La scène se passe au Coliseum Alfonso Perez, face à Getafe. L'Atlético Madrid mène 1-0 lorsque Adrian adresse un ballon au deuxième poteau. Le centre semble un peu long mais DiegoCosta se jette sur le cuir avec la force du désespoir. Juste à temps pour le pousser au fond des filets au prix d'une blessure spectaculaire. Le sang gicle de son genou droit. La blessure est si profonde qu'on voit l'os. On pense que sa saison est terminée et que le titre va échapper à l'Atlético. Mais Costa ne voit pas les choses de cette façon. A peine rentré au vestiaire, il tient à rassurer tout le monde. Pour lui, c'est juste une égratignure. Alors qu'un médecin est en train de le recoudre, il filme la scène avec son smartphone. Ça fera un chouette souvenir pour montrer aux amis et à la famille. Après le match, lorsque l'entraîneur lui demande comment il va, il lève le pouce et sourit. Il sera là au match suivant, pas de problème. Et cinq jours plus tard, en effet, il joue les 90 minutes face à Elche. Comme si de rien n'était. Mieux : il inscrit un but sur penalty dans les arrêts de jeu.
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La scène se passe au Coliseum Alfonso Perez, face à Getafe. L'Atlético Madrid mène 1-0 lorsque Adrian adresse un ballon au deuxième poteau. Le centre semble un peu long mais DiegoCosta se jette sur le cuir avec la force du désespoir. Juste à temps pour le pousser au fond des filets au prix d'une blessure spectaculaire. Le sang gicle de son genou droit. La blessure est si profonde qu'on voit l'os. On pense que sa saison est terminée et que le titre va échapper à l'Atlético. Mais Costa ne voit pas les choses de cette façon. A peine rentré au vestiaire, il tient à rassurer tout le monde. Pour lui, c'est juste une égratignure. Alors qu'un médecin est en train de le recoudre, il filme la scène avec son smartphone. Ça fera un chouette souvenir pour montrer aux amis et à la famille. Après le match, lorsque l'entraîneur lui demande comment il va, il lève le pouce et sourit. Il sera là au match suivant, pas de problème. Et cinq jours plus tard, en effet, il joue les 90 minutes face à Elche. Comme si de rien n'était. Mieux : il inscrit un but sur penalty dans les arrêts de jeu. Il faut le voir se battre, Diego Costa. Il aime les duels d'hommes, comme celui qui l'opposa l'an dernier en Ligue des Champions à JohnTerry, aujourd'hui devenu son équipier. Sur les gros plans, on pouvait pratiquement voir la testostérone jaillir de leur corps. Pour bien montrer que le rectangle lui appartenait, Costa n'hésita pas à marcher sur l'Anglais. Un instinct animal identique à ceux que l'on voit dans les documentaires de National Geographic. Celui qui est aujourd'hui meilleur buteur de Premier League a inscrit 27 buts en Primera Division la saison dernière. Il a notamment secoué les filets du stade Bernabeu, où il a livré une prestation inoubliable pour ceux qui y ont assisté. On lui a marché sur le tendon d'Achille, donné des coups à l'estomac, craché dessus et on l'a insulté mais il a rendu coup pour coup. Après 80 minutes, les quatre défenseurs du Real avaient tous écopé d'un carton jaune. Ils ne savaient pas comment contenir cette force de la nature déchaînée. Sergio Ramos et Pepe avaient sorti leur éventail de coups tordus mais Diego Costa avait répondu avec le sourire, cherchant sans cesse la confrontation. A la 85e minute, DiegoSimeone le remplaça afin que tout le stade puisse l'applaudir. Ce qui se vérifia. C'est ce soir-là que Vicente Del Bosque décida que Costa serait le nouvel attaquant de l'équipe d'Espagne. C'est ce jour-là aussi que JoséMourinho vit en lui le centre-avant de Chelsea. Diego Costa, c'est un véritable roc, un passionné, un malabar qu'il n'est pas toujours facile de contrôler. A peine arrivé en Angleterre, il s'est déjà fait remarquer. Notamment en déclenchant une bagarre lors du match de championnat à Everton (3-6) lorsqu'il se moqua de SeamusColeman, qui venait de marquer contre son camp. TimHoward, le gardien d'Everton, vint lui demander des comptes et l'affaire dégénéra. Dans ces moments-là, le côté gamin de rue de Costa refait surface. Sentant le gardien s'approcher dans son dos, il se retourna, le torse bombé. Laissant Howard le prendre à la gorge, il le regarda droit dans les yeux, l'air de dire : Que veux-tu ? Avant, il ne parvenait pas à canaliser sa colère. Cela lui valut de nombreux cartons jaunes et rouges. Aujourd'hui, il a fait de cette rage une arme car il connaît les limites à ne pas franchir. Il joue beaucoup plus intelligemment le jeu avec ses adversaires et les arbitres. " Avant, je me battais avec tout le monde ", dit-il. " Je ne me contrôlais pas, je frappais, j'insultais. Je n'avais aucun respect pour mes adversaires, je pensais devoir les tuer. " Tout cela est dû, en grande partie, à la façon peu commune dont il s'est hissé au sommet. Il a appris à jouer dans des quartiers défavorisés, où les matches se terminaient pratiquement toujours à coups de pieds et à coups de poings. " Dans les centres de formation, on vous apprend les valeurs, les normes, la façon de se comporter. On ne m'a jamais rien dit de tout cela, je n'ai pas eu d'écolage. Chaque jour, je voyais des mecs se taper dessus et je pensais que cela faisait partie du jeu. J'utilisais mes coudes pour me protéger. " A Primera desde la calle (De la rue à la D1) avait titré El País lorsque, voici quelques années, Costa avait commencé à faire parler de lui. C'était l'époque où il était loué par le Real Valladolid et ce titre résumait parfaitement sa carrière. Costa avait déjà 16 ans lorsqu'il a disputé son premier match officiel. A ses débuts au Portugal et en Espagne, on aurait dit un bison lâché en pleine nature, quelqu'un qui ne soupçonnait pas sa force. Un diamant brut qui devait encore apprendre à jouer au football. Son arrivée au sommet du football espagnol coïncide plus ou moins avec celle de Diego Simeone au poste d'entraîneur de l'Atletico Madrid. Le coach argentin reconnut en lui le gladiateur héroïque qu'il avait lui-même été : impitoyable, intrépide et plein de tempérament. Un lutteur né, pour qui perdre est un peu mourir. Ce n'est pas pour rien que le titre de sa biographie, parue en mai est : Diego Costa, El Arte de la Guerra. L'art de la guerre. Costa a dû surmonter de nombreux obstacles pour devenir le joueur qu'il est aujourd'hui. Cela se voit dans chaque duel. Souvenez-vous du but inscrit récemment face à Swansea, le premier des trois de son après-midi. Sur un corner, il est arrivé à se débarrasser du marquage pour égaliser de la tête. Avec lui, c'est à la vie, à la mort. Il ne connaît pas d'autre moyen. Et c'est exactement de ce genre d'homme que Mourinho pense avoir besoin pour mener à bien son deuxième mandat à Chelsea. Il y a dix ans, Costa estimait qu'il n'était pas fait pour être joueur de football professionnel. Il avait 15 ans, rencontrait ses premières filles mais n'avait pas d'argent pour les emmener au restaurant. Il avait effectué un stage dans un club de son village mais ça s'était mal passé et il avait décidé de s'en aller à São Paulo, où son oncle vendait des vêtements falsifiés dans un centre commercial. Costa voulait l'aider pour gagner de l'argent. Près de chez lui, il n'était pas facile de trouver du boulot. A Lagarto, sa ville natale, au nord-est du Brésil, un habitant sur trois vivait sous le seuil de pauvreté. Nombreux étaient ceux qui sombraient dans l'alcool ou la criminalité. Il n'y avait pas de terrains en herbe. C'est son oncle qui réussit à le convaincre de tenter à nouveau sa chance. Il pouvait toujours se remettre à travailler par la suite s'il échouait. Un ami lui permit de faire un test à Barcelona EC, un nouveau club qui offrait aux jeunes défavorisés une chance de sauver leur existence. Mais Costa se disputait si souvent avec ses adversaires qu'il se révéla être une véritable plaie pour ses entraîneurs et ses partenaires. Il fut même suspendu pour quatre mois après avoir frappé un joueur en pleine figure et menacé un arbitre. C'était en 2005, à l'époque où LionelMessi commençait à faire parler de lui sous la direction de FrankRijkaard, dans un autre club du même nom. Drôle de destins croisés... Il y a huit ans, ces deux-là vivaient dans des mondes aux antipodes l'un de l'autre. La saison dernière, ils luttaient pour le titre de champion d'Espagne. L'agressivité de Costa avait pourtant failli lui coûter son transfert en Europe. Un collaborateur de l'entreprise dirigée par l'agent de joueurs portugais JorgeMendes était parti le voir à São Paulo avec une délégation du Sporting Braga. C'était l'époque où il était suspendu mais, pour ne pas décevoir ses visiteurs, il avait joué. Et pour faire forte impression, il avait directement mis par terre son adversaire direct.... Trois bonnes années après avoir décidé d'abandonner le football, Costa devenait professionnel. C'est à Penafiel, où il était prêté, qu'il se mit pour la première fois en évidence. Il n'avait encore que 18 ans. " Depuis, il n'a fait que progresser ", dit un scout de l'Atletico qui se souvient l'avoir vu jouer dans ce petit club de D2 portugaise. " Diego s'est toujours donné à fond, même dans les duels face à des joueurs qui avaient 15 ans de plus que lui. Il se battait pour chaque mètre carré de terrain avec une rage que je n'avais jamais vue jusque-là. Il montrait directement à ses adversaires à qui ils avaient à faire. La plupart du temps, c'est lui qui donnait le premier coup. " Le nouvel attaquant de Chelsea a grandi avec son frère dans l'intérieur du Sergipe, le plus petit Etat du Brésil. Jair a deux ans de plus que lui. Son père l'a appelé comme cela en hommage à Jairzinho, l'international brésilien qu'il avait adulé durant la Coupe du monde 1970. Diego aurait dû s'appeler Maradona mais sa mère trouvait que ça sonnait un peu trop argentin. Pour pouvoir aller jouer au football, Costa empruntait souvent le VTT de son voisin. Avec son frère, il se rendait dans une petite école de foot où ils jouaient sur un terrain vague. Jair et Diego devaient toujours jouer dans la même équipe, sans quoi c'était la bagarre assurée. Ils étaient tellement mauvais perdants tous les deux qu'ils finissaient par se disputer. Les matches étaient régulièrement interrompus pour laisser passer une voiture ou une charrue. Ce terrain est aujourd'hui entouré d'une clôture et trois véritables pelouses y ont été aménagées. En bonne partie grâce à Costa, un Brésilien à qui on a donné le prénom du meilleur joueur argentin de tous les temps et qui est devenu international espagnol parce qu'il sentait que LuizFelipeScolari ne l'appréciait pas à sa juste valeur. Un type surgit du néant et qui, soudain, s'est mis à marquer pratiquement autant que Lionel Messi ou CristianoRonaldo. Que ce soit dans la rue, en club ou en équipe nationale, le chemin parcouru par Costa était semé d'embûches. Mais il a démontré lors de chaque pas qu'il était bien déterminé à les surmonter. D'apparence un peu raide, il semble toujours avoir une fraction de retard. Mais il est toujours à l'heure au rendez-vous. Ce n'est pas seulement un barbare rebelle qui cogne sur tout ce qui bouge. " Il sent les espaces et est plus rapide mais surtout plus malin qu'il n'en a l'air ", dit José Mourinho après le match à Swansea. On souhaite bien du plaisir aux défenseurs de Premier League cette saison. PAR SÜLEYMAN ÖZTÜRK - PHOTOS: BELGAIMAGE" Il est beaucoup plus malin qu'il n'en a l'air. " José Mourinho