"Dans les dictatures, il y a la pensée unique. A Charleroi, on a l'agent unique ", affirme ironiquement l'agent de joueurs Nenad Petrovic. Le trait est forcé mais les derniers transferts effectués au Stade du Pays de Charleroi portent tous la patte de Didier Frenay. Depuis quelques années, l'ancien défenseur aux 272 rencontres en D1 qui porta les couleurs de Seraing (1983-1987), du Cercle de Bruges (1987-1994), de Charleroi (1994-1995), d'Alost (1997-1998) et qui effectua un saut en Autriche et en France, à Cannes, s'est reconverti avec bonheur comme agent de joueurs au sein de Star Factory qu'il a créée en compagnie de deux Autrichiens. Aujourd'hui, sa zone d'influence se fait surtout ressentir dans les travées de l'ancien Mambourg. Pas moins de cinq joueurs carolos sont sous contrat avec lui ( Frank Defays, Sébastien Chabaud, Izzet Akgül, Joseph Akpala, et Thibaut Detal). Sans compter Nasredine Kraouche parti à Coblence et Cyril Théréau vendu après quatre rencontres au Steaua Bucarest et les mandats qu'il a reçus pour Grégory Christ et Badou Kéré. " Vous trouvez que c'est trop ? Il y a deux ans, j'avais huit joueurs au Club de Bruges ", dit Frenay.
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"Dans les dictatures, il y a la pensée unique. A Charleroi, on a l'agent unique ", affirme ironiquement l'agent de joueurs Nenad Petrovic. Le trait est forcé mais les derniers transferts effectués au Stade du Pays de Charleroi portent tous la patte de Didier Frenay. Depuis quelques années, l'ancien défenseur aux 272 rencontres en D1 qui porta les couleurs de Seraing (1983-1987), du Cercle de Bruges (1987-1994), de Charleroi (1994-1995), d'Alost (1997-1998) et qui effectua un saut en Autriche et en France, à Cannes, s'est reconverti avec bonheur comme agent de joueurs au sein de Star Factory qu'il a créée en compagnie de deux Autrichiens. Aujourd'hui, sa zone d'influence se fait surtout ressentir dans les travées de l'ancien Mambourg. Pas moins de cinq joueurs carolos sont sous contrat avec lui ( Frank Defays, Sébastien Chabaud, Izzet Akgül, Joseph Akpala, et Thibaut Detal). Sans compter Nasredine Kraouche parti à Coblence et Cyril Théréau vendu après quatre rencontres au Steaua Bucarest et les mandats qu'il a reçus pour Grégory Christ et Badou Kéré. " Vous trouvez que c'est trop ? Il y a deux ans, j'avais huit joueurs au Club de Bruges ", dit Frenay. Partir de Charleroi pour une destination plus rémunératrice devient plus facile quand on fait partie de l'écurie Frenay. Badou Kéré en a fait l'amère expérience, lui qui a choisi de lier sa destinée à un autre manager et qui a vu son transfert à West Bromwich Albion lui passer sous le nez. " Quand on a mis Kéré en test à WBA, tout s'est très bien passé et on a laissé les deux présidents s'entendre sur le prix ", explique Nenad Petrovic. " Finalement, on a appris que l'affaire avait capoté parce que les agents du joueur, en l'occurrence Daniel Striani et moi, avions demandé trop d'argent de commissions. Or, nous n'avions même pas entamé les discussions. On devait intervenir après l'arrangement entre présidents ". Depuis lors, Kéré se morfond en bord de Sambre et le club a donné mandat à Didier Frenay en cas de futur transfert d'un élément qui arrive en fin de contrat l'été prochain. " Je ne suis pas l'agent de Kéré mais j'ai reçu mandat du club ", se justifie-t-il. " Cela est permis et se fait en toute légalité. En cas de transfert, je recevrai une commission de la part de Charleroi et les agents de Kéré une autre du club acquéreur ". Le départ de François Sterchele pour le Germinal Beerschot porte également la griffe de Frenay. Pourquoi donc quand on sait que l'attaquant des Zèbres était à l'époque conseillé par Youri Selak ? " Je m'entends très bien avec Selak, qui a souvent du nez mais qui ne possède pas les contacts que l'on a pour vendre un joueur ", s'explique Frenay. " Or, j'étais en train de m'occuper du dossier Tosin Dosunmu lorsque les dirigeants anversois, avec lesquels j'entretiens d'excellents contacts, m'ont demandé mon avis. Je leur ai conseillé de prendre Sterchele, un joueur belge abordable, à la porte de l'équipe nationale ". Et voilà comment Frenay apparaît dans la transaction. " La majorité des joueurs qui arrivent à Charleroi sont placés dans les mains de Frenay ", explique un autre agent. " De cette façon, Charleroi maîtrise la revente et les négociations deviennent plus faciles. Quant à Frenay, on ne peut rien lui reprocher. Il profite de la situation et a fait de Charleroi sa plate-forme. Cela lui facilite également la tâche lors des négociations. Il peut dire à un autre club : -Si vous ne prenez pas mon joueur, je peux toujours le placer à Charleroi ". C'est ainsi que Sergei Serebrennikov a abouti dans le Hainaut la saison passée. Frenay tentait de caser le médian brugeois et, après plusieurs échecs, l'a proposé aux Zèbres à la recherche d'un remplaçant pour Chabaud, blessé. " Charleroi n'est pas un club acheteur ", affirme Frenay, " tout le monde sait d'où vient le club et où il est. Sa vocation réside dans la découverte d'éléments et dans leur revente avec une plus-value. La seule fois où j'ai vraiment pesé dans une décision à Charleroi, c'est lors de la venue de Thierry Siquet. J'ai demandé à MogiBayat qu'il fasse un effort et qu'il en parle à l'entraîneur ". Pourtant, à Charleroi, l'avis de Didier Frenay compte plus qu'il ne veut l'admettre. " C'est la seule personne devant laquelle Mogi s'incline. Preuve que son influence est extraordinaire. Quand le téléphone de Bayat sonne, c'est souvent Frenay au bout du fil ", continue cette personne proche du club. " Je suis le seul à taper sur la tête de Mogi quand je lis ses déclarations ", admet Frenay. " Il doit se rendre compte qu'il ne peut pas tout contrôler. Je reconnais à Mogi Bayat des qualités de gestionnaire mais pour parler football, mes interlocuteurs sont davantage Raymond Mommens ou Jacky Mathijssen. Chacun ses compétences ! " De plus en plus, le club hennuyer a fait de Frenay son partenaire privilégié au point d'évincer les autres managers. " Les autres agents n'ont plus droit de cité à part peut-être Youri Selak (ancien agent de Sterchele qui conseille toujours Laurent Ciman) qui traite souvent avec Frenay ", ajoute une personne proche du club carolo. " Frenay a le monopole ", continue Petrovic. " C'est le roi là-bas. Or, quand vous avez une position dominante, vous pouvez toujours en abuser. Vous pouvez aussi fixer les prix ". Cette connivence entre la direction de Charleroi et le représentant de Star Factory existe donc bien. Ce que ne nie nullement l'intéressé. " En Belgique, peu de clubs à part Anderlecht, Bruges et Genk sont organisés pour avoir une cellule de scouting au niveau international. Or, depuis six ans, nous avons développé un réseau qui nous permet de nouer des contacts rapidement. Charleroi a été un des premiers à se montrer réactif et à nous faire confiance. Jusqu'à présent, les Carolos n'ont pas eu à s'en plaindre. Il suffit de voir les plus-values réalisées ces dernières années sur les transferts sortants. Je crois que l'on a prouvé notre compétence également sur le plan du marketing. On leur a fait certaines propositions et cela a marché. Par exemple, les panneaux publicitaires LED et le contrat avec Bet and Win qui ne se serait pas réalisé sans notre intermédiaire. Cependant, il ne faut pas parler de monopole. Je n'ai rien à voir dans les arrivées d' Ibrahima Diallo, Dante, Denis Souza ou Tim Smolders. Cela prouve que le marché appartient à tout le monde ". Inévitablement, cette relation entre Charleroi et Frenay soulève certaines questions. " Au niveau éthique et déontologique, ne fût-ce que par rapport aux joueurs dont il défend les intérêts, ce n'est pas sain. Comment pouvez-vous être juge et partie ? Comment négocier un contrat avec son meilleur ami ? Et en plus, il est aussi présent dans les panneaux LED. C'est presque un équipementier de joueurs ", lâche Petrovic. Frenay : " Cette bonne entente n'est pas un avantage. Moi, je suis là pour servir au mieux les intérêts du joueur, pas du club. Le réseau tissé depuis six ans nous permet d'être indépendant et je peux être fier de n'avoir jamais baissé mon pantalon. On n'a jamais mis un transfert en péril pour une commission, contrairement à ce que peuvent déclarer mes détracteurs. On a évidemment tout intérêt à rester correct et clair mais cela ne veut pas dire que l'on est prêt à n'importe quoi pour le club. La relation s'arrête à partir du moment où je dois négocier pour un joueur. Si on pense que quand on possède plusieurs éléments dans une même formation, on est pieds et poings liés avec ce club, que doit-on dire des agents qui n'ont qu'un joueur dans une équipe ? N'ont-ils pas intérêt, eux, à faire le dos rond de peur de se fermer une porte ? Nous, grâce à nos réseaux, on peut claquer la porte d'un club sans peur. Pour le moment, Charleroi est privilégié mais cela ne nous porterait pas atteinte sur le plan financier si on devait partir. Cela poserait certainement plus de problèmes à Charleroi qu'à nous car ces dernières années, les transferts de Grégory Dufer, Christian Negouai, Michaël Ciani, Sterchele et Théréau ont pas mal rapporté. Je respecte les gens avec qui je travaille mais quand les intérêts de mes joueurs ne sont pas respectés, je me fâche. Je suis une personne qui a gardé son franc-parler et qui dit les choses comme elles sont ". Didier Frenay est donc toujours le bienvenu à Charleroi. Comme au Germinal Beerschot en Flandre ou à l'Austria Vienne en Autriche. Il fait partie également du cercle rapproché de Marc Degryse. Par contre, les salons feutrés de Sclessin lui sont fermés depuis le transfert avorté de Steve Dugardein. " On a dit que l'affaire avait capoté à cause d'un problème de commission. C'est faux. J'avais placé Jari Niemi quelques semaines avant, et Michel Preud'homme, au moment de la conclusion du contrat, m'avait annoncé que le Standard ne me paierait que la moitié de ce qui avait été prévu. J'ai laissé tomber mais quand il m'a rappelé pour conclure le transfert de Dugardein, je lui ai lancé en boutade : -On va d'abord discuter de la commission. Les Liégeois ont alors tenté de faire venir Dugardein sans mon accord mais le capitaine de Mouscron a dit qu'il était hors de question qu'il aille travailler au Standard dans ces conditions. Au Standard, on doit discuter avec un Luciano D'Onofrio qui a gagné tout son argent en profitant du système et en négociant comme agent de joueurs et qui désormais a décidé qu'il ne payait plus les agents ou alors seulement ceux qu'il veut bien payer. On dénigre trop souvent le métier d'agent. On a l'impression que ce sont des voleurs qui vont prendre l'argent des gens. La période des transferts est terminée mais notre travail pas. La semaine prochaine, je vais effectuer 5.000 kilomètres en voiture pour aller voir les gens. C'est un investissement en temps et en argent. Vis-à-vis des joueurs, notre boulot est de les entourer, les encadrer et leur donner la possibilité de se concentrer sur le foot. Bien sûr que l'on veut gagner de l'argent avec ce métier mais cet argent, c'est le résultat d'un travail de longue haleine. Quand je jouais, je n'ai jamais pensé à une prime en montant sur le terrain, et je travaille aujourd'hui avec le même esprit. Les joueurs ne signent pas avec moi parce que j'ai de bonnes relations avec la direction de Charleroi ou de Bruges. C'est très rare d'avoir une crédibilité, et moi, je l'ai acquise dans le vestiaire. Defays représente comme Hannu Tihinen, Runar Kristinsson, Dugardein, Didier Dheedene, Gert Verheyen, Bart Goor, Peter Van der Heyden ou Chris Janssens le genre de joueurs intelligents, posés, raisonnés. Les modèles que l'on veut suivre. Les jeunes leur demandent des conseils et eux les aiguillent vers moi. C'est ma meilleure carte de visite ". STÉPHANE VANDE VELDE