Surprise ? Honte ? Scandale ? Trahison ? Incompréhension ? En questionnant des dirigeants du foot belge qui comptent, on voit que le passage possible de Lucien D'Onofrio à Anderlecht ne heurte pas.
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Surprise ? Honte ? Scandale ? Trahison ? Incompréhension ? En questionnant des dirigeants du foot belge qui comptent, on voit que le passage possible de Lucien D'Onofrio à Anderlecht ne heurte pas. Entre les directions de Gand et du Standard quand Lucien D'Onofrio était le patron, il y a eu des clashes. Au moment des discussions pour la dernière réforme de la D1 et les droits TV aussi, les deux camps n'étaient pas sur la même longueur d'onde. Mais Michel Louwagie, manager des Buffalos, ne condamne pas la possibilité pour D'Ono de se recaser à Anderlecht. " J'ai été surpris quand j'ai entendu que D'Onofrio pourrait aller travailler à Bruxelles. Mais est-ce que ce transfert aurait un côté scandaleux ou inacceptable ? Non. D'abord, il faut bien garder en tête que c'est le Standard qui n'a plus voulu de l'homme. A partir de ce moment-là, il est libre de se recaser où il veut. On est en démocratie. Personne ne peut l'empêcher d'aller à Anderlecht. Ceux qui se disent étonnés doivent fouiller dans le passé du foot belge. Il y a eu encore eu des changements de clubs surprenants dans un passé tout récent. Quand Roland Duchâtelet a abandonné Saint-Trond pour racheter le Standard, ce n'était pas une surprise colossale ? Bien plus loin dans le temps, Constant Vanden Stock avait lâché le Club Bruges pour aller à Anderlecht. Des présidents ou des administrateurs délégués qui passent de A à B, c'est finalement une vieille tradition. Avant de devenir président du Club Bruges, Bart Verhaeghe avait flirté avec Malines. Vincent Mannaert menait la politique sportive de Zulte Waregem puis il est parti au Club pour faire la même chose. Michel Verschueren avait quitté le RWDM pour aller chez l'ennemi anderlechtois. Aux Pays-Bas, c'est encore plus fréquent. Lorsque Louis van Gaal annonce son retour à l'Ajax, ça pourrait aussi choquer. " Louwagie voyait à des réunions de la Ligue pro que D'Onofrio et Roger Vanden Stock étaient assez proches. " On remarquait qu'ils s'appréciaient. Il y a eu des prises de bec, mais les gens intelligents savent revenir les pieds sur terre et changer d'avis. " Au printemps dernier, Charleroi et le Standard ont fait cause commune dans le dossier de la refonte du championnat. Leur principale cible à l'époque : Anderlecht et son président. " J'ai souvent travaillé avec Lucien D'Onofrio ", rappelle Abbas Bayat. " C'est un homme honnête, fiable et respectueux de sa parole. Je le comprends et il me comprend. Je n'ai pas cette chance avec les gens d'Anderlecht. Et j'ai beaucoup plus d'idées communes avec D'Onofrio qu'avec Vanden Stock. " Le président carolo est persuadé que l'apport sportif de D'Ono à Bruxelles pourrait être appréciable. " Qui peut contester qu'il connaît le foot et plein de joueurs ? Partout où il est passé, il a apporté plein de bonnes choses. Avant de s'engager au Standard, il avait fait progresser d'autres clubs. Il a plein de bonnes adresses, des contacts intéressants. Toute sa vie, il a travaillé dans le foot de haut niveau et ça se voit. Je ne suis pas surpris qu'il se rapproche d'Anderlecht parce qu'il a toujours montré, aussi, qu'il n'appartenait à personne. Si on n'en veut plus au Standard, il a le droit d'entamer une nouvelle vie où il le souhaite. " A propos du statut d'inculpé de D'Onofrio, Bayat dit simplement : " Ce n'est pas important. "Le directeur général de Mons rappelle que si D'Onofrio avait eu assez de moyens financiers, il serait toujours au Standard. Le montant de la vente de ses parts est provisoirement saisi par la justice, mais pour Alain Lommers, " il va quand même avoir un joli pactole et ça ouvre des portes. Maintenant, je ne suis pas sûr que ce soit cet aspect financier qui intéresse Anderlecht en priorité. D'Onofrio devrait surtout apporter un plus au niveau du recrutement. Avec ses compétences et son expérience d'agent de joueurs, il a un excellent profil. Et personne ne peut nier qu'en dix ans, il a transformé un Standard moribond en un club présent sur la scène de la Ligue des Champions. Ses problèmes avec la justice ne doivent pas revenir sur le tapis. Il a autrefois eu des soucis en France mais il a payé. De toute façon, ça n'intervient pas directement dans l'esprit des gens qui doivent recruter une grande pointure. Bernard Tapie a aussi eu de gros problèmes, il a été critiqué, mais aujourd'hui, tout le monde se l'arrache pour qu'il investisse. " Et pour ce qui est des clashes du passé entre RVDS et D'Ono, " le monde du foot est comme ça, on se déteste un jour et on s'adore le lendemain. Je crois aussi que D'Onofrio est en manque de présence dans le public. Il aime le côté théâtral du foot. Il y a un moment qu'on ne parle plus de lui et il voit qu'Anderlecht est le club le plus médiatisé, et donc que ça peut être bien pour lui de travailler là-bas. " Ancien agent de joueurs de haut vol comme D'Onofrio, Dirk Degraen fait le Sioux sur cette affaire. " Dans le foot d'aujourd'hui, il y a déjà beaucoup trop de personnes qui se croient compétentes pour donner leur avis sur des dossiers qui ne les concernent pas ! ", lance le DG de Genk. " Tout le monde a son avis sur une question pareille mais mon club ne prendra pas position. Evidemment, il y a des sensibilités particulières parce qu'il s'agit du Standard et d'Anderlecht mais je n'ai pas à juger si un passage de D'Onofrio au Sporting serait normal ou pas, acceptable ou pas, choquant ou pas. Dans les sociétés commerciales, il y a plein de personnes ayant un poste à grandes responsabilités qui changent de secteur d'activité ou d'employeur. Pourquoi cela devrait-il être impossible dans le foot ? D'Onofrio et Vanden Stock sont assez grands et compétents pour savoir si une collaboration entre eux serait une bonne chose. "PAR PIERRE DANVOYE