Durant la semaine précédant le match aller, la plupart des joueurs avaient avancé le score de 1-0 comme idéal. Les Diables Rouges l'ont obtenu, et pourtant, au coup de sifflet final, les sentiments étaient mitigés. D'une part, on pouvait se dire que le devoir avait été accompli et que la catastrophe que certains avaient prédite n'a pas eu lieu. D'autre part, on se demandait si la supériorité numérique dont nous avons bénéficié durant toute la deuxième mi-temps a été suffisamment exploitée.
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Durant la semaine précédant le match aller, la plupart des joueurs avaient avancé le score de 1-0 comme idéal. Les Diables Rouges l'ont obtenu, et pourtant, au coup de sifflet final, les sentiments étaient mitigés. D'une part, on pouvait se dire que le devoir avait été accompli et que la catastrophe que certains avaient prédite n'a pas eu lieu. D'autre part, on se demandait si la supériorité numérique dont nous avons bénéficié durant toute la deuxième mi-temps a été suffisamment exploitée.Alors que les Tchèques, réduits à dix par l'exclusion de Tomas Repka, se contentaient visiblement d'une défaite par le plus petit écart, les hommes de Robert Waseige semblaient davantage habités par la hantise de ne pas encaisser que par la volonté d'alourdir la marque. Clement stoppeur plutôt que demi défensifLa révolution tactique à laquelle on se préparait ne s'est en tout cas pas produite. L'idée d'une défense à trois, annoncée comme possible sinon probable, avait été abandonnée au profit du 4-4-2 traditionnel. Philippe Clement (envisagé comme deuxième demi défensif aux côtés de Timmy Simons) évoluait dans l'axe de la défense aux côtés d' Eric Van Meir. Il était même, le plus souvent, collé aux basques de Milan Baros, le seul attaquant de pointe tchèque. "C'était la tâche que m'avait assignée Robert Waseige", explique-t-il. "Milan Baros est un attaquant très dangereux. Ce n'est pas un hasard si, à 20 ans, il suscite déjà l'intérêt de Liverpool. Nous nous attendions à ce qu'il emmène l'attaque des Tchèques, car il s'était montré très à son avantage lors des derniers matches. Dans ce contexte, le statut de réserviste de Vratislav Lokvenc ne constituait qu'une demi-surprise. Si les Tchèques avaient évolué avec deux attaquants, nous aurions opté pour une défense à trois. Avec un seul attaquant, deux défenseurs centraux suffisaient et les arrières latéraux pouvaient donner libre cours à leur tempérament offensif. C'est l'avantage d'avoir des joueurs polyvalents dans le groupe: on peut adapter son schéma en fonction du dispositif de l'adversaire. La presse avait évoqué la formation d'un axe brugeois avec Gert Verheyen, Timmy Simons et moi-même. Ce fut le cas, mais les automatismes de club ne nous ont pas été d'une grande utilité car nous n'évoluons pas en équipe nationale dans le même système qu'à Bruges. Ma tâche était surtout défensive: l'important était de ne pas encaisser. 1-0, c'est un bon résultat. Avant le match, j'évaluais nos chances à 40/60. Après cette victoire, je pense que c'est désormais du 50/50. Nous avons essayé d'inscrire un deuxième but après la pause, mais toujours avec le souci de préserver nos filets inviolés. Il aurait été trop dangereux de se lancer à l'offensive les yeux fermés. Je ne suis pas mécontent de ma propre prestation. Pour un défenseur, ne pas encaisser et ne concéder pratiquement aucune occasion à l'adversaire est toujours une satisfaction. Mais le mérite revient surtout au groupe. Défendre est une tâche collective et le travail des joueurs d'entrejeu est tout aussi fondamental". Van Meir 45 minutesEric Van Meir, l'autre défenseur central, s'est retiré à la mi-temps. Par précaution : "J'ai ressenti une contracture aux ischio-jambiers. J'en ai parlé à Robert Waseige dans le vestiaire et j'ai préféré ne pas prendre de risques. Je savais de quoi je souffrais car ce n'est pas la première fois que je ressens ces symptômes. Il fallait éviter que cette contracture se transforme en élongation. L'essentiel est que nous partions à Prague avec un but d'avance. Je suis convaincu que, si nous parvenons à inscrire un but là-bas, nous nous qualifierons. Il faudra jouer dans cet esprit-là et ne pas songer uniquement à préserver le 0-0. On pouvait peut-être espérer plus, mais il ne faut pas faire la fine bouche. Cela aurait pu être pire aussi. Le tournant du match fut, selon moi, l'arrêt de Geert De Vlieger sur le tir de Pavel Nedved, suivi du sauvetage d' Eric Deflandre. A ce moment-là, on s'est dit que quelqu'un, là haut, veillait sur nous. Si on avait encaissé, on aurait pris un coup sur la tête. L'exclusion de Repka aurait pu être un tournant dans l'autre sens, mais cette péripétie a surtout incité les Tchèques à se retrancher derrière et cela ne nous a pas avantagés. Jozef Chovanec a retiré Vladimir Smicer afin d'introduire un défenseur supplémentaire. En outre, l'état du terrain nous handicapait. Nous étions obligés de faire le jeu et ce n'était pas évident dans ces conditions". Simons prend de l'envergureTimmy Simons avait été intronisé demi défensif en lieu et place d' Yves Vanderhaeghe. La République Tchèque lui porte chance: c'est lors du match amical disputé à Prague au printemps qu'il avait fêté sa première sélection : "Espérons que cette équipe continuera à me réussir. En mars, nous avions arraché un partage 1-1 là-bas. Ce résultat nous qualifierait. Mais un match n'est pas l'autre. On ne peut pas comparer un match amical à une rencontre de compétition décisive". Au sujet du dispositif adopté, il abondait dans le sens de son coéquipier Clement : "Il fallait être flexible et s'adapter au schéma utilisé par l'adversaire. Nous pensions que les Tchèques allaient aligner deux attaquants. Ce ne fut pas le cas. Je suis relativement satisfait de ma prestation. Depuis un an, je prends progressivement de l'envergure. Je constate néanmoins que le niveau, dans ce genre de rencontre, est supérieur à celui du championnat de Belgique".Walem attend sa première Coupe du MondeEn l'absence de Marc Wilmots et de Walter Baseggio, une grosse part de responsabilités est subitement revenue à Johan Walem. Souvent décrié en équipe nationale, il s'était surpris à constater que son absence en Croatie avait été remarquée : "C'est vrai que, dans le passé, mon rôle chez les Diables Rouges n'avait pas toujours été apprécié. Mais, depuis un an et demi, cela va très bien pour moi". Contre l'Ecosse, le match de référence, la complémentarité entre Marc Wilmots et lui avait été citée en exemple : "J'avais toujours dit qu'entre Marc et moi, il n'y avait aucun problème. Nous avons des qualités opposées et nous sommes très complémentaires. En outre, Marc a une très grosse influence psychologique. Contre les Tchèques, il a fallu s'adapter aux circonstances et cela ne s'est pas trop mal passé. Le groupe a bien réagi. Le collectif a toujours joué un grand rôle dans la réussite du football belge. Et puis, Sven Vermant marche très bien aussi pour l'instant". Walem, comme la plupart de ses partenaires, s'estime satisfait du 1-0: "Geert De Vlieger a préservé ses filets inviolés et c'est l'essentiel. Nous avons manifesté beaucoup de bonne volonté, mais l'état du terrain ne nous a pas facilité la tâche. On pourrait regretter qu'à dix contre onze, nous n'ayons pas appuyé davantage sur l'accélérateur, mais ce n'est pas toujours un avantage d'affronter une équipe qui se retrouve en infériorité numérique et qui songe surtout à préserver le score. En deuxième mi-temps, nous n'avons pas été transcendants, je l'admets. Je ne pense toutefois pas que les deux équipes se contentaient du score. Ce sont surtout les conditions de jeu qui ont dicté notre conduite. Cette courte victoire est encourageante, malgré tout, et laisse de belles perspectives en vue du match retour. Comme les Tchèques, nous sommes à 90 minutes de la Coupe du Monde. Je suis persuadé qu'il faudra marquer un but à Prague. Les Tchèques sont très forts techniquement et l'ont démontré. Mais nous pouvons les éliminer. Je comprends qu'une ambiance pessimiste s'était installée avant la rencontre. Etre battu aussi près du but, comme cela avait été notre cas en Croatie, fait mal. Moi aussi, j'avais encaissé le coup. A un quart d'heure de la fin, nous étions toujours qualifiés. Je pensais que le plus dur était passé. Je voyais ce chrono qui avançait, je me disais qu'on était presque, puis ce fut la catastrophe. Vivre cela dans un fauteuil, c'était horrible. Heureusement, ce barrage nous offre une seconde chance. A nous de la saisir. Robert Waseige a su apporter beaucoup de sérénité, il nous a beaucoup parlé pendant la semaine, c'est l'un de ses points forts. La plupart des observateurs ne nous donnaient pas favoris. C'était peut-être mieux ainsi. La Belgique n'est jamais aussi redoutable que dans un rôle d'outsider. Elle s'est toujours sortie des barrages. Espérons que l'histoire se répète". Walem n'a jamais participé à une Coupe du Monde. A chaque fois, il faisait partie de la pré-sélection, mais il avait été écarté à la dernière minute : "Une qualification aurait une saveur particulière pour moi".Vermant a mûri à SchalkeContre les Tchèques, le rôle de Marc Wilmots avait été dévolu à son coéquipier de Schalke 04, Sven Vermant : "Je ne suis pas un véritable n°10, mais Marc Wilmots ne l'est pas non plus. Avoir un véritable n°10 n'est pas indispensable. A ce poste, il faut montrer plusieurs facettes: il faut être capable d'attaquer, mais aussi de récupérer le ballon. Il faut jouer avec ses propres qualités, sans vouloir évoluer dans le registre d'un autre. C'est au groupe à compenser l'absence de certaines individualités. Peu importe qui est sur le terrain: on a un noyau de 19 joueurs et chacun doit donner le maximum. Une équipe composée exclusivement d'individualités parvient très rarement à se qualifier. Le collectif a toujours représenté la force principale de la Belgique. Je retrouve un peu la même mentalité à Schalke 04. Là aussi, le groupe prime. Et il faut se battre pendant 90 minutes" Vermant estime avoir progressé à Schalke 04: "C'est le cas de tous les joueurs qui changent d'environnement. On découvre une autre culture, un autre style de football. On évolue sur le plan humain et sportif. En Allemagne, le championnat est plus dur qu'en Belgique. C'est physique, et surtout très réaliste. On ne peut laisser aucune occasion à l'adversaire. Les premiers mois, j'ai dû trouver mes marques, mais je me suis habitué. L'entraîneur m'a dit qu'il était content de moi. Avant d'aller à Bruges, voici huit ans, j'avais déjà eu l'opportunité de partir à l'étranger, aux Pays-Bas, mais j'estimais que c'était trop tôt. A 23 ans, je n'étais pas mûr. J'étais encore un garçon timide et taciturne. Sur ce plan-là aussi, j'ai changé". A Schalke 04, Sven Vermant côtoye plusieurs Tchèques, même si aucun d'entre eux n'était sur la pelouse samedi: "Le plus connu est Jiri Nemec, il a encore été international l'an passé. Il m'a taquiné à plusieurs reprises en me disant que nous allions être balayés. Il considérait que c'était du 70/30 pour les Tchèques... Individuellement, les Tchèques sont plus forts que nous. Mais nous pouvons nous qualifier. Il faudra continuer à afficher une bonne mentalité. La volonté y est". Van Houdt s'est présenté!La surprise du chef Waseige s'appelait Peter Van Houdt. Peu connu en Belgique, il évolua de 17 à 19 ans à Saint-Trond avant de tenter sa chance aux Pays-Bas, à Roda JC, où il joua quatre saisons. Depuis un an et demi, il évolue au Borussia Mönchengladbach où il est titulaire. Samedi, il a pu jouer dix minutes, comme lors de sa précédente apparition lors de la tournée asiatique de juin 1999, à l'époque de Georges Leekens: "Je n'ai pas senti la tension monter lorsque Robert Waseige m'a demandé de m'échauffer pour remplacer Wesley Sonck. J'ai essayé de faire de mon mieux. Dommage que je n'aie pas marqué. Ce sera peut-être pour le match retour? Mais il faut s'attendre à ce que les joueurs tchèques montrent un tout autre visage. Samedi, ils n'ont pratiquement rien entrepris". Peter Van Houdt a accueilli sa convocation avec une certaine surprise: "Jusqu'ici, Robert Waseige avait toujours fait confiance au même groupe. Après la tournée asiatique de juin 1999, j'avais disparu de la circulation et j'avais l'impression d'avoir loupé le bon wagon. Je ne me faisais plus trop d'illusions sur mes chances d'être repris un jour. J'ai probablement bénéficié de l'absence de plusieurs attaquants, mais je ne cache pas mon bonheur. C'est normal que le public belge me connaisse mal. J'ai quitté le pays à 19 ans. Je ne regrette pas mon choix. Aux Pays-Bas, j'ai progressé sur le plan technique. A Saint-Trond, on envoyait des ballons en profondeur et je courais derrière. L'équipe visait essentiellement le maintien et il fallait se battre sur tous les ballons. Pendant les six premiers mois, j'ai eu très dur aux Pays-Bas. Je suis arrivé dans un club de subtop et le niveau était plus élevé qu'au Staaienveld. C'était aussi un autre style de jeu: la plupart du temps, on dominait alors qu'à Saint-Trond, on spéculait sur la contre-attaque. Il fallait donc créer des situations de buts dans des espaces restreints. J'ai beaucoup appris aux Pays-Bas, j'ai en fait bénéficié d'une formation à la néerlandaise. A Roda JC, j'ai travaillé pendant deux ans sous la direction de Sef Vergoossen. C'est l'un des meilleurs entraîneurs que j'ai connus. Il est attentif au moindre détail, chacun sait exactement ce qu'il a à faire. Les bons résultats actuels de Genk ne m'étonnent pas. J'ai aussi travaillé avec Huub Stevens, l'actuel mentor de Schalke. Mönchengladbach, avec Hans Meyer, c'est encore un autre type de football: des longues courses et des un-contre-un. La préparation d'avant-saison est très exigeante, mais après c'est comme partout: la succession de matches réduit la fréquence et l'intensité des entraînements. A Mönchengladbach, j'évolue comme extérieur gauche dans un système en 4-3-3. J'ai toujours été titulaire, sauf une fois où j'étais blessé, et j'ai inscrit douze buts la saison dernière. Comme extérieur gauche, ce n'est pas mal. Cette saison, en Bundesliga, j'en suis à deux buts. Ma carrière a toujours suivi une courbe ascendante. J'ai pris un risque en partant pour le Borussia, à l'époque en D2. J'ai eu la chance que l'équipe est montée tout de suite. J'ai disputé dix matches de Bundesliga. Je ne peux pas dire que plus rien ne m'effraye, mais je suis déjà habitué à avoir des grands noms en face de moi: lors de la journée d'ouverture en Bundesliga, j'ai affronté le Bayern Munich et nous avons gagné".Daniel Devos