La Ligue Professionnelle de Football (LPF) a 30 ans et quelques poussières cette année. Le 27 janvier 1973, neuf clubs " à vocation professionnelle et internationale " décidaient, effectivement, de quitter la Ligue Nationale de Football (LNF), issue elle-même û le 18 février 1964 û du Groupement des Clubs de Divisions Supérieures, qui réunissait alors les clubs de football de D1, D2 et D3 nationales. Ces neuf étaient l'Antwerp, le Daring, le Club Bruges, Liège, La Gantoise, le Standard, Charleroi, Anderlecht et l'Olympic.

" Chacun prêchant pour sa chapelle, il y avait déjà eu des dissensions ", se souvient Roger Van den Broecke, tour à tour représentant de l'AS Ostende et du CS Bruges à la Ligue Nationale et Membre d'Honneur du Comité Exécutif de l'URBSFA. " La goutte d'eau qui a fait déborder le vase était une proposition de Yannick De Clercq, fils de l'ancien ministre des Affaires Etrangères Willy De Clercq et administrateur à La Gantoise. Il avait émis le souhait que les équipes Réserves de D1 et de D2 soient mélangées afin de rehausser le niveau de cette compétition. Une mesure qui provoqua un tollé auprès des sociétaires de l'élite. Dès lors, une séparation était inéluctable et, sous la houlette du Secrétaire général des Rouches, Roger Petit, un premier groupe de neuf se détacha de la Ligue Nationale ".

Quelques mois plus tard, six autres entités décidèrent d'adhérer à ce nombre : le Beerschot, Beringen, Beveren, le CS Bruges, le Lierse et Lokeren. Principal artisan de ce rapprochement, Roger Van den Broecke devint vice-président de la Ligue Professionnelle de Football, pour le rôle néerlandophone, à l'instar de Roger Petit du côté francophone. La place de président revint dans un premier temps au Gantois René Hoste. A ces quinze s'ajoutèrent, en prévision de la campagne 1974-75, les autres pensionnaires de l'élite, assurés de leur maintien, mais qui émargeaient toujours à la Ligue Nationale de Football à ce moment : Waregem, Berchem, l'AS Ostende, le FC Malinois, Diest et Winterslag. Tous ceux-là disputèrent, ladite saison, le seul championnat à 20 clubs de l'histoire du football belge. Une compétition remportée par le RWDM issu de la fusion entre le Daring Molenbeek et le Racing-White.

" C'était une situation un peu particulière puisque tous les membres de la Ligue Pro ne faisaient pas partie de l'élite ", observe Van den Broecke. " C'était notamment le cas des deux représentants du football carolorégien. A un moment donné, le Sporting occupait la 14e place en D2, en 1973-74. Mais il n'y avait pas péril en la demeure pour lui, pour autant, puisqu'en raison de son appartenance à la LPF, il était de toute façon assuré de se retrouver au plus haut échelon du football national la saison suivante. Inutile de préciser que le championnat, dans l'antichambre de l'élite, était quelque peu faussé dans ces conditions. Pour ne pas dire plus ".

En l'espace de deux saisons, de 1975 à 77, le nombre de clubs en D1 fut ramené à 18. Ils constituent toujours la Ligue Professionnelle, dont la présidence est assurée aujourd'hui par le juriste Jean-Marie Philips et le secrétariat général par Robert Sterckx. La D2 en comporte un nombre strictement similaire, placé sous l'égide de la Ligue Nationale de Football. Ses hommes forts n'ont manifestement pas la même notoriété que leurs homologues à la LPF : le chairman du groupement, Guido De Croock et son bras droit Jean-Pierre Van Droogenbroeck. Entre les deux Ligues, l'antagonisme est toujours palpable.

Sterckx : " Certains ont voulu jadis, se soustraire à la tutelle de la Ligue Nationale parce que leurs intérêts n'étaient manifestement pas les mêmes que ceux d'autres clubs qui faisaient partie de la même structure. Le G5 face au G13 actuel, c'est une situation qui existait déjà à l'époque entre un G9 et le G20 qui réunissait, en vérité, tous les autres représentants de la Ligue Nationale de Football. L'histoire ne fait, somme toute, que repasser les plats. Aujourd'hui, les grands en ont assez d'être traités sur le même pied que les plus faibles. A l'époque, il n'en allait pas autrement entre les plus puissants, qui se sont détachés de la Ligue Nationale de Football, et les autres, où on retrouvait des noms nettement moins ronflants comme l'Union Namur, le FC Herentals et le FC Boom par exemple. Ces clubs appartenaient peut-être à la même structure mais ne jouaient pas dans la même catégorie ".

Pour un rapprochement des Ligues

" J'observe beaucoup de jalousie mais peu d'initiative de la part de la Ligue Nationale ", poursuit Jean-Marie Philips. " Ces dernières années, elle s'est contentée des 300.000 euros que nous lui ristournons sur les droits télé. Pour le reste, elle n'a pas trouvé de sponsor susceptible de parrainer sa compétition, comme Jupiler chez nous. Je ne prétends pas qu'elle aurait pu trouver un généreux mécène, à hauteur de 6,5 millions d'euros sur cinq ans, comme nous. Mais de là à ce que personne ne morde à l'hameçon, il y a quand même une marge. Elle ne fait pas grand-chose pour sa visibilité. Dans les autres pays, des mesures ont été prises pour mettre la D2 en relief. Entre autres, en programmant les matches le vendredi soir ou le samedi après-midi. Chez nous, les matches se jouent toujours en concurrence avec la D1. Pourtant, un rapprochement s'impose. L'avenir, à mes yeux, ce n'est pas 14 clubs en D1 mais 28 en D1 et D2. Les deux divisions supérieures doivent former le football rémunéré par rapport aux autres, qui regroupent les amateurs. Ces 28 clubs ne peuvent toutefois être tous logés à la même enseigne, tant il existe une différence fondamentale entre le Standard et Tubize, par exemple. Pour le premier, la D1 est quasi une nécessité. Pour l'autre, la montée, comme ce fut presque le cas cette année, aurait peut-être eu des incidences catastrophiques... Une certaine sécurité s'impose et il faut reconsidérer le nombre de montants et de descendants. Mais la protection sportive et financière des clubs de l'élite passe par un monnayage des intérêts des sociétaires de la D2 ".

Se donner les moyens

" La survie de la Ligue Pro ne fait pas de doute ", intervient Sterckx. " Si en 2010, nous ne voulons plus être que 14 au plus haut niveau du football belge, il s'agirait peut-être de faire la moyenne des classements sur les années qui nous séparent de cette date pour déterminer l'identité des quatre clubs qu'il faudra sacrifier. Ce serait logique. Mais il conviendrait aussi que la D2 compte 14 clubs à ce moment-là. Il faut aussi se départir de plus en plus de l'esprit de clocher ou du chacun pour soi. En fait, c'est déjà un miracle qu'un brasseur sponsorise la D1, vu la concurrence exacerbée qui existe en Belgique à ce niveau. Je ne pense pas que nous aurions pu rallier un organisme bancaire comme la KBC à notre cause. Car Fortis, lisez Anderlecht, ou Dexia, lisez le Club Bruges, s'y seraient opposés. Mais je remarque que dans d'autres pays, la Ligue a ses sponsors et les clubs doivent composer avec eux, même s'ils ont des partenariats dans un secteur équivalent. Alors, pourquoi pas chez nous ?"

" On dit souvent que, compte tenu de notre marché restreint, nous manquons de moyens en Belgique ", conclut le Secrétaire général de la LPF. " Je ne suis pas d'accord. En réalité, nous ne nous donnons tout simplement pas les moyens d'avoir les moyens. C'est fou l'argent qui se perd, dans le football belge, suite à l'entêtement ou à l'absence de solidarité. Je n'en veux pour preuve que l'exemple de Mac Donald's, qui se disait prêt à injecter près de 600.000 euros annuellement en échange d'un espace publicitaire sur les maillots. Les grands ont préféré jouer cavalier seul pour 50.000 euros chacun et 400.000 euros ont été finalement perdus dans l'aventure, alors qu'ils auraient pu profiter aux 14 autres pensionnaires de l'élite. Autre cas : la Coupe de la Ligue, baptisée Nissan Cup. Le constructeur automobile japonais avait injecté 600.000 euros dans cette compétition et était même disposé à mettre le double si les équipes engagées portaient un maillot, floqué du mot Nissan dans leur dos. Anderlecht n'a pas voulu sous prétexte que seul Fortis pouvait être apposé dans le cadre des compétitions organisées sur notre sol : le championnat et la Coupe de Belgique. Comment une interdiction aurait-elle pu être prévue pour la Coupe de la Ligue, entendu que celle-ci n'existait pas encore au moment de l'élaboration du contrat entre l'organisme bancaire et le Sporting ? Des cas pareils, il y en a eu beaucoup ".

Bruno Govers

" C'est fou L'ARGENT QUI SE PERD suite à l'entêtement ou à l'absence de solidarité "

La Ligue Professionnelle de Football (LPF) a 30 ans et quelques poussières cette année. Le 27 janvier 1973, neuf clubs " à vocation professionnelle et internationale " décidaient, effectivement, de quitter la Ligue Nationale de Football (LNF), issue elle-même û le 18 février 1964 û du Groupement des Clubs de Divisions Supérieures, qui réunissait alors les clubs de football de D1, D2 et D3 nationales. Ces neuf étaient l'Antwerp, le Daring, le Club Bruges, Liège, La Gantoise, le Standard, Charleroi, Anderlecht et l'Olympic. " Chacun prêchant pour sa chapelle, il y avait déjà eu des dissensions ", se souvient Roger Van den Broecke, tour à tour représentant de l'AS Ostende et du CS Bruges à la Ligue Nationale et Membre d'Honneur du Comité Exécutif de l'URBSFA. " La goutte d'eau qui a fait déborder le vase était une proposition de Yannick De Clercq, fils de l'ancien ministre des Affaires Etrangères Willy De Clercq et administrateur à La Gantoise. Il avait émis le souhait que les équipes Réserves de D1 et de D2 soient mélangées afin de rehausser le niveau de cette compétition. Une mesure qui provoqua un tollé auprès des sociétaires de l'élite. Dès lors, une séparation était inéluctable et, sous la houlette du Secrétaire général des Rouches, Roger Petit, un premier groupe de neuf se détacha de la Ligue Nationale ". Quelques mois plus tard, six autres entités décidèrent d'adhérer à ce nombre : le Beerschot, Beringen, Beveren, le CS Bruges, le Lierse et Lokeren. Principal artisan de ce rapprochement, Roger Van den Broecke devint vice-président de la Ligue Professionnelle de Football, pour le rôle néerlandophone, à l'instar de Roger Petit du côté francophone. La place de président revint dans un premier temps au Gantois René Hoste. A ces quinze s'ajoutèrent, en prévision de la campagne 1974-75, les autres pensionnaires de l'élite, assurés de leur maintien, mais qui émargeaient toujours à la Ligue Nationale de Football à ce moment : Waregem, Berchem, l'AS Ostende, le FC Malinois, Diest et Winterslag. Tous ceux-là disputèrent, ladite saison, le seul championnat à 20 clubs de l'histoire du football belge. Une compétition remportée par le RWDM issu de la fusion entre le Daring Molenbeek et le Racing-White. " C'était une situation un peu particulière puisque tous les membres de la Ligue Pro ne faisaient pas partie de l'élite ", observe Van den Broecke. " C'était notamment le cas des deux représentants du football carolorégien. A un moment donné, le Sporting occupait la 14e place en D2, en 1973-74. Mais il n'y avait pas péril en la demeure pour lui, pour autant, puisqu'en raison de son appartenance à la LPF, il était de toute façon assuré de se retrouver au plus haut échelon du football national la saison suivante. Inutile de préciser que le championnat, dans l'antichambre de l'élite, était quelque peu faussé dans ces conditions. Pour ne pas dire plus ". En l'espace de deux saisons, de 1975 à 77, le nombre de clubs en D1 fut ramené à 18. Ils constituent toujours la Ligue Professionnelle, dont la présidence est assurée aujourd'hui par le juriste Jean-Marie Philips et le secrétariat général par Robert Sterckx. La D2 en comporte un nombre strictement similaire, placé sous l'égide de la Ligue Nationale de Football. Ses hommes forts n'ont manifestement pas la même notoriété que leurs homologues à la LPF : le chairman du groupement, Guido De Croock et son bras droit Jean-Pierre Van Droogenbroeck. Entre les deux Ligues, l'antagonisme est toujours palpable. Sterckx : " Certains ont voulu jadis, se soustraire à la tutelle de la Ligue Nationale parce que leurs intérêts n'étaient manifestement pas les mêmes que ceux d'autres clubs qui faisaient partie de la même structure. Le G5 face au G13 actuel, c'est une situation qui existait déjà à l'époque entre un G9 et le G20 qui réunissait, en vérité, tous les autres représentants de la Ligue Nationale de Football. L'histoire ne fait, somme toute, que repasser les plats. Aujourd'hui, les grands en ont assez d'être traités sur le même pied que les plus faibles. A l'époque, il n'en allait pas autrement entre les plus puissants, qui se sont détachés de la Ligue Nationale de Football, et les autres, où on retrouvait des noms nettement moins ronflants comme l'Union Namur, le FC Herentals et le FC Boom par exemple. Ces clubs appartenaient peut-être à la même structure mais ne jouaient pas dans la même catégorie ". " J'observe beaucoup de jalousie mais peu d'initiative de la part de la Ligue Nationale ", poursuit Jean-Marie Philips. " Ces dernières années, elle s'est contentée des 300.000 euros que nous lui ristournons sur les droits télé. Pour le reste, elle n'a pas trouvé de sponsor susceptible de parrainer sa compétition, comme Jupiler chez nous. Je ne prétends pas qu'elle aurait pu trouver un généreux mécène, à hauteur de 6,5 millions d'euros sur cinq ans, comme nous. Mais de là à ce que personne ne morde à l'hameçon, il y a quand même une marge. Elle ne fait pas grand-chose pour sa visibilité. Dans les autres pays, des mesures ont été prises pour mettre la D2 en relief. Entre autres, en programmant les matches le vendredi soir ou le samedi après-midi. Chez nous, les matches se jouent toujours en concurrence avec la D1. Pourtant, un rapprochement s'impose. L'avenir, à mes yeux, ce n'est pas 14 clubs en D1 mais 28 en D1 et D2. Les deux divisions supérieures doivent former le football rémunéré par rapport aux autres, qui regroupent les amateurs. Ces 28 clubs ne peuvent toutefois être tous logés à la même enseigne, tant il existe une différence fondamentale entre le Standard et Tubize, par exemple. Pour le premier, la D1 est quasi une nécessité. Pour l'autre, la montée, comme ce fut presque le cas cette année, aurait peut-être eu des incidences catastrophiques... Une certaine sécurité s'impose et il faut reconsidérer le nombre de montants et de descendants. Mais la protection sportive et financière des clubs de l'élite passe par un monnayage des intérêts des sociétaires de la D2 ". " La survie de la Ligue Pro ne fait pas de doute ", intervient Sterckx. " Si en 2010, nous ne voulons plus être que 14 au plus haut niveau du football belge, il s'agirait peut-être de faire la moyenne des classements sur les années qui nous séparent de cette date pour déterminer l'identité des quatre clubs qu'il faudra sacrifier. Ce serait logique. Mais il conviendrait aussi que la D2 compte 14 clubs à ce moment-là. Il faut aussi se départir de plus en plus de l'esprit de clocher ou du chacun pour soi. En fait, c'est déjà un miracle qu'un brasseur sponsorise la D1, vu la concurrence exacerbée qui existe en Belgique à ce niveau. Je ne pense pas que nous aurions pu rallier un organisme bancaire comme la KBC à notre cause. Car Fortis, lisez Anderlecht, ou Dexia, lisez le Club Bruges, s'y seraient opposés. Mais je remarque que dans d'autres pays, la Ligue a ses sponsors et les clubs doivent composer avec eux, même s'ils ont des partenariats dans un secteur équivalent. Alors, pourquoi pas chez nous ?" " On dit souvent que, compte tenu de notre marché restreint, nous manquons de moyens en Belgique ", conclut le Secrétaire général de la LPF. " Je ne suis pas d'accord. En réalité, nous ne nous donnons tout simplement pas les moyens d'avoir les moyens. C'est fou l'argent qui se perd, dans le football belge, suite à l'entêtement ou à l'absence de solidarité. Je n'en veux pour preuve que l'exemple de Mac Donald's, qui se disait prêt à injecter près de 600.000 euros annuellement en échange d'un espace publicitaire sur les maillots. Les grands ont préféré jouer cavalier seul pour 50.000 euros chacun et 400.000 euros ont été finalement perdus dans l'aventure, alors qu'ils auraient pu profiter aux 14 autres pensionnaires de l'élite. Autre cas : la Coupe de la Ligue, baptisée Nissan Cup. Le constructeur automobile japonais avait injecté 600.000 euros dans cette compétition et était même disposé à mettre le double si les équipes engagées portaient un maillot, floqué du mot Nissan dans leur dos. Anderlecht n'a pas voulu sous prétexte que seul Fortis pouvait être apposé dans le cadre des compétitions organisées sur notre sol : le championnat et la Coupe de Belgique. Comment une interdiction aurait-elle pu être prévue pour la Coupe de la Ligue, entendu que celle-ci n'existait pas encore au moment de l'élaboration du contrat entre l'organisme bancaire et le Sporting ? Des cas pareils, il y en a eu beaucoup ". Bruno Govers" C'est fou L'ARGENT QUI SE PERD suite à l'entêtement ou à l'absence de solidarité "