Ils sont six. Six à avoir retenu notre attention. Six à avoir marqué la Coupe de Belgique 2010-2011. Au-dessus de la mêlée. Décisifs.
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Ils sont six. Six à avoir retenu notre attention. Six à avoir marqué la Coupe de Belgique 2010-2011. Au-dessus de la mêlée. Décisifs. Quand on fera le bilan de la saison 2010-2011 du Standard, Aloys Nong aura une place à part. Celle du flop de la première partie, celle de révélation et de star des play-offs. Deux parties de saison bien différentes. Deux faces d'une même pièce. Lui pourra toujours se targuer d'avoir disparu de la circulation lors de la période noire du Standard et d'être réapparu lors de sa chevauchée infernale dans le money-time. Une sorte d'incarnation d'un Standard conquérant et victorieux. En Coupe, il a dû se prévaloir d'un rôle de figurant. Pas encore assez hot pour marquer de son empreinte le match le plus fou de cette campagne face à Gand (4-2), trop en disgrâce pour apparaître lors du quart de finale face à Malines (2-0,1-4) ou lors du huitième face à Genk (2-1). Pourtant, tel un fil rouge de cette saison, Nong fut le déclencheur. Lors du match le plus difficile, face à l'Antwerp en seizièmes de finale. Match oublié, tapi dans l'ombre des soirées plus chaudes face à Gand, Malines ou Genk. Mais match de m... face à un club de D2, un club qui ne pense qu'à renaître dans l'actualité et à se payer le scalp du Standard. Dans une rencontre où tout se traîne. Dans une course poursuite. Le Standard mené, le Ghanéen Daniel Opare avait remis les deux équipes à égalité. Avant de se faire exclure. A 10 contre 11 face à des joueurs en mode " exploit ", cela sentait la fin d'une épopée avant même qu'elle ne débute. Avant que Nong, à la 54e minute, sur un centre de Sébastien Pocognoli, ne surgisse et crucifie l'Antwerp de la tête. Si Nong sera sans doute l'homme de la fin de saison, il fut donc aussi à l'origine de cette fameuse campagne de Coupe. Après une adaptation difficile, celui qui est arrivé lors du dernier jour du mercato d'été, en même temps que Mbaye Leye et Mémé Tchité, a prouvé qu'il avait le talent nécessaire pour réussir au Standard mais également les qualités pour s'inscrire en complément idéal de l'incontournable Tchité. Le but contre Gand, la semaine dernière, a montré que l'entente entre les deux hommes allait crescendo. Certainement un des joueurs de la saison. Certes, on aurait pu attendre de lui qu'il dispute davantage le titre de meilleur buteur à Jelle Vossen ou Ivan Perisic. Mais si Tchité ne s'est pas tellement fait remarquer par la quantité de ses buts, il a su se montrer incontournable par le côté décisif de ceux-ci. Presque tous ont débloqué le Standard et ont débouché sur une victoire. En championnat, il fut longtemps la seule éclaircie dans la grisaille. En Coupe, ce fut tout simplement l'homme de cette édition 2010-2011. Avec cinq goals, Tchité a survolé l'épreuve. Contre Gand, c'est lui qui relance les Liégeois avant de marquer le quatrième but. Contre Genk, c'est lui qui inscrit le premier but. Contre Malines, il marque un but à l'aller et un au retour. Tchité, c'est tout un art de jouer. Une façon de s'infiltrer. Un poison pour les défenses adverses. Il harcèle, il court, il se glisse dans les trous de souris. Il se fait oublier avant de surgir. Et surtout, il marque. Le Tchité brouillon et parfois maladroit des premières années a laissé place à un Tchité froid et clinique. Très réaliste. Cette saison, si on a parlé parfois de " Defour dépendance ", il faut aussi souligner une " Tchité dépendance ". Quand il fallait composer l'attaque, le nom de l'attaquant était coché en premier, les autres pointes se partageant la deuxième place. Ses deux buts contre Gand résument à eux seuls le personnage. Premier but : phase arrêtée, le ballon est repoussé par deux fois avant que Tchité ne se jette en acrobatie pour pousser le ballon au fond des filets. Ou toute la combativité de l'homme aux quatre nationalités. Deuxième but : cela part du gardien, fin de match, jambes lourdes, Mehdi Carcela remonte le ballon avant de glisser à Opare. Celui-ci centre à ras de terre vers Tchité qui a accompagné l'action. Vitesse, endurance, sens du jeu et lucidité. Idem à Genk : malgré un contrôle trop long, il s'arrache et pousse Eric Matoukou à la faute. Si Tchité n'a pas encore l'étoffe d'un leader de vestiaire, il a clairement démontré qu'il savait sortir le smoking dans les grandes occasions. Sans coup d'éclats, sans faire de vagues, le Sinan Bolat actuel n'en est pas moins décisif. Il était donc temps que le gardien du Standard réussisse sa mue et se détache des images fortes d'un jeune gardien ouvrant les portes des test-matches sur un penalty arrêté à Gand et qualifiant le Standard en Europa League sur un coup de tête ravageur dans les arrêts de jeu face à l'AZ. Images trop fortes. Trop tôt, trop jeune. C'était écrit qu'à son âge, il ne pouvait que connaître quelques désenchantements, quelques lendemains difficiles. Quelques ballons glissants, quelques sorties aériennes mal négociées et l'une ou l'autre blessure. Pas de quoi remettre en cause son statut, juste de quoi le rendre plus humain. Aujourd'hui, Bolat est plus sobre et plus sûr. Plus mature, quoi... Il y a la Coupe avec le gardien international turc et la Coupe sans lui. Sans lui, cela donne une erreur de Srdan Blazic pour le premier et seul but de l'Antwerp en seizièmes de finale. Cela donne un match de Kristof Van Hout qui n'a pas convaincu la direction face à Genk. Par contre, le Standard avec Bolat, c'est autre chose. La défense retrouve de la confiance et... un gardien digne de son rang. Grâce à ses armes de relance au pied et à la main, Bolat soulage beaucoup plus ses défenseurs que Van Hout et Blazic. Alors, on a beau avoir raté toute l'aventure de la Coupe jusqu'aux demi-finales, on peut avoir une grande part dans la qualification pour la finale. Contre Gand, Bolat a démontré toute sa classe. A l'aller, si le score ne fut pas plus sévère (défaite 1-0), c'est à Bolat que le Standard le doit. Un face-à-face gagné devant Coulibaly, frappe flottante et frappe sèche de Ljubijankic déviées et sorties aériennes rassurantes. C'est d'ailleurs dans ce domaine que l'ancien portier de Genk s'est fortement amélioré, grâce au travail de Hans Galjé. Au retour, c'est offensivement que Bolat se montre décisif. C'est en effet sur une relance géniale et calibrée de la main pour Carcela que le quatrième but liégeois tombe. De quoi vous inscrire dans le panthéon rouche de cette Coupe 2010-2011. Ah la notoriété peut parfois avoir des effets pervers. Passer du jour au lendemain de promesse à star, cela suscite toujours un léger contrecoup. C'est ce qu'a connu Mehdi Carcela, le petit génie dont les tergiversations sur le choix de sa sélection ont plombé sa première partie de saison. Transparent, parfois à la limite du je-m'en-foutisme, Carcela ne ressemblait plus à l'image qu'il avait offerte à la Belgique entière : celle d'un joueur talentueux et culotté, capable de tirs improbables et de déhanchements hérités du foot de rue. Face à la déprime du jeune gars de Droixhe, Sclessin commençait à gronder, fustigeant les choix incorrects d'un magicien ne réussissant plus un seul tour. On efface et on oublie. Depuis qu'il a opté pour le Maroc, il semble libéré d'un poids et est redevenu décisif. En janvier, Carcela a retrouvé la clef des matches fermés et également les passes de génie dont il a le secret. Dire qu'il fut un des hommes des matches-couperet de la Coupe de Belgique ne trahit aucune discussion. Contre Gand (4-2), c'est lui qui est à la base du quatrième but mais surtout lui qui, sur le troisième but, délivre les Rouches sur un coup franc magistral. Et que dire de sa balle piquée pour Witsel à Malines (1-4) ou de son ouverture en profondeur pour Tchité lors du même match. Dans cette Coupe, Carcela a montré toute la panoplie de son talent. Dribbles, démarrage, passes de l'extérieur du pied, coup franc ajusté au millimètre près, Carcela cherche toujours l'espace. Aussi petit soit-il. Quand tout se referme, lui seul peut percevoir une possibilité de passer. Entre les jambes ou par une louche. Carcela est devenu l'ouvre-boîte du Standard. Alors, on déguste et on oublie ses errements du début de saison. On pardonne également ses tentatives avortées et son manque d'implication défensive. Il sera encore temps de corriger ses défauts la saison prochaine... Pas de doute que quand il faudra choisir le Footballeur Pro de l'année, le nom d' Axel Witsel ressortira auprès de nombreux votants. Après une annus horribilis suite à l'affaire Wasilewski et aux mauvais résultats en championnat du Standard, Witsel a éclaboussé de sa classe toute la compétition. Orphelin de Steven Defour, le Standard s'est complètement reposé sur les épaules de Witsel, qui ne s'est pas dérobé face à ses responsabilités. Et ce, malgré une blessure à la main... Aujourd'hui, Witsel a tout pour marcher sur les traces des expatriés belges, symboles de la réussite actuelle des Diables Rouges. Certes, cette saison, Witsel c'est avant tout ses deux rencontres internationales en Autriche et face à l'Azerbaïdjan. C'est surtout une maestria retrouvée dans les PO. Mais, c'est également le symbole d'un Standard redevenu conquérant. Et puis, c'est un modèle de régularité. Sans doute, le seul joueur du Standard avec Tchité à avoir répondu aux attentes depuis le mois d'août. En Coupe de Belgique aussi. Le symbole de cette renaissance se situa d'ailleurs un soir de novembre en huitièmes de finale. Un penalty converti contre Genk. Qu'un penalty ?, me direz-vous mais face à un Genk en pleine bourre et dans un match à tension, cela devient un sommet de sang-froid. Car, qui, au même âge, fait preuve d'autant de maîtrise de soi et de réussite lors des penaltys importants ? Un penalty donc et puis un chef-d'£uvre technique. Une talonnade sur une longue balle pour trouver Tchité. C'est net, précis, créatif et plein de culot. Enfin, Witsel, quand ce n'est pas enchanteur, c'est bourré de réalisme et de sens du but. Comme si la définition d'infiltreur avait été inventée pour lui. Plus que quiconque, le natif de Liège sent le jeu et sait se faire oublier pour surgir au bon moment de la deuxième ligne. Son but contre Malines, sur une balle piquée de Carcela, en est un parfait exemple. Witsel, c'est une classe naturelle qui trouve son épanouissement. Avant sans doute de mûrir dans un championnat étranger. Rien que pour humer une dernière fois son talent sous nos latitudes, il faudrait se ruer sur les quatre derniers matches du Standard ! Ce n'est peut-être pas le plus rapide des attaquants, ni le plus talentueux. Ce n'est pas le plus déménageur, ni le plus décisif. Mais c'est le plus intelligent, le plus protéiforme et peut-être un des plus réguliers. Leye, arrivé dans l'ombre de Nong et de Tchité, a déjà rendu de fiers services au Standard. En étant déplacé sur le côté droit d'abord et en y faisant du bon boulot, notamment dans ses tâches défensives. Et puis, il y a ce fameux match à Malines. Quart de finale de Coupe. Tel un renard de surface, surgi de nulle part, il prolonge une tête de Jelle Van Damme. Intelligence et sens du jeu (0-1). 24 minutes plus tard, lancé en profondeur par Opare, il fixe Olivier Renard pour la quatrième fois. Prologue et épilogue d'un match dominé par le Standard et marqué par Leye, ce Sénégalais aux airs fiers mais ouvert et chaleureux. Arrivé par la porte de service en Belgique, porté aux nues à Zulte Waregem, transféré à Gand, le voilà enfin, au Standard, dans un club à la hauteur de ses espérances. A Liège, Leye a tout pour plaire au public. Sens du travail et du sacrifice. Mais surtout un verbe haut et digne, éloigné des standards en vigueur. Avec un sens des responsabilités et du devoir qui consiste à ne pas se dérober aux questions quand le bateau tangue. Enfin, un joueur qui reconnaît que son équipe joue mal quand... elle joue mal ! Ce qui plaît aux 25.000 supporters qui eux ont vu et constaté que leur équipe jouait mal. Pour le moment, il se tait. Normal, le Standard joue bien...nPAR STÉPHANE VANDE VELDE