De l'autre côté de l'Atlantique, sur les parquets de NBA, Stephen Curry semble parfois réaliser des séries de paniers qui dépassent l'entendement. Les commentateurs parlent alors de hot hand. La théorie de la " main chaude ", qui a été étudiée jusque dans les locaux du célèbre MIT, est racontée par la star des Golden State Warriors à Sports Illustrated : " C'est l'un des meilleurs sentiments qui existent. L'anneau vous semble tellement large qu'il vous donne l'impression de tirer dans un océan. Dès que vous avez une fenêtre de tir, la balle va dedans. C'est comme un sentiment surhumain. Vous êtes sur le terrain, et peu importe combien de mecs ils mettent sur vous, rien ne peut vous arrêter. "
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De l'autre côté de l'Atlantique, sur les parquets de NBA, Stephen Curry semble parfois réaliser des séries de paniers qui dépassent l'entendement. Les commentateurs parlent alors de hot hand. La théorie de la " main chaude ", qui a été étudiée jusque dans les locaux du célèbre MIT, est racontée par la star des Golden State Warriors à Sports Illustrated : " C'est l'un des meilleurs sentiments qui existent. L'anneau vous semble tellement large qu'il vous donne l'impression de tirer dans un océan. Dès que vous avez une fenêtre de tir, la balle va dedans. C'est comme un sentiment surhumain. Vous êtes sur le terrain, et peu importe combien de mecs ils mettent sur vous, rien ne peut vous arrêter. " Et si, malgré son gabarit si éloigné des parquets, Dries Mertens avait été frappé par un syndrome de basketteur ? Et s'il avait eu le pied chaud ? En l'espace de seize jours, et de quatre matches, le diablotin du Napoli a marqué neuf fois. Les chiffres de cette série folle donnent le vertige : un but toutes les 32 minutes, 70 % de tirs cadrés et 45 % de tentatives transformées en but, là où les meilleurs attaquants de la planète ne dépassent presque jamais la barre des 30 %. Et pourtant, Mertens ne s'est pas démultiplié. Ses ballons joués dans le rectangle (7,5 par match) étaient à peine supérieurs à sa moyenne depuis son installation à la pointe de l'attaque (7,3). Même chose pour son nombre de tirs : 5 par match durant cette période on fire, 4,3 par match sur l'ensemble de son oeuvre de prima punta. Le numéro 14 du Napoli a toujours été un homme de séries. Sur les 35 matches lors desquels il a fait trembler les filets pour le compte des Partenopei, il a marqué au moins deux buts à onze reprises. Mais cette série-là, entre le 6 et le 22 décembre dernier, était malgré tout trop grande pour lui. Après son quadruplé contre Torino, il a expliqué aux journalistes qu'il devrait sans doute attendre le lendemain pour réaliser. Comme si tout cela lui échappait. Même Naples est en quête de sens. Son équipier Piotr Zielinksi parle d'un " moment magique ", tandis que l'ancienne gloire du club Bruno Giordano explique dans la presse locale que " Mertens n'est pas un attaquant de pointe, mais quand il joue à ce poste, il a le feu en lui. " Au-delà de cette période d'un peu plus de deux semaines, dont les chiffres sont trop excessifs pour tirer des conclusions, Dries Mertens a changé depuis ce match contre la Roma, où Maurizio Sarri l'a fait entrer à la place de Manolo Gabbiadini pour 34 minutes à la pointe de son 4-3-3. En un tiers de match, Mertens a tiré trois fois au but, là où son prédécesseur n'avait frappé qu'une fois en une heure. Le coach a justifié son choix après la rencontre, évoquant " une situation où on devait faire bouger la défense adverse, faire sortir leurs défenseurs centraux, et Dries l'a bien fait. C'est un rôle qu'il peut remplir, avec ses caractéristiques. " Suite à la blessure d'Arkadiusz Milik, débarqué au San Paolo pour faire oublier le départ de Gonzalo Higuain à la Juventus, les médias ont évoqué l'arrivée d'un attaquant sans contrat, citant en vrac Miroslav Klose ou Emmanuel Adebayor. " Je n'ai jamais pleuré, je me suis mis à la recherche d'une autre solution ", explique Sarri. Le coach a regardé dans son vestiaire et a opté pour son Belge, ses démarquages entre les lignes et ses qualités en un-contre-un. L'Italie a alors commencé à parler de " faux neuf ", avant de se raviser quand Mertens a aligné un triplé, puis un quadruplé en championnat. " Maintenant, je veux voir si vous aurez encore le courage de l'appeler faux neuf ", a triomphé le président Aurelio De Laurentiis après la démonstration de Dries contre Torino. Les médias ont embrayé, contactant les renards des surfaces italiens Toto Schillaci et Paolo Rossi pour évoquer le phénomène Mertens dans leurs pages. Le poste de prima punta a accouché d'un autre Mertens. Sa moyenne record de 2,6 tirs par match, signée lors de sa première saison dans la Botte, a été pulvérisée pour atteindre les 4,3 depuis son passage en pointe. Une augmentation de la quantité sans perte de qualité, puisqu'avec 47 % de tirs cadrés, il égale les chiffres de sa meilleure saison napolitaine. En se rapprochant du but, Dries semble avoir gommé les excès d'un football parfois superflu. Cette saison, ses buts ont été marqués en 2,3 touches de balle de moyenne, la moitié d'entre eux (huit sur seize) trouvant le fond des filets en une seule touche. Là encore, le chiffre est un record pour le Mertens de Naples. Ajoutons-y une tendance à prendre sa chance dans des zones plus dangereuses (60 % de tirs depuis l'intérieur du rectangle, contre une moyenne inférieure aux 50 % lors de ses premières saisons), et tous les ingrédients sont réunis pour un Belge plus efficace. Avec un but toutes les 91 minutes en 2016 dans le Calcio, il règne sur l'Italie des buteurs, faisant mieux qu'Higuain, Edin Dzeko ou Mauro Icardi. En pointe, Mertens transforme 20 % de ses tirs en but, faisant mieux que des joueurs du calibre de Robert Lewandowski (17,1%), Sergio Agüero (16,4%) ou Zlatan Ibrahimovic (15,1%). Même hors de sa période de " pied chaud ", Mertens ressemble furieusement à un prédateur des rectangles. " Il ajoute à ses qualités techniques une capacité extraordinaire à conclure les actions ", affirme un Paolo Rossi admiratif à la Gazzetta dello Sport. Sur le terrain, les mouvements de Dries sont véritablement ceux d'un numéro neuf. Loin du Lionel Messi qui reculait au milieu de terrain pour jouer les meneurs de jeu au Barça, le Diable alterne jeu en déviation et appels en profondeur, avant de se faire oublier comme un vrai Italien dans le rectangle, où il jaillit souvent pour couper victorieusement la trajectoire d'un centre tendu à ras-de-terre. Contre Cagliari, les cinq ballons qu'il a touchés dans le rectangle se sont transformés en tirs. Le vestiaire l'appelle Ciro, comme s'il avait cessé d'être un dribbleur belge pour devenir un goupil italien. Seul son format de poche semble encore éloigner Mertens des canonnieri classiques de la Botte. Une différence en forme d'atout, selon Toto Schillaci, qui explique dans les colonnes d'IlMattino que " les défenses arrivent sur le terrain avec des types grands et forts, mais les trois du Napoli courent partout et changent de position. Ils se rendent très difficiles à tenir. " " Il ne donne pas de point de repère aux défenseurs, et c'est très important dans le football moderne ", ajoute Beppe Savoldi, ancien attaquant du Napoli. En permutant avec Lorenzo Insigne et José Callejón, Dries peut bouger entre les lignes et ne doit pas conserver le ballon pendant de longues secondes, comme on le demande parfois aux pivots musculeux. Lors de l'expérience de Roberto Martinez avec Mertens en pointe à Rotterdam, Driesje s'était d'ailleurs plaint d'une Belgique qui jouait " un peu trop bas " : " J'étais un peu tout seul devant. " Le nouveau trident offensif des Partenopei a immédiatement fonctionné. Pour ses deux premières titularisations en pointe, Mertens a marqué deux buts, créé quatre occasions et provoqué un penalty. " Les automatismes, c'est comme passer de l'iPhone au Samsung ", explique Maurizio Sarri. " Certains le font en un jour, d'autres butent sur chaque obstacle. " En 180 minutes, Dries envoyait déjà des textos sans regarder son écran. Sarri est un coach pointilleux. Il a hérité du surnom de " Mister 33 ", quand un de ses joueurs dans les divisions inférieures a raconté qu'avec lui, l'équipe avait appris 33 combinaisons différentes pour tromper l'adversaire sur phase arrêtée. " Entre les entraînements, les vidéos et la lecture, j'étudie de la tactique jusqu'à treize heures par jour ", confie celui qui avait étonné Empoli en utilisant un drone pour travailler les automatismes de sa ligne défensive. Son arrivée sur le banc du Napoli, d'abord décevante - seulement 1.000 minutes jouées la saison dernière -, a finalement été décisive pour Dries Mertens. Sarri a diagnostiqué la maladie de son Belge, joueur plein d'énergie, mais beaucoup trop répétitif pour être un dribbleur aligné comme ailier en faux pied. En quatre ans dans le Calcio, le Diable n'a jamais dépassé les 51 % de dribbles réussis, perdant trop de ballons pour constituer une menace permanente. " Le seul problème avec lui, c'est de le garder éveillé pour qu'il vive enfin une période de continuité ", confiait Sarri après le quadruplé de Dries face au Toro. " Il doit comprendre qu'il est un fuoriclasse, et qu'il peut marquer de grands buts. " Frappé de l'incurable maladie du dribbleur prévisible, Mertens a ressuscité en pointe, là où il ne répète pas indéfiniment sa " spéciale " crochet intérieur-tir enroulé au second poteau. Une marque de fabrique qui lui a seulement offert sept buts en trois ans et demi. Un enchaînement aux airs d'obsession compulsive, qui a fait de Dries un joueur dont les tirs avaient souvent beaucoup de mal à arriver jusqu'au but. Lors de sa dernière saison avec Rafael Benitez, 38 % de ses frappes avaient été bloquées par un défenseur adverse. Maurizio Sarri, grand amateur de lecture, pouvait voir en Mertens cet homme décrit par John Fante, l'un de ses auteurs favoris, dans L'Orgie : " Il marchait toujours avec détermination et une grande énergie, même lorsqu'il n'allait nulle part. " Il lui a donc donné un itinéraire, en l'installant à la pointe de son dispositif et en lui offrant des lignes de course qui l'éloignent de son couloir gauche. Un 4-3-3 qui prend rapidement des allures de 4-3-1-2, le système fétiche du coach, quand Lorenzo Insigne rentre au coeur du jeu pour s'associer à Marek Hamsik tandis que Mertens prend la profondeur. " Avec lui sur le terrain, les ailiers sont plus proches du numéro 9 qu'avec Milik ", confirme un Sarri qui, depuis son arrivée à Naples, a toujours su mettre en place des animations offensives qui tiraient le meilleur de sa prima punta : Gonzalo Higuain a bouclé la saison dernière avec 36 buts, effaçant des tablettes le record du Suédois Gunnar Nordahl, puis Arkadiusz Milik avait succédé à l'Argentin et marqué sept buts en neuf matches avant sa blessure. C'était ensuite au tour de Dries. " Par le passé, il n'a jamais exploité l'étendue de son immense potentiel devant le but ", expliquait récemment Sarri. Les stats confirment, puisque Mertens a déjà marqué seize fois cette saison, améliorant à mi-parcours les chiffres de sa meilleure saison napolitaine. PAR GUILLAUME GAUTIER - PHOTOS BELGAIMAGE