Encore deux mois d'un régime de fou à tirer! Marc Wilmots a déjà accompli la moitié du chemin et cela le rassure. Depuis le 28 janvier, il est de nouveau installé dans son village natal et fait les navettes vers Gelsenkirchen. Un aller-retour, c'est 500 kilomètres. Une semaine type, c'est: congé lundi; trajet aller et deux entraînements mardi puis la nuit chez Emile Mpenza; entraînement mercredi matin puis retour en Belgique; aller-retour le jeudi pour l'entraînement du matin; trajet aller le vendredi pour l'entraînement de l'après-midi, puis mise au vert; match samedi et la nuit chez Emile; décrassage dimanche matin puis retour en Belgique.
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Encore deux mois d'un régime de fou à tirer! Marc Wilmots a déjà accompli la moitié du chemin et cela le rassure. Depuis le 28 janvier, il est de nouveau installé dans son village natal et fait les navettes vers Gelsenkirchen. Un aller-retour, c'est 500 kilomètres. Une semaine type, c'est: congé lundi; trajet aller et deux entraînements mardi puis la nuit chez Emile Mpenza; entraînement mercredi matin puis retour en Belgique; aller-retour le jeudi pour l'entraînement du matin; trajet aller le vendredi pour l'entraînement de l'après-midi, puis mise au vert; match samedi et la nuit chez Emile; décrassage dimanche matin puis retour en Belgique. Les jours où il fait la route, Willie s'installe au volant de sa BMW à 6h30. Il nous a emmené dans la Ruhr. Contact, ceinture, en route! 6h30: JodoigneLes premiers bombardements sur l'Irak ont eu lieu trois heures plus tôt. La radio crache ses infos sur la situation dans le Golfe. Les journaux parlés sont le compagnon de route privilégié de Wilmots, encore plus sensibilisé par l'info générale depuis qu'il a décidé de se recycler dans la politique.Marc Wilmots: "Je prépare un folder qui sera distribué dans toute la Communauté Française. Jusqu'ici, je n'ai pas encore eu vraiment le temps de préparer les élections. Mais j'ai déjà réussi quelque chose. Je constate que, depuis l'annonce de ma présence sur la liste MR, les autres partis commencent à parler de politique sportive. Comme s'ils avaient senti une menace. Le sport a toujours été délaissé par les politiciens et la situation va peut-être évoluer. Théoriquement, je serai élu au Sénat, vu ma bonne place sur la liste. J'irai là pour apprendre et pour passer le maximum de temps sur le terrain. J'avais plusieurs pistes pour ma reconversion mais j'ai choisi la moins intéressante financièrement!" 7h00: LiègeDe l'E40, on aperçoit le site de l'ancien stade du FC Liégeois. Sclessin n'est pas loin. La maison de Robert Waseige non plus. Entre le Mage de Rocourt et Wilmots, les contacts restent fréquents. Wilmots: "Au moment où il est revenu au Standard, tout le monde a tiré une conclusion: j'allais le suivre. C'était Dallas mais on ne me demandait jamais mon avis. Le jour où un journaliste m'a enfin appelé, je lui ai dit: -Moi au Standard? Et pourquoi pas à St-Trond? Un nouveau film commençait. Le président de St-Trond m'a pris au mot et a lancé qu'il voulait me rencontrer. Mais, au lieu de St-Trond, j'aurais tout aussi bien pu dire Jodoigne. Je n'avais pas du tout l'intention de retourner au Staaienveld. En décembre, je suis allé manger avec Luciano D'Onofrio. Un ami. éa a duré deux heures et nous n'avons parlé que cinq minutes du Standard. Il m'a proposé de revenir, mais je n'étais pas intéressé. Je savais que je devrais être au top parce que le club visait encore l'Europe. Comme je n'étais pas sûr que ma cheville allait tenir, je lui ai dit que je restais à Schalke pour dépanner là-bas en cas de besoin. J'aurais été ennuyé de revenir à Sclessin comme le Messie et de devoir tout plaquer après un mois. En janvier, on m'a proposé Galatasaray, et aujourd'hui, c'est la Chine qui m'appelle. Non merci". 7h30: Aix-la-ChapelleUn pick-up perd une poutre 100 mètres devant nous, la voiture qui le suit fait un écart, dérape et on évite de justesse un gros crash en chaîne.Wilmots: "Mon père n'était pas d'accord quand j'ai décidé de faire les trajets. Mais, si on a peur de tout, on ne fait plus rien. J'ai une voiture sécurisante et la route ne m'a jamais effrayé". 8h00: DüsseldorfLes Allemands sont sur le chemin du boulot et ça bouchonne un peu. Se farcir aussi souvent des embouteillages pour aller taper dans un ballon, 250 km plus loin: le jeu en vaut-il la chandelle?Wilmots: "Les dirigeants préfèrent que les joueurs habitent près du stade, mais ils m'ont fait une fleur. Peut-être en guise de remerciement pour services rendus. Je suis le dernier Mohican, le dernier vainqueur de la Coupe de l'UEFA. Le dernier eurofighter, comme ils disent. Je quitterai Schalke en gardant le souvenir d'un homme extraordinaire: le manager, Rudi Assauer. Il a fait Schalke. J'ai signé mon premier contrat dans un secrétariat qui était un chantier. Il n'y avait pas de carrelages. Et on jouait au vieux Parkstadion. Aujourd'hui, il y a l'Arena et tout est superbe: les bureaux, le complexe d'entraînement. Je suis fier d'avoir participé à cette aventure et d'avoir été élu cinquième meilleur joueur du siècle à Schalke. Une clause de mon contrat actuel stipule que je serai automatiquement prolongé d'un an si je joue 15 matches. J'ai mis Assauer à l'aise: -Même si je joue 40 matches, j'arrête en juin. Si j'avais voulu rester, il aurait accepté. Il a déclaré dans la presse que, si je ne me plaisais pas en politique, il me trouverait un job à Schalke. Il voudrait m'organiser un match d'adieu mais je ne suis pas très chaud. J'ai simplement fait mon boulot. Assauer m'avait acheté 40 millions de francs, m'a vendu à Bordeaux pour 100 millions puis m'a repris pour 70: je n'ai donc coûté que mon salaire et j'ai pas mal apporté en retour. D'un point de vue rapport qualité-prix, je suis sûrement un des meilleurs transferts de l'histoire du club". 8h30: DuisburgLe décor devient de plus en plus industriel, de plus en plus gris. Dans une bonne heure, Willie montera sur le terrain d'entraînement. Wilmots: "Quand je rentrerai de mon tout dernier entraînement, je rangerai mon sac sans émotion particulière. Il faut savoir passer à autre chose. Je n'ai pas voulu attendre qu'on me montre la sortie. J'ai raisonné comme ça avec les Diables et avec Schalke. Dans deux mois, je ne m'entraînerai plus, mais je m'entretiendrai toujours. Je vais m'acheter quelques appareils de musculation et je pourrais continuer à jouer au foot en salle. Je ne veux surtout pas devenir obèse". 9h00: arrivée à GelsenkirchenLe stade est en vue. Gelsenkirchen est une région qui vit pour le foot. Le stade de Schalke est plein lors de chaque match: 60.000 personnes. Wilmots ne peut s'empêcher de penser aux assistances dans le championnat de Belgique.Wilmots: "Les politiciens se sont complètement plantés sur le coup de la fancard. Bientôt, elle sera gratuite. Mais bonne chance pour récupérer tous les gens qui ont perdu l'habitude d'aller au foot. Les Allemands sont sidérés quand on leur explique ça. Des supporters de Schalke ont fait un car pour aller au Standard. Ils voulaient revoir Michaël Goossens. Quand ils sont arrivés à Liège, on leur a dit: -Pas de fancard, pas de ticket. Ils ont directement repris la route: 350 bornes pour des prunes!" 10h00: début de l'entraînementLa séance a lieu sur la pelouse du Parkstadion. Dans le petit match, Wilmots porte une vareuse jaune: cela veut dire qu'il devrait être titulaire samedi contre Munich 1860. Il ne se souvient plus de sa dernière titularisation,tant ça date.Wilmots: "Le coach, Frank Neubarth, a déclaré il y a plusieurs mois qu'il ne comptait plus sur moi. Pas de problème, j'ai passé l'âge où on s'inquiète de discours pareils. Neubarth a fait des choix et je les respecte. Mais j'ai peut-être commis une erreur en début de saison. Il m'a demandé d'être dans le conseil des joueurs et j'ai refusé. J'étais crevé après la Coupe du Monde, j'avais été opéré au genou et j'estimais que j'avais assez donnépour Schalke. Je pense que l'entraîneur a mal interprété ma réponse, il a sans doute cru que je ne voulais pas me bouger pour lui". 11h30: fin de l'entraînementWilmots s'est donné à fond et file à la douche.Wilmots: "Quand ça ne dépasse pas une heure et demie, pas de problème. Si c'est plus long, ma cheville me fait souffrir. Je ne fais plus jamais deux entraînements par jour. Le mardi après-midi, je me contente de musculation. J'ai subi 12 opérations: ça compte. Mais je ne prends pas un seul antidouleur et le médecin qui m'a opéré en début de saison m'a dit que je pourrais encore tenir un an ou deux. Je ne prends pas le risque. Je connais trop d'invalides". 13h00: départ de GelsenkirchenCoup de fil de Katrien, Madame Wilmots. Elle demande à son mari s'il sera de retour à 15 heures. Elle doit aller chercher les petits à l'école et il faut quelqu'un pour guider les hommes de métier qui travaillent dans la maison. Les 350 ch de la BWM vont être sollicités! Wilmots: "Il n'y a pas de limitation de vitesse sur la plupart des autoroutes allemandes mais il n'y a pas plus d'accidents graves qu'en Belgique parce que les conducteurs sont plus concentrés ici. Il y a seulement des tronçons où c'est limité, et alors, pas question de faire le fou. J'ai été surpris deux fois à dépasser la vitesse autorisée d'une vingtaine de km/h: on m'a supprimé mon permis pour un mois". 13h30: DuisburgPetite halte pour dévorer un sandwich sur l'autoroute. En vitesse, comme d'habitude.Wilmots: "Depuis deux mois, je suis sans arrêt à la pompe et dans les cafétérias des stations-service. Je peux me le permettre parce que je ne joue plus beaucoup, mais je ne serais pas rentré en Belgique si mon entraîneur avait encore vraiment compté sur moi. Si je joue chaque semaine, il me faut huit heures de sommeil. Maintenant, je n'en ai plus que cinq ou six. On ne peut pas pousser son corps trop loin. Voyez mon ami Louis Michel. Il bosse 18 heures par jour mais a déjà eu trois gros pépins de santé. éa me fait réfléchir. Entre lui et moi, il y a plein de points communs: nous sommes de Jodoigne, nous avons commencé avec pas un balle et nous avons atteint le top mondial dans notre domaine. Son père était manoeuvre et est mort très jeune: Louis a dû assumer pour la famille et a travaillé comme un nègre. Il est vraiment tombé sous mon charme quand il est venu voir un match à Schalke: au moment où 60.000 personnes ont hurlé mon nom, il ne savait plus où il était"... 14h00: Aix-la-ChapelleUne voiture de police prévient: Stau (files). "Merde", lâche Wilmots. Coup de fil à l'auteur du livre consacré à Willie qui sortira fin avril. Le joueur demande au journaliste de venir à la maison un peu plus tard que prévu. Wilmots: "On avait déjà fait un bouquin quand j'avais 24 ans. Celui-ci est la suite logique. Il résume ma vie et ma philosophie". 14h30: frontière germano-belgeéa sent l'écurie. Le rapatriement précipité de Willie, en pleine saison, s'explique par des raisons familiales. Pas politiques: il a toujours été domicilié et a toujours voté en Belgique. Wilmots: "Le déclic est venu de mon fils aîné, Reno (6 ans). Nous avions passé quelques jours à Jodoigne au moment de Noël. Quand nous sommes retournés à Gelsenkirchen, il a eu un gros coup de blues. Un soir, je l'ai retrouvé en larmes dans son lit. Il m'a dit: -Papa, je veux rentrer en Belgique. Je lui ai fait un câlin et je me suis dit que ça allait passer. Mais, le lendemain matin, il arrivait à 7 heures dans notre chambre, avec sa valise et ses maillots de bain. J'ai dit à ma femme: -Commande les déménageurs. Nous avions de toute façon décidé de rentrer définitivement en fin de saison parce que Reno va aller à l'école primaire. Nous avions tous besoin d'une vie de famille enfin équilibrée. Notre expérience à l'étranger a en tout cas fait beaucoup de bien à Reno et Marten (4 ans). En quelques années, ils ont connu un tas de choses que j'ai mis 30 ans à découvrir: les langues (ils parlent français à la maison, néerlandais à l'école, et allemand), le train, l'avion, etc. Mais le moment est venu de les stabiliser. Et notre retour a permis à ma femme de retravailler comme avocate". 15h00: LiègeMarc Wilmots voit un radar et appelle directement Mpenza, qui nous a dépassés quelques minutes plus tôt. Ouf! Emile a quitté l'autoroute juste à temps.Wilmots: "Emile vit maintenant comme un vrai pro. Il a compris qu'il devait travailler pour aller chercher sa carrière. Il n'a plus de blessures musculaires: ce n'est pas un hasard. Il se soigne. Il m'écoute et il sait que, s'il fait le fou, il aura mon pied dans le derrière. Il faudrait qu'il reprenne mon rôle de guide en équipe nationale. Pour cela, il doit encore apprendre à parler et à crier. A son âge, je me faisais déjà entendre et je disais tout ce que je pensais". 15h30: JodoigneRetour à la maison. Derrière, des champs agricoles à perte de vue.Wilmots: "Je les ai labourés pendant des années. Et j'ai toujours dit que je construirais ici. Au début, ma femme n'était pas d'accord. Je lui ai dit: -Désolé chérie, mais c'est ici que je veux m'installer. La ferme de mes parents est à 100 mètres. Je suis né là-bas. Le 22 février 1969, il y avait deux mètres de neige. Mon père a dû aller chercher le médecin en tracteur. Quand ils sont rentrés, le petit Willie était là. Pas le temps d'attendre!" Pierre Danvoye"Quand mon fils en larmes a préparé sa valise, j'ai dit à ma femme de commander les déménageurs"