Un athlète ! Mustapha Sama (24 ans) a le physique du type qu'on n'aimerait pas croiser, la nuit, dans une ruelle sombre : 193 cm, 85 kg. D'ailleurs, les attaquants de notre championnat n'apprécient guère de retrouver sur leur route ce défenseur central qui prend à son compte la majeure partie du trafic aérien. Sama a abouti à Charleroi un peu par hasard, en décembre 2002. Il fut repéré lors d'un match international avec la république de Sierra Leone. Ce jour-là, il se montra si efficace aux côtés d' IbrahimKargbo que les scouts carolos imaginèrent de reconstituer cet axe central au Mambourg. Et Sama fut ainsi transféré de Haugesund, club de D2 norvégienne.
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Un athlète ! Mustapha Sama (24 ans) a le physique du type qu'on n'aimerait pas croiser, la nuit, dans une ruelle sombre : 193 cm, 85 kg. D'ailleurs, les attaquants de notre championnat n'apprécient guère de retrouver sur leur route ce défenseur central qui prend à son compte la majeure partie du trafic aérien. Sama a abouti à Charleroi un peu par hasard, en décembre 2002. Il fut repéré lors d'un match international avec la république de Sierra Leone. Ce jour-là, il se montra si efficace aux côtés d' IbrahimKargbo que les scouts carolos imaginèrent de reconstituer cet axe central au Mambourg. Et Sama fut ainsi transféré de Haugesund, club de D2 norvégienne. Mustapha Sama a fait parler de lui au cours des dernières semaines. Il fut d'abord l'auteur de la fameuse passe en retrait, de la cuisse, à Bertrand Laquait, au Cercle Bruges. Passe réglementaire, coup franc quand même et but pour les Brugeois : on attend encore de savoir si ce match sera rejoué. Ensuite, Sama fut le déclencheur des incidents dans le vestiaire de l'Antwerp, après la défaite des Zèbres. Héros malgré lui, l'immense Mus ? Petit coup d'£il sur sa saison pas comme les autres... Pourquoi le Sporting de Charleroi est-il transfiguré depuis la trêve ? Pourquoi les Zèbres se sont-ils soudain mis à inscrire plusieurs buts lors de chaque match alors qu'ils étaient les plus improductifs de D1 au premier tour ? Mustapha Sama : " Notre bonne période actuelle est avant tout une affaire de confiance. Je suis certain que, si nous étions passés à côté de nos trois premiers matches du deuxième tour, on aurait revu un Charleroi amorphe jusqu'en fin de saison. Nous avons abordé les rencontres du mois de janvier comme un nouveau départ : soit ça passait et nous pourrions viser le maintien, soit ça cassait et on n'aurait plus rien pu attendre de notre équipe. Tout s'est bien mis en place dès le début et nous nous sommes convaincus qu'il y avait largement assez de qualités dans notre noyau pour maintenir le club en D1. Au premier tour, il nous est plusieurs fois arrivé de perdre en jouant bien. Nous ne parvenions pas à nous raccrocher à ce qui avait bien marché. Nous ne retenions que le résultat, et c'était mauvais. Alors, la semaine suivante, nous passions complètement à côté de notre match parce qu'il n'y avait aucune confiance dans l'équipe. Aujourd'hui, c'est différent. Nous avons accumulé tellement de confiance en nous depuis le début du deuxième tour, que nous considérons chaque résultat négatif comme un simple accident de parcours, sans lendemain ". Au premier tour, la défense de Mustapha Sama prenait très peu de buts et en marquait moins. Aujourd'hui, Charleroi offre un visage tout à fait différent : l'attaque africaine reste rarement muette. Par contre, la défense a dû s'habituer à encaisser beaucoup plus régulièrement. Gênant pour un arrière central ? Sama : " Pas du tout. Jusqu'en décembre, la priorité de l'équipe était de ne pas encaisser, et si possible de marquer un petit but. C'est dangereux de jouer avec un état d'esprit pareil. Aujourd'hui, tout le monde attaque. Même les défenseurs. Avoir deux attaquants aussi virevoltants que Victor Ikpeba et Adekanmi Olufade est du pain bénit : toute la défense adverse se concentre sur eux et cela permet à nos médians de s'infiltrer plus facilement. Sur les phases arrêtées, je me retrouve beaucoup plus souvent dans le rectangle adverse. C'est bien plus agréable de jouer de cette façon. Ne chercher qu'à préserver le nul est embêtant pour un footballeur. La presse critiquait notre prudence au premier tour : nous lisions les journaux et nous n'étions même pas choqués. Nous aurions dû être de très mauvaise foi pour affirmer que les journalistes écrivaient n'importe quoi. Non, ils avaient entièrement raison : nous manquions d'audace ". Badou Kéré back gauche, Ibrahim Kargbo et Mustapha Sama dans l'axe défensif : on dit parfois qu'il est dangereux d'aligner trop d'Africains à l'arrière, que leur côté imprévisible est une menace pour l'équilibre défensif d'une équipe. Vrai ou faux ? Sama : " Blanc ou noir, qu'importe ? C'est ridicule de juger un footballeur sur sa couleur de peau. Chez nous, ça se passe très bien et cette bonne collaboration entre les joueurs du compartiment arrière a une explication principale : la communication. Nous n'arrêtons pas de parler, de nous repositionner mutuellement. Je parle en créole avec Kargbo, en français avec les autres : pas de problème. C'est en Suède et en Norvège que j'ai appris à donner de la voix sur le terrain. Là-bas, on travaille énormément la communication ". L'exclusion de Sama à l'Antwerp a précipité la faillite des Zèbres : à 9 contre 11 (Kargbo avait déjà vu rouge avant lui), les Zèbres n'avaient plus aucune chance de remporter ce match de la peur. Sale joueur, le Mus ? Sama : " Pas du tout. Figurez-vous que c'était la toute première exclusion de ma carrière. Pour un défenseur de 24 ans, ce n'est pas mal, hein ! Dans mon pays, j'ai une réputation de joueur dur mais correct. Je ne conteste pas ma première carte jaune à l'Antwerp. Mais la deuxième était ridicule : en Angleterre ou en Allemagne, l'arbitre aurait carrément laissé jouer. Je me suis élevé au-dessus d'un attaquant et le referee a estimé que j'avais commis une faute. No way ! En attendant, les conséquences ont été catastrophiques pour nous. En quittant le terrain, je savais que c'était terminé pour nous ". Sama a donc mis le feu aux poudres dans le vestiaire après la défaite contre l'Antwerp. C'est lui qui s'en est pris au capitaine, Frank Defays. Des regrets ? Sama : " Il ne faut pas exagérer, je ne l'ai pas tabassé. Je l'ai juste repoussé. J'étais terriblement frustré. Perdre de cette manière est extrêmement pénible pour une équipe qui a pris le pli d'aborder chaque match comme une finale de coupe. Nous étions tous abattus en rentrant au vestiaire. Et je reprochais à Defays de m'avoir enguirlandé quand j'ai commis la petite faute qui allait me valoir ma deuxième carte jaune. En criant sur moi, il a apporté de l'eau au moulin de l'arbitre, qui se demandait sans doute à ce moment-là s'il devait sortir ou non son carton. A partir du moment où je me faisais enguirlander par le capitaine, l'arbitre avait les coudées plus franches. Alors que, si Defays s'en était directement pris à cet homme en lui faisant remarquer que ma faute ne valait même pas un coup de sifflet, je n'aurais probablement pas été exclu. Je connais le foot : un referee, ça s'influence " ! Mustapha Sama prend tout de la tête en défense mais est aussi une menace pour le gardien adverse sur les coups francs et corners. Parce que tout devient beaucoup plus facile quand on approche le double mètre ? Sama : " Ce n'est pas la seule explication. Je connais des footballeurs de grande taille qui ne règnent pas dans les airs. A l'inverse, il y en a des petits qui font des ravages avec leur jeu de tête. Le plus important n'est pas la taille mais le timing. C'est en Scandinavie que j'ai appris à jouer dans les airs. Avec toutes ces longues balles qui arrivaient continuellement sur la défense, j'ai été bien obligé de travailler ma détente. Avez-vous déjà remarqué que les attaquants norvégiens sont souvent très bons de la tête, même ceux qui ne sont pas spécialement grands ? Ce n'est pas un hasard. Souvenez-vous d'Ole-Martin Aarst ". La Sierra Leone ne compte pas vraiment sur la carte du foot africain. La situation risque-t-elle d'évoluer ? Sama : " Ce n'est pas la passion qui manque dans mon pays. Le football y est, de loin, le premier sport. Nous jouons nos matches à domicile devant 35.000 personnes. C'est complètement fou : les gens ont tellement peur de ne pas avoir de place dans le stade qu'ils sont devant les grilles dès 7 heures du matin pour la rencontre du soir. Nous sommes passés à deux doigts de la qualification pour la dernière CAN, nous n'avons été éliminés que lors du tout dernier match qualificatif : c'est prometteur. Moi, j'ai été élevé dans une ambiance typiquement foot : mon père a été capitaine de l'équipe nationale ". Ces images sont récurrentes : après chaque défaite, Mustapha Sama s'écroule sur la pelouse. On le retrouve le plus souvent à quatre pattes, le visage totalement défait, implorant on ne sait qui. Du show ? Sama : " Oh, vous savez, dans ces moments-là, je pense à tout sauf à faire le spectacle. Je supporte toujours aussi mal les défaites. I'm a fighter. Je veux tout gagner. Je ne suis pas venu ici simplement pour gagner un maximum d'argent. J'ai besoin de victoires, de victoires, encore de victoires. Chaque fois que nous perdons un match, la première réflexion qui me vient à l'esprit est : -Shit, encore une semaine à attendre avant de pouvoir espérer un bon résultat. Pour moi, une semaine, c'est très long ". Pierre Danvoye" J'ai été bien élevé : MON PÈRE a été CAPITAINE DE L'ÉQUIPE NATIONALE "