La rencontre avec Adnan Custovic (26 ans) se fait à Bruxelles, à l'ombre de la cathédrale des Saint-Michel et Gudule, celle qui voit défiler les princes et rois. Comme un symbole. Celui du couronnement d'un nouveau souverain. Car depuis le début du championnat, l'attaquant des Hurlus trône en tête du classement des buteurs, cette race des monarques du rectangle. Si Custovic a fait le voyage jusque dans la capitale, ce n'est pas uniquement pour admirer les tours de ce joyau dues à Jan van Ruysbroeck, celui-là même qui fut le concepteur de la tour de l'hôtel de ville. Non. Il y jette un rapide coup d'£il mais ce sont avant tout les méandres de l'administration du consulat français qu'il est venu visiter. " Ce n'est pas encore maintenant que je vais recevoir la nationalité française. Pour cela, il faut être marié à une Française depuis quatre ans. La loi vient à peine de changer. Avant, il ne fallait que deux ans. Or, cela fait deux ans et demi que je suis marié ".
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La rencontre avec Adnan Custovic (26 ans) se fait à Bruxelles, à l'ombre de la cathédrale des Saint-Michel et Gudule, celle qui voit défiler les princes et rois. Comme un symbole. Celui du couronnement d'un nouveau souverain. Car depuis le début du championnat, l'attaquant des Hurlus trône en tête du classement des buteurs, cette race des monarques du rectangle. Si Custovic a fait le voyage jusque dans la capitale, ce n'est pas uniquement pour admirer les tours de ce joyau dues à Jan van Ruysbroeck, celui-là même qui fut le concepteur de la tour de l'hôtel de ville. Non. Il y jette un rapide coup d'£il mais ce sont avant tout les méandres de l'administration du consulat français qu'il est venu visiter. " Ce n'est pas encore maintenant que je vais recevoir la nationalité française. Pour cela, il faut être marié à une Française depuis quatre ans. La loi vient à peine de changer. Avant, il ne fallait que deux ans. Or, cela fait deux ans et demi que je suis marié ". Pourtant, il l'avoue lui-même. S'il a demandé sa naturalisation, c'est uniquement pour simplifier sa paperasse administrative. Car son c£ur reste ancré en Bosnie, ce pays qu'il a quitté il y a 15 ans pour fuir la guerre et rejoindre la Slovénie. A 20 ans, alors qu'il vaquait à ses occupations d'étudiant en ingénierie civile, il eut l'occasion de passer un test en France. C'était il y a six ans et demi. Il y découvrit la Ligue 1 sous le maillot du Havre, fit connaissance de sa future femme dans le port normand, descendit en Ligue 2, rejoignit Laval puis Amiens et finit au chômage avant que Mouscron ne lui propose un nouveau défi. C'était au début de la saison passée. Un an plus tard, l'éclosion est totale. Avec ses cinq réalisations en trois journées, les médias se pressent autour de lui. " Depuis quelques semaines, je donne plus d'interviews. Et puis quelle ne fut pas ma surprise lorsque je découvris par hasard que j'étais en poster dans Sport/Foot Magazine. C'était la première fois que cela arrivait. Généralement, l'honneur est laissé à des garçons comme Sergio Conceiçao ou Mémé Tchité. Mon rêve de gosse se réalisait. Quand j'étais petit, ma réussite consistait à apparaître un jour en poster. Grâce à vous, c'est fait ! D'ailleurs, si vous remarquez une hausse des ventes de votre magazine à Mouscron, c'est normal. J'ai acheté tous les exemplaires pour ma famille ", ajoute-t-il en rigolant et en ne sachant pas qu'il se trouverait aussi en couverture du dernier numéro.... A Mouscron, Custovic a trouvé un environnement épanouissant. " Quand je suis arrivé, je ne connaissais pas le club. Par après, je me suis souvenu que j'avais disputé un match amical contre eux lorsque je portais les couleurs du Havre. On avait gagné 7-1. Il y a un an, j'étais au chômage. Un agent m'avait proposé un test à Mouscron. Un autre avait surenchéri avec une offre de Saint-Trond en insistant pour que je n'aille pas à Mouscron. Il disait qu'il y avait déjà cinq, six attaquants chez les Hurlus. Mais moi, je m'en foutais. Je voulais du boulot. Si cela s'était mal passé, j'aurais été voir à Saint-Trond mais finalement, mon test fut positif. Avec le recul, je ne pense pas avoir commis une erreur en optant pour le championnat de Belgique. Il est davantage médiatisé que la Ligue 2 en France. Et puis, je voulais découvrir autre chose que la France où finalement j'avais connu six ans sans grande réussite. On m'avait collé l'étiquette du joueur qui ne marque pas beaucoup. On regardait les statistiques sans chercher à voir si j'avais reçu suffisamment de confiance de mes entraîneurs. En France, que ce soit au Havre, à Laval ou à Amiens, dès que le club ne tournait plus, on me mettait au placard ". " J'aurais dû venir plus tôt en Belgique si j'en avais eu l'occasion. A Mouscron, je me sens bien et je pense que j'ai réussi ma première campagne en affichant un bilan de sept assists et huit buts. Cela s'explique simplement par le fait que je fus titulaire toute la saison au contraire de mes années françaises. Ici, l'entraîneur, Gil Vandenbrouck, me fait confiance. C'est quelqu'un d'honnête et de juste, qui sait aussi remettre les pendules à l'heure quand il le faut. C'est une bonne chose de l'avoir maintenu à son poste car un autre changement d'entraîneur aurait demandé encore une nouvelle adaptation tactique. Lui, il nous connaît, il sait comment chacun réagit. Tout le monde au sein du noyau est au courant de ses problèmes de santé et cela suscite de notre part encore davantage de respect. On sent qu'il aime le foot et que c'est un battant ! ". Cette stabilité si importante dans le football actuel contribue grandement à la valeur actuelle de Mouscron. Le club continue sur son rythme de la fin de saison passée qui l'avait vu parvenir en finale de la Coupe. " Toute l'équipe se connaît mieux et on perçoit davantage d'automatismes. On peut résumer en disant que l'année dernière fut celle où on a appris à se connaître et que celle-ci est celle de la confirmation. Mouscron forme un collectif. Si on se met tous à travailler, on peut réaliser de grands résultats mais si on ne tient pas cette direction, on va se retrouver en difficulté. Au niveau des pronostics d'avant-saison, tout le monde nous classait 16e ou 17e mais il n'y a que la vérité du terrain qui compte et on va essayer de faire mentir toutes ces analyses. Je crois, vu l'intégration des nouveaux Bertin Tomou et Demba Ba et des revenants Bastien Chantry et Alexandre Teklak, que l'on peut viser la colonne de gauche. D'abord éviter d'être mêlé à la lutte pour le maintien, ce sera déjà bien car à ce niveau, ce ne sont plus les qualités intrinsèques des équipes qui jouent mais le mental. On le voit en ce début de saison. Si Mouscron joue mieux, ce n'est pas parce que l'équipe est meilleure mais parce que chacun évolue de manière plus libérée ". Après l'équipe, parlons de l'attaque, le secteur de jeu le plus performant. " Les trois attaquants sont complémentaires. Tomou garde le ballon, est impressionnant physiquement et crée des brèches pour les autres équipiers ; Demba Ba fait preuve de qualités de vitesse, de profondeur et de dribbles. Et puis, moi, mon style, c'est le jusqu'au boutisme ". Si Custovic craint une chose dans l'euphorie actuelle, c'est de voir le regard des gens changer : " Je sais marquer mais je ne suis pas un buteur de surface qui attend le ballon. J'aime participer au jeu, faire jouer mes équipiers et me dépenser. Mon style n'a pas changé. Je connais simplement plus de réussite actuellement. J'ai toujours travaillé durement et je sais que cela va vite des deux côtés. A moi de ne pas m'enflammer. Quand je vois Mémé Tchité, on envoie tous les ballons sur lui et il est là pour les convertir en buts. Moi, je suis d'abord là pour me fondre et travailler dans un collectif et puis, parfois je marque des buts. Je vais essayer de rester aussi efficace mais il ne faut pas être surpris si, en fin de championnat, on retrouve des garçons comme Kevin Vandenbergh, Igor De Camargo et Tchité devant moi au classement des buteurs. Eux, ce sont des renards de surface. Moi pas. Il suffit d'ailleurs d'analyser mes buts. Sur les cinq inscrits, il n'y en a qu'un qui le fut dans le rectangle. Pour le reste, il s'agit de frappes lointaines ou de coups francs. C'est cela mon style. C'est pour cette raison également que l'entraîneur me fait évoluer dans une position en retrait des attaquants ou sur le flanc droit. De la sorte, je ne fais pas l'objet preuve de marquage individuel et je dispose de plus de libertés même si on commence à faire attention à moi. Contre Roulers, on avait placé Chemcedine El Araichi sur moi ". Une frappe de mule et une finesse dans les coups francs, tels sont les arguments décisifs dont fait preuve actuellement l'attaquant mouscronnois pour pointer parmi les as du championnat belge : " C'est vrai que j'ai la chance d'avoir une bonne frappe. Quand c'est cadré, c'est toujours dangereux. Pourtant, beaucoup de mes coups francs vont encore hors cadre. C'est dans cette direction que je dois progresser : le cadrage. J'essaie d'adapter ma technique selon l'endroit de la phase arrêtée. Si je me trouve à 18 mètres, je vais essayer de contourner le mur. Par contre, si c'est à 25, 26 mètres, je frappe en force ". Depuis le début de la saison, la mécanique offensive des Hurlus était particulièrement bien huilée. Pourtant, avec la blessure de Demba Ba et la durée de son indisponibilité (trois à six mois), Vandenbrouck devra revoir ses batteries. " C'était impressionnant. Je me suis rendu à l'hôpital, le lendemain, pour le saluer. On voulait lui faire passer le message que toute l'équipe le soutenait et qu'il fallait qu'il ait du courage. Cependant, c'est inhérent à la vie du footballeur. Personne ne finit sa carrière sans connaître un jour ou l'autre une blessure. Pour l'équipe, c'est évidemment un mauvais coup mais on est obligé de faire sans Ba. Mon rôle va donc sans doute évoluer. Cependant, l'équipe ne manque pas de remplaçants de valeur comme Chantry ou Adolphe Tohoua ". Actuellement, Custovic profite de sa notoriété grandissante et des bonnes choses que la vie lui réserve. Son premier enfant doit arriver le 5 octobre. " Pour le moment, tout se passe bien dans ma vie et c'est aussi pour cette raison que je joue plus relâché. J'arrive à mes années de maturité. Je n'ai plus d'excuses : mes années de jeunesse sont terminées ( il rit). Il me reste encore deux ou trois bonnes saisons et puis, cela sentira la fin qui approche. Je me suis battu toute ma vie et je ne manque pas d'ambitions. Je vois plus haut mais je sais aussi être content de ce que j'ai. J'aurais préféré réaliser une meilleure carrière mais je suis quand même satisfait de mon parcours. J'ai mis fin à ma vie d'étudiant pour partir en France faire un test. Je ne regrette pas mon choix. Je fais un métier de privilégié et jamais, je me lève en disant - Quel foutu travail. Il faut juste que je me prenne moins la tête après les matches. Si je marque un triplé mais que je rate un but, je vais me demander toute la soirée comment j'ai pu louper la cible. Cela ne sert à rien car de toute façon, la rencontre est terminée mais je n'y peux rien. Je suis un gagneur. Je n'aime pas perdre et si c'est le cas, je vais refaire le match pendant trois jours. Le football constitue ma passion et je ne me vois pas quitter le monde du foot après ma carrière. Pendant les vacances, un jour sans foot, c'est la galère. Je suis un fan de sport et de compétition. A la télévision, je regarde tout, que ce soit du kayak ou les championnats d'Europe d'athlétisme. Mon futur garçon fera ce qu'il veut mais avec un père comme le sien, cela m'étonnerait que cela ne soit pas un sportif ( il rit) ". Un avenir rose qui pourrait encore l'être davantage avec une sélection en équipe nationale : " La Bosnie, cela reste dans le c£ur. C'est là que se trouvent mes racines. Cela fait 15 ans que je suis parti mais je ne me sens pas encore étranger à ce pays. Tous les ans, je m'y rends. J'aimerais évoluer pour le pays. On en a déjà parlé l'année passée mais le sélectionneur, Blaz Sliskovic a dit qu'il n'avait pas de scouts pour venir me visionner ". STÉPHANE VANDE VELDE