Robert Van de Walle écoute Eddy De Smedt, le directeur sportif du COIB, expliquer pourquoi la Belgique a réussi les Jeux, en profondeur : l'objectif était d'atteindre plus de finales qu'à Sydney. C'est réussi,... à l'exception des médailles. Quand il exprime son admiration pour les rameurs et kayakistes, Van de Walle sursaute. Car ils ont obtenu de bons résultats malgré le système : pas de suivi et pas d'argent pour un bateau. Van de Walle a convaincu Dirk Croix, un ex-rameur, de reprendre les choses en main in extremis : -C'est donc son mérite à lui, pas au COIB.
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Robert Van de Walle écoute Eddy De Smedt, le directeur sportif du COIB, expliquer pourquoi la Belgique a réussi les Jeux, en profondeur : l'objectif était d'atteindre plus de finales qu'à Sydney. C'est réussi,... à l'exception des médailles. Quand il exprime son admiration pour les rameurs et kayakistes, Van de Walle sursaute. Car ils ont obtenu de bons résultats malgré le système : pas de suivi et pas d'argent pour un bateau. Van de Walle a convaincu Dirk Croix, un ex-rameur, de reprendre les choses en main in extremis : -C'est donc son mérite à lui, pas au COIB. Van de Walle démissionne : -Si ça continue, Pékin sera une catastrophe. Nous n'avons pas avancé d'un pas en quatre ans. La récolte est maigre. Les deux finales en sprint sont formidables, comme celle en gym, mais c'est comme un vendeur qui fait dix offres et n'obtient pas de contrat. Trop souvent, nous avons échoué de peu : un mètre de mieux, un dixième de seconde et c'est la médaille. Où est resté ce petit plus ? La véritable élite preste au plus haut niveau et en garde sous la pédale pour la fin, au cas où. Les responsables belges ne savent pas ce que représente le vrai sport de haut niveau. Nos athlètes ont peut-être ce plus mais ne le sortent pas quand il faut. On a les athlètes qu'on mérite. Voilà le résultat quand on n'investit pas dans les jeunes ni le sport de haut niveau, qu'on ne place pas bien les normes de celui-ci et qu'on ne lui accorde pas le bon suivi. Je suis moins déçu des 51 sélectionnés que de l'absence de politique. 51, dont six francophones, c'est trop peu. Il faut venir avec 100 athlètes et récolter dix médailles. La Belgique en a le potentiel mais nous avons une mentalité d'underdog. Cette mentalité est cultivée par les entraîneurs de clubs. Qu'est-ce qui fait la fierté d'un club de judo ? Avoir beaucoup d'affiliés. Il adapte ensuite les séances aux membres alors que ce devrait être le contraire. Il ne faut pas investir dans ceux qui ne sont pas motivés car ils ne seront jamais des grands. A partir d'un certain niveau, cyclistes et tennismen se tournent vers le privé. Ils vivent dans un monde commercial mais leur approche est un exemple. Ce que Dirk Croix a fait en six mois avec les rameurs est fantastique mais être pro, c'est travailler quatre ans au plus haut niveau. Je lui ai demandé ce projet, qui est resté sur l'un ou l'autre bureau. Ils ne savent sans doute pas quoi en faire et ne le considèrent pas comme une priorité. C'est très frustrant. Personne. Tous se sont donnés à 200 %, jusqu'à vomir ou perdre conscience. Certains ont eu besoin d'un baxter. Le rayonnement vers l'extérieur, l'amitié et le respect au sein du groupe ont été admirables aussi, comme l'engagement des entraîneurs, soigneurs, gens de l'administration. Tous ont travaillé jour et nuit. Sur ce plan, le bilan est positif. J'essaie de donner aux gens ce dont ils ont besoin, en faisant la différence entre l'utile et le futile, même si parfois, j'ai cédé à des caprices, sachant qu'un athlète est très fragile aux grands moments. L'ambiance se fait en groupe. Je ne suis qu'un lien, j'essaie de relativiser, d'apporter un brin d'humour. Je sais ce que perdre et gagner signifient, j'ai discuté avec les athlètes pour lesquels ça allait moins bien, tenter de muer un point négatif en positif. Il faut analyser une défaite pour progresser, sportivement et humainement. On l'oublie mais une défaite, c'est le rêve de quatre ans qui s'effondre et il faut trouver un autre rêve. J'ai vu beaucoup de déception chez de nombreux sportifs. J'ai posé des questions : - Est-ce le stress, ton moteur est-il trop petit, quelles leçons en tires-tu ? Je les ai confrontés avec la réalité, sans chercher d'excuses dans des événements sur lesquels on n'a pas de prise. La nature û le manque de vent û a joué un rôle mais il ne faut pas chercher trop d'excuses. Les Allemands et les Américains ont travaillé dans les mêmes conditions et gagné des médailles. Un grand gagne envers et contre tout. Chez nous, il semble qu'il faille que tous les ingrédients soient réunis. Cette médaille ne réhabilite pas le judo, qu'il est temps de faire quelque chose. Quand et quoi, je l'ignore. Le médaillé a tracé son propre chemin et utilisé le système pour progresser. Catherine Jacques s'est dépassée. Elle est quatrième, c'est un succès, un stimulus pour travailler à fond. Pourquoi n'en fait-elle pas un peu plus ? Elle y est presque. Justine a été facile et agréable, elle n'a rien demandé de spécial et a éveillé beaucoup d'émotions chez les autres. Elle a la volonté de se battre pour revenir quand on la croit battue. Cela doit inciter les autres à se livrer plus à fond. C'est pour ça que je dis que les sportifs de haut niveau doivent se fréquenter : ils se stimulent. Henin est une des bonnes surprises, avec la prestation de Kathleen Smet et la finale d'Aagje Vanwalleghem. J'espère que celle-ci va progresser jusqu'en 2008. Elle déborde d'énergie et de joie de vivre. Ce n'est pas la première fois que ça lui arrive. Si quelqu'un a beaucoup appris à Athènes, c'est elle. Elle a compris la différence entre hobby et sport de haut niveau. Celui qui comprend pourquoi il a échoué peut être encouragé à faire mieux. Dans le cas contraire, il n'est pas fait pour le sport de haut niveau. On ne peut aller aux Jeux si on ne s'est pas occupé de sport de haut niveau pendant quatre ans. Je prends congé du COIB. Je verrai si je peux jouer un rôle dans l'un ou l'autre sport mais pour l'heure, je n'ai pas de projets. Je suis fatigué, j'en ai marre. J'ai cru pouvoir rectifier le tir sur place mais bon... on peut mener le cheval à l'abreuvoir mais il doit boire lui-même. En quatre ans au COIB, je n'ai rendu personne heureux. Geert Foutré" La Belgique devait envoyer 100 ATHLèTES ET GAGNER 10 MéDAILLES "