C'est le moral et le visage bien bronzés qu'Hugo Broos a repris le travail à Anderlecht. Il y entame sa troisième campagne avec la ferme intention d'approfondir son sillon. Sa première campagne avait été difficile avant qu'il n'opte fermement pour son système tactique préféré, le 4-4-2.
...

C'est le moral et le visage bien bronzés qu'Hugo Broos a repris le travail à Anderlecht. Il y entame sa troisième campagne avec la ferme intention d'approfondir son sillon. Sa première campagne avait été difficile avant qu'il n'opte fermement pour son système tactique préféré, le 4-4-2. La saison passée fut marquée par une grosse récolte de points avant que la déconcentration ne ternisse un peu les dernières étapes précédant l'arrivée et le 27e titre de l'histoire des Bruxellois. Mbo Mpenza, surtout, et Fabrice Ehret ont enrichi un noyau qui, comme celui de Bruges, abordera ses rendez-vous sous le signe de la stabilité, ce qui arrange bien les trésoreries. Anderlecht mise sur sa jeunesse car, comme le dit Hugo Broos, le club ne peut pas se payer des transferts de deux millions d'euros. Le titre est forcément un objectif important mais la grande maison mauve aimerait franchir le cap des poules en Ligue des Champions. L'exemple portugais n'est-il pas édifiant à ce propos ? Porto s'est emparé de la Coupe d'Europe aux grandes oreilles avec un budget comparable à celui d'Anderlecht : 30 millions d'euros. Le nouveau boom du football au Portugal, un pays comptant dix millions d'habitants comme la Belgique, peut être une source d'inspiration... Hugo Broos : Au début, j'ai sélectionné mes matches de l'EURO en ne retenant que les affiches et me contentant de résumés pour le reste. J'étais en vacances et j'avais besoin de prendre du recul. Il en a toujours été ainsi, même quand j'étais joueur. J'arrêtais et, même si j'étais actif, je n'étais pas du genre à bosser en fonction de la saison à venir. Mais il est vrai que je bossais bien durant toute la saison. J'ai besoin d'un temps de répit, deux semaines sans football, mais après, l'envie de reprendre le collier est énorme. Ainsi, je n'ai pas suivi de près la Lettonie. Puis, j'ai été frappé par le jeu défensif de nombreuses équipes. Cette option a permis à la Grèce de se glisser dans le dernier carré mais ce ne fut pas le plus intéressant. La fatigue a eu raison de grandes équipes et de pas mal de stars. Thierry Henry était incapable de plonger, de dribbler, de miser sur sa vitesse naturelle. Cela ne s'explique pas par la faillite d'une option tactique mais bien par l'état de fraîcheur de joueurs ayant tout donné durant un an. Les petits se sont sublimés et ont produit des choses intéressantes à l'image du Portugal jouant chez lui. Ce sont trois joueurs offensifs qui ont le plus retenu mon regard : Wayne Rooney, Arjen Robben et Cristiano Ronaldo. Le Portugal a confirmé le brio de Porto et j'y vois, sans oublier le talent, le résultat d'une ligne de conduite. A Porto, José Mourinho a fixé un cap, s'y est tenu durant plusieurs années en dénichant les joueurs capables d'appliquer son pressing. C'est du football moderne. Mais je partage l'avis de Franky Vercauteren quand il dit que José Mourinho n'a rien inventé et que Tomislav Ivic avait déjà imposé ce style à Anderlecht au début des années 80. J'aimerais qu'on presse aussi le porteur du ballon adverse. Mais il ne faut pas oublier que Mourinho avait aussi des joueurs de grand talent sous la main : Deco, Nuno Valente, l'impressionnant Ricardo Carvalho au centre de sa défense, etc. Je me demande si Mourinho pourra pratiquer le même système à Chelsea. L'ancien buteur de Mouscron m'intéressait même si une confirmation après ses magnifiques débuts en D1 aurait été intéressante. Il était trop cher pour nous. Un million et demi d'euros, ai-je lu, c'est énorme, si on tient compte du rapport qualité/prix. Auxerre a pu s'engager dans cet investissement, nous pas. Mais quand Guy Roux lance que Pieroni est plus fort que Cissé, je m'interroge. Cissé est plus rapide et sa technique vaut le coup d'£il. Mais, cela dit, Pieroni cadre au maximum, plus que Cissé, c'est exact. Oui. Il doit atteindre ce total. Tout le monde connaît ses qualités, son métier, l'apport qu'il peut avoir en toutes circonstances. Anderlecht l'a acquis afin de jouer en pointe. Il n'attend pas dans le rectangle comme Nenad Jestrovic sait le faire. Mbo bouge beaucoup, garde la balle, crée des espaces, aide les autres, sait finir. Avec Aruna Dindane, Nenad et Ki-Hyoen Seol, nous avons quatre hommes pour deux places. Mais Seol est retenu par son équipe nationale jusqu'au 7 août. Dans quel état reviendra-t-il d'Asie ? Or, quatre jours plus tard, Anderlecht prend part à un match de tour préliminaire de la Ligue des Champions. Et Aruna et Jestrovic ont aussi des obligations avec leur équipe nationale respective. En cours de saison, je dresse trois bilans : avant l'hiver, en février et en fin de saison. En janvier, on cerne les problèmes du groupe, les secteurs à renforcer. Le scouting peut alors être poussé à fond. A un moment, j'ai senti qu'il ne se passait pas grand-chose. La direction ne bougeait pas. Il y avait eu l'éclosion des jeunes et le club ne s'engageait que dans cette voie, ce que je pouvais comprendre. Mais quand j'ai demandé si un nouveau titre et un ticket européen suffiraient, on m'a dit : -Non, il faut plus. C'est-à-dire aller plus loin en Ligue des Champions. Dès lors, des renforts s'imposaient. Après la formidable éclosion de Vincent Kompany, Antony Vanden Borre s'est révélé à droite où je n'avais que Marcin Zewlakow. A gauche, Fabrice Ehret peut rendre de grands services. C'était trop court sur ce flanc où Olivier Deschacht était trop seul. Je suis confiant, ce groupe est plus fort que la saison passée. J'ai un système, le 4-4-2, qu'on peut parfois adapter, mais en gros, je ne changerai pas. Je préfère me battre pour mes idées. Il y a deux ans, j'avais signé un vendredi et trois jours plus tard, je travaillais avec un noyau que je n'avais pas composé. Un an avant, Anderlecht avait vendu Jan Koller, Tomasz Radzinski, Bart Goor et Didier Dheedene. Quand Hossam préféra aller signer à l'Ajax qu'à Anderlecht, ce fut la panique. Le club acheta à tours de bras sans songer à son système. A l'Ajax ou à l'AC Milan, l'occupation de terrain ne varie pas et on achète les joueurs qui conviennent à la philosophie de jeu. Les risques de crash sont limités. A mes débuts, j'ai cru trouver un système convenant à tout le monde. Cela s'est compliqué par la suite. J'ai alors changé mon fusil d'épaule. J'ai tout nettoyé mais ce ne fut pas facile. Ce n'est pas Bruges par exemple où presque tout reste dans le vestiaire. En vacances, à Chypre, j'ai croisé Birger Martens de Bruges. Il m'a raconté des choses dont la presse ignore tout. C'est impossible à Anderlecht où les journalistes consultent tout le monde à propos de tout. Je me souviens d'un jour où Gilles De Bilde n'arriva pas très frais à l'entraînement. Cela devait rester entre nous. Une demi-heure plus tard, un journaliste me téléphonait dans ma voiture pour avoir des nouvelles de Gilles De Bilde. Il savait tout. Le lendemain, dans le vestiaire, j'ai dit aux joueurs : -Vous formez un groupe de merde. Je n'aime pas ceux qui parlent dans le dos des gens. Je me souviens d'une discussion orageuse avec Filip De Wilde dans mon bureau. Il m'a donné son point de vue et a même claqué la porte en sortant. Cela ne m'a pas dérangé car c'était une discussion honnête. Je discute beaucoup, mais même si je suis têtu, je ne suis pas Dieu. En finalité, je décide comme quand nos avons joué à trois en défense face au Celtic de Glasgow après l'exclusion de Glen De Boeck... Je n'ai pas apprécié que certains affirment que c'était une idée de Franky. Non, nous en avons parlé, j'ai tranché. Je suis un battant, j'aime la compétition, je veux gagner et il en a toujours été ainsi. Ne pas être champion, c'est toujours une défaite pour moi. On l'a été la saison passée. Maintenant, il faut faire plus en Ligue des Champions, surtout à l'extérieur. Nous pouvons survivre à l'épreuve des groupes. La saison passée, ce fut bon à domicile mais il y avait moyen de faire mieux, notamment contre le Bayern. Non, elle m'a dit, au contraire, que j'avais raison. J'ai commis des erreurs et j'ai cherché trop de compromis lors de la première saison. Je ne veux plus revivre cela. Mon palmarès est là et on n'arrive pas à cela sans faire preuve de psychologie. Mais il y a des erreurs que je ne commettrais plus. A Anderlecht, il faut plus peser ses mots qu'à Bruges ou à Mouscron. Ainsi, j'avais dit que Walter Baseggio et Pär Zetterberg ne pouvaient pas jouer ensemble. Cela a déclenché des polémiques inutiles. Le temps apporte toujours la réponse à toutes les questions. J'ai 80 % de la prochaine équipe en tête. Mais qui dit que ces joueurs entameront la saison ? Il suffit de quelques blessures pour changer le cours des choses. Je ne crois pas. La saison passée, nous avons eu une avance de 21 points à un moment. Cela a déclenché une baisse de régime mentale en vue de la fin du championnat. Charleroi mena 0-2 chez nous avant que nous ne réagissions pour gagner 3-2. Ce n'est pas évident quand l'avance est considérable et que plus rien, ou presque, ne peut plus vous arriver. Il y avait eu aussi une cascade de blessés. Dès lors la concurrence, donc la motivation, était moins forte. Mais nous avons des hommes forts : Hannu Tihinen, Yves Vanderhaeghen, Glen De Boeck, Besnik Hasi, etc. Personne ne doit se sentir visé. Personne ne doit partir même si j'ai dit à Marc Hendrikx, qui ne peut rien faire de bon aux yeux des gens, que son avenir se situait ailleurs. Certains ont essayé de partir d'eux-mêmes comme Nenad. Tout le monde doit sans cesse prouver sa valeur. Ce sera le cas de Nenad mais aussi de Vanderhaeghe dont nous avons besoin mais qui n'a plus le même statut qu'avant dans la ligne médiane. Avant, tout tournait autour de lui. Maintenant, Yves doit répondre à la concurrence. Il s'y est parfois retrouvé mais sa vraie place se situe derrière et il y restera. Nous avons besoin de joueurs sortant bien de ce secteur, soignant la relance : c'est tout à fait primordial. Pour lui, ce sera la saison de la confirmation. Il a la tête bien sur les épaules mais il faut veiller au grain avec les jeunes. Les dérapages peuvent leur être néfastes. Ce sera à nous de les aider, de les guider, de les conseiller. A la place de Kompany, avec cette gloire et cet argent qui vous tombent dessus du jour au lendemain, ce n'est pas facile. On ne peut accepter des interviews sur le terrain avant de prendre sa douche. A la longue, cela épuise et il doit se protéger. Pour Vanden Borre, c'est plus difficile : il a écopé d'une carte rouge en équipe nationale Espoirs. C'est faux. Il ne faut pas aligner des jeunes pour le plaisir de les lancer. Je ne vois pas pourquoi la sévérité ne s'imposerait pas pour eux. On place parfois la barre trop bas pour eux. C'est un peu pour cela que Peter Ressel a quitté la cellule scouting. Il se contentait d'un geste technique pour recruter un joueur. Mais un jeune a besoin de plus pour réussir, le mental est primordial. Sherjill McDonald avait du talent mais pas de discipline. Il a échoué. Si un jeune ne preste pas sur le terrain, on joue à dix. Je dois être convaincu de ses qualités avant de le lancer dans le bain. J'ai toujours lancé des jeunes : Pascal Renier ou Daniel Amokachi à Bruges, Christophe Grégoire à Mouscron... Pierre Bilic" Un jour, j'ai dit aux joueurs qu'ils formaient UN GROUPE DE MERDE "