Lorsqu'on voit évoluer Beveren, on le distingue immédiatement. D'abord, il est le seul joueur blanc de l'équipe de base. Ensuite, son style contraste singulièrement avec celui de ses coéquipiers ivoiriens : plus sobre que brillant, plus appliqué qu'inspiré, plus endurant qu'explosif, plus marathonien que sprinter. KristofLardenoit (21 ans) joue " à la belge ". Mais, pour l'équilibre de l'équipe, Beveren avait peut-être besoin d'un joueur pareil. Le jeune défenseur flandrien remplit un peu le rôle de catalyseur qui incombait la saison dernière au Letton IgorsStepanovs.
...

Lorsqu'on voit évoluer Beveren, on le distingue immédiatement. D'abord, il est le seul joueur blanc de l'équipe de base. Ensuite, son style contraste singulièrement avec celui de ses coéquipiers ivoiriens : plus sobre que brillant, plus appliqué qu'inspiré, plus endurant qu'explosif, plus marathonien que sprinter. KristofLardenoit (21 ans) joue " à la belge ". Mais, pour l'équilibre de l'équipe, Beveren avait peut-être besoin d'un joueur pareil. Le jeune défenseur flandrien remplit un peu le rôle de catalyseur qui incombait la saison dernière au Letton IgorsStepanovs. " En fait, jusqu'à sa vilaine blessure encourue au stade Edmond Machtens, c'est AbdoulayeDiawara, alias Diabis, qui remplissait ce rôle ", précise-t-il. " Personnellement, j'évoluais plutôt sur le flanc droit, soit comme défenseur, soit comme médian en alternance avec Badjan Kante. J'ai glissé dans l'axe en raison de l'indisponibilité de Diabis. Mais j'apprécie cette place. Je la considère même comme ma place de prédilection, car je l'avais longtemps occupée chez les jeunes. Techniquement, je n'ai évidemment pas la même dextérité que mes coéquipiers ivoiriens. J'essaie d'apporter un certain calme à l'équipe et je crois que, pour l'instant, je ne me débrouille pas trop mal ". Kristof Lardenoit est originaire de St.-Gillis-Waas, à quelques kilomètres de Beveren. " Je suis arrivé à Beveren à 16 ans, et j'ai progressivement gravi les échelons qui mènent au noyau A, au sein duquel je dispute ma troisième saison ", explique-t-il. " Lors de ma première année avec les pros, j'ai peu joué. La saison dernière, mes apparitions furent déjà plus fréquentes. Et, cette saison-ci, j'ai été régulièrement titulaire. Je sens que je progresse. Le fait de côtoyer tous les jours des footballeurs africains me permet de m'initier à un autre style de football. Ils ont été éduqués prioritairement sous l'angle technique. Leur habileté à jouer dans les espaces courts est étonnante. Au début, lorsque je les voyais manier le ballon, je me disais que je n'étais encore nulle part. Par contre, au niveau de la tactique et de la mentalité, les joueurs européens ont sans doute des choses à leur apprendre. Cette cohabitation entre deux cultures footballistiques totalement différentes est intéressante, car chacun peut progresser au contact de l'autre. Ces joueurs ivoiriens sont, par ailleurs, des garçons très agréables à fréquenter sur le terrain ". En dehors du terrain, en revanche, les contacts sont rares : les Ivoiriens restent ensemble, les Belges aussi. " Les mentalités sont trop différentes. Je dois le reconnaître : j'ai plus de contacts avec MarcVolders et BjörnVleminckx qu'avec les Africains. Et, la saison dernière, Igors Stepanovs se joignait volontiers à notre petit groupe également. C'est aussi une question de langue : les Ivoiriens ne parlent ni le néerlandais, ni l'anglais. Et ils se sentent plus à l'aise dans leur propre environnement ". Lorsque Kristof Lardenoit est arrivé à Beveren, le club était encore comparable à tous les autres en Belgique. L'invasion ivoirienne n'a commencé qu'au cours des années suivantes. " Certains regretteront que le club ait un peu perdu son identité, mais d'un autre côté, il existe toujours et c'est là l'essentiel. Les rumeurs les plus alarmantes ont circulé, et avant l'arrivée de Jean- MarcGuillou, Beveren était quasiment condamné. Mon premier sentiment fut le soulagement, car j'étais très inquiet. Et comme, aujourd'hui, j'ai trouvé ma place dans cette équipe, je ne vais certainement pas me plaindre de l'évolution ". En fin de saison dernière, Kristof Lardenoit a cependant vécu ce qui reste à ce jour la plus grande déception de sa carrière : il a loupé la finale de la Coupe de Belgique. " J'avais participé à la demi-finale contre Anderlecht, mais je m'étais ensuite blessé au dos et j'étais à peine revenu dans l'effectif durant la semaine précédant l'apothéose. L'entraîneur n'a pas voulu prendre de risques, il a sélectionné les joueurs qui étaient à 100 % de leurs capacités. Comme le règlement de la Coupe de Belgique n'autorise que 15 joueurs sur la feuille de match, je n'ai même pas pu prendre place sur le banc. Je me suis malgré tout rendu au stade Roi Baudouin, où j'ai assisté au match depuis la tribune, mais j'avais le c£ur gros et je me suis éclipsé dès le coup de sifflet final. Cela me faisait trop mal. J'ai eu besoin de plusieurs semaines pour m'en remettre. Les examens que je devais présenter m'ont heureusement permis de penser à autre chose ". Car, à 21 ans, Kristof Lardenoit est toujours étudiant. Il poursuit des hautes études de marketing à Anvers. Rare pour un joueur de D1. " C'est ma dernière année d'études et je tiens absolument à décrocher mon diplôme ", dit-il. " Je ne suis pas le super talent qui est quasiment certain de réussir au plus haut niveau dans son sport. Par ailleurs, un accident est vite arrivé. Alors, autant se prémunir. J'ai la chance de pouvoir compter sur des professeurs compréhensifs, qui m'autorisent à sécher certains cours. Je peux participer à tous les entraînements. Souvent, il m'arrive d'aller aux cours de 8 à 10 heures, avant de me rendre au stade. Et j'y retourne l'après-midi, lorsqu'il n'y a qu'une séance matinale au programme. Cela exige une certaine discipline et une grande force de caractère. Mais, d'un autre côté, cela me permet aussi de me changer les idées. La combinaison du sport et des études m'offre un bel équilibre. Je serai, malgré tout, heureux lorsque j'aurai mon diplôme et que je pourrai me concentrer à fond sur le football. Ma carrière professionnelle pourra alors véritablement commencer " Avec, à terme, un rêve : devenir le capitaine de Beveren. " Je portais régulièrement le brassard dans les équipes de jeunes et en Réserve, et je trouve qu'il m'allait comme un... gant. J'aimerais un jour le porter en équipe Première. Comme tous les jeunes footballeurs, j'ambitionne d'évoluer un jour dans les plus grands clubs du pays et j'aimerais, aussi, tenter ma chance à l'étranger, histoire de vivre une autre expérience. Je pourrais enrichir mon bagage footballistique, mais également humain. L'Angleterre aurait mes préférences, mais je ne vise pas nécessairement un club du niveau d'Arsenal, comme EmmanuelEboué. Je connais mes limites. Et je sais très bien que je ne susciterai pas encore les convoitises au mercato ". Pour l'heure, c'est Beveren et la C3 qui occupent ses pensées. La participation à la Coupe de l'UEFA constitue une belle consolation pour la finale de la Coupe de Belgique loupée. " Malgré tout, je n'ai pas encore totalement effacé ma déception. Une finale de Coupe de Belgique, c'est un événement que tous les footballeurs n'ont pas la chance de vivre. A fortiori lorsqu'on évolue dans un petit club comme Beveren. J'espère que l'occasion se représentera pour moi et que, cette fois, je ne la louperai pas. Car, autrement, je resterai toujours avec un gros regret sur le c£ur. La Coupe de l'UEFA, c'est vrai, ce n'est pas mal non plus. Des footballeurs plus expérimentés que moi n'ont jamais eu la chance de la vivre de l'intérieur. Je mords donc à pleines dents dans les instants présents. J'apprends énormément, et l'expérience européenne que j'acquiers me sera sans doute très utile pour la suite de ma carrière. La qualification conquise aux dépens du Levski Sofia demeure gravée dans les mémoires. Atteindre les poules, c'était inespéré. Mais, à ce stade-ci, on souffre. On se rend mieux compte de la différence de niveau qui peut exister entre une équipe belge moyenne et certains ténors européens. Au départ, on avait tous envie de reculer encore les limites, mais aujourd'hui, il faut se rendre à l'évidence : la qualification pour les seizièmes de finale relève presque de l'utopie. On ne baisse pas les bras, cependant. S'il faut sortir, autant le faire la tête haute. On espère bien grappiller quelques points, pour sauver l'honneur, car on n'a pas envie de terminer avec un zéro pointé au classement. Pourquoi ne pourrions-nous pas commencer à engranger dès demain, contre Benfica ? Anderlecht avait battu les Portugais 3-0, au stade préliminaire de la Ligue des Champions. Et û pour prendre une autre référence qui correspond peut-être mieux à notre niveau û La Louvière s'était très bien débrouillée face à cette même équipe lusitanienne, la saison dernière. Je crois que Benfica pourrait convenir à notre style de jeu. Et, à domicile, on est toujours capable de se surpasser ". Jusqu'à présent, Beveren n'a encore encaissé que des dégelées dans sa poule. Contre Stuttgart, le score de 1-5 était sévère car les Waeslandiens avaient offert une belle réplique à l'une des meilleures formations de Bundesliga. Mais, lors du déplacement au Dynamo Zagreb, l'équipe avait fait peine à voir. " Personne n'était à son niveau ", reconnaît Kristof Lardenoit. " Le porteur du ballon se trouvait toujours en difficulté, car il ne trouvait aucun partenaire démarqué. Il y avait trop peu de mouvement et aussi trop d'espace entre les lignes. Nous avons disputé notre plus mauvais match depuis des années, et malheureusement, cela s'est produit alors qu'on passait en direct à la télévision. Pourquoi avons-nous été à ce point insignifiants ? Je l'ignore. Le terrain était lourd, mais ce n'est pas une excuse. C'est sans doute la mentalité affichée qui n'était pas adéquate. Le Dynamo Zagreb était une équipe qui n'avait rien à nous envier sur le plan technique, mais qui était aussi très forte sur le plan physique. Dans ces conditions, le seul moyen de résister était de se donner à 100 %. Cela n'a pas été le cas ". HermanHelleputte avait opté pour une défense à trois, qui était constamment dépassée. " Ce système aurait pu réussir si, dans l'entrejeu, tout le monde avait effectué sa tâche défensive. Mais, là encore, le bât a blessé. En deuxième mi-temps, l'entraîneur a bien essayé de remédier au problème en revenant à une défense à quatre, mais le mal était déjà fait. La grosse différence avec le championnat de Belgique, et avec Beveren en particulier, est le fait que les équipes européennes sont très efficaces. Chaque erreur se paie cash ". Si les Ivoiriens étaient apparus aussi amorphes à Zagreb, ce n'était pas en raison des événements qui ont secoué leur pays : ceux-ci ne se sont déclenchés que deux jours plus tard. Ou se doutaient-ils déjà de quelque chose ? " Je l'ignore ", affirme Kristof Lardenoit. " Ils nous parlent peu, à nous les Belges, de tout ce qui les tracasse. Ils en débattent entre eux, et j'ai entendu qu'ils téléphonaient régulièrement au pays, mais on ne remarque rien de tout cela au stade. Sur le terrain, ils rigolent toujours autant qu'avant ". Les mérites de Herman Helleputte dans les succès de Beveren ? " Sa psychologie. Ce n'est pas toujours évident de travailler dans de telles conditions, mais il a de grandes qualités humaines. Il n'exclut personne et a suffisamment de doigté pour régler les problèmes sans brusquer personne. Il parvient à rendre tout le monde content et cela facilite la cohabitation. Pour aborder les poules de la Coupe de l'UEFA, il a dû faire face à un cas de conscience : qui sélectionner dans les buts ? Marc Volders avait qualifié l'équipe face au Levski Sofia, mais BoubacarCopa est le gardien titulaire. Avoir deux bons gardiens, c'est un luxe. Je n'aurais pas aimé être à la place d'Herman Helleputte dans ce cas-là. Tout comme je n'aimerais pas être gardien de but. Cela doit être très frustrant de savoir qu'il n'y a qu'une place disponible et que, si on ne l'obtient pas, on ne jouera pas du tout. Dans mon cas, ma polyvalence me permet au moins de glisser à une autre place, lorsqu'un concurrent s'affirme ". Le parcours de Beveren en Coupe de l'UEFA ne connaît pas un grand retentissement à l'école. " Jusqu'à cette saison, beaucoup de mes condisciples ignoraient même que j'étais footballeur ", affirme Kristof Lardenoit. " Cette saison, avec la Coupe d'Europe, l'un ou l'autre est au courant. Mais pas encore au point de me demander un autographe ! " ( ilrit). Question pour un étudiant en... sciences humaines : comment expliquer que, dans une région où le VlaamsBelang est très présent, une équipe constituée presque exclusivement de joueurs ivoiriens puisse être aussi populaire ? " Parce que l'équipe offre du spectacle ", estime Kristof Lardenoit. " C'est ce que les gens demandent, et lorsque cette condition est remplie, ils ne prennent plus en considération la nationalité des joueurs qui se trouvent sur le terrain. 500 supporters nous avaient accompagné à Vaduz, et il y en avait 200 à Zagreb également. Certains s'étaient tapés 18 heures de car. C'est la preuve que, malgré tous les changements intervenus dans le club, Beveren continue à compter pour eux ". On pourrait penser que, dans le contexte de Beveren, le fait d'être un joueur belge soit un avantage pour s'attirer les faveurs du public. " Oui et non ", estime Kristof Lardenoit. " C'est une arme à double tranchant. Après une bonne prestation, les journalistes de la VRT me sollicitent régulièrement pour une interview radiophonique ou télévisée. Ils recherchent un joueur s'exprimant en néerlandais et il n'y en a pas des masses dans l'équipe. Mais les supporters ne sont pas plus patients avec moi qu'avec les autres. En outre, avec ma couleur de peau différente de celle de mes partenaires, je ne peux pas me permettre d'adresser une mauvaise passe : tout le monde s'en aperçoit directement ". Et l'avenir immédiat ? " Pour briller en championnat, Beveren est trop irrégulier. On devra se contenter d'une place en milieu de classement. Je fais de Bruges mon favori pour le titre. Mais, si l'on pouvait remporter la Coupe de Belgique, je serais comblé ". Daniel Devos" Les Ivoiriens débattent entre eux de CE QUI SE PASSE à ABIDJAN "" Malgré tous les changements, Beveren continue à compter POUR NOS SUPPORTERS "