Quand on entre chez Thibaut Courtois, dans un quartier vert du sud-ouest londonien, on ne sait pas s'il jouera bientôt au Real Madrid - rumeur qui court, encore et encore, depuis plusieurs semaines -. Quand on ressort deux heures plus tard, on n'en sait toujours pas plus. Mais on a appris plein de choses intéressantes, surprenantes, même croustillantes sur son quotidien à Chelsea, son ressenti d'homme et de gardien de but, le double clash à venir face au Barça, son lien avec Eden Hazard, sa vision du City extra-terrestre de Guardiola, les grandes gueules et les fayots du foot, ses plans avec les Diables, ...
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Quand on entre chez Thibaut Courtois, dans un quartier vert du sud-ouest londonien, on ne sait pas s'il jouera bientôt au Real Madrid - rumeur qui court, encore et encore, depuis plusieurs semaines -. Quand on ressort deux heures plus tard, on n'en sait toujours pas plus. Mais on a appris plein de choses intéressantes, surprenantes, même croustillantes sur son quotidien à Chelsea, son ressenti d'homme et de gardien de but, le double clash à venir face au Barça, son lien avec Eden Hazard, sa vision du City extra-terrestre de Guardiola, les grandes gueules et les fayots du foot, ses plans avec les Diables, ... La veille, Chelsea a tranquillement balayé Newcastle en FA Cup, avec les deux derniers buts de Michy Batshuayi avant son prêt à Dortmund. Thibaut Courtois était dans la tribune, contrarié par une mini blessure à la cheville. Mais tout va à nouveau bien, il a repris normalement l'entraînement. En installant son interminable carcasse pour se confesser, il nous dit qu'il espère être à nouveau fit pour le match prévu deux jours plus tard, en Premier League, contre Bournemouth. Il sera effectivement dans le but. Pour une grosse gifle à domicile : 0-3. Pour les Blues, la saison de l'après-titre n'est pas simple. C'est mort pour bisser, ça c'est déjà sûr. Année pourrie ? " Quand même pas, et même loin de là ", comme le patron de la cage va l'expliquer. Qu'est-ce qui fait que c'est plus compliqué que la saison passée ? THIBAUT COURTOIS : C'est pas la cata non plus... Clairement, on a moins de points que l'année dernière après le même nombre de matches, mais la grande différence, c'est que Manchester City en a beaucoup plus. Ils sont à un plus haut niveau que tous les autres, ils gagnent tous leurs matches. Il y en a plusieurs qu'ils auraient pu perdre, ils auraient parfois pu faire des nuls, mais ils gagnent dans les dernières minutes. Il y a quatre ou cinq matches où ça a été vraiment limite pour eux. Ils pourraient avoir dix points de moins. Mais chaque fois, c'est passé, ça s'est bien terminé. Bon, ils sont très forts. Pour nous, ça a parfois été très bon en Ligue des Champions. En Cup, on est toujours là. Le seul couac, en fait, c'est notre élimination par Arsenal en demi-finale de la Coupe de la Ligue. Parce qu'on avait vraiment envie de la gagner. Comment tu expliques le parcours phénoménal de City ? Par Pep Guardiola qui est maintenant tout à fait installé ? Par Kevin De Bruyne qui fait la saison de sa vie ? COURTOIS : Kevin De Bruyne était déjà très bien la saison passée. Entre-temps, ils ont fait quelques bons transferts. Ils perdaient des points stupidement, parfois, mais cette année ils ne lâchent plus rien. Quand tu gagnes comme ça, régulièrement à l'arraché, tu deviens champion ! Et c'est vrai aussi que Guardiola est maintenant parfaitement installé, ses idées sont bien comprises. Il a transformé City en machine. Et c'est compliqué de stopper une machine. Ça fait déjà deux mois qu'Antonio Conte a dit que pour le titre, c'était mort. Il a abandonné ses ambitions très tôt dans la saison ! COURTOIS : Quand une équipe qui joue la tête commence à perdre quelques points, quand ses joueurs commencent à sentir que ça revient derrière, que ça chauffe, tu as toujours une chance qu'ils craquent un peu mentalement, tu peux toujours imaginer que les poursuivants arrivent finalement à recoller. A cause de la nervosité de ceux qui sont devant. Mais tu imagines les joueurs de City en pleine panique ? Avec l'expérience qu'il y a là-bas, c'est impensable. Tu peux avoir United qui pousse, tu peux avoir Chelsea qui met la pression, tu peux avoir Liverpool qui cravache, ça n'aura aucune incidence sur le mental des gars de City. On a connu ça la saison passée. On avait une belle avance, puis on a eu un petit coup de moins bien mais tout le monde, chez nous, est resté très zen. On avait assez d'expérience pour gérer. Les grandes équipes sont comme ça, elles laissent passer la tempête puis elles recommencent tranquillement à gagner. On a bien compris tout ça, on sait que City ne va pas s'effondrer du jour au lendemain. Et aujourd'hui, on a quinze points dans la vue. Ça a été difficile de vous relancer après le titre ? COURTOIS : Même si tu ne le veux pas, il y a toujours une petite saturation. Et puis il y a l'envie des autres pour battre le champion, et aussi des clubs qui font des gros transferts, comme City et United. A Chelsea, tout le monde voulait enchaîner avec un deuxième titre d'affilée. Mais c'est la PremierLeague, hein ! Comment tu juges ta saison ? COURTOIS : Je fais une bonne saison. Je n'ai pas toujours beaucoup de travail. Comme à West Ham, ils font une bonne frappe, je ne peux rien faire, ils gagnent 1-0. Ça, c'est chiant ! J'ai aussi sorti quelques très gros matches, comme contre Arsenal. Des matches pareils me rassurent, ça m'aide à me sentir bien dans la tête. Comme tous les ans, tu joues la tête du classement des clean sheets. Après tous les trophées collectifs et individuels que tu as déjà gagnés, c'est encore important, les clean sheets ? COURTOIS : Oui. Mais ici, le système n'est pas très bien fait. On tient compte du nombre de matches sans encaisser, point. Tu peux avoir 10 clean sheets et avoir encaissé 40 buts, tu seras devant le gardien qui a fait 9 matches sans encaisser et n'a pris que 20 goals au total. Ce n'est pas tout à fait logique. En Espagne, c'est mieux fait, ils font la moyenne des buts encaissés par match joué. Rien que pour la confiance, c'est important de quitter le terrain en n'ayant pas pris de but. J'ai gagné le classement des clean sheets la saison passée, j'aimerais bien conserver mon titre. Mais je ne fais pas une fixation là-dessus. Je te donne deux exemples : contre Leicester et Everton, on a fait 0-0. Mais je n'étais pas content. Je préfère prendre trois buts et qu'on gagne 4-3. Je ne suis pas addict aux clean sheets. Gagner la Ligue des Champions, ça m'intéresse plus... C'est ton rêve ultime ? COURTOIS : En club, oui, bien sûr. J'ai été champion en Belgique, en Espagne et deux fois en Angleterre, j'ai gagné la League Cup, l'Europa League et la Supercoupe d'Europe, il y a plein de grands joueurs qui rêvent d'avoir tout ça sur leur carte de visite. Il me manque deux choses : la Cup et la Ligue des Champions. Vous avez tiré Barcelone en huitièmes, pas de bol... COURTOIS : Hier, j'ai regardé leur match contre Alavés et je me suis fait la réflexion qu'ils laissaient beaucoup d'espaces derrière. Ils étaient menés à la mi-temps et ils ont ramé pour gagner. Ça veut dire que tout est possible, surtout si on arrive à profiter des espaces. On a Willian, Pedro, Eden Hazard, beaucoup de joueurs très rapides. S'ils laissent des espaces dans leur défense, si nos offensifs sont efficaces... et s'il y a un tout grand Thibaut Courtois derrière (il rigole), on va être très dangereux. Beaucoup d'observateurs disent que Barcelone est favori, on verra. Chelsea - Barcelone et Real - PSG, ça fait deux finales avant la lettre, non ? COURTOIS : C'est sûr. Le champion d'Angleterre contre le futur champion d'Espagne et le vainqueur des deux dernières éditions contre une équipe qui a tout pour la gagner, c'est vrai que c'est du lourd. On a compris que City filait vers le titre, mais même pour la deuxième place, ça va être chaud. COURTOIS : C'est clair qu'on n'est pas seuls derrière City. Il y a Liverpool, United, Tottenham. Ça risque d'être bouillant jusqu'aux derniers matches. Il faut absolument finir dans les trois premiers pour aller directement en Ligue des Champions. On va vite avoir un gros programme, on va affronter les deux équipes de Manchester et deux fois le Barça en l'espace de trois semaines. Belgique - Angleterre à la Coupe du Monde, qu'est-ce que ça inspire aux gens ici ? COURTOIS : Bah, ça met de la pression à tout le monde. Aux joueurs anglais, à nous. On sait que c'est un match que le monde entier va regarder avec beaucoup d'intérêt et de curiosité. Je ressens beaucoup d'envie, d'impatience. Avec la Tunisie et le Panama, on a eu un peu de chance au tirage. On pourrait être déjà qualifiés quand on affrontera les Anglais dans le troisième match. Mais ça, on ne peut pas trop le dire. Tu as dit que les Diables pouvaient viser le titre. Tu mets la pression. COURTOIS : Tout le monde dit quand même qu'on a le potentiel pour être champions du monde, non ? Tu as entendu le raisonnement de Michel Preud'homme, récemment ? Pour lui, il y avait trop de pression sur l'équipe à l'EURO et ça vous a coûté cher. COURTOIS : La presse nous a mis un gros coup de pression en France, ça c'est sûr. Les supporters voyaient très grand, eux aussi. Après la qualification contre la Hongrie, toute la Belgique nous imaginait en finale. Au moment où il fallait assumer, contre le Pays de Galles, on n'a pas fait un bon match, clairement. Mais je ne sais pas si ça s'expliquait par la pression. En tout cas, on doit croire en nos chances en Russie. Si tu n'as pas l'ambition de gagner quand tu as des joueurs importants dans des clubs importants en Angleterre, en Espagne et en Italie, tu n'es pas logique. Les Hollandais ont toujours des ambitions démesurées, ils se croient souvent les meilleurs et ça leur a parfois coûté cher. C'est une bonne chose d'être parfois un peu hollandais dans ses envies ? COURTOIS : Je vois quand même qu'ils sont allés en demi-finale au Brésil avec une équipe qui n'était sûrement pas meilleure que la nôtre. On reste réalistes. On devra d'abord se concentrer sur le Panama et la Tunisie, puis on pensera à l'Angleterre. Après ça, c'est la forme du jour et éventuellement un peu la chance qui pourraient faire la différence. Dans un bon jour, on peut passer contre l'Allemagne ou le Brésil. Tu te retrouves face au Brésil, face à Neymar, Gabriel Jesus, Philippe Coutinho, tu sais d'office que ce sera une équipe offensive. Contre des Belges offensifs. Là, tout est possible. Pas trop, si on fait le bilan de vos trois gros matches dans les deux derniers tournois. Contre l'Argentine, l'Italie et le Pays de Galles, ça n'a pas fonctionné. C'est pour quand, le fameux match référence ? COURTOIS : Les Argentins ont quand même eu un peu de chance. Ils ont mis un beau but, et après ça, comme ils sont très malins, ils ont fermé. On n'a jamais trouvé l'homme libre contre une équipe qui défendait super bien. C'est trop simple de dire qu'on n'a pas été bons dans ce match, c'est surtout l'Argentine qui a très bien joué le coup. J'ai bien connu ce phénomène à l'Atlético avec Diego Simeone. On disait régulièrement que nos adversaires rataient leur match, mais c'est parce que notre organisation les condamnait à rater leur match. Même chose contre l'Italie à l'EURO. Maintenant, je connais très bien Antonio Conte. Il sait aussi fermer, puis trouver subitement l'espace qui fait très mal à l'adversaire. C'est le coup qu'il nous a fait en France. Et puis, contre le Pays de Galles, il faut bien reconnaître qu'on n'était pas dans notre meilleur jour. Globalement, on continue à souffrir contre les équipes qui défendent bien. Récemment, les Mexicains l'ont bien fait aussi, puis ils ont mis deux ballons en profondeur et ils ont marqué deux fois. C'est ça qu'on doit améliorer. On a le même problème avec Chelsea. Dans les matches difficiles, si tu n'as pas un joueur comme Eden Hazard qui fait la différence, ça peut devenir compliqué. Ce n'est pas toujours facile de rester calme, de faire tourner le ballon, d'aller d'un côté à l'autre en restant patient, en attendant qu'un défenseur n'arrive plus à couvrir. C'est à ce moment-là qu'il faut donner la bonne passe pour aller marquer. Il y a peut-être un trop-plein de respect pour certains adversaires ? Contre les Etats-Unis au Brésil, contre la Hongrie en France, vous paraissiez si sûrs de vous et ça a roulé. Contre les grands pays, vous avez peut-être des craintes qui vous paralysent un peu ? COURTOIS : Je ne crois pas. Regarde les Américains et les Hongrois. Déjà, ils avaient moins de qualités, mais en plus, ils nous attaquaient et on avait plein d'espaces, on pouvait faire ce qu'on voulait. C'est comme ça qu'on les a tués. Pour moi, il ne faut surtout pas parler d'un excès de respect. Au contraire, je sens une envie terrible dans le groupe quand l'adversaire est prestigieux, quand l'enjeu est énorme. Je te répète qu'on a des joueurs dans les meilleurs clubs du monde, alors pourquoi on devrait avoir peur des Argentins ou des Italiens ? Simplement, on doit trouver les bonnes solutions contre les équipes qui ont un bon plan. Le match contre le Mexique nous a encore confirmé qu'il y avait de choses à améliorer. Ce soir-là, Kevin De Bruyne a fait une sortie médiatique qui n'a pas plu à tout le monde. Comme toi après l'élimination contre le Pays de Galles. C'est bien de secouer tout le monde de temps en temps, ça peut faire évoluer les choses ? COURTOIS : Bah, parfois ce serait mieux de faire ça en interne. Mais à certains moments, c'est bien que ça s'échauffe un peu pour que tout le monde redevienne attentif. Si tu veux gagner des trucs, tu dois parfois mettre le doigt où ça fait mal, quitte à ce que ça se fasse en public. Vos sorties ont fait du bruit parce qu'on est habitué à entendre des footballeurs très diplomates dans leurs analyses tactiques. COURTOIS : Le problème aujourd'hui, c'est qu'on ne peut plus rien dire. Quand je dis ce que je pense après le Pays de Galles, des gens disent que j'ai bien fait, d'autres disent que ce n'est pas bien. Les avis sont partagés. Même chose après la sortie de Kevin De Bruyne. Et donc, tout le monde fait attention et 80 % des interviews de footballeurs ne contiennent plus que des propos basiques, standards. Et puis il y a toujours le risque qu'une phrase soit complètement sortie de son contexte, c'est directement repris sur plein de sites, ça s'emballe. Tu ne crois pas que c'est aussi l'adrénaline qui joue quand il y a une déclaration forte juste après un match ? COURTOIS : Bien sûr. Mais alors, il faut arrêter les interviews post-match ! Moi, je pars du point de vue qu'il est possible à tout moment de dire les choses comme elles sont, sans pour ça tuer un coéquipier ou son coach. Après le Mexique, De Bruyne aurait pu se cacher, dire que tout avait bien fonctionné, ou simplement signaler qu'il fallait juste améliorer un petit truc ou l'autre. Est-ce qu'on aurait mieux avancé avec ça ? Moi, après le Pays de Galles, j'ai estimé que j'avais le droit de dire ce que je ressentais. J'ai mal vécu cette défaite et j'ai donné mon avis. Rien de plus.