1969. Eddy Merckx remporte son premier Tour des Flandres et son premier Tour de France, le Roi Baudouin inaugure le Tunnel Kennedy à Anvers, Neil Armstrong pose le pied sur la lune et les Beatles occupent pendant des mois la tête du hit parade avec Abbey Road.
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1969. Eddy Merckx remporte son premier Tour des Flandres et son premier Tour de France, le Roi Baudouin inaugure le Tunnel Kennedy à Anvers, Neil Armstrong pose le pied sur la lune et les Beatles occupent pendant des mois la tête du hit parade avec Abbey Road. C'est aussi cet été-là que le Club Bruges accueille Pieter Robert Rensenbrink - Rob -, le premier joueur hollandais de son histoire. Agé de 22 ans, il avait été accosté quelques mois plus tôt, après un match Feyenoord-DWS par Joseph Hutsebaut, le manager des Bleu et Noir. " Je n'avais jamais entendu parler du Club mais j'ai dit que si on m'offrait un bon salaire, ça m'intéressait ", explique-t-il. Comme Bruges lui offrait quatre fois plus que DWS, il n'avait pas hésité. Le Club avait également payé 345.000 florins (170.000 euros) à DWS, un montant-record pour l'époque. Un an plus tôt, l'Amstellodamois était devenu international sous la direction de Georg Kessler mais, à la surprise générale, il était très timide et introverti. Afin de faciliter son intégration, Hutsebaut avait aussi engagé pour le même montant un autre international hollandais, Henk Houwaart.Voisins à Bruges, le choc des cultures footballistiques est, pour eux, énorme. Bruges est encore très amateur. On trouve un casier de bière dans le vestiaire et les joueurs sont obligés de laver eux-mêmes leur équipement. Outre-Moerdijk, on n'est pas habitué à cela. Avec Rensenbrink, le Club Bruges remporte sa deuxième coupe de Belgique mais après deux ans, l'Amstellodamois s'en va à Anderlecht à la demande de Constant Vanden Stock - ex-dirigeant de Bruges -. Houwaart demande qu'on transfère son... neveu, Johny Nieuwenburg. Agé de 17 ans, il est international hollandais en équipes d'âge et considéré comme " le plus grand talent de l'histoire de La Haye. " Il s'installe chez oncle Henkie, le frère de sa mère, mais ne s'adapte pas à la Belgique. Il joue chaque semaine en réserves et cette situation perdure. Au cours de sa quatrième saison, il retourne à La Haye. Houwaart, lui, restera huit ans au Klokke. C'est lui qui, en janvier 1974, indique aux dirigeants du Club le nom d'un nouvel entraîneur : Ernst Happel. Un an après son arrivée, celui-ci se sépare de Henkie... L'histoire de Wietse Veenstra, international à neuf reprises, est très courte. Après un an, l'ex-attaquant du PSV est envoyé au RWDM, avec qui il sera champion en 1975. Nico Rijnders, par contre, semble en mesure d'écrire une page d'histoire au Klokke. Un transfert étonnant car, en 1971, le médian de Breda avait remporté la Coupe d'Europe des Clubs champions aux côtés de Johan Neeskens, Johan Cruijff, Sjaak Swart et Piet Keizer. Le 12 novembre 1972, lors d'un match contre le FC Liège, Rijnders s'effondre sur le terrain et Michel D'Hooghe, jeune médecin du Club, doit le ranimer dans les vestiaires. " Bonsoir tout le monde. Vous regardez Studio Sport. Je m'appelle Nico Rijnders et je suis à l'hôpital Sint-Jan de Bruges. Tout va bien ", annonçait-il au cours d'un reportage sur la NOS. Mais moins de quatre ans plus tard, il décédait. Il n'avait que 28 ans. " En 1972, le Club Bruges, qui vient de terminer deuxième trois fois de suite, bat à nouveau son record de transfert. A trois reprises, même, puisqu'il achète Ulrik le Fevre (Borussia Mönchengladbach) pour 8 millions de francs belges (200.000 euros), Johan Devrindt (un attaquant de Lommel qui joue au PSV depuis deux ans) pour 8,4 millions (210.000 euros) et Ruud Geels (Go Ahead) pour le même montant. Avec 21 buts, ce dernier était bien parti pour devenir meilleur buteur du championnat des Pays-Bas mais, au cours des cinq derniers matches, la direction avait décidé de ne plus l'aligner de peur qu'il se blesse et qu'elle passe ainsi à côté de cette belle somme. Comme prévu dans son contrat, Geels habite dans une belle villa du Zoute où, au même titre que d'autres joueurs étrangers, il devient membre d'un club huppé, De Heren van Knokke. La direction fait tout ce qu'elle peut pour satisfaire sa star hollandaise. Elle lui permet ainsi de faire un tour à cheval sur la plage. Mais Geels éprouve des difficultés à s'imposer dans une équipe où Lambert est incontournable. N'empêche, il devient très populaire à Bruges et a même son fan club : les Amis de Ruud. A quatre journées de la fin, Bruges est en feu. Après 53 ans d'attente, il est champion pour la deuxième fois de son histoire. Sur le terrain d'Anderlecht ! Geels a inscrit 16 buts et reçoit, comme chaque joueur, une télévision en couleurs. Mais la politique d'achat mégalomane de Hutsebaut, qui tente encore d'attirer Rinus Israël et Lex Schoenmaker (Feyenoord) au Klokke, creuse des trous immenses dans la comptabilité. En novembre 1974, on tire la sonnette d'alarme et Bruges place ses joueurs les plus chers (dont Geels) sur la liste des transferts. C'est la fin de la première vague hollandaise et des villas à Knokke. Les difficultés financières n'empêchent pas Happel de mettre sur pied une équipe qui, de 1975 à 1978, surprend la Belgique et l'Europe : trois titres nationaux, une Coupe de Belgique et deux finales de Coupe d'Europe. Sans Hollandais. Louis Verstraaten est parti à Rosendaal après un an, Leen Barth est dans l'ombre de Birger Jensen depuis des années et Peter Houtman - auteur de 23 buts avec Groningen - a jeté l'éponge après neuf mois. Patrick Verhoosel n'entre pas dans l'histoire non plus, pas plus que Tjapko Teuben, qui a pourtant disputé le Mondial des moins de 20 ans aux côtés de Mario Been, Marco van Basten, Gerald Vanenburg et John van 't Schip. Il n'a pratiquement jamais joué. Ronald Spelbos, arrivé d'Alkmaar avec Georg Kessler en 1982, s'amuse beaucoup à Bruges. " En Belgique, les joueurs étaient beaucoup plus proches des supporters qu'aux Pays-Bas. " Willy Carbo, également venu sur les conseils de Kessler, ne répond pas à l'attente. Le buteur d'Utrecht ne joue que quelques matches mais avouera plus tard qu'il se sentait " tout petit " à côté de Jan Ceulemans, Willy Wellens et Marc Degryse. " Je me rendais bien compte que je n'étais pas suffisamment bon mais il faisait bon vivre en Belgique. C'est un pays bien plus chaleureux que la Hollande. " Dennis van Wijk, lui, avait 23 ans lorsqu'il est arrivé à l'Olympiastadion. En se présentant pour la première fois dans le vestiaire, un dimanche matin, ses équipiers s'étaient tordus de rire : il était venu en costume-cravate et souliers vernis : un gentleman à Bruges... Van Wijk allait ensuite ouvrir le café Los Amigos en compagnie de Luc Hinderyckx, Marc Degryse et Kenneth Brylle. Victime d'une fracture de la jambe lors d'un match de réserves, il mettait un terme à sa carrière à l'âge de 28 ans après de brefs passages par l'Ajax et Ioannina (Grèce). Il travaillait alors dans son café et, en 1994, il entamait sa carrière d'entraîneur à Knokke. Carreleur, fonctionnaire à la poste, ouvrier dans une usine de poêles : Foeke Booy a tout connu lorsqu'il débarque de Courtrai à Bruges en compagnie de Georges Leekens et Lorenzo Staelens en 1989. Les débuts sont difficiles et, en novembre, après une série désastreuse, les supporters réclament la tête de l'entraîneur. Booy ne joue pas pour épater la galerie, c'est un déménageur et le fournisseur attitré du meilleur buteur, Frank Farina, auteur de 24 goals. Bruges est en fête. Il visite Moët & Chandon, va pêcher en mer du Nord et dispute un match amical où Booy se casse la pommette avant de partir en vacances. Chaque lundi, lors des soirées des supporters, les joueurs sont submergés de cadeaux - on ne compte plus le nombre de paniers de bière -. Lors de leur jour de congé, ils vont à la plaine de jeux avec femmes et enfants. Wendy, l'épouse de Foeke, le reconnaîtra plus tard : la famille frisonne s'amuse beaucoup. la coupe face à Malines. " Foeke est un des leaders du groupe, avec Franky Van der Elst et Staelens. Ce sont des gagneurs qui traverseraient les murs ", dit Hugo Broos au printemps 1992, lorsque Bruges remporte son neuvième titre. Hans Galjé - arrivé de Waregem deux ans plus tôt - peut enfin disputer quelques matches. Booy, lui, a inscrit 20 buts et termine troisième au classement des buteurs, derrière Josip Weber et Kjetil Rekdal. Il quitte Bruges après quatre ans, avec un diplôme d'entraîneur en poche, et laisse sa place à René Eijkelkamp, qu' Antoine Vanhove est allé chercher au FC Malines. Eijkelkamp est un costaud un peu maladroit. Il est d'ailleurs le premier à le reconnaître : " Si j'étais spectateur et que je voyais Eijkelkamp jouer pour la première fois, je me demanderais ce qu'il fait sur le terrain. " Il est raide mais complémentaire avec Daniel Amokachi, rapide et intuitif. Il contrôle le ballon et l'envoie dans la foulée de son équipier. Au cours de sa deuxième saison, alors qu'il a inscrit 10 buts et 14 assists, Broos le met sur le banc. Fâché, il part au PSV où il joue aux côtés de Ronaldo avant de signer un contrat à Schalke 04. En 2009, 13 ans après le départ d'Eijkelkamp, Adrie Koster fait venir Ryan Donk, le 18e Hollandais de l'histoire du Club Bruges. Après quatre saisons, tout le monde est d'accord : Donk est fort techniquement et tactiquement, il est rapide et il voit clair. Mais... sa nonchalance déteint sur les jeunes joueurs. Alors, lorsque Kasimpasa fait une belle offre, Bruges n'hésite pas à le laisser partir. L'Amstellodamois a toutefois ouvert la voie à d'autres joueurs du portefeuille de Winnie Haatrecht, son agent. En moins de quatre ans, Ruud Vormer passe ainsi du petit banc de Feyenoord au Soulier d'Or. Stefano Denswil, sur une voie de garage à l'Ajax, semble également en mesure de faire la différence à Bruges mais après un transfert manqué à Hambourg, il fait lui aussi preuve d'un excès de nonchalance. Quant à Kenneth Vermeer, qui a joué à l'Ajax, à Feyenoord et à Haatrecht, il fait de plus en plus impression au stade Jan Breydel. Deux autres Hollandais, Ricardo van Rhijn et Lex Immers, ne font qu'un bref crochet par Bruges. L'arrière droit est écarté par Michel Preud'homme et prêté à AZ après une moins bonne période. Le jeune joueur de La Haye lui, souffre du mal du pays et s'en va après six mois. " Après la pause, Elton-Ofoi Acolatse s'est mis en évidence ", écrit voetbalkrant.com après un match amical à Audenaerde. " Le Hollandais d'origine ghanéenne mettait les gaz et laissait son adversaire direct sur place. " Quelques semaines plus tard, l'ex-ailier de Westerlo, qui a signé un contrat de quatre ans à Bruges, est prêté à Saint-Trond... Jordy Clasie est, de très loin, le plus cher de tous les Hollandais qui ont porté le maillot du Club Bruges. En 2015, le petit pitbull de Haarlem était passé de Feyenoord à Southampton pour 15 millions d'euros mais après de bons débuts, il ne se sentait " pas heureux " en Angleterre. A Bruges, c'est le cas (" C'est un club chaleureux ") mais on ne sait pas ce qu'il va devenir. Retournera-t-il en Angleterre ou à Feyenoord, le club de son coeur.