La date du 1er juin 2008 restera gravée dans les annales du Brabant wallon. Pour la première fois, un club de cette province rejoint l'élite de notre football. L'AFC Tubize, fruit d'une fusion opérée en 1990 entre le FC Tubize et les Amis Réunis (deux cercles de Provinciale à l'époque), a réussi cet exploit une journée avant la fin du tour final, grâce à un impressionnant 15 sur 15. Tout un symbole : le matricule n°5632 a gagné son billet pour la Ligue Jupiler en s'imposant sur le terrain du matricule n°1.
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La date du 1er juin 2008 restera gravée dans les annales du Brabant wallon. Pour la première fois, un club de cette province rejoint l'élite de notre football. L'AFC Tubize, fruit d'une fusion opérée en 1990 entre le FC Tubize et les Amis Réunis (deux cercles de Provinciale à l'époque), a réussi cet exploit une journée avant la fin du tour final, grâce à un impressionnant 15 sur 15. Tout un symbole : le matricule n°5632 a gagné son billet pour la Ligue Jupiler en s'imposant sur le terrain du matricule n°1. " Intrinsèquement, on n'avait peut-être pas la meilleure équipe, mais les joueurs ont mérité cette promotion par leur courage, leur abnégation, leur mentalité ", estime l'entraîneur PhilippeSaint- Jean. Pour lui, ce succès est inespéré. " Il faut savoir que, l'an passé, on avait terminé 8e avec une équipe très jeune qui possédait les mêmes caractéristiques que l'actuelle : on marquait difficilement mais on avait une très bonne défense, la deuxième de D2 derrière celle de Malines. Au lieu de pouvoir bâtir sur cet acquis, tout le monde est parti : KevinWauthy à l'Antwerp, GrégoireNeels et FabriceMvemba au FC Dender, NicolasFlammini et SambaDiawara à l'Olympic (plus les joueurs prêtés par Charleroi : HabibHabibou, SalaheddineSbai et JulienGuérenne). Il ne me restait que DavidVandenbroeck, qui a 22 ans et que j'ai promu capitaine, sans connaître la composition de la future équipe. Car il fallait tout recommencer de zéro ". Raison pour laquelle Saint-Jean a rassemblé ses troupes dès le 13 juin. " Je n'ai accordé qu'un mois de congé. Avec le tour final, qui se terminera ce jeudi 5 juin, il y aura pratiquement une année entière que le groupe est sur la brèche. J'ai reconstruit le groupe équipe selon une méthode que j'applique depuis un certain temps : je prends un joueur à la fois et je le verse dans le groupe, pour voir comment il s'adapte. Ce sont les autres joueurs qui donnent leur avis sur la mentalité du nouveau et sur son aptitude à se fondre dans le collectif. C'est ce qui a fait notre force cette saison. On a procédé de cette manière pour toutes les acquisitions : OlivierHernout (Compiègne), Jean- BaptistePaternotte (Compiègne), JérémyNjock (Brest) et les autres. Pour le gardien ThierryBerghmans, on s'est battu un an pour l'avoir. OHL ne voulait pas le lâcher, bien qu'il ne jouait pas beaucoup. Il nous intéressait pour sa mentalité de travailleur ". En tout, une dizaine de joueurs débarqueront durant l'été, connus ou moins connus : YohanBrouckaert (Mouscron), GauthierDiafutua (Dender), KevinStuckens (Dender), MuscalMvuezolo (Union), JulienCharlier (Charleroi) et RonnyBayron (MVV Maastricht). La promotion de Tubize, que les joueurs sont allés chercher au mental, est d'autant plus méritoire que la saison ne s'est pas déroulée comme un long fleuve tranquille. Le tour final non plus. Durant celui-ci, les Sang et Or ont perdu Njock et Hernout, deux pions essentiels, victimes de blessures. En cours de saison, le club avait dû se séparer de quatre joueurs pour des problèmes extra-sportifs : JordanBonny, MichäelJanssens, BenoîtSotteau et TanerOzer. " Une bande de jeunes a causé des incidents à Braine-le-Comte et on a pensé que ces quatre joueurs en faisaient partie, alors que ce n'était pas le cas ", regrette Saint-Jean. " Ils ont peut-être commis d'autres bêtises, mais moins graves. Toujours est-il que le club a pris le parti de les licencier ". Pour compenser cette perte sportive, Saint-Jean comptait sur le mercato hivernal. " J'avais demandé des renforts ", confesse-t-il. " Au lieu de cela, j'ai assisté au... départ de BartPoppe vers Londerzeel, en D3. D'autant plus dommage que c'était un régional : il est originaire de Hal. Heureusement, on a su faire revenir Neels qui n'était pas malheureux au FC Dender mais qui croyait au projet de Tubize. Son retour m'a fait beaucoup de bien : il est polyvalent, et comme c'est un ancien, il savait déjà ce que j'allais lui demander d'un point de vue tactique. Le dernier jour du mercato, on a aussi pu faire revenir un autre ancien : SamuelRemy, de Louvain. Ainsi que le jeune FlavioFragapane, de Charleroi, qui a joué deux matches avec nous ". Au niveau des terrains d'entraînement, cela n'a pas toujours été la panacée non plus. " Une ou deux fois par semaine, on a pu s'entraîner au centre national de l'Union Belge ", explique Saint-Jean. " Mais ce n'est pas toujours facile d'y trouver un terrain disponible : il est arrivé qu'on nous interrompe en plein entraînement, parce que l'équipe nationale féminine venait de débarquer, et qu'on nous envoie sur le terrain de rugby au moment où l'on apprêtait à travailler les tirs au but. Durant l'hiver, comme les autres années, on a souvent dû s'entraîner en salle. Mais heureusement, on a cette fois pu disposer de la salle du centre national, qui est très bonne, alors que les saisons précédentes, on avait dû se contenter d'une salle de basket. Les terrains d'entraînement de l'AFC ne sont, hélas, pas adéquats. Le club vient de Provinciale et les infrastructures n'ont pas suivi. Heureusement, j'ai pu compter sur un excellent staff, avec mon adjoint FeliceMazzu, l'entraîneur des gardiens EricDeleu et le préparateur physique MichelBertinchamps. On a dû s'entraîner dans des conditions difficiles, mais on a bien travaillé. Les joueurs ont adopté le plan mental que je leur ai soumis, et c'est important. Car, quand on n'est pas bien dans la tête, on n'est pas premier sur le ballon, on rate ses passes et on ne fait pas rentrer les occasions ". En début de saison, Tubize s'était présenté comme un candidat au tour final, un peu comme toutes les équipes de D2, pour faire bonne impression auprès des parraineurs potentiels. Mais ce n'est qu'en cours de championnat qu'il a découvert que cette ambition était réalisable. " Il faut se rappeler qu'on a été battu par Geel et l'Union Saint-Gilloise, les deux descendants. Pourtant, en matches amicaux d'avant-saison, on avait donné de très bonnes répliques au Standard (1-1) et au SC Charleroi (2-1), en tablant déjà sur l'organisation, la solidarité et les phases arrêtées qui ont fait notre force lors du tour final. Je crois que le déclic s'est produit lorsqu'on a battu Beveren, une équipe qui descendait de D1 et affichait encore des ambitions à l'époque. Techniquement, on n'a pas la base pour développer un football chatoyant mais la mentalité du groupe a fait la différence ". Si Tubize avait pris l'habitude de laisser partir un peu trop facilement certains joueurs importants, le club a manifesté un premier signe d'ambition en insistant pour conserver Vandenbroeck jusqu'au terme du championnat alors qu'il avait déjà signé à Charleroi en janvier. " Charleroi offrait de l'argent mais aussi deux ou trois joueurs dont il n'avait plus l'utilité comme BriceJovial ou SébastienVan Aerschot ", se souvient Saint-Jean. " Cela ne m'intéressait pas et le président m'a suivi. Auparavant, il y avait eu un signe positif avec Christophe Lepoint que le comité ne voulait pas garder parce qu'il ne marquait pas assez. C'était dû au fait qu'il travaillait trop et manquait de fraîcheur devant le but. Personnellement, j'étais super content de lui. Je lui ai trouvé un autre rôle, comme ratisseur dans l'entrejeu, où il a explosé. C'est un garçon qui n'a pas eu une jeunesse facile, mais à qui on peut tout demander. Il joue avec son c£ur et il a une capacité pulmonaire exceptionnelle. En équipe nationale, je l'avais associé en pointe avec KevinVandenbergh. La paire faisait merveille. Kevin profitait du travail de Christophe. J'espère qu' Enzo Scifo, ou le staff de l'Excelsior, saura bien s'occuper de lui. Il faut le connaître car il s'emballe vite. En fait, il se fondrait à merveille dans le football britannique préconisé par Warren Joyce : un football anglais où tout le monde court partout et presse haut. Ceux qui ne pensent qu'à eux, n'ont pas leur place dans ce noyau ". Sur les cinq matches disputés jusqu'à présent dans le tour final (il en reste un, demain, contre Louvain pour l'honneur), Tubize en a remporté quatre sur le score de 1-0. Ce n'est plus un score Arsenal, c'est un score Tubize ! " Certaines personnes pensent peut-être qu'on pratique le catenaccio, mais ils se trompent ", assure Saint-Jean. " Tout au long de la saison, on a toujours joué avec quatre défenseurs. Parmi eux, un jeune arrière droit, Broeckaert, qui dispute sa première saison avec les adultes et a délivré sept assists tout en inscrivant trois buts. Quant au stoppeur, Vandenbroeck, il a pris cinq buts à son compte. Est-ce le signe d'une équipe défensive ?" Tubize est-il prêt pour la D1 ? " En ce qui concerne l'infrastructure et le commercial, c'est le problème du président RaymondLangendries et du manager LouisDerwa. La tâche s'annonce énorme. Mais bon, je constate que les gens sont heureux, je ne vais pas gâcher leur bonheur. Pour eux, c'est un rêve qui s'est concrétisé. Je dois reconnaître aussi que, lors du dernier match à domicile contre Overpelt-Lommel, il y avait du monde dans les gradins. Il faudra faire en sorte que ces gens continuent à venir, même après deux défaites en D1. Pour cela, il faudra créer une atmosphère de telle sorte que les supporters puissent venir en famille. Les places doivent aussi rester abordables. Jeudi passé, il y avait aussi une activité de bon augure au business, susceptible d'amener des sponsors. Le tour final a procuré beaucoup d'ouvertures et offert une belle image de marque en termes de visibilité. Sportivement, j'ai donné les conseils. Je n'ai pas toujours été suivi. Je constate que, déjà, plusieurs joueurs ont signé ailleurs : Vandenbroeck à Charleroi. Lepoint à Mouscron. Berghmans à Willebroek, Stuckens (l'auteur du but de la montée mais qui a peu joué cette saison) à Woluwe-Zaventem. On ne peut pas laisser partir tous ces joueurs lorsqu'on a des projets de D1 en tête. Je ne dis pas que Tubize ne sera pas prêt, mais il faudra s'activer cet été ". D'où vient cette ambition tubizienne ? En fait, le plan parlait de viser la montée en 2009. On est une année à l'avance. " Cette idée de 2009 vient du président ", rappelle Saint-Jean. " C'était, je pense, un pari qu'il avait pris lorsque le club est monté en D3 en 1999. Il s'était donné dix ans pour rejoindre l'élite ". Déjà, lorsqu'il avait pris la présidence d'un club de 3e Provinciale en 1987, Langendries avait annoncé : la P1 en cinq ans. " Tubize est monté tous les deux ans et s'était donné les moyens de le faire, avec des joueurs d'expérience, qui valaient plus que la division où ils évoluaient ", se souvient Saint-Jean. " Lorsque je suis arrivé au club pour un premier mandat, il y avait toujours des joueurs d'expérience comme YvesBuelinckx, MarioFasano, Samuel Remy mais ils arrivaient en fin de cycle. J'ai dû les remplacer par des jeunes, car aller chercher des joueurs en D1 coûtait trop cher. Tubize a changé de méthode, mais l'ambition est restée ". L'ambition d'un homme politique qui souhaite faire parler de lui à travers le football ? En fait, pas tellement de lui, mais de sa région. Le parallélisme avec Mouscron est frappant : comme l'Excelsior, Tubize est un petit club qui a grandi vite, parfois trop vite ; qui n'avait pas les infrastructures voulues ; qui a à sa tête un bourgmestre qui souhaite placer sa petite ville sur la carte et profiter de la montée d'un club de football pour insuffler un nouveau dynamisme à une région touchée par le chômage et la fermeture de certaines entreprises. Aujourd'hui, Langendries déclare aussi : " Si on était monté via le tour final il y a trois ans, on était mort ". Un discours que l'on avait déjà entendu en son temps dans la cité des Hurlus, lorsque l'Excelsior avait échoué lors de la dernière journée du tour final face au Beerschot en 1994. Au niveau du public aussi, il y a des similitudes. " Les supporters aiment prendre un verre avec les supporters adverses ", constate Saint-Jean. " Malheureusement, en D2, le règlement impose des barrières à l'intérieur du stade. Lorsqu'on reçoit Tournai, on ne ferme rien : ce sont les mêmes couleurs et tout se passe bien, c'est formidable. Lors de la venue d'Overpelt-Lommel jeudi passé, tout s'est très bien passé aussi, mais on a dû mettre les barrières alors que ce n'était pas nécessaire ". Cette montée avec Tubize constitue, d'une certaine manière, le point d'orgue de la carrière de Saint-Jean. " Peut-être, mais ce n'est pas le plus important ", répond l'intéressé. " Ce qui compte, pour moi, c'est de voir les joueurs heureux. A mes yeux, un entraîneur de D1 est un homme qui signe un contrat, transfère cinq ou six joueurs, forme une équipe, réalise des résultats puis s'en va au bout de deux ans. Mon idéal à moi, ce n'est pas celui-là. Entraîner en D2, en D3, en Promotion : peu m'importe. Mon rêve, c'était de rester toute ma vie dans un même club, pour le voir grandir et y former des joueurs ". Cette ambition, Saint-Jean la répète à l'envi. A 54 ans désormais, la réalisera-t-il un jour ? par daniel devos - photos: belga