La route qui mène au sommet de la Citadelle rappelle la noble histoire du peuple liégeois. Des touristes découvrent de splendides panoramas de la Cité ardente qui se baigne dans la Meuse. Au gré de leurs éblouissements, certains d'entre eux aperçoivent peut-être Tchantchès, en marche vers l'escalier de la Montagne de Bueren pour donner un coup de main aux 600 Franchimontois.
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La route qui mène au sommet de la Citadelle rappelle la noble histoire du peuple liégeois. Des touristes découvrent de splendides panoramas de la Cité ardente qui se baigne dans la Meuse. Au gré de leurs éblouissements, certains d'entre eux aperçoivent peut-être Tchantchès, en marche vers l'escalier de la Montagne de Bueren pour donner un coup de main aux 600 Franchimontois. Un peu plus loin, un magnifique terrain synthétique, protégé par un solide grillage, garnit la rue des Glacis. C'est le domaine de la JS Pierreuse (P3A), le bijou de feu le Père Paul dont un portrait orne un des murs de la buvette. Il suffit de prononcer son nom pour que des sourires admiratifs fleurissent tous les visages. " Il passait des journées entières au volant de sa camionnette blanche pour permettre aux jeunes de Sainte-Walburge, de Droixhe et d'autres quartiers liégeois de s'entraîner ou de prendre part à un match ", explique JoséRaniolo, secrétaire au long cours de ce club. Loin des stars et des paillettes de Sclessin, tout le monde débourse sa cotisation de 70 euros, même les joueurs de l'équipe première, et personne n'est payé. Le football y assume pleinement ses missions : intégration de gamins représentant une vingtaine de nationalités, protection de la jeunesse, formation, amitié, encadrement social, santé par la pratique du sport, etc. Raniolo était de l'aventure lors des premiers dribbles du club en 1971. Le terrain principal de la JS Pierreuse fut longtemps la risée des visiteurs et une autre surface était tondue et couverte d'engrais par une bande de brebis. Le secrétaire du club en rigole encore, tout comme OlivierLannoy, éducateur et entraîneur des jeunes. Il énumère quelques jeunes joueurs connus qui ont pris leur envol à la JS Pierreuse : CédricOlondo, ChristanLandu-Tubi,CalliZemih, SoufianElkahadir et, bien sûr, ChristianBenteke. " Dès qu'un jeune démontre qu'il peut tirer son épingle du jeu à un niveau plus élevé, on l'encourage à tenter sa chance ", explique Lannoy. " Et si cela ne va pas, nous sommes là pour l'accueillir, partager nos valeurs avec lui. Le Standard et d'autres clubs suivent nos jeunes à la loupe. C'est chez nous que les Rouches ont repéré un de leurs meilleurs jeunes actuels : MergimVojvoda (18 ans), un arrière droit d'origine kosovare bourré de talent. Tous évoquent régulièrement les années passées chez nous. C'est le cas de Christian Benteke que nous avons régulièrement au téléphone. " José Raniolo et Olivier Lannoy ont constaté avec joie que le transfert de Benteke en Angleterre avait rapporté 43.000 euros en droits de formation à Pierreuse. " Pour un club comme le nôtre, qui se concentre totalement sur son rôle social, c'est un cadeau tombé du ciel. " Ces deux éducateurs tiennent aux valeurs du club, mises à mal la saison passée par une bagarre qui a un peu terni l'image du club. " Il ne faut pas oublier qu'il y a plus de 300 joueurs chez nous ", insiste Lannoy. " Il y a eu ce cas malheureux mais, pour le reste, je suis fier de ce que j'ai vécu dans ce théâtre de la vie. Ces gamins des quartiers découvrent la discipline et le goût du travail. Ils m'ont réappris les joies du partage. Quand ils ont quelques piécettes pour un paquet de chips, ils en offrent à tout le monde. " Doté du Matricule 82, le FC Herstal (P2B) est né en 2009 de la fusion de l'AS Herstalienne (fondée en 1919) et de la JS Molise Herstal (Matricule 8737). " C'est le bourgmestre d'Herstal, FrédéricDardenne, qui a eu l'idée de la fusion ", raconte DiegoMunoz, président du club et grand supporter du Real Madrid. " Compte tenu des problèmes économiques, la Ville ne pouvait plus subsidier deux clubs. L'AS Herstal était riche d'une longue histoire et fut longtemps présente dans les séries nationales. La JS Molise vivait de sa jeunesse et de son enthousiasme. La corbeille de ce mariage était donc bien remplie. " Herstal a toujours été une terre de football. Le Standard y recruta une des vedettes de son premier titre (1957-58) et des débuts rouches sur les scènes européennes : JosephGivard, 8 caps avec les Diables Rouges. Le FC Herstal tourne avec un budget de 200.000 euros. Ce club compte 28 équipes qui se partagent deux terrains, dont un synthétique. Les 25 équipes de jeunes sont soignées aux petits oignons, ce qui représente un budget de 36.000 euros par an pour la formation. Herstal ambitionne de retrouver la P1 et, peut-être un jour la Promotion. " Mais il y a une priorité : la gestion de nos finances en bons pères de famille ", explique Munoz. " Ici, le football ne se résume pas à une ambition, c'est d'abord une passion. Ce sport, on l'aime pour sa beauté, pour l'amitié. Un club de football est forcément un lieu de vie. Il faut qu'une communauté, que ce soit une ville ou un village, s'identifie à son club. Il ne sert évidemment à rien de se comparer à un géant comme le Standard. C'est une autre planète. Nos missions sont tellement différentes. " Mais le Standard n'est-il pas une espèce de boa qui étouffe les petits clubs du grand Liège ? La croissance d'Herstal n'est-elle pas menacée par le géant de Sclessin ? La réponse de Munoz fuse : " Non, pas du tout. Heureusement qu'il y a cette locomotive qui suscite un énorme engouement autour du football. Le Standard ne me décourage pas, au contraire. C'est un sujet de fierté pour toute la région. Il faut profiter du prestige d'un tel voisin. Ainsi, nous avons reçu en toute convivialité la visite de MilanJovanovic quand il évoluait au Standard, de MarouaneFellaini et de Mehdi Carcela : ce furent des moments exceptionnels. " A quelques kilomètres d'Herstal, le RCS Visé panse ses plaies et quittera la D2 au terme de la saison. L'aventure indonésienne du groupe Bakrie se termine sur des airs de catastrophe. Pourtant, du temps de la présidence de GuyThiry, le club de la cité des Oies était une valeur sûre de la D2. " J'ai quitté la présidence de Visé en 2013 ", avance-t-il tout de suite. " Je ne suis pas au courant de ce qui s'y passe depuis lors. Avant cela, Visé avait beaucoup progressé dans tous les domaines. Je reste persuadé que Visé et le FC Liégeois auraient dû fusionner. Pas pour concurrencer le Standard, ce qui aurait été peine perdue, mais dans l'intention de créer un club susceptible de jouer un rôle important en D2 ou en PO2. J'ai rencontré à diverses reprises les dirigeants de Liège. Visé, c'était un stade, un magnifique complexe d'entraînement à Wihogne tandis que Liège jouit d'une popularité exceptionnelle. Le football de papa, c'est fini. Pour survivre près du Standard, il faut s'unir. " Visé a lancé ou révélé des joueurs comme MassimoMoia, RolandLamah, GuillaumeGillet,RachidFarssi, Aloys Nong, HamdiHarbaoui, etc... " Il y a des cas extraordinaires parmi eux : Harbaoui m'a été recommandé par StéphanePauwels qui l'a connu à Mouscron où il végétait en en équipe réserve ", rappelle Thiry. " Lamah est venu de Côte d'Ivoire à 15 ans. Visé l'a mis sous contrat un an plus tard. Son transfert à Anderlecht nous rapporta 500.000 euros. " Thiry a toujours entretenu de bons contacts avec le Standard. En 2000, Visé a loué de nombreux jeunes joueurs de Sclessin, dont OnderTuraci. " Pour moi, c'est une excellente forme de collaboration ", continue-t-il. " Même s'ils sont arrivés trop tard pour nous sauver, les jeunes du Standard ont beaucoup appris à Visé. Mais la donne a changé. RolandDuchâtelet possède désormais plusieurs clubs à l'étranger. Je suppose que les meilleurs jeunes du Standard prendront d'abord la direction de ces clubs. " " Il y a beaucoup de clubs dans la Basse-Meuse. Ils doivent absolument regrouper leurs jeunes. C'est vital pour une bonne formation des jeunes. Il faut savoir que cela coûte cher. Ici, un jeune paye une cotisation de 150 euros mais il coûte 400 euros à son club. J'ai des contacts avec des sponsors qui soutiendront mon projet de regroupement des jeunes des clubs de la Basse-Meuse. Si on néglige ce problème de formation et de travail social, le Standard se retrouvera un jour seul sur son île. Et cela constituerait un appauvrissement pour toute cette région. " ChristianPirard, le président d'Aywaille (Promotion D), patron du Café de l'Orme, partage quelques-unes des idées de Thiry. Son club est un des mieux structurés de sa série. Le coach, AlainBettagno, y répond à l'attente. La saison passée, Aywaille batailla jusqu'au bout pour la montée en D3. Pourtant, le président déposera son tablier à la fin de la saison " Il n'y a que des supporters du Standard à Aywaille ", précise-t-il. " Quand les clubs de D1 jouent le dimanche après-midi, c'est la catastrophe : les stades de Promotion sont déserts. J'ai récupéré des jeunes du Standard, comme BenjaminMilosevic. L'Académie Robert Louis-Dreyfus en forme de plus en plus. Tous ne peuvent pas trouver chaussure à leur pied en D1 belge ou à l'étranger. Pour nous, c'est un apport de qualité, qu'ils viennent en direct du Standard ou, plus tard, via un club de D3. " " Il y a d'autres problèmes. Nous trouvons de plus en plus difficilement des dirigeants. La convivialité n'est plus ce qu'elle a été : or, c'est important dans les villages et petites villes. Les joueurs sont de moins en moins des clubmen qui passent à la buvette : ils partent tout de suite après un match. Les temps changent et les petits clubs doivent d'unir. Cité Sport et Tilleur l'ont bien compris, c'est un coup génial. Ils ont gagné 10 ans et vivront confortablement à l'ombre du Standard, eux... "PAR PIERRE BILIC" Les petits clubs liégeois ne doivent pas se comparer au Standard : c'est une autre planète. " Diego Munoz, président du FC Herstal