"Une défaite au Kiel serait synonyme de crise ", avait déclaré le manager du RSCA, Herman Van Holsbeeck, avant le déplacement au Germinal Beerschot. Compte tenu du revers (2-0) encaissé au Stade Olympique, il va sans dire que la tension aura été palpable tout au long du week-end passé sous les frondaisons du Parc Astrid. Un sur six depuis la reprise, qui s'ajoute à une récolte tout aussi affligeante à la faveur des deux dernières sorties des Mauves en 2005 (2-0 à Sclessin et 0-0 à La Louvière), il n'en faut pas plus pour faire souffler la tempête dans le giron anderlechtois. D'autant plus que rien n'a fondamentalement changé d'une année à l'autre, nonobstant un stage qui se voulait constructif : l'équipe n'a d'équipe que le nom et les individualités restent aux abonnés absents.
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"Une défaite au Kiel serait synonyme de crise ", avait déclaré le manager du RSCA, Herman Van Holsbeeck, avant le déplacement au Germinal Beerschot. Compte tenu du revers (2-0) encaissé au Stade Olympique, il va sans dire que la tension aura été palpable tout au long du week-end passé sous les frondaisons du Parc Astrid. Un sur six depuis la reprise, qui s'ajoute à une récolte tout aussi affligeante à la faveur des deux dernières sorties des Mauves en 2005 (2-0 à Sclessin et 0-0 à La Louvière), il n'en faut pas plus pour faire souffler la tempête dans le giron anderlechtois. D'autant plus que rien n'a fondamentalement changé d'une année à l'autre, nonobstant un stage qui se voulait constructif : l'équipe n'a d'équipe que le nom et les individualités restent aux abonnés absents. Dans la grande banlieue de la Métropole, il était symptomatique de constater, une fois de plus, que les hommes en vue n'étaient pas des Sportingmen aux noms ronflants mais d'honnêtes travailleurs de l'ombre comme Wim De Decker ou encore Kurt Van Dooren. Sans oublier Mohamed Messoudi, plus inspiré et incisif à lui seul que toute la ligne médiane anderlechtoise. Ce manque de répondant au niveau de la charnière centrale laisse d'ailleurs de plus en plus perplexe. Une semaine plus tôt, c'est le vétéran Harald Meyssen, du Cercle Bruges, qui avait eu tout loisir de se promener dans ce secteur. Plus tôt, le Louviérois Egutu Oliseh et, surtout, le Standardman AlmaniMoreira y avaient déjà fait joujou de toute opposition. Sans être le moins du monde gêné aux entournures suite à l'une ou l'autre injonctions du banc anderlechtois. Dans les hautes sphères du club, on s'est perdu en conjectures tout au long des derniers jours sur la suite à donner aux événements. L'Argentin Andres Roberto Yllana, ex-sociétaire de Brescia, l'Hellas Véron et Gimnasia La Plata, était-il donc susceptible de conférer un plus à un secteur confronté à une absence cruelle de mordant ? Ou bien la délivrance de tous les maux se situait-elle plutôt dans l'encadrement du team, lisez le staff technique ? Avec la question de savoir s'il y avait lieu de désavouer déjà, après une année de travail à peine, celui qui était encore considéré comme le véritable Messie, à savoir Frankie Vercauteren ? L'homme qui, fort de son passé d'icône du RSCA, était censé remettre d'abord l'équipe sur les bons rails avant de prendre du recul et dicter la marche à suivre ultérieure du club en qualité de directeur technique. Une chose est sûre : l'aura du Petit Prince du Parc n'est plus tout à fait ce qu'elle était lors de sa nomination à la tête de la Première, le 7 février 2005. Loué à juste titre pour son extraordinaire travail avec la classe biberon anderlechtoise, prisé aussi pour la justesse de ses vues et la ligne de conduite à suivre, l'ancien Soulier d'Or n'est hélas pas parvenu, durant ce laps de temps, à remodeler une phalange conforme aux aspirations du club. Les résultats engrangés laissent tout le monde sur sa faim, le football champagne promis est manifestement dépourvu de bulles et, pour couronner le tout, les individualités ne font plus saliver non plus. C'est ce qui ressort en tout cas clairement de l'analyse en trois tableaux qui suit, entrelardée de commentaires de quelques personnes qui connaissent la maison pour y avoir travaillé eux-mêmes, soit comme entraîneur, soit comme joueur. Au-delà de la responsabilité de l'entraîneur, on remarquera que tous s'interrogent aussi sur celles des autres rouages : non seulement les joueurs, accusés de manquer de jugeote, mais aussi la direction, coupable de ne pas avoir toujours fait les bons choix en matière de recrutement. Avec 37 points en 20 matches, Frankie Vercauteren a obtenu jusqu'à présent 61,6 % des points mis en jeu. Soit 10 % de moins, à peu de choses près, que la saison passée quand, après avoir pris la relève d'Hugo Broos après un nul vierge à La Gantoise, il avait récolté 30 unités sur un maximum possible de 42 (71,4 %). C'est évidemment très peu pour un candidat champion. Par référence, le RSCA en avait obtenu 71 en 32 matches (au lieu de 34 suite au forfait de Lommel) en 2003 - une moyenne de 73,9 %, 81 en 34 rencontres l'année suivante (79,4 %) et 76 après un nombre similaire de joutes la saison dernière (74,5 %). Aussi bien en cours de campagne passée que durant l'exercice actuel, le T1 des Mauves fait donc moins bien que son devancier. Qui, lui-même, au jeu des comparaisons, doit s'avouer vaincu face à Aimé Anthuenis : 83 points sur l'intégralité du championnat 2000-01, soit 81,3 %. C'est le meilleur score des cinq dernières années mais il est vrai que le club bruxellois avait fait fort cette année-là. Non seulement sur la scène domestique mais aussi en Ligue des Champions, avec une accession à la deuxième phase des poules : 12 sur 18 d'abord contre Manchester United, le Dynamo Kiev et le PSV Eindhoven et 6 sur 18 ensuite face à la Lazio Rome, le Real Madrid et Leeds United. Pour mémoire, Hugo Broos avait signé un 0 sur 18 il y a un an contre Valence, l'Inter Milan et le Werder Brême tandis que Frankie Vercauteren a à peine réalisé mieux contre Chelsea, le FC Liverpool et le Betis Séville : 3 sur 18 grâce à une victoire arrachée lors de l'ultime partie de la phase des groupes en Espagne : 0-1. " C'est la seule fois où l'équipe a montré ce qu'elle avait réellement dans le ventre ", dit Aad de Mos, l'ancien entraîneur à la fin des années 80 et au début des nineties. " Le Sporting n'avait plus rien à gagner ou à perdre et a joué cette fois-là de manière libérée, avec des repêchés de dernière minute, comme Walter Baseggio, Oleg Iachtchouk ou Grégory Pujol qui en voulaient, de surcroît. Ce match aura hélas été l'exception qui confirme la règle, car dans toutes les autres circonstances, les Anderlechtois ont £uvré avec un profil bas. Ils ont invariablement essayé d'éviter une casquette et c'est vrai, ma foi, qu'ils y sont parvenus : 1-0 à Chelsea, 0-1 contre Liverpool et j'en passe. Mais qu'est-ce que l'équipe a montré dans ces conditions ? Rien. Et qu'est-ce que les joueurs en ont retiré ? Pas grand-chose non plus. Pour moi, Anderlecht et les Sportingmen n'ont pas vraiment progressé depuis un an. Désolé, mais je ne vois pas l'empreinte du maître, la griffe du coach dans cette équipe. Avant, il y avait un style maison. Aujourd'hui, il a fait place à une multitude d'approches en fonction des besoins et de l'adversaire. Je pense que les joueurs ne sont pas capables d'emmagasiner toute cette matière. Sans compter qu'eux-mêmes sont loin de pouvoir apporter les correctifs nécessaires, au besoin. La preuve au Standard, où personne ne s'est soucié de resserrer la garde sur Moreira. Un pro au long cours n'a pas besoin d'un entraîneur pour rectifier le tir. A ce niveau-là, c'est sûr que le bât blesse aussi à Anderlecht. Il ne faut pas toujours attendre un signal pour intervenir. Or, trop d'éléments, même les plus expérimentés, ne réagissent que sur injonction du coach au Sporting. Sous cet angle-là, j'avoue que j'étais bien plus verni au Parc Astrid autrefois. Car les Graeme Rutjes, Marc Degryse et Luc Nilis connaissaient tous la musique. La génération actuelle est loin du même feeling. Il est difficile de mettre en cause la compétence de l'entraîneur dans ce cadre bien spécifique. Là, il en va purement et simplement de l'intelligence et du bon sens des hommes ". Frankie Vercauteren n'est manifestement pas l'homme d'un système, tant s'en faut. Depuis son accession au poste d'entraîneur principal, il a multiplié les schémas de jeu. Du 4-3-3 initial face à Ostende la saison passée, il est passé au gré des matches et des opposants au 3-4-3, 4-4-2, 3-5-2 voire au 4-2-3-1 lors d'une joute amicale à Westerlo naguère. Sa méthode contraste donc singulièrement avec celle de ses prédécesseurs, Hugo Broos et Aimé Anthuenis qui, eux, n'auront le plus souvent juré que par une seule ligne de conduite tout au long de leur mandat. Pourquoi toutes ces variantes ? Frankie Vercauteren s'en est expliqué récemment dans le magazine officiel du club (édition de novembre, n°15 p. 34). " Je conçois que des grandes équipes, qui maîtrisent parfaitement leur sujet, optent pour un schéma reconnaissable ", dit-il. " Chez elles, le coach peut tabler sur 22 éléments quasi interchangeables. Au Sporting, je n'ai pas ce luxe. Si un garçon comme Olivier Deschacht se blesse, je n'ai pas de copie conforme pour le remplacer. Je peux certes aligner Michal Zewlakow ou encore Fabrice Ehret à cette place, mais ils ne sont pas des joueurs du même type. Il me faut donc compenser par d'autres moyens. C'est la raison pour laquelle la notion de flexibilité est importante à mes yeux. Tous les jeunes qui ont été lancés dans la bataille ces derniers mois, de Vincent Kompany à Mark De Man, présentent ce critère de polyvalence (...) D'autre part, je suis d'avis qu'un seul système engendre la routine et que cette uniformité n'est souhaitable ni pour l'équipe dans son ensemble, ni pour les joueurs, qui risquent alors de s'endormir sur leurs lauriers. Or, les joueurs se doivent de rester en éveil à tout moment afin de ne pas tomber dans le train-train "... " Au niveau des jeunes, Frankie Vercauteren a démontré toute l'étendue de son savoir-faire ", observe Bertrand Crasson, ancien du club entre 1989 et 2003. " Au moment où ils ont été lancés dans le grand bain, ils ont tous prouvé qu'ils étaient prêts. Cette mesure, ils en sont à la fois redevables à leurs qualités intrinsèques mais aussi à celui qui les a préparés à bon escient, lisez le T1 actuel. Personnellement, j'ai connu des garçons comme Junior, Olivier Deschacht ou Goran Lovre à leurs débuts. S'ils font carrière aujourd'hui, même avec des fortunes diverses, je suis bien placé pour dire que c'est grâce au travail réalisé sous la coupe de celui qui, durant des années, s'est doublé d'un rôle de formateur remarquable. Au plus haut niveau, ce n'est pas avec le blé en herbe que les problèmes se posent. Au contraire, j'ai le sentiment que la plupart de ceux qui ont été jetés dans la bataille se débrouillent bien. Ma réserve a plutôt trait aux valeurs sûres. Avec leur vécu, ils devraient pouvoir composer avec toutes les variantes. On prétend souvent que le système d'Aimé Anthuenis était immuable. D'accord, mais son 4-4-2 sur le papier était théorique. Lorsque Bart Goor, Walter Baseggio, Yves Vanderhaeghe et Alin Stoica formaient la ligne médiane, l'équipe penchait manifestement du côté gauche et j'étais quasiment seul à meubler le flanc droit. Ce qui n'empêchait nullement cette équipe d'être parfaitement équilibrée et structurée ". " Aujourd'hui, dès qu'un correctif est apporté par l'entraîneur pour le bon fonctionnement de l'ensemble, j'ai souvent le très net sentiment que la plupart ne savent plus à quel saint se vouer. Ils paraissent tout à fait désemparés. Est-ce réellement la faute de l'entraîneur s'ils n'assimilent pas les contours des missions auxquelles ils sont affectés ? Je ne le pense pas. Hugo Broos s'était déjà ému d'un manque d'intelligence de ses joueurs. En Ligue des Champions, j'ai exactement entendu le même commentaire de la bouche de Frankie Vercauteren. Ce n'est sans doute pas anormal, en ce sens que celui-ci doit toujours travailler de nos jours avec l'héritage de son devancier. Hormis Bart Goor et Nicolas Frutos à présent, le 11 anderlechtois ressemble effectivement à s'y méprendre à celui qui jouissait des faveurs d'Hugo Broos. Qu'on s'en souvienne, Nenad Jestrovic et Walter Baseggio ne faisaient plus partie non plus des priorités pour lui. Certains diront qu'avec Marius Mitu et Laurent Delorge, le T1 actuel pourrait composer une autre formation. D'accord. Mais ces garçons étaient-ils réellement souhaités par le coach ou constituaient-ils plutôt une bonne opportunité pour la direction ? Poser la question, c'est y répondre. Si l'entraîneur avait toujours eu les coudées franches, on n'en serait pas arrivé là. Le problème, c'est qu'Anderlecht a privilégié la quantité plutôt que la qualité, une fois de plus ". Lancer des jeunes dans la bataille est une chose, bien faire tourner une mécanique en est une autre et à ce niveau, indéniablement, le bât blesse depuis longtemps sans que Frankie Vercauteren y ait trouvé la parade. " En 20 matches, il a aligné 20 compositions d'équipes différentes ", observe Gilles De Bilde. " Comment peut-il être question dans ces conditions d'une pensée unique sur le terrain ? S'il a semé le doute chez l'adversaire en n'alignant jamais le même 11 de base, il a sûrement embrouillé les esprits au sein de sa propre équipe aussi. Trop souvent, manifestement, les joueurs ne savent pas à quoi s'en tenir ". Un exemple parmi d'autres : les phases arrêtées. C'est qu'on ne compte plus le nombre de buts que le Sporting a encaissés sur ces actions au cours des derniers mois, tant sur la scène nationale qu'en Ligue des Champions. " Pourtant, ce n'est pas faute de remettre l'ouvrage sur le métier ", souligne le T2, Daniel Renders. " Chaque match fait l'objet d'une préparation vraiment minutieuse, à tous points de vue. En 25 années de carrière, je n'ai jamais vu un coach plus pointilleux que Frankie. Ce n'est pas lui qu'il faut montrer du doigt mais plutôt les footballeurs eux-mêmes qui ne sont pas capables d'enregistrer un message ou qui ne sont pas concentrés sur leur sujet jusqu'au bout. Est-ce réellement la responsabilité de Frankie si Mbo Mpenza ne tient pas Djibril Cissé sur la phase qui permet à Liverpool d'ouvrir le score chez nous ? Je ne le pense pas. Dix fois, il a répété à tout un chacun ce qu'il devait faire. C'est râlant d'encaisser dans de telles circonstances. Mais comment intervenir ? La balle est dans le camp des joueurs à ce niveau ". Si le message ne passe pas toujours à bon escient, l'aspect psychologique pose problème lui aussi, à l'évidence. Auquel cas le RSCA n'aurait pas besoin dans son staff d'un certain Johan Desmadryl pour recadrer les joueurs. " La justesse de ton, ce n'est pas vraiment son fort ", remarque son ancien coéquipier Gille Van Binst. " Avec lui, c'est toujours la même rengaine : ça passe ou ça casse. La preuve avec Lukas Zelenka : il n'en voulait pas et le Tchèque a été sommé de faire bagage. Des cas pareils, il y en a toujours eu et il y en aura toujours ". Le dernier en date : Goran Lovre. Blanchi sous le harnais par Frankie Vercauteren, puis tombé en disgrâce pour on ne sait trop quelle raison. Commentaire du joueur : " L'entraîneur a ses têtes et je n'en fais pas partie ". Du coup, le Serbe refuse obstinément une prolongation de contrat, malgré la cote appréciable dont il jouit auprès de la direction. D'autres sont déjà partis, entre-temps, pour incompatibilité de caractère avec le T1 : Nenad Jestrovic et Walter Baseggio, notamment. D'autres devraient suivre car des gars comme Serhat Akin et Marius Mitu, pour ne citer qu'eux, en ont marre de jouer les utilités. Un quotidien en a fait état récemment : d'une saison à l'autre, le noyau du Sporting pourrait être amputé de 27 joueurs. Dans de telles conditions, on comprend que, pour faire prendre la sauce, il faudra du temps l'été prochain. C'est pourquoi une qualification directe en Ligue des Champions, sans passer par les aléatoires qualifications, est quasiment un must. Pour l'heure, toutefois, on est loin du compte. Mais la faute est-elle du seul ressort de Frankie Vercauteren ? BRUNO GOVERS