On dirait que Hambourg et la Bundesliga forment un couple indissociable, eux qui sont liés depuis plus d'un demi-siècle. Ce coup-ci, le HSV n'a assuré son maintien qu'in extremis, grâce aux barrages, face au troisième de deuxième Bundesliga, le Karlsruher SC. Le but décisif est tombé dans les arrêts de jeu. Une issue heureuse à une saison qui a relevé du cauchemar. Quatre coachs ont été sacrifiés sur les rives de l'Elbe et pas moins de 31 joueurs différents ont été alignés. Ce n'est qu'à l'arrivée de Bruno Labbadia, à six matches de la fin, que le jeu s'est lié. Labbadia, qui avait déjà entraîné le club dans le passé, a réussi à souder un groupe très déséquilibré et il a gagné six points en six matches. De quoi être porté aux nues.
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On dirait que Hambourg et la Bundesliga forment un couple indissociable, eux qui sont liés depuis plus d'un demi-siècle. Ce coup-ci, le HSV n'a assuré son maintien qu'in extremis, grâce aux barrages, face au troisième de deuxième Bundesliga, le Karlsruher SC. Le but décisif est tombé dans les arrêts de jeu. Une issue heureuse à une saison qui a relevé du cauchemar. Quatre coachs ont été sacrifiés sur les rives de l'Elbe et pas moins de 31 joueurs différents ont été alignés. Ce n'est qu'à l'arrivée de Bruno Labbadia, à six matches de la fin, que le jeu s'est lié. Labbadia, qui avait déjà entraîné le club dans le passé, a réussi à souder un groupe très déséquilibré et il a gagné six points en six matches. De quoi être porté aux nues. Ces événements illustrent parfaitement la politique à court terme que mène le club depuis plusieurs années. Il semble s'autodétruire. Les entraîneurs sont des kleenex. Bruno Labbadia en sait quelque chose. L'histoire d'Hambourg est en un certain sens celle de Labbadia, le douzième entraîneur du club depuis... Labbadia. L'entraîneur de 49 ans a déjà obtenu le commandement de l'équipe en 2009. Il avait alors été renvoyé au bout de dix mois, faute de prestations. Depuis, nul ne l'avait vraiment regretté. Jusqu'à ce que le candidat numéro un du club, Thomas Tuchel, préfère le Borussia Dortmund, en avril. Désespéré, le HSV s'est rabattu sur Labbadia. Pourtant, Tuchel s'était vu proposer 12,8 millions en quatre ans et percevoir une enveloppe de 25 millions pour des nouveaux joueurs s'il assurait le maintien. Il avait également le droit de réformer les structures du club selon ses voeux. Un attrait qui ne l'avait pas empêché de rallier en définitive le camp des Borussen. En 2013-14, le HSV avait déjà claqué l'argent par les fenêtres, les nouveaux dirigeants ayant attiré de nouveaux investisseurs. C'était nécessaire car les précédents patrons se battaient sur la place publique à propos de la moindre décision. Chacun ayant ses contacts dans la presse, les remous ne cessaient jamais. Hambourg était un volcan constamment sur le point d'entrer en éruption et le président du conseil d'administration, Bernd Hoffmann, avait une telle influence qu'il marchait sur les plates-bandes de l'entraîneur à la moindre mauvaise prestation. Pourtant, le changement de direction n'a pas apporté la continuité et la stabilité requises. Le club s'est enferré dans sa mauvaise stratégie et l'a transposée à la saison suivante. Les changements d'entraîneur ont divisé la direction et fourni un alibi aux joueurs, qui se dispensaient ainsi de se regarder dans la glace. A l'embauche de Bruno Labbadia, peu de gens croyaient encore aux chances de maintien du club. Pire : une enquête a révélé qu'une partie des supporters préférait que le HSV descende, pour sanctionner les erreurs grotesques commises par la direction. Pourtant, Labbadia a réussi l'impossible, sans débarquer avec des idées révolutionnaires. Depuis quelques années, Labbadia se profile en penseur plutôt qu'en acteur. A la mi-avril, le HSV, lanterne rouge, avait besoin d'un pompier enthousiaste, qui secoue une dernière fois le noyau. A la surprise générale, la tâché était taillée à sa mesure. Considéré comme un visionnaire, Labbadia a été embauché comme tel, autrefois, par le Bayer Leverkusen, le HSV et le VfB Stuttgart. Partout, il a été remercié prématurément, faute de progrès à long terme. Joueur, Labbadia aimait plonger aux endroits les plus chauds, là où il fallait agir vite. Un véritable avant, un homme de rectangle, de courtes passes et de décisions instinctives. Il n'a pas agi autrement à son retour à Hambourg. Labbadia a instauré des mini-stages, il a tenu des discours de motivation, il a beaucoup parlé aux joueurs et leur a remonté le moral. " Ils devaient retrouver le sentiment de pouvoir gagner. " Le club s'est sauvé lui-même, en développant un football basé sur une arrivée rapide devant le but adverse. Là où, selon l'entraîneur, on apportait le danger. Les longs ballons sont souvent l'arme ultime des équipes en péril. L'approche de Labbadia a fonctionné, grâce à un gardien brillant, René Adler, qui a longtemps fait banquette jusqu'à la carte rouge du titulaire, le Tchèque Jaroslav Droby. A Karlsruhe, en barrage, l'ancien international a intercepté un penalty, permettant au club de se maintenir parmi l'élite. L'horloge du stade continue à avancer. Elle indique à la seconde près le temps passé par le club en Bundesliga. Le 14 août, quand le HSV entamera une nouvelle saison au Bayern, il sera en Bundesliga depuis 51 ans et 355 jours. Hambourg faisait partie des seize clubs fondateurs de la Bundesliga, en 1963. Depuis, tous les autres ont été relégués. Le FC Cologne a été le quinzième et dernier en 1998. Même le Bayern ne peut égaler Hambourg, puisqu'il n'a rejoint la Bundesliga qu'en 1965. Le HSV reste un grand nom du football allemand. A l'exception du Bayern, aucun autre club n'attire autant de monde en déplacement. La saison passée, à domicile, il s'est produit devant une moyenne de 53.252 spectateurs, malgré une année catastrophique. Pourtant, tout était censé aller mieux en juillet 2014, quand Dietmar Beiersdorfer est revenu, au poste de président, cinq ans après avoir quitté ses fonctions de responsable sportif. C'était d'autant plus étrange que c'était justement sous la direction de Beiersdorfer que le club avait entamé sa descente aux enfers en 2009. Avec le chef du département sportif, Peter Knäbel, il a fait le ménage dans le noyau, il a dépensé 35 millions en transferts mais a poursuivi la gestion déplorable de ses prédécesseurs. Tous les nouveaux ont été titularisés mais aucun ne s'est érigé en plaque tournante capable de diriger les autres. Par exemple, Pierre-Michel Lasogga, transféré pour 8,5 millions de Hertha BSC, a été le meilleur buteur de l'équipe avec quatre goals, ex-aequo avec le Néerlandais Rafael Van der Vaart, qui vient de rejoindre le Bétis Séville. En sus, il a donc présenté quatre entraîneurs en une saison à ses joueurs. En dix ans, Hambourg a usé seize entraîneurs. Il n'y a pas trace d'évolution, de vision ni d'une quelconque identité sportive claire et nette. Au moindre problème, chacun se retranche derrière le passé glorieux du club. Le jeu est devenu si mauvais que même Uwe Seeler, le monument du HSV, n'en a plus supporté la vue. Seeler, toujours sympathique et prudent, a émis des critiques publiques sur la gestion de son club. Ça ne l'a pas empêché d'assister à chaque match à domicile, pour croiser les doigts, comme il disait, ajoutant que les doigts en question étaient usés. Le HSV possède le sixième budget d'Allemagne, avec 135 millions. On n'en voit rien sur le terrain. D'après Dietmar Beiersdorfer, lui-même un défenseur fort de la tête sous le maillot hambourgeois de 1986 à 1992, trop de footballeurs croulent comme sous le poids d'un énorme sac à dos dès qu'ils se produisent pour le HSV. Celui-ci est toujours grand en autosuffisance. Il a des exigences élevées, il place la barre haut et le proclame haut et fort. Las, Hambourg a formé une équipe dénuée de profil. Il n'y a pas d'organisation de base reconnaissable, pas d'automatismes, pas de discipline. Pendant le match à Wolfsburg, la saison passée, Valon Behrami et Johan Djourou se sont battus dans le vestiaire. A cinq reprises aussi, toujours en cours de campagne passée, un joueur du HSV a été exclu. Pourtant, tout s'est finalement bien terminé. Une relégation en deuxième Bundesliga aurait été une catastrophe pour le club, qui aurait sans doute dû réduire de moitié son budget. Hormis un derby contre Sankt-Pauli, il n'y aurait guère eu de matches intéressants alors qu'il est situé dans une métropole trépidante, aux nombreuses possibilités économiques. Jadis, le HSV lançait des modes dans le football allemand. En 1978, il a été le premier à adopter un management moderne. Il avait d'ailleurs plus de succès que le Bayern. L'ancien international Gunter Netzer, manager, a déterminé la politique du club pendant huit saisons. Sous sa férule, le club a fêté trois titres et a remporté la Coupe d'Europe des Clubs champions en 1983. C'est encore Netzer qui, en 1981, a fait venir Ernst Happel. L'entraîneur autrichien allait rester six saisons dans la ville hanséatique pour devenir le meilleur coach de son histoire. Les rushes offensifs de l'arrière droit Manfred Kaltz, les passes précises du régisseur Felix Magath et les buts de Horst Hrubesch : des souvenirs chéris par les supporters, qui assistent, impuissants, à l'effondrement d'un empire bâti pierre par pierre. Bien qu'il n'ait plus rien gagné depuis la Coupe 1987, Hambourg a participé à huit campagnes européennes de 2000 à 2009. A-t-il tiré les leçons de ses erreurs ? Ça reste à voir. Dans une envolée, Peter Knäbel a déclaré, cet été, avoir pensé à très court terme en enrôlant quatre entraîneurs en l'espace de huit mois. Hambourg vient d'embrigader neuf joueurs et d'en vendre dix, dont le plus connu, Rafael van der Vaart. Certes, ces derniers temps, le Hollandais avait fait la une davantage par ses aventures amoureuses que par ses prestations sportives, mais il a longtemps été la figure de proue du club. Désormais, la presse le considère comme le symbole de sa chute. Depuis son retour en 2012, Van der Vaart n'a plus jamais retrouvé le jeu dominant étalé lors de son premier passage. De 2005 à 2008, il avait inscrit 29 buts et délivré 19 assists. La saison passée, le Néerlandais a marqué quatre buts, dont trois du point de penalty. Le quotidien Süddeutsche Zeitung avait qualifié le retour de Van der Vaart " d'un des plus tragiques malentendus de l'histoire du HSV ". Pour la énième fois, Hambourg repart donc à zéro. L'équipe a l'air plus forte que celle de la saison passée mais elle doit encore trouver une hiérarchie. Le club prône la patience pour que les jeunes talents aient la chance de mûrir. Hambourg, le dino aux sept vies, comme la mascotte Hermann qui arpente le terrain avant chaque match, semble s'être assagi. Le stade a été rebaptisé Volksparkstadion mais nul ne veut plus penser au passé. Les neuf nouveaux footballeurs, qui ont coûté douze millions, illustrent le nouveau réalisme du club. Parmi eux, c'est surtout le défenseur bosniaque Emir Spahic, issu gratuitement du Bayer Leverkusen, qui doit organiser et calmer le jeu, même si on compte beaucoup, un cran plus haut, sur l'international suédois Albin Ekdal, transféré pour 4,5 millions de Cagliari et ancien joueur de la Juventus.Le club a trop longtemps vécu au-dessus de ses moyens. Un moment donné, il a accumulé une dette de cent millions, retombée à 60 depuis, sans que ça ait un effet quelconque sur les performances sportives. A deux reprises, le club a été au bord du précipice mais il a chaque fois évité la chute. Il veut à nouveau échapper à la zone rouge, affirme la direction. Mais Bruno Labbadia sait que son équipe n'est pas plus forte que l'exercice précédent et que plusieurs footballeurs doivent encore progresser. Peut-être va-t-il insuffler au HSV ce qui lui a fait défaut pendant des années : une philosophie de jeu qui serve de fil rouge dans les années à venir. ?PAR JACQUES SYS ET PETER WEKKING - PHOTOS BELGAIMAGECertains supporters voulaient que le HSV descende, histoire de sanctionner sa mauvaise gestion. Avec 135 millions d'euros, Hambourg a le 6e budget d'Allemagne. Mais on n'en voit strictement rien sur le terrain.