belgique: Aides ponctuelles, hasardeuses et sans perspective

A lain Courtois résume l'aide politique au football belge : " C'est du plic, ploc ! Il n'y a aucun plan d'ensemble. Aucun plan tout court. Les aides sont ponctuelles, hasardeuses, sans perspective. "
...

A lain Courtois résume l'aide politique au football belge : " C'est du plic, ploc ! Il n'y a aucun plan d'ensemble. Aucun plan tout court. Les aides sont ponctuelles, hasardeuses, sans perspective. " C'était encore plus vrai et trouble dans le passé, quand il y avait des connexions entre des clubs et des politiciens. On sait ce que la Ville de Charleroi a fait pour son Sporting, ce que Jean-Pierre Detremmerie a apporté à l'Excelsior Mouscron. Le Standard a sans doute aussi profité de la bonne entente de sa direction avec Michel Daerden. Et Elio Di Rupo (alors président d'honneur du RAEC) a probablement accéléré le dossier du stade de Mons, dont son financement. Aujourd'hui, souci de bonne gouvernance oblige, tout cela semble plus compliqué. Mais ça part toujours dans plusieurs directions. Dans un club, la commune tond la pelouse. Dans un autre, elle repeint les vestiaires. Dans un autre encore, elle donne de l'argent pour l'une ou l'autre action sociale. " Il faut tout débarrasser et dresser une nouvelle table ", continue Courtois. " Avec des règles claires et des vues à long terme. Une entité politique doit dire : -On fait ça, ça et ça dans les cinq ans. Au lieu d'agir à la petite semaine. " A part rénover des stades pour un grand événement (EURO ou Coupe du Monde), le fédéral ne fait rien : parce qu'il n'en a pas les compétences. Il faut alors se tourner vers les régions. Pour les infrastructures, ça passe par Infrasport en Région wallonne et par le BLOSO en Région flamande : ils reçoivent les enveloppes et les distribuent. Il y a aussi le problème des fédérations unitaires, non scindées. Celle de hockey, par exemple, ne peut prétendre à rien car elle ne s'est pas splitsée. En foot, les Flamands ont créé leur aile dans le seul but d'obtenir des subsides. Avec un résultat nul jusqu'à présent : aucun club du nord du pays n'a encore perçu le moindre euro. L'argent est bloqué... Et rien ne dit que les ronds tomberaient plus vite dans le foot wallon s'il créait à son tour une aile indépendante. Courtois : " J'imagine déjà les réactions des autres fédérations régionales. Du style : -Pourquoi le foot a reçu autant alors que le basket et le judo ont touché moins ? " Parmi les pistes, il y a le tax shelter cher à Didier Reynders. Ce régime fiscal lancé en 2004 permet à une société qui investit de bénéficier d'une exonération d'impôts. Il a d'abord été appliqué dans l'audiovisuel et cela a permis au cinéma belge de décoller. Le tax shelter dans le foot pourrait être une bouée de sauvetage pour certains clubs. Le projet est à l'étude. Tout en bas de la pyramide, le sport à l'école est un autre point noir de la collaboration entre le politique et le sport. Des établissements ont commencé à réduire le nombre d'heures hebdomadaires d'éducation physique : cela ne se voit que chez nous. Et la Belgique est un des seuls pays européens où il n'y a pas d'après-midi sportives imposées dans le cadre scolaire. " Le problème est colossal ", conclut Courtois. " C'est bien de se dire que le sport, notamment celui de haut niveau, va mal. Mais que propose-t-on de concret ?" Des propositions, il y en a. Tous les quatre ans, au lendemain des Jeux Olympiques, quand la Belgique compte ses médailles sur les doigts d'une main. Mais elles sont toujours abstraites et on ne voit jamais rien venir.L'aide dont bénéficient les clubs français de foot a toujours fait rêver les dirigeants d'équipes belges. A raison. Là-bas, on mange à tous les râteliers : il y a des soutiens aux niveaux national, régional, départemental et local. Le cumul est autorisé. C'est un peu le même système en Suisse (le fédéral y intervient quand il estime que c'est bon pour l'image de marque du pays) et en Allemagne (il y a un ministre des Sports par Land mais l'Etat fédéral accepte aussi à l'occasion de mettre la main au portefeuille). " Chez nous, le financement public a pris des tournures indirectes ", explique Renaud Dely, directeur adjoint et responsable du service sport à l'hebdomadaire Marianne. " Par exemple, aucun club de Ligue 1 n'est propriétaire de son stade, à l'inverse de ce qui se voit dans la plupart des grands pays du foot. Ici, les propriétaires sont généralement les municipalités. Elles louent leur stade à des prix défiant toute concurrence. C'est l'une des nombreuses aides politiques indirectes dans notre football. " En 1999, la Loi Buffet (nom de l'ex-ministre des Sports) fut votée. Elle était censée réguler et plafonner le financement des clubs de football par les subventions publiques. Une loi appliquée en théorie et qui continue à être facilement contournée. " Les missions d'intérêt public ? On y met ce qu'on veut et la somme qu'on veut... ", a avoué anonymement le directeur des sports d'une municipalité. Dely : " Exonération de loyers et des taxes sur les spectacles, entretien du stade et du centre de formation, achat de milliers de billets par la Ville, voilà comment les clubs s'enrichissent sur le dos de la collectivité. Même si les aides sont moins visibles et importantes que dans les années 90 et qu'au début des années 2000. A l'époque, les maires de Paris, Jacques Chirac puis Jean Tiberi, alimentaient directement le PSG. Ce n'est plus possible aujourd'hui mais le maire actuel, Bertrand Delanoë, gâte son électorat en invitant des jeunes aux matches. " A Lens, chaque foyer fiscal crachait 117 euros par an pour le Racing en 2002, quand ce club était au top ! Et il y a des villes où les élus font la grimace car un club de première division peut être un gouffre financier, vu les critères imposés par la Ligue (comme la présence d'un centre de formation). Aux Pays-Bas, les stades sont généralement privés et la politique locale intervient d'une autre manière : elle finance d'autres infrastructures sportives autour de l'arène de foot pour former de vrais ensembles multisports qui profitent indirectement aux clubs. Au Danemark, le pouvoir politique se concentre notamment sur les jeunes en imposant une après-midi sportive par semaine dans le cadre du programme scolaire. En Angleterre aussi, le sport à l'école est strictement réglementé. Chaque établissement a ses équipes dans diverses disciplines et il faut attendre un âge plus avancé que chez nous pour pouvoir pratiquer un sport dans un club.par thomas bricmont et pierre danvoyeLe Standard a sans doute profité de la bonne entente de sa direction avec Michel Daerden.