Oudenburg, Flandre occidentale, 21 juillet 2015. Les habitants font des yeux comme des toupies quand ils voient débouler un bataillon de supporters du RWDM dans leur centre-ville. Cette joyeuse bande file vers le petit terrain du KWS Oudenburg. Le Racing White Daring Molenbeek 47, qui vient d'être relancé, va y jouer le tout premier match de son histoire.
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Oudenburg, Flandre occidentale, 21 juillet 2015. Les habitants font des yeux comme des toupies quand ils voient débouler un bataillon de supporters du RWDM dans leur centre-ville. Cette joyeuse bande file vers le petit terrain du KWS Oudenburg. Le Racing White Daring Molenbeek 47, qui vient d'être relancé, va y jouer le tout premier match de son histoire. Thierry Dailly, qui fait fonction à la fois de président et de manager général, a réussi en quelques jours à mettre sur pied un stage à Knokke. Et il a su convaincre le Cercle Bruges, fraîchement tombé en deuxième division et entraîné par le Bruxellois Frederik Vanderbiest, de server de sparring-partner à son équipe. C'est fou, le monde que ce petit match sans aucun enjeu peut attirer : près de 400 passionnés ont fait le déplacement depuis la capitale jusqu'aux Polders. Ils veulent être témoins du premier match d'une nouvelle vie. Les nouveaux héros du groupe de supporters BXL Boys s'appellent Kevin Kempeneer, Jean Black, Sherif Haidara, Daan De Pever et Nicolas Vanderhaegen. Le nouveau RWDM arrache un nul et c'est fêté comme un titre. On remonte une année plus tôt encore. Durant l'été 2014, alors qu'il est à Kinshasa pour son boulot, Thierry Dailly reçoit un drôle de coup de fil. Un type lui explique que cinq personnes sont prêtes à rassembler entre 400 et 500.000 euros pour créer un nouveau RWDM. Et ces personnes souhaitent bombarder Dailly comme visage de ce club. Une fois rentré au pays, le Bruxellois se concentre sur ce projet qui, dès le départ, se heurte à des réticences politiques. Le 8 juin 2015, un mois et demi avant le match contre le Cercle, la ligne d'arrivée est en vue. Mais tout à coup, le projet commence à sombrer, de toutes parts. Des cinq investisseurs potentiels, il n'en reste que deux, et ils demandent à mettre le plan au frigo. " J'ai invité quelques figures du club à la maison ", raconte Dailly. " On a pris une feuille blanche. Le but était d'énumérer d'un côté les aspects positifs du projet, de l'autre les négatifs. On n'a rien pu trouver de positif... On n'avait pas de matricule, pas de stade, pas de joueurs. J'ai réfléchi toute la nuit puis j'ai contacté notre juriste pour qu'il règle tout avec le Standaard Wetteren, qui mettait son matricule en vente. J'ai rassemblé mes dernières économies, plus de 100.000 euros, pour l'acheter. Kevin Kempeneer et Jérôme Nollevaux sont les premiers joueurs qui ont accepté de s'embarquer dans l'aventure. On doit avoir testé une bonne quarantaine de gars pour former finalement un noyau." La feuille du match de cet amical contre le Cercle traîne toujours sur le bureau de Thierry Dailly, quatre ans plus tard. L'homme fort du nouveau RWDM est bien conscient du chemin parcouru par son club pour arriver aujourd'hui en D1 amateur. Entre-temps, on a à Molenbeek un club qui pète la forme. Le matricule 5479 n'est plus l'ASBL dont le président devait organiser les réunions dans une brasserie du Westland Shopping Center à Anderlecht, c'est aujourd'hui un club dont presque tous les joueurs ont demandé le statut professionnel. " On est prêts pour passer un nouveau palier ", explique Dailly. " On a abandonné le statut d'ASBL et on a demandé la licence professionnelle. Grâce à notre passé et à nos supporters, on a une plus grande force d'attraction que certaines équipes de D1B. Au début, des sponsors venaient chez nous uniquement par nostalgie. A terme, on doit réussir à conclure des deals avec des marques internationales. Quand je vois l'explosion des budgets et des salaires depuis quatre ans, je me dis que ça va être très compliqué de se faire une place parmi les 24 clubs professionnels. Par exemple, Tubize a vendu Thomas Henry à Louvain pour 350.000 euros. A titre de comparaison, quand j'étais manager du FC Brussels, on avait vendu Dalibor Veselinovic à Anderlecht pour 200.000 euros. Alors que Veselinovic était le meilleur buteur de D2. Il faudra que les investisseurs étrangers trouvent leurs repères en D1 amateurs, c'est une question de temps. " Le plus grand capital du RWDM, ce sont ses supporters. Les jeunes, que ce soit en Flandre ou en Wallonie, ne savent pas trop ce que signifient ces quatre lettres. Pour eux, Molenbeek est d'abord associée à la criminalité et au djihadisme. Mais à Bruxelles et alentours, le RWDM reste une institution. Malgré la faillite du RWDM en 2002 et la liquidation du FC (RWDM) Brussels en 2014, le potentiel de supporters reste intact. La saison passée, on comptait au moins 2.000 personnes dans le stade lors de chaque match à domicile. Avec des pics à 3.000 curieux. On peut dire que les fans du RWDM, c'est un peuple spécial : ils n'arrêtent pas de se plaindre mais ils reviennent toujours. Et il y a un important pourcentage féminin dans les tribunes. A Dilbeek, le club de supporters Panorama possède même un kop féminin : De Mossels - Les Moules ! " Après la disparition du FC Brussels, peu de gens pensaient que le club allait pouvoir être relancé et rejouer à ce niveau ", lance Geoffrey Cabeke, joueur du RWDM. Il a fait ses classes de jeune au RWDM de l'époque puis a joué pour le FC Brussels. " Je crois surtout que ce qui a manqué aux gens, c'est l'ambiance au Stade Machtens. Au début, j'entendais des commentaires du style : Pas grave si on n'est pas champions, on est déjà contents de pouvoir aller au stade deux fois par mois et de boire une pinte. Ici, il règne une ambiance vraiment particulière. Après les matches, les joueurs se mélangent aux supporters. " Le slogan du club ( A legend never dies) n'a pas été choisi par hasard. Thierry Dailly est convaincu que ce club ne peut tout simplement pas disparaître. Pour lui et les autres dirigeants, la priorité était de conserver le Stade Machtens, le logo et les lettres RWDM. Avec le hashtag #tousautemple, le club a fait un retour remarqué dans son temple le 17 octobre 2015 à l'occasion d'un match de quatrième division contre Sterrebeek. Il y avait plusieurs milliers de personnes au rendez-vous. Ce match était une nouvelle illustration de la popularité du RWDM. Un amour populaire dont n'a jamais bénéficié le FC Brussels de l'excentrique Johan Vermeersch. Rik Van Eesbeek, président de la fédération des supporters et créateur du club de supporters Panorama, affirme que le FC Brussels n'a jamais été vraiment apprécié à Molenbeek. " Au début, les gens sont allés au stade par curiosité, puis ils n'y ont plus mis les pieds. Pendant la dernière saison du FC Brussels en première division, j'ai assisté à un match où il n'y avait pas plus d'une centaine de personnes du noyau dur. OK, il faisait froid, mais ce n'était pas la seule explication. J'en ai profité pour accoster Johan Vermeersch et je lui ai lancé : Tu vois ce que tu as fait de ce club ? " Cabeke se souvient très bien de cette époque. Il connaît personnellement un grand nombre de supporters parce qu'il était souvent dans le bloc des BXL Boys dans ses jeunes années. Après la création du FC Brussels, il a remarqué que ses anciens camarades de tribune désertaient le stade. " Aujourd'hui, c'est différent. Les supporters sont fidèles au poste, chaque semaine, aussi bien en déplacement qu'à domicile. Je pense qu'ils espèrent, pour la plupart, que le club va encore monter plus haut. " " La première année, c'était n'importe quoi ", se souvient Thierry Dailly. " On n'avait pas de terrain d'entraînement fixe, on devait s'expatrier sur des semblants de pelouses, à Evere, à Berchem St-Agathe, à Anderlecht. Dans certains cas, il n'y avait même pas d'éclairage. Entre-temps, la différence est énorme. Il y a des joueurs qui se plaignent de notre terrain synthétique à côté du stade parce qu'ils s'écorchent les genoux, alors je dis : Merde !Il ne faut pas oublier d'où on vient. On n'existe que depuis quatre ans, quand même. Je trouve que c'est important qu'on préserve les valeurs du club. Qu'est-ce que tu peux encore espérer quand tu laisses tomber tes valeurs ? " Van Eesbeek comprend que l'actuel RWDM n'est plus le club d'autrefois. Il sait que le RWDM champion de Belgique en 1975 et demi-finaliste de la Coupe de l'UEFA deux ans plus tard (après avoir éliminé Schalke 04 et Feyenoord) ne reviendra plus. " Des supporters d'autres clubs me disent souvent que le RWDM a sa place en D1A. Je trouve qu'on fait partie des clubs mythiques, genre Malines, Antwerp ou Beerschot. "