TILLEUR FC 21 saisons en D1

Une femme âgée qui promène ses deux chiens se plaint des gamins de merde qui l'empêchent de dormir. " Ici, presque tout le monde a une alarme, par crainte des cambrioleurs ", dit-elle. Elle habite presque en face de l'entrée du Stade de Buraufosse mais ne sait rien de Tilleur. " Mon mari aurait pu vous en dire plus mais il est décédé. Tous les petits clubs n'ont-ils pas des difficultés, à présent ? On parle trop d'argent dans le football. Nous avons travaillé à l'usine toute notre vie mais quand on voit ce qu'on peut gagner en jouant au football maintenant alors que les gens n'ont plus d'emploi... C'est pas normal, hein monsieur ! On vit une drôle d'époque. "
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Une femme âgée qui promène ses deux chiens se plaint des gamins de merde qui l'empêchent de dormir. " Ici, presque tout le monde a une alarme, par crainte des cambrioleurs ", dit-elle. Elle habite presque en face de l'entrée du Stade de Buraufosse mais ne sait rien de Tilleur. " Mon mari aurait pu vous en dire plus mais il est décédé. Tous les petits clubs n'ont-ils pas des difficultés, à présent ? On parle trop d'argent dans le football. Nous avons travaillé à l'usine toute notre vie mais quand on voit ce qu'on peut gagner en jouant au football maintenant alors que les gens n'ont plus d'emploi... C'est pas normal, hein monsieur ! On vit une drôle d'époque. " Au moment où Tilleur a connu son heure de gloire, du travail, il y en avait. L'industrie de l'acier était florissante et, pour se détendre, les gens allaient au football le dimanche après-midi. C'est ainsi qu'en 1965, le Royal Tilleur FC a terminé quatrième en D1. C'était la grande époque du football liégeois, celle où le Standard et le FC Liège jouaient aussi le top 6. La légende raconte que Joseph Pannaye, défenseur international puis entraîneur de Tilleur, a inventé le catenaccio avant même les Italiens. L'équipe jouait si défensivement qu'on évoquait le Mur de Tilleur, nous dit-on au café Kamikaze. Depuis, les Métallos n'ont plus jamais fait preuve d'une telle résistance. En 1989, ils ont fusionné avec le Royal Saint-Nicolas FC et en 1995, ils ont été absorbés par le Club liégeois. Mais sept ans plus tard, le FC Tilleur-Saint-Nicolas renaissait de ses cendres en quatrième provinciale avec Ido Cremasco, un ancien joueur, comme entraîneur-président. Après des fusions avec Saint-Gilles et Grâce-Hollogne, Tilleur joue aujourd'hui la tête en D3 amateurs. Il est présidé par Gaëtan Dell'Aera, un restaurateur. " C'est un club familial qui a une bonne école de jeunes ", dit Ido Cremasco, lui-même formé à Tilleur avant d'inscrire le but qui, voici 35 ans, propulsa Seraing en D1. " Quatre cents jeunes s'entraînent sur les trois terrains en herbe et le terrain synthétique du site du Bonnet. C'est un atout important. " Le Stade de Buraufosse, par contre, ne correspond plus aux exigences d'un club ambitieux. Mais il reste particulier. Le terrain est situé au pied d'une colline. A la fin du siècle dernier, alors qu'on n'y jouait plus, un enfant a pénétré dans l'enceinte par un trou dans le grillage, il est monté sur le toit et a effectué une chute mortelle. Depuis, le grillage a été refait et la tribune rénovée. Les gradins derrière le but n'accueillent plus que des panneaux publicitaires et le reste ressemble à du bricolage. Le stade n'est pas éclairé. " On y travaille ", dit Cremasco. " Les ambitions du club dépendent un peu de la commune. " Tilleur n'attire pas plus de quelques centaines de spectateurs. " Il est difficile de remplacer les supporters qui meurent. D'autant qu'avec Seraing, le Standard et le FC Liège, il y a beaucoup de clubs sur quelques kilomètres carrés. " Le Stade de La Neuville fut l'un des premiers du pays à être doté de l'éclairage et l'Olympic aura été l'un des pionniers des matches en nocturne. Aujourd'hui, hormis la nouvelle tribune, le stade aurait bien besoin d'une rénovation. " Les plans existent ", dit Carl Servaes, collaborateur du club depuis des lustres. " La ville nous a promis son aide pour l'installation d'un nouvel éclairage. " De 1937 à 1975, les Dogues ont joué 24 saisons en D1 avec, pour meilleur résultat, une deuxième place à deux points d'Anderlecht, en 1947. Après une fusion avec la RA Marchienne en 2000 et une faillite en 2011, le Royal Olympic Club de Charleroi-Marchienne a été sauvé de la radiation par un groupe d'investisseurs représenté par Adem Sahin, propriétaire de la chaîne de supermarchés Reyhan et président de la JS Turque, qui évolue en provinciale. Après deux montées, le club est à présent troisième en D2 amateur et il pourrait assurer sa promotion via le tour final. Bien que le Mambourg ne soit situé qu'à quelques encablures, il y a longtemps qu'on n'a plus eu droit aux derbies légendaire face au Sporting Charleroi. " J'ai 83 ans et je mourrai sur le terrain mais j'ai un accord avec Saint-Pierre : cela n'arrivera pas avant que l'Olympic retrouve la D1 ", dit Servaes. Près du stade, au coin de la rue Neuve, Mario Gatta exploite le magasin de sport Amour du Sport.Amore dello Sport. Il a grandi dans la rue, a joué à l'Olympic et en a entraîné les jeunes. Son fils joue en U19 au Sporting. Pour avoir tenu un café pendant quinze ans, il sait mieux que personne ce que le football dégage comme passion. " Le problème, c'est que les vieux supporters ne sont pas remplacés. Les jeunes vont au Sporting pour y voir de grands clubs. " D'ailleurs, dans son magasin, les maillots qu'il vend le plus sont ceux de la Juventus. Servaes insiste plus que jamais sur le rôle social de l'Olympic. " Grâce à notre école de jeunes, 525 gamins ne traînent pas dans les rues. Le sport exige une certaine discipline, de la mentalité et une ligne de conduite. Ce sont des atouts pour la vie, ils permettent d'éviter la prison. Nous y contribuons. Les espoirs du Sporting jouent chez nous et ce club nous prend nos meilleurs jeunes mais je regrette qu'il ne leur donne pas davantage de chances d'éclore. " Hormis la construction de nouveaux vestiaires, le Stade Forestier n'a pas changé depuis le seul match européen qu'il a accueilli. C'était en 1998 et Harelbeke, qui avait terminé cinquième, y avait affronté la Sampdoria. Le club avait rejoint la D1 trois ans plus tôt, il allait la quitter trois ans plus tard pour chuter en provinciale après une reprise par un club allemand, une liquidation, une fusion avec Ingelmunster. Aujourd'hui, le club a retrouvé son nom et ses couleurs originelles. Il navigue au milieu du tableau de D2 amateurs. Le président actuel, Christophe Rommens, a été président des jeunes. " La formation, c'est notre ADN ", dit-il. " Nous avons près de 400 jeunes et alignons, en équipe première, cinq joueurs formés au club. C'est comme ça que nous attirons du monde. Le samedi après-midi, des gamins jouent sur 7 ou 8 terrains tandis que les parents s'amusent à la buvette. C'est ça qui fait la beauté du football. Nous voulons qu'il y ait de l'interaction entre notre équipe première et les jeunes. " Harelbeke a connu son heure de gloire à l'époque où Courtrai et Waregem allaient mal. " Aujourd'hui, la concurrence est énorme. D'autant que la télévision diffuse du foot le dimanche après-midi. " Nous avons 500 spectateurs de moyenne mais le stade peut en accueillir 10.000 et il y a un public latent. Contre Saint-Trond, en coupe, nous avons enregistré 1.800 entrées payantes, dont 40 visiteurs seulement. La commune compte 30.000 habitants mais nous ne pourrions monter que si les grandes entreprises de la région s'engageaient, comme par le passé. " Tout le monde a encore en mémoire le Soulier d'Or de Gilles De Bilde en 1994 ou la quatrième place et les matches de Coupe UEFA face au Levski Sofia et à l'AS Rome en 1995. Mais personne n'a oublié la dégringolade qui s'ensuivit non plus : la relégation en D3 en 2002 mais, surtout, les dettes et les scandales, la faillite, les histoires de fusion, les problèmes de licence et de stade, les affaires d'argent, les intrigues... A l'Eendracht, c'était le carnaval d'Alost toutes les semaines. Mais c'est aussi ce club qui, en 2006, lança un certain Dries Mertens en D3. Aujourd'hui, il joue la tête en D2 amateurs et aux alentours du stade Pierre Cornelis, pas grand-chose n'a changé. Les cafés aux noms inspirés du football comme The New Wembley et le Dug Out sont toujours là, attendant que le potentiel de cette ville de 85.000 habitants, qui aime le football, se développe. Un nouveau président, Patrick Le Juste, a fait renaître l'espoir. Voici peu, il expliquait dans Sport/Foot Magazineque son objectif était de ramener le club en D1. ? " Ici, on ne dispute plus que des matches internationaux de jeunes, des rencontres féminines et de handi-foot ", dit le concierge. Dans un des locaux, des enfants font du bricolage sous la surveillance d'une jeune femme. Au mur, des photos noir et blanc de l'époque où les grands clubs tremblaient à l'idée d'affronter les Mineurs dans un stade comble. On y reconnaît Julien Cools et Wilfried Van Moer. De 1950 à 1984, le FC Beringen a disputé 25 saisons en D1. En 1964, il fut même vice-champion. La chute libre a commencé lorsque les charbonnages ne l'ont plus soutenu. En 2002, il a fusionné avec Vigor Beringen. Sous le matricule de Vigor et la dénomination de KVK Beringen, il a dû quitter le Stade de la Mine en 2004 pour laisser place au club professionnel de Heusden-Zolder, qui allait faire faillite deux ans plus tard. Depuis, Beringen joue au Sportpark de Motbemden mais le Stade de la Mine ne laisse personne indifférent. Le chemin qui y mène est bordé de sites miniers et de corons. Le nom du FC Beringen figure toujours sur la façade en briques et sur la tribune assise que l'on aperçoit à travers le grillage. " Nous n'avons jamais abandonné l'espoir d'y retourner un jour ", dit le secrétaire, Vladimir Wynnyk. " Mais avec 90 spectateurs de moyenne, ce n'est pas possible. Nous devons d'abord remonter. " C'est ce que le club essaye de faire en vain depuis des années. Avec 45.000 habitants, Beringen est la troisième ville du Limbourg derrière Hasselt et Genk. Mais actuellement, le club ne parvient pas à se hisser dans la première moitié du tableau de première provinciale. " Il est très difficile de sortir de provinciale ", dit Wynnyk. " Les joueurs qui peuvent faire la différence coûtent cher et nous ne faisons pas de noir. Les clubs de la région font même de la surenchère pour travailler avec des entraîneurs diplômés. Avant, nous avions trois à quatre cents jeunes. Aujourd'hui, ils sont encore cent cinquante. Mais le club est sain, ce qui n'a pas toujours été le cas. " Dans quelques années, le vieux stade Ludo Coeck va être abattu pour faire place à une enceinte moderne mais, selon Marc De Mulder, de nombreux supporters le regrettent. " C'est de la nostalgie ", dit-il. " Ce stade attire encore beaucoup d'étrangers mais il a fait son temps. Chaque jour, il est entretenu par quatre ou cinq personnes qui font des travaux d'intérêt général. Il est aussi beaucoup trop grand, trop cher à entretenir et trop peu accueillant. " Le manager sportif est l'un des sept minimes qui, à l'époque de Ludo Coeck, se sont hissés en équipe première de Berchem Sport. " Nous voulons maintenir cette tradition de formation des jeunes ", dit-il. Le Rooi propose une belle infrastructure avec, entre autres, un terrain synthétique. Depuis deux ans, le club collabore avec le RC Genk. " Mais la grande différence, c'est que nos jeunes talents quittent le club beaucoup plus tôt ", dit-il. " Il devient très difficile de les amener en équipe première. La saison dernière, nous avons lancé Rik De Kuyffer, un garçon de 16 ans. Il n'avait pas encore fait deux pas sur le terrain que le Club Bruges était déjà là. Aujourd'hui, il y joue en U19. Mais presque tous les joueurs de notre équipe première ont été formés dans de grands clubs et sont arrivés ici parce qu'ils n'avaient pas percé. " Berchem Sport est toujours quinzième au classement des clubs qui comptent le plus de saisons en D1. Il a été trois fois vice-champion de Belgique mais il est descendu à la fin des années 80 et des problèmes financiers l'ont fait basculer en première provinciale. Aujourd'hui, il joue la tête en D2 amateurs. " Nos difficultés sont les mêmes que celles de tous les clubs amateurs ", dit De Mulder : " Les joueurs gagnent trop par rapport aux recettes des clubs. Le plus frustrant, c'est que des clubs payent encore en noir. Et ils osent dire que leurs joueurs sont des amateurs... " Selon le manager sportif, si Berchem Sport revit, c'est grâce au projet du nouveau stade. " Nous sommes le parent pauvre du Beerschot et de l'Antwerp, le troisième club de la ville. Mais les nouvelles infrastructures vont amener des possibilités. Actuellement, nous ne pouvons pas accueillir des personnalités importantes comme il se doit. Nous pourrions également avoir bien plus de supporters. Actuellement, ils sont un millier mais il y a quatre ans, lorsque nous avons été champions en Promotion, cinq mille spectateurs ont assisté au dernier match. A Berchem, beaucoup de gens ont encore une une écharpe jaune et noir au fond d'une armoire. " Diest est aujourd'hui célèbre pour les exploits de Marieke Vervoort mais on joue toujours au football au Stade de la Warande qui abritait, jadis, un des plus grands terrains de Belgique. En 1964, le KFC Diest a disputé la finale de la Coupe de Belgique face à La Gantoise. Il menait même 2-1 à une minute de la fin mais a été battu 2-4 après prolongations. Le club était monté en 1961. Il allait redescendre quatre ans plus tard et remonter en 1970, pour un séjour de cinq ans cette fois. En 1988, il fusionnait avec le FC Assent pour devenir le KTH Diest mais en 2006, après une liquidation, il descendait en troisième provinciale. Des anciens comme Jos Heyligen ou les frères Bruno et Patrick Versavel lui rendaient vie sous son nom et ses couleurs originels. Aujourd'hui, après deux montées consécutives, le club formateur de Timmy Simons lutte pour son maintien en D3 amateurs et a sans doute atteint la limite autorisée à une ville de 23.000 habitants. " Les joueurs sont pratiquement devenus impayables ", dit le président Jos Vilters, un garagiste qui a repris le club il y a trois ans. " C'est du foot amateur mais ils veulent un deuxième salaire. Il serait temps que les clubs leur fassent comprendre qu'on ne peut plus continuer de la sorte. De plus, les sponsors se font rares. Il faut mendier ou organiser des soupers aux moules pour s'en sortir, c'est très dur. Le stade est vétuste et l'entretenir coûte cher. Personne ne nous aide, la ville affirme ne pas en avoir les moyens. Les supporters viennent encore mais seulement quand tout va bien et les jeunes, dans lesquels nous investissons, partent pour des clubs de divisions inférieures qui leur proposent plus d'argent. Difficile de diriger un club dans ces conditions. " PAR CHRISTIAN VANDENABEELE - PHOTOS BELGAIMAGE