Mercredi 9 novembre, la pile de médias qui trône sur le bureau d'Herman Van Holsbeeck ne parle évidemment que d'une chose : les élections américaines. Alors avant d'aborder pendant près d'une heure et demie l'actualité anderlechtoise, on a débuté l'entretien par la case Donald Trump et les conséquences de sa nomination. " Le monde est occupé à changer radicalement. On l'a déjà vu avec le Brexit ", enchaîne Herman Van Holsbeeck.
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Mercredi 9 novembre, la pile de médias qui trône sur le bureau d'Herman Van Holsbeeck ne parle évidemment que d'une chose : les élections américaines. Alors avant d'aborder pendant près d'une heure et demie l'actualité anderlechtoise, on a débuté l'entretien par la case Donald Trump et les conséquences de sa nomination. " Le monde est occupé à changer radicalement. On l'a déjà vu avec le Brexit ", enchaîne Herman Van Holsbeeck. " J'ai entendu ce matin que l'Europe devait prendre conscience qu'elle devait se rassembler mais j'ai plutôt l'impression qu'on est complètement occupés à se diviser. Certains disent que ça ne va pas changer grand-chose. Mais cette élection veut dire en tout cas que beaucoup de gens sont mécontents. " HERMAN VAN HOLSBEECK :Oui, enfin, à Anderlecht, si on n'est pas premiers et qu'on ne joue pas champagne voetbal, nous connaissons la chanson. VAN HOLSBEECK : A l'EURO, vous pouvez me dire quelle équipe a proposé un foot alléchant hormis peut-être l'Allemagne ? Aujourd'hui, si tu veux faire un résultat, il faut pouvoir se sacrifier. Et la philosophie de Weiler, c'est que les 87 minutes durant lesquelles le joueur n'a pas la balle sont aussi importantes que les trois restantes où tu as cette balle. VAN HOLSBEECK : Cet été, on a décidé au club qu'on allait opérer un nettoyage, un sérieux nettoyage. Et quand le 23 mai, au lendemain du championnat, on a décidé d'en terminer avec les T1, T2, T3, le préparateur physique, l'analyste, une grosse partie du service médical, et que tu vois 13 joueurs partir et que tu en engages neuf nouveaux, en principe tu dois dire à tes supporters, comme le font beaucoup d'autres clubs, que l'on va travailler sur un projet de trois ans. Mais à Anderlecht, ce n'est pas possible. A Anderlecht, tu dois dire que tu vas travailler sur un projet de trois mois... VAN HOLSBEECK : Oui et je suis d'accord pour dire que le foot n'était pas bon mais on a terminé quantième les deux dernières saisons ? 3 et 2. Et in fine, on ne regarde que les résultats. Est-ce que depuis que je suis au club, nous aurions pu faire mieux ? Oui, nous aurions pu être treize fois champion en treize ans. Mais nous ne l'avons été que sept fois, quatre fois vice-champion et deux fois troisième. Mais aujourd'hui, est-ce que tout est parfait ? Certainement pas. Le foot que l'on joue est bon ? Non. Doit-on faire des retouches en janvier ? Oui. Mais l'expérience me fait dire que les transferts en janvier, c'est très très compliqué. VAN HOLSBEECK : Un coach doit essayer d'être juste et il l'a été. Prenons le cas d'Okaka qui décidait lui-même s'il allait chercher le ballon chez le stoppeur ou s'il restait dans les 16 mètres. Le coach lui a dit : -Si tu veux jouer avec moi, je veux que tu te places à la limite des 16 mètres. Okaka lui a répondu : - Coach, je joue comme je veux. Dans ce club, on doit d'abord avoir une discipline de jeu et ne pas penser aux individualités. Quand tu joues contre Ostende où l'entrejeu est composé de Berrier, Vandendriessche et Jonckheere et que nous jouons avec Stanciu, Tielemans, Dendoncker et que certains se permettent de jouer à trois mètres de l'homme, de ne pas gagner les duels, tu commences à être en difficulté face à des clubs moyens. Et ce que le coach veut faire passer comme message, c'est que si tu veux profiter de tes qualités techniques, il y a une discipline à respecter et pas seulement contre Mainz ou Saint-Etienne mais aussi contre Westerlo et Waasland-Beveren. VAN HOLSBEECK : Certainement. VAN HOLSBEECK : Oui, mais le gros problème à Anderlecht, c'est que quand on fait une réunion avec plus de trois personnes, le lendemain tout se retrouve dans les journaux. Et pour un coach, c'est compliqué. Il me dit qu'il veut garder une certaine ligne de conduite mais il se rend compte que les dés sont pipés. Il n'était pas habitué à ça, en Allemagne, ça ne se passe pas comme ça. Et l'année passée, c'était pire encore. Ça s'est un peu calmé cette saison mais ceux qui connaissent la musique continuent à faire fuiter des infos. VAN HOLSBEECK : Celui qui travaille pour le RSCA en Allemagne nous avait dit en début de saison passée de tenir à l'oeil le jeune coach de Nuremberg et c'est ce que j'ai fait. Weiler avait repris ce club alors qu'il était proche de la descente et il l'a presque ramené en Bundesliga. Et donc le premier coach que nous avons rencontré à Zurich une semaine après la fin du championnat, c'est lui. Mais nous n'allions pas non plus parler avec un seul coach. Nous nous sommes rendus à Faro pour ren-contrer Claude Puel, nous avons rencontré Martinez, Paul Le Guen, etc. VAN HOLSBEECK : Des refus surtout financiers car on doit se tenir à certaines limites. Mais quelqu'un comme Puel ne voulait pas recommencer à devoir tout construire comme il avait fait à Nice. A Weiler, nous ne lui avons pas dit dans un premier temps tout le travail qu'il y avait à faire... VAN HOLSBEECK : Oui, surtout dans le cas d'Okaka qui nous avait fait louper un transfert à 15 millions. Nous avions un accord pour Kara. Cet été, nous sommes arrivés au Conseil d'Administration en grand seigneur, en leur disant combien vous voulez ? Nous pensions les avoir vendus pour 22 millions. Une semaine après, j'étais tout blanc dans mon lit car les deux transferts n'avaient pas pu se faire. Mais au final, on a su trouver un équilibre même si le seul que je ne voulais pas vendre, c'était Defour. Mais j'avais compris que nous ne pouvions pas le garder. D'ailleurs je tiens à affirmer que Kara, contrairement à Okaka, a très réagi professionnellement au renouveau d'Anderlecht sous Weiler. VAN HOLSBEECK : Si nous devons expliquer tout ce que nous avons fait pour Steven Defour, et je ne vais pas balancer, ça me fait mal de lire ça. VAN HOLSBEECK : Non, pas du tout. Et depuis le début de saison, je remarquais qu'avec Weiler, il avait aussi changé son fusil d'épaule. Et Weiler a fait avec Defour la même chose qu'avec Okaka, il lui disait que ce n'était pas normal d'arriver en retard ou avec deux kilos de trop. Defour s'est alors dit que ça n'était plus la même histoire. Les coaches racontent toujours à leur nouveau groupe que tout le monde est sur le même pied d'égalité mais après trois semaines, ils n'osent s'en prendre qu'à un Wout Faes ou à un Jorn Vancamp. Mais toucher à Okaka, Kara, on n'ose pas. Weiler, avec des analyses vidéo, il leur a dit : -Ça, chez moi, c'est impossible.VAN HOLSBEECK : Iseka, il joue à Marseille ? En les laissant partir, on voulait aussi leur montrer que le gazon n'est pas toujours plus vert ailleurs. Et on peut même revenir en arrière : Musonda, il joue au Betis Séville ? Januzaj, même chose. VAN HOLSBEECK : Weiler dit que la grande différence entre la Belgique et l'Allemagne, c'est la mentalité. La zone de confort est beaucoup trop grande ici. (NDLR : il dessine un système offensif sur papier). Quand le meneur de jeu joue cinq fois à gauche et qu' à droite se trouve Lukebakio, eh bien dans ma manière de voir le foot, Lukebakio doit plonger dans le rectangle pour se retrouver à la réception du centre venu de la gauche. Mais Lukebakio, s'il voit qu'à deux reprises, il ne reçoit pas le ballon, il abandonne, il marche. Weiler m'a dit un jour qu'avec un gars comme ça il allait avoir du mal à aller au combat chaque semaine. VAN HOLSBEECK : Il faut un équilibre. Et ce n'est pas lié au fait d'être africain. Quand tu as trop d'Argentins dans un noyau, ça devient très compliqué aussi, c'est même Nicolas Frutos qui m'avait mis en garde. VAN HOLSBEECK : C'est la discussion qu'on a eue aujourd'hui au club mais je ne vous trouve pas très objectif. Sowah, Roef, Tielemans, Dendoncker, ce sont quatre joueurs qui sortent du centre de formation. Et si cette année, nous ne jouerons pas la demi-finale de la Youth League, nous avons un plan sur 15 joueurs, de 15 à 17 ans, qui sont des top talents et sur lesquels on se dit qu'il faut les encadrer... VAN HOLSBEECK : Je pense par exemple que Praet, et l'avenir nous l'apprendra, aurait dû rester encore un an au club pour s'affirmer et devenir le patron du jeu, d'autant que Weiler l'aimait beaucoup. Mais il le ne lui restait plus qu'un an de contrat et je ne pouvais pas le garder. A l'enterrement de Martin Lippens, je me suis rappelé cette équipe avec Trappeniers, Heylens, Cornelis, Kialunda, Hanon, Jurion, Van Himst, Puis, Bergholtz, tu les connais encore tous. Aujourd'hui, êtes-vous capable de me citer les noms des joueurs qui faisaient partie de l'équipe championne sous van den Brom ? On doit commencer à chercher car les joueurs partent dès qu'ils peuvent. VAN HOLSBEECK : Bien sûr. VAN HOLSBEECK : Trezeguet. Mais je pense qu'aujourd'hui, on doit égalementavoir des scouts qui vivent en dehors de la Belgique et qui suivent chaque semaine la D1 de leur pays. Car se rendre à l'étranger et se baser sur un match ou deux, c'est trop juste pour une bonne évaluation. VAN HOLSBEECK : Les seuls dont j'ai été véritablement responsable, ce sont les transferts venus d'Argentine. J'allais moi-même avec Philippe Colin pour visionner les joueurs mais avant cela, on avait été renseigné par un ancien joueur des Grasshopper Zurich qui était basé là-bas. Quand on demandait un arrière central capable de jouer le patron avec une bonne relance ou un milieu défensif à qui on peut toujours donner le ballon sous pression, il nous dressait plusieurs profils. Werner Deraeve partait alors pour plusieurs semaines observer ces joueurs et nous nous rendions aussi par après sur place. VAN HOLSBEECK : Parce qu'on doit avoir quelqu'un sur place qui nous repère des joueurs. C'est pour ça que j'essaie d'intégrer d'anciens joueurs étrangers dans notre cellule de scouting. Goran Lovre et Hendrik Andersen travaillent déjà pour nous, j'espère que Morten Olsen fera de même. Je veux être entouré de gens qui savent ce que c'est le RSCA. VAN HOLSBEECK : Vous savez ce que Mogi fait ? Et bien quand nous sommes occupés avec Lombaerts le 29 août et que le Zenit nous réclame 6 millions d'euros (NDLR : il nous montre le document) et que le dernier jour des transferts, on nous assure que le prix ne baissera pas contrairement à ce qu'on m'avait dit et qu'on nous fait attendre depuis trop longtemps, j'appelle Mogi. Il était 15 heures et le mercato se terminait à minuit. Je lui ai demandé s'il pouvait activer ses réseaux pour nous ramener Spahic qui était également sur nos tablettes Il m'a dit : -Laisse moi une demi-heure. Et une demi-heure plus tard, il avait réussi à avoir l'accord du directeur technique et du président de Toulouse. Et à 17h30, Spahic était dans mon bureau après être arrivé en jet privé. Quel est le problème avec Mogi ? On ne va pas lui reprocher d'avoir beaucoup de relations. Mais il ne fait pas ce que bon lui semble. Qui est l'agent de Vanhaezebrouck ? Qui est celui de Kums ? Qui a essayé d'amener Depoitre ? Et pourtant ils ne sont pas à Anderlecht aujourd'hui. VAN HOLSBEECK : Un jour, quand j'écrirai mon livre, je vous expliquerai la vérité concernant le dossier Pollet. Vous savez, quand tout est bon, c'est toujours le transfert de tout le monde, quand c'est mauvais, c'est le transfert de Van Holsbeeck. L'idéal, c'est d'avoir des joueurs à la technique extraordinaire, à la mentalité extraordinaire, et excellents en perte de balle, mais je peux vous dire que c'est difficile à trouver pour un club comme Anderlecht. VAN HOLSBEECK : Je pourrai vous répondre le jour où sortira mon livre. VAN HOLSBEECK : Aujourd'hui, j'ai reçu dans mon bureau un jeune de 14 ans qui vient du rugby et qui veut devenir manager. Eh bien, ce milieu, comme le hockey, est très différent du foot. Là, on parle encore de sport. Vous savez de quoi je parle 99 % de mon temps ? De fric ! 99 % de mon temps, je parle de fric ! C'est la différence entre le hockey, le rugby et le football. J'essaie de vous faire comprendre ce qu'est mon métier aujourd'hui et de vous expliquer pourquoi l'affaire Proto est compliquée. Quand je vois comment ça se passe, j'encaisse, mais parfois, j'ai envie de vous balancer la vraie histoire sur ce transfert. Ce que je peux affirmer, c'est qu'on a été corrects avec Silvio. Et est-ce que le club et ses supporters lui ont rendu l'hommage qu'il méritait ? Oui. Mais je crois que Silvio doit aussi beaucoup au Sporting... VAN HOLSBEECK : Comment peut-on partir comme ça ? C'est un scandale. Tu vas le chercher et tu en fais un millionnaire en euros et il te fait un coup comme ça. On lui a même donné le plus gros salaire du club. Je peux comprendre son envie de partir, de retourner en Argentine, mais certainement pas d'être parti comme un voleur dans la nuit. A 62 ans, j'ai de plus en plus de difficultés à digérer ce genre de choses. Ce sont aussi les gens qui sont autour qui sont néfastes. C'est un milieu où les gens gagnent beaucoup d'argent. VAN HOLSBEECK : Je gagne bien ma vie en tant que directeur général mais ça n'a rien à voir avec des agents qui possèdent plusieurs bons joueurs dans leur portefeuille. VAN HOLSBEECK : Non. Si on fonctionne comme cela, on peut se faire manipuler à cause de l'argent. Mais nous connaissons la musique, ce sont toujours ceux qui ne savent pas rentrer ici qui font courir ces mensonges. Tous les jours, je reçois des types qui viennent me proposer un mix de Maradona et de Messi mais je leur réponds toujours : -Quel est le joueur que tu peux vendre pour moi ? Par exemple, je vais leur dire que joueur X vaut 2,5 millions et que s'il arrive à le vendre à 5, il peut prendre un million. Et donc, ceux qui réussissent ce genre d'opération, j'en fais des millionnaires. Mais dans le foot, il y a plein de gens qui espèrent que les miettes tombent des tables... Nous sommes en procès avec le père d'un jeune joueur. Nous l'avons aidé financièrement, nous lui avons proposé un contrat, et le jour de la signature, le père me dit : -Si tu ne me paies pas un million, on ne signe pas ! Ce genre de choses-là, tu ne les trouves que dans le football. Désormais, c'est d'abord l'argent et puis le jeu. VAN HOLSBEECK : Non jamais. Même si on m'a un jour envoyé un message pour me dire que le lendemain, j'étais dehors. PAR THOMAS BRICMONT ET ALAIN ELIASY - PHOTOS BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS" Quand tout est bon, c'est toujours le transfert de tout le monde. Quand c'est mauvais, c'est le transfert de Van Holsbeeck. " HERMAN VAN HOLSBEECK " Nous pensions avoir vendu Kara et Okaka pour 22 millions. Une semaine après, j'étais tout blanc dans mon lit. " HERMAN VAN HOLSBEECK