A partir de quel moment vous vous êtes dit : là, il faut y aller pour Defour ?

Quand Lucien D'Onofrio nous a appelé pour nous dire que désormais la possibilité d'un transfert existait.
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Quand Lucien D'Onofrio nous a appelé pour nous dire que désormais la possibilité d'un transfert existait. De nous mettre en relation avec ses contacts privilégiés comme le président, Jorge Nuno Pinto da Costa. Ils ont travaillé ensemble, ils ont vécu des moments incroyables ensemble. C'est le Président, Roger Vanden Stock, qui connaissait Lucien, moi je l'ai découvert dans ce dossier. Et j'ai pu voir son impact. Nous n'avons pas parlé de ça, on a simplement demandé si l'opération était réalisable ou pas. La seule chose que je peux dire, c'est que si Lucien D'Onofrio n'avait pas été présent dans ce dossier, Steven Defour aurait signé au PSV. C'est la première fois où l'on réalise un transfert d'un international belge venu de l'étranger et qui fait partie du lot des 13,14 " titulaires ". Ça veut dire quelque chose sur notre club. On a essayé aussi Alderweireld mais je n'avais plus les fonds pour réaliser ce transfert. Mais quand je vois qu'il a été loué par l'Atletico Madrid à Southampton, je me dis que si j'avais eu les arguments financiers, j'aurais pu réaliser cette opération. Ça veut dire qu'on a changé notre politique. Désormais on procède comme ceci pour combler un poste : on regarde s'il existe un jeune de notre centre de formation qu'on peut lancer dans la bagarre, si ce n'est pas le cas on regarde dans notre championnat s'il existe un joueur transférable. Ce n'est qu'en troisième lieu que l'on scrute à l'étranger. Oui mais ça coûte. Avant, on se disait qu'on allait transférer trois joueurs à deux millions pour une position, aujourd'hui on met le triple sur quelqu'un dont on pense qu'il va nous apporter un plus. Pour que l'on mette une somme importante, il faut qu'il y ait unanimité au club. Et c'était le cas pour Mitrovic qui n'avait que 18 ans mais avait remporté le championnat d'Europe des -20, avait été élu meilleur joueur et avait joué seul en pointe avec la Serbie face à la Belgique. On sait que si ce joueur ne se blesse pas, il va nous rapporter davantage que ce qu'il nous a coûté. Les échecs nous ont fait évoluer. Comme avec Luka Milivojevic qui nous a couté 2,7 millions. C'est un joueur qui a des qualités mais pas pour ce prix-là. On a payé un gros million d'euros en trop. On ne veut plus répéter ce type d'erreurs, c'est pourquoi on en discute souvent avec le Président, Jean Kindermans et Besnik Hasi. C'est vrai, on va aller pour des joueurs de ce calibre-là. Mais si on nous propose Vanaken pour 8 millions, c'est excessif. Je remarque aussi que l'apport d'un joueur comme Defour fait mieux jouer nos jeunes, et qu'ils vont donc prendre de la valeur. Avec l'arrivée conjointe de Jovanovic, Mbokani, et en augmentant le contrat de Biglia. On s'est fait mal avec ces joueurs. Les gens oublient parfois ce type de dépenses quand ils nous demandent où est passé l'argent, sans oublier le stade dont la capacité a été réduite mais le nombre de vips augmenté, et il y a aussi ce magnifique centre de formation qui a coûté pas mal d'argent. On n'ose cependant pas prendre de risques inconsidérés. Je me suis un peu trompé sur l'impact de ce transfert et le degré de rivalité avec le Standard. J'ai eu une réunion hier (lisez mercredi dernier) avec les supporters, je leur ai dit que j'avais été pris à la gorge en voyant leur banderole à Westerlo alors que Steven était assis juste devant moi dans la tribune. Pour moi, le passé, c'est le passé. Mais j'ai senti que pour ceux qui avaient le sang mauve, c'était plus profond. Et j'ai compris que mieux communiquer dans le futur avec nos supporters sera un pas important pour le club. Nos supporters ont le droit de savoir sur quoi on travaille, et je pense qu'alors ils comprendront mieux certaines décisions. Ils ont parfois l'impression que l'on vit dans une tour d'ivoire. La personne qui prend la décision finale, c'est Roger Vanden Stock. On a une feuille avec les postes à combler ou à renforcer. On va dans un premier temps voir la cellule scouting qui nous propose le nom de Krychowiak (ndrl, ex-Rennes parti à Séville), il y avait aussi Lucas Romero de Velez Sarsfield. Et évidemment, Defour dont on connaît les grandes qualités mais dont on se disait que ça allait être très difficile. Krychowiak a rapidement signé à Séville, on a avancé sur les deux dossiers. Romero est un jeune talentueux dont on pouvait espérer une belle plus-value lors de la revente mais le coach recherchait davantage quelqu'un d'expérimenté.... Mais tous ces dossiers sont compliqués, surtout qu'on n'est pas seuls. Et si un club de la colonne de droite en Premier League arrive, le joueur préférera rejoindre les îles que venir chez nous. Et c'est une donne que j'espère changer... L'équipe nationale nous a déjà remis sur la carte et l'on devrait profiter de cet élan pour faire une refonte du championnat. Il y a 20 ans Ernst and Young avait effectué un audit avec comme conclusion qu'il y avait la place pour 14 clubs en Belgique dont deux clubs à Bruxelles et deux clubs à Anvers. Le problème est qu'il y a trop de clubs qui ont peur de se retrouver dans le mauvais wagon. Il n'y a que l'argent qui pourrait adoucir leurs craintes. Je ne cherche pas à être populaire. Je ne suis pas le genre de gars qui va à toutes les soirées de supporters. J'en reviens à un problème de communication. On apprend tous les jours. Je veux juste rappeler que lors de ce fameux " 0 sur 10 ", le journaliste m'avait posé la question suivante : Vous avez dit que vous alliez transférer soit Batshuayi, soit Hazard, soit Defour, vous n'en avez aucun, combien vous vous donnez sur 10 ? Si j'avais répondu 5 sur 10, j'aurais été ridicule. C'est comme ce fameux " foot champagne ". Pour contextualiser, j'avais dit que moi qui venait du Racing White, c'était le fighting spirit qui caractérisait le club alors qu'à Anderlecht, c'était le foot champagne. Rien de plus. Mais cette simple réflexion m'a longtemps poursuivi. Quand je parlais de foot champagne, je parlais de ça, de ce type de foot. Quand je jouais au Racing White en jeunes et que j'affrontais Anderlecht, je courais après la balle. Car les joueurs avaient une telle technique, une telle maîtrise. On nous a souvent reproché lors des titres de Franky Vercauteren, d'Ariel Jacobs, que le jeu ne correspondait pas à la culture du club. Aujourd'hui la culture anderlechtoise que nos jeunes portent a une répercussion directe sur l'équipe première. Et ça plîit aux supporters. Mais j'ai appris aussi une chose : si on joue avec des jeunes et qu'on se retrouve quatrième ou cinquième, c'est la manifestation. Sans nouveau stade, c'est impossible. On joue le même sport mais pas avec les mêmes armes. Gand a réussi à doubler son nombre d'abonnements grâce à son stade, c'est la preuve qu'il faut aller dans cette direction. Je suis persuadé que si on occupe le stade national sur le parking C du Heysel, beaucoup de matches se joueront devant 40.000 personnes. Un nouveau stade offre aussi des facilités. Mon père a 84 ans, il ne sait plus venir au football. Aller mettre sa voiture au Westland shopping, venir à pied, c'est trop compliqué pour lui. Oui. Alors qu'à l'inverse, le président tout comme moi serions heureux que Bruges dispose d'une nouvelle enceinte car ce serait un levier pour notre foot. Si Bruges disposait d'un stade entièrement payé par la région flamande, je tiquerais, oui. Mais nous, nous disons que si nouveau stade national il y a, nous souhaitons y jouer dedans tout en payant un loyer comme ça se fait dans beaucoup d'autres villes. Je ne vois pas où est le problème. Bruges a bien disposé d'une enceinte modernisée grâce à l'Euro 2000 et les aides publiques. On n'a rien dit. Oui il y a une part de jalousie. Et pourtant, on aurait intérêt à s'unir pour avancer. Malheureusement, on a le sentiment que les trois grands n'ont jamais été autant divisés qu'aujourd'hui. Cela s'explique par des visions que je comprends difficilement. Roland Duchâtelet est quelqu'un de fortuné, d'intelligent mais qui lors de réunions ne passe pas du tout pour un rassembleur. Non. Anderlecht, c'est son seul et unique club. Oui, je ferai ce que le président me dit de faire. Je lui dois tout. Je vais avoir 60 ans en novembre mais j'ai toujours cette passion en moi. Je ne dis pas que je n'aspire pas un jour à avoir une vie plus relax mais quand je me lève, je ne ressens aucune lassitude bien au contraire. Entre la famille Vanden Stock et la famille Van Damme, les liens sont très forts. Et la succession se fera tout naturellement. Ce n'est pas un Qatari qui reprendra ce club. Le club sera repris par quelqu'un du même sérail, qui connaît parfaitement la maison. Oui. Et c'est la seule personne que j'ai rencontrée dans la vie qui ne veut aucune médiatisation. Par contre, quand il donne son avis, il compte, c'est quelqu'un de très présent. Ce n'est pas tout à fait vrai. Il donne son avis sur ce qu'il voit avec du recul. Il dit ce qu'il pense de Defour mais il n'est pas intrusif au niveau sportif. Par contre d'un point de vue financier, c'est quelqu'un d'un niveau exceptionnel. Quand je siège à notre conseil d'administration, je suis parfois impressionné par ceux qui le composent. Emmanuel Van Innis (Suez), Pascal Minne (Petercam), Etienne Davignon, etc. Mais de temps en temps, il faut arriver à leur faire comprendre qu'un club de foot n'est pas exactement comme une société classique. Je sais que l'année prochaine, on va avoir des rentrées mais je peux difficilement prédire le montant avec précision. Si Mitrovic se blesse gravement, il ne vaudra plus les 15 millions espérés. Les problèmes financiers qu'on a connus sont dus au non-transfert de Suarez. On touchait un paquet d'argent, 10 millions nets. Ces 10 millions qui étaient prévus dans notre gestion et qui ont disparu nous ont fait mal pendant deux saisons. Sur un budget de 40 millions, tu le sens passer. Ce sont surtout des gens que j'utilise pour bien vendre. Dans la vie, il faut savoir qui a le pouvoir. Lucien D'Onofrio a le pouvoir de forcer les choses par exemple. Dans ton réseau, tu as besoin de gars qui peuvent t'aider et à qui tu peux dire : J'ai besoin de telle et telle chose. Quand tu es en position de force mais surtout quand ça va mal. Quand tu es contacté tous les jours par une dizaine de personnes qui vous disent : J'ai Maradona. Je leur réponds alors que s'ils veulent rentrer à Anderlecht, il va falloir nous prouver qu'ils savent nous vendre quelque chose. Si un joueur vaut 1 et qu'il arrive à me le vendre pour 5, je m'arrange pour lui rendre la monnaie de sa pièce. Bayat et Henrotay sont des gars qui ont réalisé des belles opérations pour nous : Boussoufa pour huit millions à Anzhi, Kanu, Legear, Suarez qui aurait dû se faire, Mbokani, etc. Je pense que le club possède des gens qui sont suffisamment intelligents et bons financiers pour qu'on utilise nous-même ce système : acheter et vendre pour faire une plus-value. Ce n'est pas dans la culture du club mais je comprends parfaitement cette nouvelle donne. Maintenant, il est préférable, si possible, pour un club de ne pas passer par un fonds d'investissements. C'est vrai que ça a duré. Et c'est ce qui lui a donné mal de tête (il rit). Non puisqu'on était intéressé par Romero. Mais souvent les cracks sont suivis par de nombreux clubs et sont chers. Je me rappelle quand on a été chercher Frutos, ce dernier composait l'attaque de Independiente en compagnie d'Agüero. Il avait 16 ans et il ne fallait pas être devin pour remarquer que c'était une bombe mais il coûtait 7-8 millions. Aujourd'hui, si je tombe sur ce même footballeur, je supplie le conseil de m'accompagner et de tout faire afin de réaliser cette transaction. Ce type de joueur peut vous rapporter 30-40 millions quelques années plus tard. J'ai la prétention de dire que j'y connais quelque chose. Quand on est parti chercher Cheik Tioté en Côte d'Ivoire, j'ai directement été charmé, j'avais rarement vu un aussi bon milieu défensif aussi jeune. Franky Vercauteren trouvait, par contre, qu'il avait les pieds carrés. Regardez où il se trouve aujourd'hui. Les techniciens du foot, et Dieu sait si Franky y connaît quelque chose, se trompent aussi. Oui, un rôle que je partage de plus en plus avec Jean Kindermans. Mais à Anderlecht, on veut que le directeur général soit quelqu'un qui connaît le football. C'est d'ailleurs le plus important dans ma fonction. Il s'occupe de plus en plus de la Fédération même s'il participe toujours aux réunions du comité de direction. Oui bien sûr. Mais ce sont les événements qui déterminent s'il faut garder ou non un coach. Lors de sa première année, Van den Brom a directement su mettre les stars dans sa poche. Le fait de ne pas trop travailler ça les arrangeait et donc ils voulaient jouer pour lui. Par contre si tu fais ça avec des jeunes et que tu offres à Praet deux jours de congé après un klutemtach, il les prend. Aujourd'hui avec Besnik, Dennis est à huit heures du matin au club et bosse jusque dix-sept heures. A Porto, je me suis rapidement rendu compte que ce club sentait le football. Chez nous, ça pue le foot aussi désormais. Et surtout depuis, qu'on possède ce magnifique centre de formation. (Il se lève de sa chaise et se dirige vers la vitre). Aujourd'hui, je peux voir de mon bureau l'évolution d'un Dendoncker, le toucher de balle de Tielemans. Pourquoi a-t-on laissé partir Guillaume Gillet ? C'est parce qu'on sait que des joueurs comme Samuel Bastien ou Dendoncker lui sont déjà supérieurs au niveau du toucher de balle. En première mi-temps à Bruges, on a vu un jeu où la technique de base faisait la différence. En Ligue des Champions, c'est la vitesse d'exécution combinée à la technique qui font la différence. Mon ambition est de raccrocher le subtop européen mais avec un budget de 40 millions, c'est impossible. On doit avoir un nouveau stade pour doubler le budget et atteindre cet objectif. PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS: BELGAIMAGE" Les trois grands n'ont jamais été autant divisés qu'aujourd'hui. " " Aujourd'hui, si je tombe sur Agüero, je fais tout afin de réaliser la transaction. " " J'ai la prétention de dire que j'y connais quelque chose en foot. "