belgique: Un travail énorme miné par une crise d'autorité sans précédent

La semaine passée, la fédération a essuyé une volée de remarques. Elle a été exposée aux critiques nées à la suite du drame de Mouscron et au fait que certains clubs de D1 ont aligné pas mal de jeunes et de réservistes en Coupe. Pas mal de clubs ont voulu faire tourner leurs effectifs. Jean-Marie Philips, CEO (directeur exécutif) a décoché quelques flèches en direction des coaches. Ariel Jacobs, le T1 d'Anderlecht, a rétorqué que c'était le moment ou jamais de lancer des éléments prometteurs et qu'un Romelu Lukaku se reposait pour être en forme avec les Diables.... Ambiance. Pendant ce temps-là, Dender (descendu en D2 en fin de saison 2008-09) songeait à réclamer un dédommagement financier à la Commission des licences pour avoir permis au pauvre Excelsior d'entamer le championnat en Pro League.
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La semaine passée, la fédération a essuyé une volée de remarques. Elle a été exposée aux critiques nées à la suite du drame de Mouscron et au fait que certains clubs de D1 ont aligné pas mal de jeunes et de réservistes en Coupe. Pas mal de clubs ont voulu faire tourner leurs effectifs. Jean-Marie Philips, CEO (directeur exécutif) a décoché quelques flèches en direction des coaches. Ariel Jacobs, le T1 d'Anderlecht, a rétorqué que c'était le moment ou jamais de lancer des éléments prometteurs et qu'un Romelu Lukaku se reposait pour être en forme avec les Diables.... Ambiance. Pendant ce temps-là, Dender (descendu en D2 en fin de saison 2008-09) songeait à réclamer un dédommagement financier à la Commission des licences pour avoir permis au pauvre Excelsior d'entamer le championnat en Pro League. Ce ne sont que des averses passagères par rapport aux tempêtes qui s'abattent sur la fédération depuis trois, ans, c'est-à-dire depuis le début du règne présidentiel de François De Keersmaecker (51 ans). A la VRT, on a coulé son éternel sourire dans un petit trophée (baptisé le Swakiri-François qui rit) remis chaque semaine à un loser de la D1 ! " Les médias ont tort de s'acharner sur lui ", nous confiait récemment un membre du comité exécutif. " Cet homme est un spécialiste des dossiers administratifs, pas un sportif. C'est le problème de la fédération. Le football n'y est pas au centre du débat. Les membres du comité exécutif ne connaissent pas assez le monde du foot pro. Et ceux qui comprennent tous les mécanismes du foot ne sont jamais là pour en parler comme c'est le cas de Michel Sablon, le directeur technique national. Nous ne l'avons guère vu auprès de Dick Advocaat. Il y a là un vide à combler d'urgence. La fédé a raté un virage il y a trois ans : Michel Preud'homme n'était pas taillé pour s'asseoir dans le fauteuil présidentiel mais il était génial dans son rôle de président de la commission technique (patron de l'équipe nationale) et le serait encore davantage en tant que DTN, une fonction qui conviendrait aussi à Jean-François de Sart. On n'a jamais autant parlé de foot qu'à l'époque où Preud'homme fréquentait régulièrement la fédération. " Cela dit, l'Union belge a tout de même réussi à faire passer la réforme de la D1 en se moquant de ceux qui parlaient de ces pays limitrophes qui en avaient effectué une et qui en étaient revenus... Le comité exécutif et ses 23 membres sont souvent indiqués du doigt pour expliquer les lenteurs de la grande Maison de verre. Ces braves gens ne sont pas là pour l'argent : 162 euros par mois. Leur statut leur permet cependant d'occuper des places en vue dans les tribunes de D1 et d'accompagner à tour de rôle les différentes équipes nationales à l'étranger. Certains de ces comitards sont influents et protègent leur territoire. Herman Van Holsbeek a critiqué plus d'une fois cet " excès de démocratie qui tue la démocratie ". Swakiri Keersmaeker tente de limiter l'influence du comité exécutif mais ce n'est pas facile car il y compte pas mal d'alliés dans cet organe. Il a encore du pain sur la planche : simplification du règlement (plus de 600 pages que plus personne ne comprend), communication, etc. La fédération ne cacha pas son plaisir quand Advocaat signa son contrat mais quelle pagaille auparavant : intérim de Frankie Vercauteren, démission du successeur de René Vandereycken en Arménie, déclarations erratiques d'une fédé dépassée par les événements et où chacun parle dans son coin. L'unité y est un vain mot. A Anderlecht, on affirme que " la fédération a un grand problème : elle n'est pas respectée. " Philips a souvent approuvé cette évidence : " Dans le temps, on prenait une décision et elle était acceptée. A l'heure actuelle, on se retrouve rapidement devant les tribunaux et, à la longue, cela mine notre autorité. Depuis l'arrêt Bosman, le football belge est le mouton noir qu'on accable de tous les maux de la terre. " Les clubs n'aident pas la fédération, ne font pas bloc derrière l'équipe olympique, etc. L'Union belge a porté seule l'échec de Vandereycken et les critiques de Vercauteren avant de pousser un soupir de soulagement quand Advocaat déclara : " Vercauteren a été petit. Les dirigeants ne peuvent pas savoir ce qui se passe dans un vestiaire. Si la Belgique ne se qualifie pas pour l'Euro 2012, ce sera mon échec. "La fédé veut se consacrer à d'autres tâches : contacts avec la Ligue pro (qui assure une rentrée de 4 millions d'euros), les négociations avec les sponsors (un quart d'un budget annuel de 28 millions d'euros : déficit de -1,5 million en 2007-08, boni de 100.000 euros en 2008-09, perte probable de 1,2 million d'euros pour 2009-10), gestion du personnel par le nouveau directeur des ressources humaines, David Delferière, création d'une fédération francophone après la naissance de son pendant flamand, le 27 novembre 2008, soutien à la candidature pour l'organisation de la Coupe du Monde 2018. Il faut rassurer les francophones plus très à l'aise dans cette fédération où le poids flamand est énorme et qui craignent un appauvrissement après l'organisation définitive entre les deux ailes. En France ou aux Pays-Bas, les choses sont plus claires. Là, on a tout mis en place pour que l'équipe nationale prépare ses matches dans son centre d'entraînement, Zeist, alors que notre centre de Tubize n'est toujours pas opérationnel car dépourvu d'hôtel ! Michaël van Praag préside la fédération néerlandaise où il a pris la succession de Jeu Sprengers, décédé. Van Praag n'est jamais à la bourre comme De Keersmaecker et il a précisé récemment : " Je ne viens que quelques fois par semaine à la fédération. Je vérifie si ce qui a été convenu est réalisé. Notre fédération a clairement séparé et structuré les choses : football professionnel d'un côté (qui gère l'équipe nationale), amateur de l'autre. Chaque entité a sa structure, son directeur. " Ces entités travaillent sans enchevêtrement comme en Belgique. L'ancien directeur de Roda, Frank Rutten, préside l'association de clubs de D1 ( Eredivisie). D'autre part, van Praag connaît la musique car il fut de 1989 à 2003 le président de l'Ajax, club avec lequel il remporta de nombreux trophées nationaux et internationaux. Qui peut en dire autant au top de la fédé belge ? Van Praag a aussi assumé des missions à l'UEFA et à la FIFA. Tout cela lui donne une belle expertise. En France, le président de la fédération, Jean-Pierre Escallettes, est issu de la famille des amateurs. Il avait décroché son poste avec 92,56 % des voix. Comme en Hollande, les choses sont plus claires qu'en Belgique. La fédé réfléchit, a favorisé la formation. La gestion financière des clubs est surveillée. Et le football figure sans cesse au centre des débats. C'est dû en grande partie au rôle assumé par le DTN. A cette place, il fallait une grosse pointure pour succéder à Aimé Jacquet. Gérard Houllier excelle dans ce rôle, défend les Bleus (où cela a souvent chauffé autour de Raymond Domenech) et parle de tous les problèmes du football avec une compétence rare, entretenue à Liverpool, Lyon, etc. Où est le Houllier belge ? A la fédération, l'excès de démocratie tue la démocratie. Elle n'est pas respectée. (Herman Van Holsbeek)