Vous êtes Yougoslave d'origine hongroise. Expliquez-nous?

Istvan Dudas (29 ans): Je suis hongrois mais ma famille habite en Yougoslavie: après le seconde guerre mondiale, une partie de la Hongrie a été cédée à la Yougoslavie. La communauté hongroise de Yougoslavie compte quelque 200.000 personnes mais les jeunes retournent étudier puis travailler en Hongrie, car la Yougoslavie a été ravagée par la guerre et la situation économique n'est pas brillante. Ainsi, ma soeur poursuit ses études en Hongrie et ne revient à la maison que le week-end. Nous n'avons jamais eu de problèmes avec la Yougoslavie. La mentalité est différente, je crois que les Yougoslaves sont plus ouverts, mais de toute façon, en 40 ans, il y a eu un mélange. Timea est moitié-moitié. La guerre ne nous a pas touchés directement: nous habitons à 200 km de la Croatie.
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Istvan Dudas (29 ans): Je suis hongrois mais ma famille habite en Yougoslavie: après le seconde guerre mondiale, une partie de la Hongrie a été cédée à la Yougoslavie. La communauté hongroise de Yougoslavie compte quelque 200.000 personnes mais les jeunes retournent étudier puis travailler en Hongrie, car la Yougoslavie a été ravagée par la guerre et la situation économique n'est pas brillante. Ainsi, ma soeur poursuit ses études en Hongrie et ne revient à la maison que le week-end. Nous n'avons jamais eu de problèmes avec la Yougoslavie. La mentalité est différente, je crois que les Yougoslaves sont plus ouverts, mais de toute façon, en 40 ans, il y a eu un mélange. Timea est moitié-moitié. La guerre ne nous a pas touchés directement: nous habitons à 200 km de la Croatie. Comment vous êtes-vous rencontrés?Timea habitait Pacser et moi Kishegyes, un village de 6.000 habitants. Ils sont distants de 40 km mais nous fréquentions une école à mi-chemin. Nous nous connaissons depuis l'âge de 18 ans! Ensuite, je suis devenu footballeur professionnel. Gardien, comme mon père... J'ai joué au basket et au foot, durant mon enfance.A deux ans, David est plutôt costaud!(Il rit). Il est dynamique, en effet. Il joue sans arrêt avec le ballon et avec notre chien, un bulldog américain qui est très affectueux. C'est une race rare ici. Je l'ai acheté au fin fond de la Campine, alors que je venais d'arriver et que je ne parlais même pas français. Je ne parvenais pas à trouver mon chemin: c'était au bout d'un petit village. Pour en revenir à David, je crois qu'il sera gardien, comme son père: il plonge, il court... Mais il se fatigue tellement la journée qu'il dort bien la nuit. (Timea: Il me fait peur! Parfois, de la cuisine, je le vois grimper tout en haut de ses jeux! Et si je le lui interdis, ce n'en deviendra que plus intéressant.)Etes-vous ville ou campagne?Campagne! Nous effectuons beaucoup de promenades avec David: bois, mer, parcs d'attraction, lacs et... grottes, pour Timea autant que pour David: elle raffole des grottes. Avant la naissance de David, sortir était plus facile mais ce n'est pas notre truc. Nous comprenons les films en français mais nous les regardons à la maison. En fait, nous aimons notre foyer et la nature. Nous sommes allés plusieurs fois à Durbuy. C'est magnifique. Au terme de ma carrière active, j'aimerais habiter à la campagne.Etes-vous bricoleur?Oui, j'ai monté les étagères du living, par exemple, et je m'occupe du jardin.Parlez-vous football à la maison?Non: basket. Je demande à ma femme comment se sont déroulés ses matches mais j'aime compartimenter ma vie. Même après un bon match, je réfléchis aux erreurs que j'ai pu commettre. Il me faut un jour pour couper. En plus, je n'ai jamais pris autant de buts que cette saison! (Il grimace). Quand nous rentrons, vers 23 h, je suis fatigué, comme David. Quels sont vos hobbies?La télévision mais je ne regarde pas tous les matches. Mon grand bonheur, c'est de jouer avec David. Nous sommes férus d'ordinateur. Nous l'allumons tous les jours: jeux, films, informations sportives. Timea correspond par mail avec ses amis. Parfois, elle se fâche parce que je joue mais elle a trouvé un jeu qui lui plaît et elle prétend être meilleure que moi! Nous avons tous les deux l'esprit de compétition. Quand nous jouons au basket ensemble, nous nous disputons car il n'est pas question de perdre, pour l'un comme pour l'autre (ils éclatent de rire). Si nous jouons un contre un, je gagne car je suis plus grand mais aux tirs, elle me bat. Aimez-vous les voitures?Oui. La voiture du club est une Peugeot 307 mais j'ai une Subaru Imprezza. J'adore les sportives. Il m'arrive de faire des courses sur circuit avec des amateurs. En Belgique, il est difficile de rouler. Parfois, je vais en Allemagne. Ma Subaru monte facilement à 250 km/h. Lorsque ma famille m'accompagne, pour les vacances, je ne dépasse pas le 150.Quelles sont vos vacances préférées?Il y a divergence de vues. Timea préfère la mer pour nager, moi pas. Je préfère visiter nos familles en Yougoslavie. L'été prochain, je crois que nous consacrerons une partie des vacances à la mer car David aime aussi nager: je suis en infériorité numérique! Cet hiver, si nous avons dix jours, nous partirons quelque part. La neige? Timea aime bien. Moi pasN'avez-vous pas envie d'effectuer un grand voyage?Non et ce serait difficile avec notre passeport. Jadis, c'était le "meilleur" des pays de l'Est. Depuis la guerre, il nous est difficile de voyager, même pour des vacances. Un autre joueur n'a pas obtenu de visa pour quelques semaines de vacances au Mexique, cet été. En Espagne, Timea a eu des problèmes pour me rejoindre aussi, d'ailleurs. C'est pour ça que je suis parti.Etes-vous heureuse en Belgique?Timea Kiss (28 ans): Oui. Par rapport à l'Espagne, il n'y a pas beaucoup de soleil mais il y a de l'air et... des grottes (elle rit). Chez nous, il fait plus chaud, bien que les hivers puissent être rigoureux, avec des températures allant jusqu'à -20 degrés. Mais il pleut moins qu'ici. On se croirait en Angleterre! En Espagne, Istvan a souffert: un gardien conserve un training et des gants, même par 40°. Vous jouez toujours au basket...Oui. En Yougoslavie, j'ai joué en D2. Le championnat féminin n'est pas professionnel. J'ai donc fait un graduat en agronomie et j'ai travaillé quand Istvan jouait en D3. J'évolue maintenant aux Montagnards, en 1ère Provinciale du Hainaut. Nous sommes premières et nous allons peut-être monter en 3e Nationale. Je joue pour le plaisir et pour rencontrer des gens. J'ai toujours été ailier ou meneur. Ici, j'ai joué au pivot le premier match. Après la naissance de David, j'ai travaillé pour récupérer ma ligne, afin de rejouer! Pendant la préparation, nous nous entraînions trois fois par semaine, contre deux maintenant, plus le match. Istvan garde David quand je m'entraîne et des amis le prennent le jour des matches. Nous nous voyons rarement jouer! Lorsque mon match a lieu à 18 h ici, je parviens à voir le match d'Istvan. Le contraire n'est pas possible. J'aime le football aussi.La Yougoslavie a été cinq fois championne du monde. Qu'est-ce qui explique ce succès, à votre avis?Les jeunes jouent tous au basket, même Istvan l'a pratiqué. C'est le sport numéro un. La base est large. Il y a beaucoup de terrains, les Yougoslaves sont assez grands et ce sport convient à leur mentalité.Comment s'est passé votre mariage?Simplement... contrairement à la tradition. Chez nous, le mariage est un événement unique: on y convie plus de 1.000 personnes. Nous avons quitté le village en 1991 et nous avons perdu beaucoup d'amis. Nous n'avions pas beaucoup de temps non plus pour tout organiser. Nous avons donc préféré fêter l'événement en famille. Nous nous sommes mariés civilement car si Istvan est catholique, je suis orthodoxe et j'aurais dû changer de religion.Vous portez en fait son nom?Nous avons le choix. J'ai trouvé plus simple d'adopter son nom de famille mais ça ne l'a pas été au début: j'ai dû modifier ma signature!Aimeriez-vous travailler?Je l'ai fait un an, quand Istvan était en D3 Il préfère que je reste au foyer. Nos mères travaillent mais c'est difficile quand on a des enfants. Un deuxième? Nous y pensons mais pas tout de suite: je ne pourrais plus jouer au basket et, en plus, nous devons voir comment la situation d'Istvan évolue. Nous n'avons pas envie de déménager au moment où je suis enceinte. La scolarité constitue un problème. En fait, comme nous sommes heureux en Belgique, nous aimerions y rester.A quoi vous occupez-vous?J'ai redécoré la maison. J'adore le bleu. Là, sur la commode, ce sont des objets qu'Istvan m'a ramené de Tunis. Pendant qu'il était en stage, j'ai recouvert tous les divans. Il a eu une belle surprise en rentrant! En Hongrie, j'ai suivi un cours de massage. C'est pratique pour Istvan. Je cuisine beaucoup. J'aime recevoir. Istvan raffole des salades yougoslaves mais je mitonne aussi des plats hongrois. Vous parlez bien le français!Moins bien qu'Istvan, car j'ai moins de contacts que lui et la naissance de David m'a contrainte à sauter des cours. Istvan parle espagnol, hongrois, anglais, yougoslave et même un peu d'allemand. Moi, je maîtrise le hongrois et le yougoslave et un peu de français. David le comprend déjà très bien.Quels sont les défauts et qualités d'Istvan?(L'intéressé quitte ostensiblement la pièce). Il est bon, gentil, souriant. Il s'occupe de tout en bon père de famille. Nous nous chamaillons parfois, pour des bêtises, comme les jeux. Même après une défaite, il n'est jamais difficile. Pascale Piérard