En signant à la Fiorentina l'été dernier, Marko Marin est devenu le seul joueur allemand à jouer dans quatre des cinq plus grands championnats européens. Joli. La saison précédente, il était devenu le seul ressortissant de son pays (et le second joueur après le Colombien Falcao) à remporter la Ligue Europa deux ans de suite avec deux clubs différents (Chelsea et Séville). Costaud. Depuis 2012, Marin a beau avoir joué dans des clubs prestigieux et inscrit les premières lignes de son palmarès en club, son apport au cours de ces dernières saisons est moindre. Il ne s'est imposé nulle part depuis qu'il a quitté la Bundesliga, et la Nationalmannschaft n'est plus qu'un lointain souvenir. Même s'il s'agit sûrement d'une belle affaire pour Anderlecht, comment expliquer que Marko Marin ait pu atterrir là ? Dans l'absolu, comment se fait-il qu'un joueur comme lui, promis à un avenir radieux, ait pu autant se perdre au cours de ces dernières années ?
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En signant à la Fiorentina l'été dernier, Marko Marin est devenu le seul joueur allemand à jouer dans quatre des cinq plus grands championnats européens. Joli. La saison précédente, il était devenu le seul ressortissant de son pays (et le second joueur après le Colombien Falcao) à remporter la Ligue Europa deux ans de suite avec deux clubs différents (Chelsea et Séville). Costaud. Depuis 2012, Marin a beau avoir joué dans des clubs prestigieux et inscrit les premières lignes de son palmarès en club, son apport au cours de ces dernières saisons est moindre. Il ne s'est imposé nulle part depuis qu'il a quitté la Bundesliga, et la Nationalmannschaft n'est plus qu'un lointain souvenir. Même s'il s'agit sûrement d'une belle affaire pour Anderlecht, comment expliquer que Marko Marin ait pu atterrir là ? Dans l'absolu, comment se fait-il qu'un joueur comme lui, promis à un avenir radieux, ait pu autant se perdre au cours de ces dernières années ? L'explication se trouve peut-être plusieurs années en arrière. En 1991, la famille Marin s'installe du côté de Francfort, en provenance de Bosanska Gradiška (une ville située dans l'actuelle Bosnie). Le jeune Marko a alors deux ans. A peine apprend-il à marcher qu'il taquine déjà le cuir. Seulement, il est très petit pour son âge. Marko comprend très vite qu'il ne pourra pas s'ouvrir la voie des airs. Alors il choisit celle de la terre, et décide de travailler sa technique. Il devient très fort balle au pied. Trop fort, même. " Il jouait tous les jours. Après l'école, il allait souvent au terrain de foot. Mais les autres ne voulaient pas le laisser jouer. Ils n'avaient pas envie, parce qu'il était bien meilleur qu'eux ", se rappelle Ranko Marin, le papa. En 2005, alors qu'il joue pour les jeunes de l'Eintracht Francfort, on lui fera le même coup. Trop petit, pas assez physique, le club de la Hesse ne souhaite pas le garder plus que cela. Alors qu'il se voyait déjà voler avec les Aigles, Marin se sent le dindon de la farce. Mais une fois de plus, c'est la terre ferme qui l'empêchera de sombrer : les Fohlen (Poulains) du Borussia Mönchengladbach sont intrigués par ce lutin dribbleur, qu'ils finissent par obtenir contre un chèque de 20 000 euros. A Gladbach, Marko Marin franchit très vite les différents obstacles qu'il rencontre. A 17 ans, il joue dans l'équipe réserve. La saison suivante, le 31 mars 2007, il est convoqué pour la première fois en équipe première par Jos Luhukay, lors de la 27e journée. Le hasard veut que ce soit contre l'Eintracht Francfort, son ancien club. A la 89e minute, il tient la première revanche de sa carrière, en délivrant une passe décisive pour Federico Insua, qui permet au Borussia d'arracher le match nul (1-1). Mais malgré quelques apparitions en fin de saison, il ne peut empêcher la descente de son club en D2. Un mal pour un bien, puisque non seulement il signe son premier contrat professionnel un peu plus de deux mois après sa première apparition dans l'élite, mais surtout, il devient un membre incontournable de cette équipe qui souhaite à tout prix remonter dans l'immédiat. " L'année de la montée, on était injouables ", se souvient son ancien coéquipier Steve Gohouri. " On gagnait presque tous nos matchs avec 2-3 buts d'écart. Et Marko y était pour beaucoup. " Devenu titulaire dans une équipe en reconstruction, Marin finit la saison 07/08 avec 4 buts et 13 passes décisives en 31 rencontres. Si le retour en Bundesliga est difficile pour le promu, qui se sauve in-extremis, Marko Marin est clairement le joueur le plus en vue du côté du Borussia Park : non seulement il réalise une nouvelle saison de bonne facture (4 pions et 11 assists en 31 apparitions), mais surtout, il commence à se mettre l'Allemagne du football dans sa poche. Repositionné sur le côté, il rend dingue les défenseurs qui essayent de l'attraper. Grâce à sa vitesse et sa capacité d'exécution, il embarque non seulement son vis-à-vis, mais avec lui, les gars qui viennent lui prêter main forte. Résultat : ses coéquipiers se retrouvent seuls, et n'ont plus qu'à battre le gardien. Ce qui plaît chez Marin, c'est cette prise de risque constante. Le dribble, oui, mais toujours avec une fin précise. Joachim Löw l'a bien compris, la Mannschaft va bientôt récolter les fruits du Nachwuchsarbeit (" travail sur les jeunes ") lancé quelques années plus tôt dans le pays, suite à la catastrophe de l'Euro 2000. Et Marin est l'un des premiers ambassadeurs de la génération montante. Et qu'importe si au final, le sélectionneur allemand ne le retient pas pour l'Euro 2008 : un an plus tard, le petit Marin ira remporter le championnat d'Europe des U21, en compagnie de joueurs comme Manuel Neuer, Mats Hummels, Jérôme Boateng, Sami Khedira ou encore son futur coéquipier en club Mesut Özil. Car le talent de Marko Marin n'a laissé personne insensible, et surtout pas le Werder Brême. Le club de la Weser, abonné à la Ligue des Champions depuis plusieurs saisons, et entraîné par un Thomas Schaaf qui joue alors le football le plus offensif du pays, est un point de chute parfait pour Marin, qui a besoin de grandir, de montrer ses qualités sur le terrain, bref, de s'exprimer. Le club du nord de l'Allemagne débourse 8,2 millions d'euros pour s'attacher les services du prodige. Et ça marche : quand les Vert et Blanc jouent, les buts pleuvent. Le Werder finit 3e, avec la deuxième meilleure attaque (71 buts, soit un de moins que le Bayern), et Marin termine la saison avec 11 passes et 4 buts en 32 rencontres de Bundesliga. Et, cerise sur le gâteau : il fait partie des 23 Allemands qui se rendent à la Coupe du monde en Afrique du Sud. Tout va bien dans le meilleur des mondes pour Marin. Mais c'est à partir de ce moment-là que les nuages s'amoncellent au-dessus de sa tête. A commencer par le départ de Mesut Özil pour le Real Madrid, soit le joueur avec lequel il s'entendait le mieux au Werder. Devant cette perte de taille, Thomas Schaaf décide alors de faire de Marin la nouvelle pierre angulaire de son milieu de terrain. Marko devient donc le nouvel animateur du jeu du Werder, comme Özil, Diego ou encore Johan Micoud avant lui. Un rêve se réalise pour Marin, qui se retrouve donc à mener son équipe, comme son idole Dejan Savicevic le faisait du côté du Milan AC. Sauf que la mayonnaise ne prend pas : Marko Marin n'est pas un meneur de jeu. Même s'il est très fort techniquement et qu'il sait parfaitement comment agir en un contre un, il n'a pas la même vista qu'un " vrai " numéro 10. Dans l'axe, il y a moins de place que sur le côté. De plus, Schaaf décide de chambouler son système et de descendre un attaquant pour passer à cinq milieux, ce qui empêche Marin de gambader à son aise avec la balle. Résultat : le Werder finit l'exercice 10/11 à une piteuse 13e place, et plusieurs joueurs importants (Per Mertesacker, Torsten Frings) quittent le club. Malgré une saison terne, Marin devient alors de facto un des cadres de cette équipe, mais des blessures gênent son ascension. En parallèle, il a du mal à prendre ses responsabilités. Ce qui est curieux, c'est qu'il donne cette impression sans faire de vagues. " Il savait d'où il venait et il savait où il allait ", dit de lui son ancien coéquipier Steve Gouhouri, à l'époque où Marin évoluait à Mönchengladbach. Une humilité qui ne l'empêche pas de voir son niveau baisser de matches en matches. Marin donne surtout l'impression d'être fort dans une équipe où il y a des joueurs forts. Les principaux joueurs du Werder partis, la solitude envahit Marko, qui peine à élever son niveau de jeu. Bizarrement, cela n'effraie pas Chelsea, qui fait une offre de 8 millions d'euros. Soit le prix auquel le Werder l'avait acheté. Le club de la Hanse, qui ne joue plus la Ligue des Champions et qui n'a donc plus les revenus suffisants pour conserver Marko Marin, voit cette offre comme une aubaine. Fin avril 2012, un accord est trouvé : Marko quitte les bords de la Weser pour ceux de la Tamise. En dépit d'une dernière saison moyenne au Werder compte tenu du statut qu'il était censé acquérir (1 but, 6 passes en 21 apparitions), Marko Marin jouit d'une bonne cote à son arrivée en Angleterre. La presse locale va même jusqu'à le surnommer the German Messi. Il est vrai que le jeune homme a quelques similitudes avec La Pulga : même gabarit, même sens du dribble, même goût du risque. Mais la comparaison s'arrête là : tandis que Messi s'applique à enfiler les Ballons d'Or comme des perles, Marin cherche une place de titulaire chez les Blues. Seulement, la concurrence fait rage : Marin arrive à Chelsea en même temps qu'Eden Hazard et Oscar, et doit se farcir en plus des joueurs du calibre de Juan Mata. Trop pour lui. Ni Roberto di Matteo, ni Rafael Benitez ne lui font vraiment confiance. Humiliation suprême : il joue même quelques matchs avec les U21. Au final, Marin ne dispute qu'une quinzaine de rencontres avec l'équipe première (dont un tiers seulement comme titulaire), mais en profite quand même pour écrire la première ligne de son palmarès en club, une Ligue Europa remportée face à Benfica. Ce dont il se satisfait. " Même si j'ai passé la finale sur le banc, je me sens quand même vainqueur ", déclarera le joueur au quotidien Die Welt. Cantonné sur le banc des remplaçants, le lutin espère avoir sa chance avec José Mourinho, qui effectue son grand retour à Stamford Bridge. Bien que le technicien portugais soit friand de joueurs allemands (Özil et Khedira au Real Madrid peuvent en attester), il ne compte pas sur Marko Marin. Mais très vite, la puce va rebondir : le FC Séville semble être intéressé par un prêt d'un an. Une occasion en or pour l'ailier, qui voit là une occasion de se refaire dans un grand club qui évolue dans un championnat où il aura la possibilité de faire parler sa technique. Très vite, Marin conquiert les coeurs de ses nouveaux supporters. Le 22 août 2013, il inscrit même un doublé face au Slask Wroclaw (victoire 4-1) lors du premier tour de sa nouvelle compétition préférée, la Ligue Europa. " Il a très bien commencé et ça lui a valu d'être apprécié par les supporters ", se rappelle Aitor Torvisco, journaliste qui suit les Rojiblancos pour le compte de l'Estadio Deportivo, le quotidien sportif de Séville." Dans son système de début de saison, Emery le faisait jouer en tant que mediapunta (faux n°9) aux côtés de Rakitic. On l'imaginait plus en ailier, mais il combinait bien avec les autres joueurs offensifs ". Ce qui a le don d'émerveiller les supporters, qui font même tout ce qu'ils peuvent pour qu'il reste au club : ils mettent la pression à leurs dirigeants pour qu'ils lèvent l'option d'achat sur le joueur, et tentent en parallèle de trouver à leur nouveau chouchou une Sévillane à qui passer la bague au doigt pour qu'il reste en Andalousie. Marin a retrouvé le sourire. Mais très vite, la malchance va venir lui rendre visite. En octobre 2013, il se déchire la cuisse. Une blessure dont il ne se remettra jamais au cours de la saison. " Il a mis du temps à s'en remettre, et une fois qu'il est revenu, il n'avait pas vraiment la forme. Et puis le coach a fait monter d'un cran Rakitic, Marin ne pouvait pas le concurrencer. Contrairement à ses coéquipiers qui n'ont cessé d'être mieux au long de la saison, il a lui été de moins en moins bien. Il n'a pas eu l'importance dans le jeu qu'espérait Unay Emery ", analyse Torvisco. Marko Marin veut revenir au niveau qui était le sien, mais il s'emmêle les pinceaux. On lui reproche son individualisme, le fait de vouloir trop en faire. Une fois de plus, il se retrouve à cirer le banc de touche. Une fois de plus, il a raté sa saison. Le symbole le plus fort de cet échec sera très certainement cette soirée du 14 mai 2014 : au Juventus Stadium, le FC Séville remporte aux tirs au but face au Benfica Lisbonne la troisième C3 de son histoire. Marin aura participé à cette victoire. 26 minutes très exactement, le temps de rentrer à la place de José Antonio Reyes à la 78e et de quitter la pelouse pour laisser sa place à la 104e en se tenant la cuisse. La tête basse, Marin retourne à Chelsea quelques mois avant de se faire une nouvelle fois prêter, à la Fiorentina cette-fois. Toujours sans succès. Aujourd'hui, si Marko Marin se retrouve en Jupiler League, c'est parce qu'il a grillé un bon nombre de jokers. Il a beau avoir de nombreuses qualités, il doit maintenant se mettre au travail, et ne pas compter uniquement sur son talent. Et peut-être un jour parviendra-t-il à retrouver le niveau qui était le sien quand il était en Allemagne. En attendant, ce qui est sûr, c'est que le public du stade Constant van den Stock va se régaler avec ses facéties techniques. Peut-être que cela lui permettra de retrouver le sourire. PAR ALI FARHAT - PHOTOS: BELGAIMAGEMarin prend constamment des risques. Le dribble, oui, mais toujours avec une fin précise. Hazard, Oscar, Mata : à Chelsea la concurrence est trop forte pour lui. Marin est fort quand il est bien entouré. A Brême, le départ d'Özil lui a fait mal.