Suis-je un agité du bocal ? En tout cas, depuis que les matches à huis clos sont réalité, ça m'a gratouillé désagréablement d'entendre maugréer nos stars ! " Cela n'a aucun sens, nous jouons pour le public ", ânonna Pep Guardiola. " Ce n'est pas du foot ", avait renchéri Marc Wilmots. Et d'autres de déplorer ne prendre aucun plaisir, être astreints à un foot coupé de ses émotions, geindre, se poser en victimes : alors que ces gamins gâtés pouvaient quand même s'affronter pour s'amuser, tandis que nos vieux, vraies victimes, tombaient comme des mouches ! L'outrecuidance du foot est fascinante... Pourtant, si ce foutu virus raffole effectivement des agglutinements humains en tous genres, il me semble bien normal de ne jouer qu'à huis clos, ou à huis rien qu'un peu ouvert : le supporter de foot dûment estampillé, c'est quand même la parfaite antithèse d'un adepte de la distanci...

Suis-je un agité du bocal ? En tout cas, depuis que les matches à huis clos sont réalité, ça m'a gratouillé désagréablement d'entendre maugréer nos stars ! " Cela n'a aucun sens, nous jouons pour le public ", ânonna Pep Guardiola. " Ce n'est pas du foot ", avait renchéri Marc Wilmots. Et d'autres de déplorer ne prendre aucun plaisir, être astreints à un foot coupé de ses émotions, geindre, se poser en victimes : alors que ces gamins gâtés pouvaient quand même s'affronter pour s'amuser, tandis que nos vieux, vraies victimes, tombaient comme des mouches ! L'outrecuidance du foot est fascinante... Pourtant, si ce foutu virus raffole effectivement des agglutinements humains en tous genres, il me semble bien normal de ne jouer qu'à huis clos, ou à huis rien qu'un peu ouvert : le supporter de foot dûment estampillé, c'est quand même la parfaite antithèse d'un adepte de la distanciation sociale, non ? Certes, l'habituelle adrénaline des stars doit s'en trouver quelque peu perturbée. Personne pour booster les pauvres chéris, personne pour les huer, ça doit les ébranler psychologiquement : ce sont des mécaniques de haute précision, c'est-à-dire en même temps de petits êtres fragiles... Mais l'élégance élémentaire serait qu'ils se sachent privilégiés, moins confinés que leurs supporters. Lesquels se rabattent sur la télé en flippant... au point que certaines chaînes fourguent un son d'ambiance factice, et même des gradins vides... remplis numériquement ! Par crainte que quelques footeux suicidés, fous de désespoir, soient venus se joindre aux nombreux corona-décédés ? Là, le coup du son télé factice, ça m'a coupé le sifflet. Moi qui adore zyeuter un match quasi silencieusement, en coupant ce mix entre bruits d'ambiance et verbiage des commentaires, en le remplaçant par un fond musical pour rapprocher la gestuelle/foot d'un ballet inspiré, rock ou classique selon l'humeur. J'ai même lu quelque part un commentaire de ces matches à huis clos, foutument titré Adieu spectacle, bonjour silence. Alors que je pense l'inverse : Bonjour silence, bonjour beauté des gestes et des phases. En fait, je cauchemardais à l'idée d'entrer dans une nouvelle ère : celle de la supercherie technologique qui franchirait ensuite un autre palier. Car si l'on se sentait aujourd'hui obligé de " faire comme si " en enrobant artificiellement l'image télévisée du match, on ferait demain " comme si " pour tout le bazar, image incluse : en ne nous refilant plus que les mensonges des matches d'e-foot ! Certes, lors d'un huis clos, les nombreux temps morts sont encore plus morts, le réalisateur/TV n'ayant même plus les binettes de spectateurs pour les combler. Mais ça doit aussi amener un peu de positif, non ? C'est quand même mieux que rien, ça permet au foot de subsister : sans bagarre de supporters, sans injure, sans doigt brandi, sans déploiement de flics à pied, à cheval ou en auto-pompes ! Et sans arbitre influencé à son insu, parce que pétri de trouille sous les lazzis. Seul gars positif repéré, Markus Gisdol, coach de Cologne, qui trouvait chouette de pouvoir coacher vocalement d'un bout à l'autre du terrain ! Alors ? Bazarderions-nous le foot si, demain, le huis clos était la loi ? Ou après-demain, et indépendamment d'un Covid-20 ou 21, simplement parce que le virus de la connerie, de la violence, de la haine et des injures, aurait pourri les stades au point que seules les caméras des télés puissent encore y pénétrer ? Oufti, voilà que je cauchemarde encore... Le plus important pour un spectateur, est-ce l'espoir de Beauté ou la victoire de ceux dont il est supporter ? Le plus important pour un joueur, est-ce jouer ou est-ce être admiré par d'autres pour son jeu ? Le plus important, c'est JOUER. Dire que l'absence de spectateurs rend le foot insensé, inodore, incolore, c'est un discours de gros gâtés du top. C'est gommer le plaisir des entraînements dans l'intimité. Et c'est un mépris involontaire pour l'immense majorité des pratiquants : les gosses, les vétérans, les amateurs des petites divisions, les femmes, les non-affiliés des plages, des parcs, des cours de récré : tous ceux et celles qui jouent rien qu'entre eux, pour quelques curieux parfois, mais toujours sans foule. Ceux pour lesquels l'admirateur de base, c'est l'équipier, c'est l'adversaire, et il est déjà suffisant.