Avec neuf points sur quinze, La Louvière est l'une des équipes les plus efficaces depuis la reprise. Il lui reste huit matches pour sortir des eaux troubles. Dont quatre affiches à domicile: contre Charleroi, Anderlecht, Genk et Mouscron.
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Avec neuf points sur quinze, La Louvière est l'une des équipes les plus efficaces depuis la reprise. Il lui reste huit matches pour sortir des eaux troubles. Dont quatre affiches à domicile: contre Charleroi, Anderlecht, Genk et Mouscron.Ce sursaut s'explique-t-il par le seul effet Leclercq? Le nouvel état d'esprit des Loups porte-t-il sa seule griffe? Trois hommes en vue du Tivoli donnent leur version. Un titulaire: Thierry Siquet. L'entraîneur adjoint, qui assuma la transition entre Marc Grosjean et Daniel Leclercq: Alain Roland. Et le président: Filippo Gaone. "Mentalement, nous étions mûrs pour la D2" (T. Siquet)Thierry Siquet: "Je ne veux surtout pas remettre en cause le travail de Marc Grosjean. Il était très professionnel et avait beaucoup de bonnes idées. Il était aussi fort respecté par le groupe: l'ambiance entre le coach et les joueurs était conviviale, mais nous considérions toujours Marc comme notre entraîneur et notre patron, pas comme un ami. Le problème, c'est que son message ne passait plus depuis le mois de novembre. Le groupe ne l'écoutait plus vraiment, la compréhension n'était plus au rendez-vous. A cause des mauvais résultats, évidemment. Semaine après semaine, on sentait que le fossé se creusait entre Marc et nous. Il commençait à avoir des difficultés pour faire comprendre ses idées même aux joueurs dont il était le plus proche. Nous faisions toujours du bon travail à l'entraînement mais cela ne suffisait pas car ce qui se passe dans la tête des joueurs conditionne tout le reste. Mentalement, nous n'étions plus capables d'afficher les qualités qui pouvaient nous permettre de rester en D1. Ce groupe avait fini par se persuader qu'un retour en deuxième division était inévitable! J'ai déjà connu pas mal de changements d'entraîneur en cours de saison. Je me souviens surtout de l'arrivée de Georg Kessler au Standard, en remplacement d' Urbain Braems. Le championnat n'avait pas encore commencé et nous avions déjà un nouveau coach. Au Cercle de Bruges, j'ai vu débarquer Georges Leekens en cours de championnat, à la place de Henk Houwaart. Chaque fois qu'un nouveau maître arrive, il y a de fortes répercussions sur le groupe: c'est inévitable. Mais je n'avais jamais connu ce que nous vivons actuellement à La Louvière. Je n'avais jamais senti une telle différence avec un nouveau coach. Je ne sais pas si c'est dû à la seule personnalité de Daniel Leclercq, mais le changement est saisissant. Son professionnalisme et ses qualités de formateur sautent aux yeux. Son discours est simple mais efficace. Il observe tout, il voit tout. Dès qu'un joueur ou même un membre du staff fait quelque chose de travers, Daniel Leclercq le rappelle à l'ordre. Sobrement. Le nouvel entraîneur nous a carrément transformés sur le plan mental: avec lui, nous avons de nouveau pris conscience de nos possibilités. On a ressenti une terrible émulation dans le groupe, dès son premier entraînement. Les réservistes ont pensé qu'ils allaient peut-être avoir une chance de jouer et les titulaires ont compris que rien n'était acquis pour eux, qu'ils devaient se remettre en question par un travail quotidien. Nos derniers résultats nous font croire que tout est encore possible. Il y a deux mois, nous n'avions qu'un exploit à faire valoir: notre qualification en Coupe contre Bruges. Nous n'avions jamais su confirmer ce résultat inespéré par la suite. Aujourd'hui, nous avons à notre actif cinq bons matches d'affilée: c'est tout autre chose. Nous prouvons que nous savons jouer au foot alors que nous avons affronté quelques adversaires difficiles, comme Bruges et Westerlo. Avec la mentalité qui nous animait au premier tour, nous n'aurions pas pris neuf points sur quinze, mais peut-être un ou deux points. Nous aurions continué à jouer petit bras comme nous le faisions depuis plusieurs mois"."Il y avait un gros ver dans le fruit" (A. Roland)Alain Roland: "Je remarquais une certaine usure à la fin du règne de Marc Grosjean. Il a eu le mérite de bien exploiter les moyens mis à sa disposition depuis son arrivée dans ce club, mais le début de saison raté lui a valu sa perte. Suite à l'accumulation de mauvais résultats, un ressort s'est cassé entre l'entraîneur et les joueurs. Je le sentais chaque jour, dans mon rôle d'adjoint. Je ne parlerais certainement pas de sabotage, mais il y avait plusieurs critères sur lesquels les joueurs n'adhéraient plus au discours de Marc. Ils contestaient de plus en plus ses choix tactiques et ses sélections, par exemple. Certains réservistes estimaient qu'ils méritaient de figurer dans l'équipe, il y avait un sentiment d'injustice dans le groupe. Plusieurs joueurs ne parvenaient plus à se remettre en question. Marc était toujours apprécié par une partie du noyau, mais sa crédibilité était fort entamée auprès de certains joueurs. Bref, il y avait un gros ver dans le fruit et je ne voyais pas comment on aurait pu l'en extraire, comment Marc aurait encore pu redresser la situation. J'ai eu un peu peur au moment où les dirigeants cherchaient un nouvel entraîneur. Je craignais de voir débarquer un homme qui aurait balayé tout le travail de Marc, qui aurait tout repris à zéro. Il fallait une continuité dans le professionnalisme. Dès l'arrivée de Daniel Leclercq, j'ai été rassuré. Il a amené ses idées et des méthodes de travail qui conviennent au club, aux joueurs. Plutôt que de tout révolutionner, il a procédé par petites touches. C'est un signe d'intelligence et j'espère que la direction pourra faire un effort pour le garder au-delà de cette saison. Le doute a vite quitté le noyau. Déjà pendant la période où j'ai assuré l'intérim, j'ai senti que les joueurs se libéraient. Même s'il y avait pas mal de remue-ménage, dû au fait qu'on ne savait pas qui allait reprendre les commandes. Les joueurs sentent qu'avec Daniel Leclercq, ils n'ont pas n'importe qui en face d'eux. Ils ont subitement pris conscience de leurs vraies qualités et de la possibilité de sauver La Louvière. Au lieu de dire sans arrêt que les résultats finiraient bien par arriver, ils ont accepté le message du nouvel entraîneur, qui leur disait: -Il faut essayer de gagner tous les matches. Tout le monde était content après le nul contre Bruges. Sauf Daniel Leclercq, qui a regretté la perte de deux points. En l'entendant lors du debriefing, les joueurs se sont dit: -Il a raison, nous aurions carrément pu gagner ce match. Le lendemain du nul à St-Trond, ils regrettaient de ne pas s'être imposés. Alors que s'ils avaient fait le même résultat un mois plus tôt, ils auraient été satisfaits. On sent un regain d'enthousiasme à l'entraînement. Durant le premier tour, trop de joueurs levaient régulièrement le pied. Aujourd'hui, plus personne ne pleurniche et il y a un seul mot d'ordre: -A fond!". "J'avais l'impression de les payer pour rien" (F. Gaone)Filippo Gaone: "Les joueurs ont pris conscience que ça valait la peine de se battre pour rester en D1. Il faut dire que Daniel Leclercq ne leur a pas donné le choix. Il n'élève jamais le ton, on doit bien tendre l'oreille pour l'entendre, mais son discours est d'une précision et d'une efficacité rares. Si je devais le qualifier par deux mots, je dirais: rigueur et simplicité. Chaque joueur a vite compris à quoi il s'exposait s'il ne se donnait pas à fond tous les jours. Avec Marc Grosjean, j'avais parfois l'impression qu'ils faisaient tout, sauf leur boulot. Ils avaient perdu la notion de respect d'eux-mêmes et de leur métier. L'entraîneur ne les obligeait plus à adhérer à des valeurs essentielles. Il y avait une fausse bonne ambiance dans le groupe et beaucoup de joueurs tentaient de tirer la couverture à eux. Je me faisais parfois la réflexion que je les payais pour rien. Ils auraient dû sentir à la fin du mois que leurs résultats n'étaient vraiment pas bons, mais même cet aspect financier ne semblait pas les émouvoir. Ils s'étaient mis à douter de leur niveau. Moi non plus, je n'étais plus sûr de rien. Je me disais que nous étions peut-être montés trop vite, comme certains l'affirmaient, que notre budget était insuffisant pour rester en première division, qu'une partie du noyau ne valait que la D2 ou la D3. Les joueurs avaient besoin d'une bonne secousse et le nouvel entraîneur l'a vite déclenchée. Aujourd'hui, ils prouvent qu'ils possèdent des qualités, et surtout, ils provoquent des résultats. Je ne vois plus les mêmes gars sur le terrain. Ils respectent encore l'adversaire mais ne le craignent plus. Ils laissent leurs complexes au vestiaire et appliquent le schéma de jeu offensif du nouvel entraîneur. Je ne vois pas pourquoi mes joueurs ne seraient pas capables de poursuivre sur le rythme actuel jusqu'à la fin du championnat. Je suis persuadé que cette équipe se sauvera. De justesse, sûrement; mais elle se sauvera".Pierre Danvoye