Ces dernières années, Jan Ullrich a donné des boutons à Walter Godefroot. Les escapades de l'Allemand ne collent pas avec la vision du patron de l'équipe Telekom, le manager gantois, qui apprécie la discipline et la droiture. Mais il y a plus... Le grimpeur australien Cadel Evans (fracture de la clavicule il y a quelques semaines) et l'Italien Paolo Salvodelli (virus à l'estomac) ont dû renoncer. Et Erik Zabel, ex-abonné au maillot vert, a fort à faire avec la concurrence des autres sprinters.
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Ces dernières années, Jan Ullrich a donné des boutons à Walter Godefroot. Les escapades de l'Allemand ne collent pas avec la vision du patron de l'équipe Telekom, le manager gantois, qui apprécie la discipline et la droiture. Mais il y a plus... Le grimpeur australien Cadel Evans (fracture de la clavicule il y a quelques semaines) et l'Italien Paolo Salvodelli (virus à l'estomac) ont dû renoncer. Et Erik Zabel, ex-abonné au maillot vert, a fort à faire avec la concurrence des autres sprinters. Walter Godefroot : Bien sûr, il me reste de très bons éléments comme Santiago Botero ou Alexander Vinokourov. Botero est un excellent grimpeur et est bon dans le contre-la-montre, mais il lui faut de longues échappées. Vinokourov, quant à lui, est increvable mais en montagne il perd une à deux minutes par étape. Et en contre-la-montre, il cède généralement 30 à 35 secondes tous les 10 km par rapport à Armstrong. Ce sont les autres qui sont plus rapides : McEwen, Petacchi, Freire... Regardez Cipollini, il a aussi fort à faire pour s'imposer. En attendant, cela fait dix ans que Zabel sprinte au top. Et s'il a moins gagné de courses cette saison, c'est en raison d'une autre stratégie. Avant, les autres équipes n'avaient qu'à surveiller Erik pour nous neutraliser. Maintenant, je demande à tous mes coureurs de forcer des échappées. Peut-être au détriment de Zabel. Erik a mûri et il accepte ce changement de cap. Mais après une défaite, c'est autre chose, il bouillonne et l'adrénaline remonte alors à la surface. Oui, Ullrich a un salaire annuel qui avoisine celui d'Armstrong, sauf que l'an dernier il n'a pas couru pendant six mois. C'est très douloureux pour notre sponsor, et quasi injustifiable. Son salaire pèse sur le budget de l'équipe, c'est clair, mais il avait engrangé des résultats pour cela. Je ne peux pas dire que je sois déçu par Jan : nous connaissions ses faiblesses. Après sa première victoire au Tour, chacun prédisait qu'il y ajouterait encore quelques-unes. J'ai prôné d'attendre. Et la situation a évolué jusqu'à ce que je n'aie plus aucun contact avec Ullrich... Je n'avais même pas son numéro de téléphone. Il ne se trouvait pas sur la liste. J'aurais pu lui demander mais ce culte de la vedette m'énervait : détruire une Porsche en étant soûl, désolé mais je ne me sens pas responsable. J'ai vu tellement de choses avec lui. Il y a deux ans, j'ai même proposé ma démission. Avant le Tour 2001, l'entourage d'Ullrich avait même suggéré comme tactique de tout miser sur lui, en oubliant Zabel... qui venait de ramener quatre maillots verts consécutifs. A ce moment, il n'était plus possible d'avoir une conversation avec Jan, son entourage faisant barrière. Mais il a tout de même été quatre fois deuxième du Tour, gagné la Vuelta, été champion du monde contre-la-montre, etc. A un moment, il y a eu le clan Zabel et le clan Ullrich. Une simple question d'affinités, mais j'ai trouvé cela pénible et je suis intervenu fermement. Telekom, c'est une équipe, mes patrons insistent très fort sur ce point. Bien entendu, que les coureurs s'entendent bien entre eux n'est pas interdit. Aldag et Klier sont de bons amis de Zabel alors que Klöden part même en vacances avec Ullrich. Je suis quelqu'un de tolérant. Mais lorsque Pevenage a protégé Ullrich, il a proféré des mensonges. Je n'ai jamais été aussi loyal qu'avec Rudy, mais son comportement a fait en sorte qu'entre lui et moi, c'est définitivement terminé. Le fait qu'il ait recherché une autre équipe pour Ullrich, passe encore. Mais qu'il me mente à ce point... Comment pourrais-je encore serrer la main de cet homme ? Cela a constitué la plus grande déception humaine de mes 35 ans de carrière. Etre correct n'est pas un défaut, dès lors je me sens bien dans un environnement allemand, même si je sais que trop de discipline tue la discipline. Telekom continue jusqu'en 2005 au moins et je me vois aller au bout. Après, je pense qu'il sera temps de penser à la retraite. J'ai fait mon boulot, c'est tout. J'avais cette même mentalité en tant que coureur. Une demi-heure après avoir remporté le Tour des Flandres, je regardais tranquillement un feuilleton à la télé. La différence avec aujourd'hui, c'est qu'on profitait plus d'une victoire. Au moment où Bjarne Riis a remporté le Tour, j'ai vécu le plus beau moment de ma carrière. Mais malgré cette euphorie ambiante, mon rôle est de veiller à ce que tout soit en ordre au niveau de l'organisation. On n'a pas vraiment le temps de partager le succès dans ce boulot, il faut opter pour une cordiale relation d'affaires. Même chose lorsqu'il faut discuter contrat avec les coureurs...