G eorges Leekensarrive à Bruges au coeur de l'année 1972. Il entame alors la belle histoire d'un self-made man qui atterrit chez les Blauw en Zwart parce qu'il a décidé, à un moment donné, de faire passer ses études en premier lieu. Quelques mois plus tôt, Anderlecht lui avait fait les yeux doux mais Leekens, alors sous contrat au Crossing Schaerbeek, trouvait plus judicieux d'obtenir d'abord son diplôme de kiné. Après son refus, Leekens n'a plus jamais eu de nouvelles des Mauves. Le Club s'est par contre manifesté, et il a entamé une belle histoire longue de onze ans dans la Venise du Nord.

Georges Leekens aujourd'hui., BELGAIMAGE
Georges Leekens aujourd'hui. © BELGAIMAGE

Impossible de compter le nombre de fois où nous avons interviewé Leekens. Chez lui, dans la commune de Sint-Andries, à quelques pas de Bruges, vous étiez reçus comme un ami, dans une ambiance chaleureuse. Un café, un morceau de tarte puis, pourquoi pas, un cognac. Leekens aimait parler. Beaucoup. Et parfois, il tenait déjà le discours d'un entraîneur. À cause de ses limites footballistiques, il était obligé de réfléchir sur le jeu. Leekens savait très bien ce qu'il valait : un stoppeur accrocheur, prêt à vous mordre les mollets, qui n'a jamais construit sa carrière sur l'élégance. L'efficacité avant tout.

Leekens n'avait pas peur d'entrer sur le terrain de la provocation. Quand l'illustre Ernst Happel lui avait interdit de franchir la ligne médiane, le menaçant d'une amende de 1.500 francs (37,50 euros) s'il osait désobéir, Leekens ne transgressa la règle qu'une fois. Avec un but à la clé, célébré par un poing serré aux airs de défi sous les yeux d'Happel.

Finalement, Leekens est resté un footballeur sous-estimé, uniquement vu comme un joueur qui faisait souffrir les attaquants adverses dans un style peu orthodoxe. Mais il était bien plus qu'un Long Couteau, lui qu'on avait surnommé Mac-the-Knife. Leekens défendait certes avec une main de fer, mais il brillait surtout en parvenant à penser une seconde plus vite que son adversaire. Il savait faire parler son sens de l'anticipation, témoin de son intelligence footballistique. Un talent qui deviendrait son credo, maintes fois utilisé de l'autre côté de la ligne de touche.

UNE AVALANCHE DE CRITIQUES

Il y eut donc Georges Leekens l'entraîneur. Encore plus fanatique et exigeant que le joueur. Ses changements d'employeurs presque compulsifs l'ont pourtant fait passer à la postérité en compagnie d'une avalanche de critiques. Sa deuxième carrière a été dominée par les contradictions permanentes. Leekens avait l'art de tourner autour du pot.

Il ne manquait pourtant pas de sens de l'analyse. Dès le début de sa carrière, sur le banc du Cercle en 1984, il parlait du besoin de mettre en place des entraînements spécifiques, sur base scientifique, avec un accompagnement médical adapté. Autant de composantes qui devaient, selon lui, être assemblées pour créer des conditions au sein desquelles les joueurs n'auraient plus d'excuses.

Les mots étaient presque prophétiques. Il n'en resta pourtant pas grand-chose au cours du parcours qui allait suivre. Leekens changeait trop facilement d'employeur. 25 fois en 35 ans, toujours avec la valise bien remplie de formules toutes faites et de phrases convenues. Très vite dépeint comme un opportuniste, il ne parviendra plus jamais à se défaire de cette image. Il faut dire qu'il n'a pas non plus fait en sorte de changer les choses, surtout quand il se plaisait à parler de travail en profondeur et de besoin de continuité.

Leekens a toujours semblé esquiver les attaques sur sa personne dans la plus grande indifférence. Pourtant, celui qui le connaît sait que ce n'est pas le cas. Derrière ce masque de confiance en soi se cache un homme chaleureux et attentionné. Rarement, dans sa carrière, il s'est prêté au jeu de la guerre médiatique. Il a toujours affirmé vouloir garder sa dignité, et ne pas s'abaisser au niveau de ceux qui le maltraitaient. Et malgré les nombreux remous autour de sa personne, les offres n'ont jamais manqué.

UNE BOURDE D'ENVERGURE

C'était également dans la plus grande tranquillité que Georges Leekens changeait de club. À ce titre, son passage de l'équipe nationale au Club Bruges le poursuivra éternellement. Cette fameuse déclaration affirmant que les 90% du travail étaient faits restera gravée comme une bourde de grande envergure. Le plus étonnant, c'est qu'un homme intelligent comme lui a continué à répéter cette phrase, sans même y associer l'ironie nécessaire.

Finalement, Georges Leekens était un perfectionniste. Il pouvait réanimer des équipes qui semblaient destinées à résider dans le couloir de la mort, et réinstaurer la confiance dans un vestiaire éteint. Leekens se fixait des objectifs élevés, et s'est toujours présenté avec une énorme confiance en soi à l'égard du monde extérieur. Un homme de plastique, a-t-on un jour dit de lui. Leekens ne reconnaissait jamais ses erreurs, parce qu'il considérait que ça pourrait seulement le rendre plus vulnérable.

Au cours de l'une de nos innombrables interviews, Leekens a un jour ouvert son coeur. Montré ses émotions. C'était en 1996, quand sa femme Arlette a été frappée par une hémorragie cérébrale. Il a reconnu qu'après un entraînement, alors donné à Mouscron, il avait dû s'arrêter au bord de la route à plusieurs reprises pour laisser couler ses larmes. Il est arrivé au chevet de sa femme alors qu'elle recevait les derniers sacrements, avant une opération. Il a tenté de rester positif, affirmant que ce n'était pas le sacrement des malades, mais celui de l'espoir.

On peut dire beaucoup de choses à propos de Georges Leekens. Mais sur le plan mental, aucun entraîneur n'a brisé plus de barrières que lui. Le fait qu'il travaille désormais en Iran lui ressemble complètement. Il n'a jamais eu peur de partir à l'aventure ou de relever un nouveau défi. Pourtant, ce n'était pas vraiment le but. Quant il est revenu à Daknam pour la troisième fois, en octobre 2015, un accord avait été conclu jusqu'au mois de juin 2019. Un an plus tard, le contrat était rompu. C'était le début d'une errance qui l'a mené d'Algérie en Iran, en passant par la Tunisie et la Hongrie.

C'est du Georges Leekens tout craché : la seule chose qu'on peut prévoir avec lui, c'est qu'il fera quelque chose qu'on n'aurait pas pu imaginer.

G eorges Leekensarrive à Bruges au coeur de l'année 1972. Il entame alors la belle histoire d'un self-made man qui atterrit chez les Blauw en Zwart parce qu'il a décidé, à un moment donné, de faire passer ses études en premier lieu. Quelques mois plus tôt, Anderlecht lui avait fait les yeux doux mais Leekens, alors sous contrat au Crossing Schaerbeek, trouvait plus judicieux d'obtenir d'abord son diplôme de kiné. Après son refus, Leekens n'a plus jamais eu de nouvelles des Mauves. Le Club s'est par contre manifesté, et il a entamé une belle histoire longue de onze ans dans la Venise du Nord. Impossible de compter le nombre de fois où nous avons interviewé Leekens. Chez lui, dans la commune de Sint-Andries, à quelques pas de Bruges, vous étiez reçus comme un ami, dans une ambiance chaleureuse. Un café, un morceau de tarte puis, pourquoi pas, un cognac. Leekens aimait parler. Beaucoup. Et parfois, il tenait déjà le discours d'un entraîneur. À cause de ses limites footballistiques, il était obligé de réfléchir sur le jeu. Leekens savait très bien ce qu'il valait : un stoppeur accrocheur, prêt à vous mordre les mollets, qui n'a jamais construit sa carrière sur l'élégance. L'efficacité avant tout. Leekens n'avait pas peur d'entrer sur le terrain de la provocation. Quand l'illustre Ernst Happel lui avait interdit de franchir la ligne médiane, le menaçant d'une amende de 1.500 francs (37,50 euros) s'il osait désobéir, Leekens ne transgressa la règle qu'une fois. Avec un but à la clé, célébré par un poing serré aux airs de défi sous les yeux d'Happel. Finalement, Leekens est resté un footballeur sous-estimé, uniquement vu comme un joueur qui faisait souffrir les attaquants adverses dans un style peu orthodoxe. Mais il était bien plus qu'un Long Couteau, lui qu'on avait surnommé Mac-the-Knife. Leekens défendait certes avec une main de fer, mais il brillait surtout en parvenant à penser une seconde plus vite que son adversaire. Il savait faire parler son sens de l'anticipation, témoin de son intelligence footballistique. Un talent qui deviendrait son credo, maintes fois utilisé de l'autre côté de la ligne de touche. Il y eut donc Georges Leekens l'entraîneur. Encore plus fanatique et exigeant que le joueur. Ses changements d'employeurs presque compulsifs l'ont pourtant fait passer à la postérité en compagnie d'une avalanche de critiques. Sa deuxième carrière a été dominée par les contradictions permanentes. Leekens avait l'art de tourner autour du pot. Il ne manquait pourtant pas de sens de l'analyse. Dès le début de sa carrière, sur le banc du Cercle en 1984, il parlait du besoin de mettre en place des entraînements spécifiques, sur base scientifique, avec un accompagnement médical adapté. Autant de composantes qui devaient, selon lui, être assemblées pour créer des conditions au sein desquelles les joueurs n'auraient plus d'excuses. Les mots étaient presque prophétiques. Il n'en resta pourtant pas grand-chose au cours du parcours qui allait suivre. Leekens changeait trop facilement d'employeur. 25 fois en 35 ans, toujours avec la valise bien remplie de formules toutes faites et de phrases convenues. Très vite dépeint comme un opportuniste, il ne parviendra plus jamais à se défaire de cette image. Il faut dire qu'il n'a pas non plus fait en sorte de changer les choses, surtout quand il se plaisait à parler de travail en profondeur et de besoin de continuité. Leekens a toujours semblé esquiver les attaques sur sa personne dans la plus grande indifférence. Pourtant, celui qui le connaît sait que ce n'est pas le cas. Derrière ce masque de confiance en soi se cache un homme chaleureux et attentionné. Rarement, dans sa carrière, il s'est prêté au jeu de la guerre médiatique. Il a toujours affirmé vouloir garder sa dignité, et ne pas s'abaisser au niveau de ceux qui le maltraitaient. Et malgré les nombreux remous autour de sa personne, les offres n'ont jamais manqué. C'était également dans la plus grande tranquillité que Georges Leekens changeait de club. À ce titre, son passage de l'équipe nationale au Club Bruges le poursuivra éternellement. Cette fameuse déclaration affirmant que les 90% du travail étaient faits restera gravée comme une bourde de grande envergure. Le plus étonnant, c'est qu'un homme intelligent comme lui a continué à répéter cette phrase, sans même y associer l'ironie nécessaire. Finalement, Georges Leekens était un perfectionniste. Il pouvait réanimer des équipes qui semblaient destinées à résider dans le couloir de la mort, et réinstaurer la confiance dans un vestiaire éteint. Leekens se fixait des objectifs élevés, et s'est toujours présenté avec une énorme confiance en soi à l'égard du monde extérieur. Un homme de plastique, a-t-on un jour dit de lui. Leekens ne reconnaissait jamais ses erreurs, parce qu'il considérait que ça pourrait seulement le rendre plus vulnérable. Au cours de l'une de nos innombrables interviews, Leekens a un jour ouvert son coeur. Montré ses émotions. C'était en 1996, quand sa femme Arlette a été frappée par une hémorragie cérébrale. Il a reconnu qu'après un entraînement, alors donné à Mouscron, il avait dû s'arrêter au bord de la route à plusieurs reprises pour laisser couler ses larmes. Il est arrivé au chevet de sa femme alors qu'elle recevait les derniers sacrements, avant une opération. Il a tenté de rester positif, affirmant que ce n'était pas le sacrement des malades, mais celui de l'espoir. On peut dire beaucoup de choses à propos de Georges Leekens. Mais sur le plan mental, aucun entraîneur n'a brisé plus de barrières que lui. Le fait qu'il travaille désormais en Iran lui ressemble complètement. Il n'a jamais eu peur de partir à l'aventure ou de relever un nouveau défi. Pourtant, ce n'était pas vraiment le but. Quant il est revenu à Daknam pour la troisième fois, en octobre 2015, un accord avait été conclu jusqu'au mois de juin 2019. Un an plus tard, le contrat était rompu. C'était le début d'une errance qui l'a mené d'Algérie en Iran, en passant par la Tunisie et la Hongrie. C'est du Georges Leekens tout craché : la seule chose qu'on peut prévoir avec lui, c'est qu'il fera quelque chose qu'on n'aurait pas pu imaginer.