (4-1). Entre les deux, un rendez-vous fixé dans les bureaux de son agent, à Uccle et quelques confidences qui racontent la trajectoire éclair d'un gamin intrépide, passé de l'ombre de Vincent Kompany à la lumière de Milanello. En huit mois.
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Alexis a le sourire et ce n'est pas grâce à nous. Ou pas vraiment. En plein shooting photo, occupé à se montrer sous son meilleur profil, le cinquième joueur belge à porter les couleurs du Milan AC après Maurice Tobias (1910-1911), Louis Van Hege (1910-1917), Camille Nys (1912-1913) et Eric Gerets (1983-1984), apprend en ce mardi soir estival la titularisation de Jérémy Doku avec les Diables contre l'Islande par nos soins. Une surprise en forme de confirmation de l'amour réel du sélectionneur national pour le made in Neerpede. Un peu plus tôt, Alexis Saelemaekers s'était déjà offert sous son meilleur jour dans le 3-4-3 de Jacky Mathijssen, avec les Diablotins contre l'Allemagne, en qualifications pour l'EURO U21 (4-1). Entre les deux, un rendez-vous fixé dans les bureaux de son agent, à Uccle et quelques confidences qui racontent la trajectoire éclair d'un gamin intrépide, passé de l'ombre de Vincent Kompany à la lumière de Milanello. En huit mois. Récemment, Axel Witsel conseillait à Jérémy Doku et d'autres de ne pas quitter trop vite le championnat belge par peur de se brûler dans un grand club. Tu as choisi une trajectoire différente, en quittant la Pro League avant d'avoir atteint soixante matches. Quitter la Belgique sans t'y être imposé dans la durée, ça a été le fruit d'une longue réflexion ? ALEXIS SAELEMAEKERS : Non, parce qu'on ne refuse pas le Milan AC. Je ne connais pas beaucoup de personnes, en équipe nationale ou ailleurs, qui refuseraient l'offre d'un club pareil. En l'occurrence, moi, je n'avais pas grand-chose à perdre non plus. Pour mon évolution personnelle, je crois que j'étais aussi arrivé à un stade où j'avais envie de voir autre chose. À Anderlecht, la situation était devenue vraiment compliquée. Pour moi, mais pour tout le club en fait. En tant que joueur, j'ai toujours essayé de faire le maximum sur le terrain, mais voilà, on voyait que ça ne marchait pas. C'est comme partout, une fois qu'il y a une perte de confiance généralisée, c'est dur d'inverser la tendance. On était entrés dans une spirale négative, mais je suis persuadé qu'Anderlecht et Kompany finiront par en sortir. On a quand même l'impression que dans le contexte actuel, c'est devenu difficile pour des jeunes comme toi l'an dernier, comme Albert Sambi Lokonga ou Yari Verschaeren cette saison, de sortir la tête de l'eau. À quoi est-ce dû ? SAELEMAEKERS : C'est vrai, ce n'est pas évident. Albert le sait, je suis passé par où il en est aujourd'hui. Il doit continuer de bosser. Notre séparation, ça a été comme une rupture amicale pour nous deux. Ça peut paraître bête, mais ça a été dur à vivre. Surtout pour lui, qui restait à quai alors que je partais. Aujourd'hui, il me dit que dans le vestiaire, il est tout seul, qu'il ne parle plus avec personne, que c'est compliqué... Évidemment, ça ne l'aide pas, mais c'est la vie, c'est un passage. Sa chance, il sait qu'il la recevra encore et qu'il devra la saisir à ce moment-là. De toute façon, ce n'est pas nouveau : quand un club tourne moins bien, ça se ressent dans les prestations individuelles de chacun. On perd tous un peu de nos qualités dans ces cas-là. Sambi et Yari connaissent ça actuellement. Ce que fait le coach Kompany en les mettant sur le banc, c'est pour les faire réagir. C'était pareil avec moi il y a un an. Le but, c'est de nous faire comprendre que nous ne sommes pas indispensables. Et en l'occurrence, Kompany sait mieux qu'un autre dans quel état se trouve un jeune d'Anderlecht qui sort de Neerpede. Dans les classes de jeunes, on a la réputation d'avoir tous les droits, d'être chouchoutés. Il a décidé de nous sortir de cette zone de confort. Quelle relation entretenais-tu avec Vincent Kompany dans ces moments-là ? SAELEMAEKERS : Vincent, c'est quelqu'un de déterminé. Quand il est arrivé, je crois qu'il cherchait sa tactique et, visiblement, je n'entrais pas dans ses plans au début. C'était peut-être aussi une façon pour lui d'affirmer son autorité, mais ça m'a surtout permis de comprendre qu'il fallait que je bosse deux fois plus à l'entraînement. Je dois dire qu'il m'a toujours soutenu. Il n'arrêtait d'ailleurs pas de me dire que j'allais finir par recevoir ma chance, tout en étant aussi très clair avec moi sur certaines choses. En fait, je crois que ça lui a certainement permis de voir quelle était ma vraie force de caractère. C'est facile d'être bon quand tout va bien. Hein Vanhaezebrouck répète souvent que tu insistais pour jouer en 10 à son époque. C'est vrai ? SAELEMAEKERS : Si c'est arrivé, c'est à l'entraînement, parce que j'aimais bien jouer à cette place-là. Ça me permettait de prendre un peu plus de plaisir, de me libérer sans toujours devoir penser au replacement. Mais je n'aurais jamais osé demander ça en match. Mais ça résume bien ce qu'on m'a longtemps reproché à Anderlecht. On me disait que j'étais trop jouette, que je n'avais pas le déclic du professionnel. Du coup, j'ai essayé de réduire un peu ce côté-là, tout en faisant toujours attention de préserver ce petit grain de folie, parce que je pense que c'est ce qui fait le joueur que je suis. Ça et le fait que je suis quelqu'un capable de faire le switch dans ma tête après un moins bon match. Je ne suis pas du genre à être métro-boulot-dodo. Non, moi, j'aime bien pouvoir déconnecter, penser à autre chose qu'au foot. Au moment des premières négociations avec Zvonimir Boban et Paolo Maldini, quel a été le discours du club. Ils te voyaient plus comme un back ou un ailier ? SAELEMAEKERS : Ils me voyaient tout simplement sur le flanc doit. À quel poste, cela dépendrait de mon intégration à l'équipe. Pour eux, j'avais les qualités pour m'imposer aux deux places. À Milan, la direction m'a tout de suite fait confiance et ça a été hyper important pour moi. D'autant plus primordial que je débarquais quand même avec quelques appréhensions. Je me souviens de mes tous premiers entraînements. Je me sentais observé de partout. Je redoutais le regard des gens, de mes coéquipiers, j'avais peur de louper un contrôle, une passe. Dès que je ratais quelque chose, je pensais à ce qu'on devait se dire de moi : " Ah, le mauvais joueur ! ". C'est passé très vite. En fait, une fois que tu t'intègres aux autres, que tu parviens à te libérer, tout ça se fait de manière plus naturelle. Tu t'attendais à jouer autant la saison dernière ? SAELEMAEKERS : Honnêtement, non. Je suis un peu en avance sur le plan que je m'étais fixé. Ceci grâce au fait que le malheur des uns faisant le bonheur des autres, j'ai pu profiter de la blessure de Samu Castillejo pour jouer sur l'aile. Même si je reste persuadé que c'est au back droit que se situe mon avenir. C'est Emilio Ferrera, à Anderlecht, qui m'a fait comprendre ça. Un jour, il m'a pris à part et il m'a dit de regarder quels étaient mes concurrents sur l'aile et au back en équipe nationale. Et il m'a demandé, en gros, à quel joueur je pouvais le plus facilement m'identifier. Et clairement, sans appel, mon profil se rapproche plus de celui d'un Thomas Meunier que de celui d'un Hazard ou d'un Dries Mertens. C'est ça qui m'a fait cogiter, avant de me convaincre de tout donner pour ce poste. Le 3 février, 24 heures après avoir fait tes débuts à San Siro, 72 h après ton transfert surprise au Milan AC, une semaine après avoir joué ton dernier match avec Anderlecht contre le Cercle, tu racontais sur les antennes de la RTBF être entré au jeu sans comprendre les consignes tactiques de Stefano Pioli, données en italien, et avoir appris ton transfert sur les réseaux sociaux. C'était la semaine la plus dingue de ta vie ? SAELEMAEKERS : Sans doute. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça a été un transfert rapide. C'est au réveil que j'ai vu que ça s'emballait sur mes réseaux sociaux. Je recevais des centaines de messages de supporters italiens me disant de venir à Milan. Un ami m'avait envoyé un article de la DH qui m'annonçait à Milan, alors que je n'étais moi-même au courant de rien. C'est là que j'ai appelé Jean-Marc ( Schellens, son agent, ndlr) pour lui demander ce qu'il en était et qu'il m'a confirmé avoir eu un contact avec Maldini et Boban. Et puis, moins de deux jours plus tard, je me retrouve à jouer à San Siro. C'était fou. Je me rappelle encore de Pioli qui, dans le feu de l'action, me prend à part et commence à m'expliquer ce qu'il veut en italien. Forcément, je ne comprenais pas tout, mais quand j'ai vu Calabria sortir, je me suis bien dit que c'était là que je devais entrer. Vous savez, à ce moment-là, c'est le plaisir du jeu qui prend le dessus. J'étais plus stressé en avant-match, en montant les escaliers pour aller voir le terrain et ce stade énorme et rempli, pour la première fois. Là, tu prends une claque. Mais quand tu rentres sur le terrain, tu es dans ta bulle. Tu joues au foot, c'est que ce que tu fais depuis tout petit, c'est ta passion. C'est juste génial de pouvoir faire ça à San Siro. Fin juin, l'AC Milan a finalement décidé de lever, comme prévu, la clause de 3,5 millions d'euros pour t'acheter définitivement. Est-ce que tu as réellement douté à un moment que ça ne soit pas le cas ? SAELEMAEKERS : Je vais vous dire, ça m'a fait rire tout ce que j'ai lu dans la presse à ce propos. La vérité, c'est que j'ai été fixé sur mon sort une bonne semaine avant que l'info ne fuite dans les médias. C'est mon père et mon agent qui m'ont appelé un soir de la troisième semaine de juin pour m'avertir que tout était en ordre. Mais dans le fond, j'avais parfois l'impression que ça en amusait certains que le transfert puisse capoter. Vous savez, moi, dans le pire des cas, je serais revenu à Anderlecht, j'aurais bossé pour refaire mes preuves et prouver que mon transfert ne devait rien au hasard. Je n'ai jamais été réellement inquiet. Ta bonne entente avec Charles De Ketelaere, de Bruges, sur le côté droit a fait très mal à la mini- Mannschaft, mercredi dernier, dans ce qui sera sans doute le tournant de la qualification des Diablotins pour l'EURO. Pourtant, malgré l'ampleur du score contre l'Allemagne, on t'a parfois senti frustré. Tu es devenu perfectionniste au Milan AC ? SAELEMAEKERS : C'est vrai qu'avec Charles, on s'entend bien sur le terrain. Mais je pense qu'on aurait encore pu leur faire un peu plus mal s'il était resté un peu plus à l'intérieur, de manière à ce que je puisse prendre plus la ligne. Ils l'ont mieux fait de l'autre côté, où Mike Trésor ( Ndayishimiye, ndlr) prenait l'espace profond à l'intérieur, pour laisser la ligne à Francis Amuzu. Mais tout ça, ce sont des petits détails à régler. C'est tout à fait logique quand on sait que c'était la première fois qu'on jouait dans ce système-là, en 3-4-3. Donc, la réponse est oui, tu es visiblement devenu un brin perfectionniste ? SAELEMAEKERS : Peut-être bien que oui. Je pense que le fait d'avoir la chance de côtoyer au quotidien le tout haut niveau m'a conféré un nouveau statut. Évidemment, ce qui est logique, c'est que j'arrive avec une confiance différente en tant que titulaire au Milan AC que quand je débarquais en sélection avec l'étiquette de remplaçant à Anderlecht. Ça ne veut pas dire que je dois tout jouer ou que je suis le meilleur, ça n'a rien à voir, mais c'est un fait que mon rôle a changé. Aujourd'hui, je considère qu'il est de mon devoir, par rapport à ma génération et à toutes ces personnes que je connais parfois très bien, d'agir comme un leader. Contre l'Allemagne, il y avait six joueurs au coup d'envoi, sept après l'entrée de Sambi, de la génération 1999 de Neerpede ( Mile Svilar, Hannes Delcroix, Sebastiaan Bornauw, Mike Trésor Ndayishimiye, Albert Sambi Lokonga et Francis Amuzu en plus de Saelemaekers, ndlr). Pouvoir se retrouver dans des matches pareils, entouré des gars avec lesquels tu as grandi, c'est magnifique. Parce que quand tu connais personnellement tes coéquipiers, ça te donne encore un peu plus l'envie de te défoncer pour eux. Donc moi, à ma petite échelle, j'essaie de les diriger comme les grands joueurs le font avec moi à Milan. C'est l'école Zlatan Ibrahimovic ça ? SAELEMAEKERS : C'est différent. Zlatan, quand il parle, tu écoutes et tu appliques. Je ne suis pas comme ça ( rires). Zlatan, il est avec nous comme il est avec les médias. C'est un gars sans filtre. Le genre de type où quand tu vas lui parler, tu réfléchis à deux fois à ce que tu vas lui dire. Parce que si tu lui balances une connerie, il ne va pas hésiter à te remballer. Mais en dehors de ça, il est ouvert et pas toujours braqué. Mais bon, voilà, c'est le patron du vestiaire. Et je n'ai forcément pas la même relation avec lui qu'avec un mec comme Hakan Çalhanoglu. Lui, c'est mon gars sûr. Dans sa biographie " Comme ses pieds ", l'ancien international français passé par l'AC Milan, Vikash Dhorasoo, décrit son arrivée à Milanello, le centre d'entraînement du Milan, comme une sorte de Graal absolu. Comment tu as vécu la transition entre Anderlecht et le grand Milan ? SAELEMAEKERS : Il y a un monde de différence. C'est dans les petits détails du quotidien que tu sens que tout est plus pro à Milan. De la pelouse au marketing, en passant par la communication, tu fréquentes des grands joueurs, qui ont disputé des finales de Coupe du monde, qui ont gagné des Champions Leagues et qui figurent à tous les postes de l'organigramme du club. Ça change tout quand tu es entouré de tels personnages. Si je dois caricaturer, à Milan, je côtoie des gars qui se demandent s'ils vont aller chercher leur pain en jet privé ou en hélicoptère, alors que moi j'en suis encore à me poser la question de savoir si ce sera en bus ou à pied. Tu l'as dit, tu es passé en quelques semaines de remplaçant à Anderlecht à titulaire dans un club aussi prestigieux que le Milan AC. Comment tu vis cette transition mentalement ? SAELEMAEKERS : Je me dis que c'était peut-être un passage obligé. Que peut-être que si j'avais été titulaire tous les matches avec Anderlecht, je ne serais pas à l'AC Milan aujourd'hui... On va dire que c'est un mal pour un bien... Je serais en tout cas fou de regretter toutes mes années à Anderlecht.