On nous l'avait présenté comme quelqu'un de très réservé mais c'est d'un geste de la main ample et cordial qu' Orlando Dos Santos Costa nous accueille avant de nous emmener dans l'appartement qu'il occupe avec son épouse à deux pas du Boulevard Tirou.
...

On nous l'avait présenté comme quelqu'un de très réservé mais c'est d'un geste de la main ample et cordial qu' Orlando Dos Santos Costa nous accueille avant de nous emmener dans l'appartement qu'il occupe avec son épouse à deux pas du Boulevard Tirou. " C'est vrai que je suis un peu timide ", dit-il. Mais Keilane, qu'il rencontra voici quatre ans et qui abandonna sa carrière de vendeuse chez C&A pour le suivre en Europe, corrige directement : " Très timide ". Sa méconnaissance du français n'arrange évidemment pas les choses : " Je comprends tout ce qu'on me dit mais j'ai peur de faire des fautes. La prononciation, surtout, est très difficile pour moi. J'ai suivi des cours avec Philippe Bergmans, qui s'occupe aussi des Brésiliens d'Action 21. Avec lui, on ne faisait que parler français et je sentais bien que je progressais. Mais en décembre, il est parti en vacances en Thaïlande et il a failli être emporté par le tsunami. Il descendait pour filmer avec son épouse lorsqu'il a compris que c'était très dangereux. Il a échappé au désastre comme par miracle mais il a été très traumatisé. Lorsqu'il en parle, ses yeux se remplissent de larmes. Depuis, il n'y a plus eu de cours ". Cela fait un an qu'Orlando (24 ans depuis le 26 février et 1m90 pour 83 kg) a posé ses valises ici pour ce qui doit être le test le plus long de l'histoire du football belge. Il dura un mois, plus encore une semaine à la reprise des entraînements avant qu'il ne signe un contrat de trois ans : " Il faut parfois savoir souffrir pour arriver à ses fins. Mon agent est le même que celui qui avait amené ici Eduardo, ce qui constituait une bonne référence. Mais Mogi Bayat a été très clair dès le début : pour lui, un Brésilien doit toujours passer deux fois au banc d'essai car c'est souvent très bon au début puis, avec le temps, les qualités s'estompent. Or, disait-il, Charleroi n'avait pas le droit de se tromper ". Orlando est originaire de São Luis, la capitale de l'Etat du Maranhão, dans le Nordeste brésilien qui a fourni tant de bons joueurs à la Belgique. " Je connaissais Juninho, d'Ostende, car il est de ma ville. Et Lucio Rosa Lima, qui a qualifié Action 21 pour la finale de la Coupe d'Europe de futsal, a joué dans le même club que moi. J'avais déjà entendu parler de Wamberto également : lui, c'est une star et je suis content d'avoir pu faire des photos avec lui à l'occasion des matches que nous avons disputés ici car je ne l'avais jamais rencontré au Brésil. Je l'avais vu à la télévision : chaque été, un homme de São Luis réunit tous les joueurs du coin qui évoluent à l'étranger afin de disputer un match en faveur des enfants pauvres. A la fin de la saison, je retournerai là-bas pour disputer ce match : c'est un grand honneur ". Orlando est le plus jeune d'une famille de sept enfants : cinq garçons et deux filles. Comme souvent dans les foyers modestes, le cadet est celui qui joue le mieux au football. Parce qu'il ne doit pas s'occuper de plus jeunes que lui dans la famille et parce que, bien souvent, les autres se sacrifient un peu pour que le gamin ait de quoi manger. " Je viens d'une famille très pauvre. Ma mère travaillait pour le compte de l'église, avec les enfants des rues. Mon père, c'est lui qui cuisinait. Nous avions toujours des vêtements en suffisance et je n'ai jamais eu faim mais il y a eu des jours où nous ne savions pas si nous pourrions manger le lendemain : nous vivions au jour le jour. Le plus difficile fut quand je dus aller jouer à Sampaio Correia, le plus grand club de la ville. C'était loin, les trajets étaient longs et chers ". Orlando avait 14 ans lorsqu'il quitta l'école pour embrasser la carrière de joueur professionnel. Celle-ci le conduisit alors à Ponte Preta, un club de l'Etat de São Paulo qui vit également débuter André Cruz, puis à Saÿ Caetano, où il se fit réellement connaître. Il y joua notamment contre Dida, Alex, Kaka... Des stars aujourd'hui. Il rentra ensuite à São Luis et s'apprêtait à rebondir dans un autre club brésilien lorsque se présenta la possibilité de tenter sa chance à Charleroi. Au Sporting, on lui donna la vareuse frappée du numéro 22. Il rigole quand on lui dit que c'est celui avec lequel on désigne la police ici : " On m'a demandé si je voulais en changer mais j'ai préféré le garder. J'avais toujours rêvé d'un numéro élevé mais au Brésil, cela va de 1 à 11. Moi, j'étais le 9 ou le 11 ". Ses débuts au Mambourg furent assez prometteurs mais, à l'image de toute l'équipe, il connut alors une période de vaches maigres, au point qu'on se demanda si les craintes de Mogi Bayat n'étaient pas fondées. Puis vinrent les deux buts contre La Gantoise, qui le firent sortir de l'anonymat. " Ces deux buts sont tombés à point nommé. Le premier, où je traverse la moitié du terrain balle au pied, est sans doute le plus beau de ma carrière. Il est tout à fait caractéristique de mon style. On me demande souvent si, vu ma taille, je ne préférerais pas jouer en pointe mais non : je préfère partir de la gauche et rentrer dans le jeu en prenant tout le monde de vitesse. J'ai souvent marqué de la sorte au Brésil mais si je considère celui-ci comme le plus beau, c'est parce qu'il a été inscrit dans un championnat européen, où il y a tout de même moins d'espaces et plus de duels. Quand vous avez affaire à un IvicaDragutinovic ou un VincentKompany, vous avez intérêt à être solide sur vos deux jambes. C'est pour cela que j'admire Sambegou Bangoura : on dirait qu'il sort toujours très facilement de la mêlée ". Et puis, cela venait après quatre mois de disette : " Evidemment, je me posais des questions. Pas tellement sur mon jeu parce que, dans certaines occasions, j'étais quand même passé fort près du but, comme contre le Lierse, où un défenseur avait sauvé sur la ligne. Et aussi parce que tant l'entraîneur que Dante Brogno et mon agent me disaient que je n'avais rien à me reprocher. Mais je me demandais tout de même si on ne m'avait pas jeté un sort. Autant vous dire que, quand j'ai marqué, j'ai senti mon c£ur battre beaucoup plus fort dans ma poitrine ". A ses côtés, Keilane confirme : " Il était temps qu'il marque car il devenait vraiment très nerveux. " Les causes de ce trou noir restent mystérieuses. Orlando avance bien les problèmes classiques des joueurs venus d'horizons lointains : le froid, tout d'abord. " Décembre et janvier ont été terribles. Même pour les Belges, je crois. J'ai souvent été victime de rhumes, de refroidissements. Il y eut aussi les blessures : un coup à l'entraînement qui m'a obligé à rester trois semaines à l'infirmerie puis, alors que je venais de reprendre, une semaine d'arrêt due à une blessure musculaire à la cuisse. Rien de bien grave, c'est vrai, mais à chaque fois, on interrompt le rythme de travail. Or, tout est beaucoup plus basé sur la puissance et la vitesse ici. Heureusement, cela correspond à mon style de jeu ". De la Belgique, il avoue ne pas encore connaître grand-chose. " Keilane et moi n'avons pas de permis de conduire. Je pars à l'entraînement avec SteeveThéophile et GrégoryChrist, qui habitent le même immeuble. Nous avons tout de même mis un point d'honneur à découvrir la Grand-Place de Bruxelles, que nous avions vue à la télévision. Magnifique ! Et dès que nous le pouvons, nous nous rendons à Aqualibi, qui nous rappelle la chaleur des tropiques. Pour le reste, nous nous promenons dans le centre, nous achetons des vêtements. Jusqu'ici, hormis le froid, nous n'avons que des choses positives à dire de la Belgique. On m'avait prévenu que Charleroi était une ville dangereuse mais comparé à ce que je connais du Brésil, c'est le paradis (il éclate de rire). Nous nous sommes en tout cas déjà fait pas mal d'amis, notamment des Brésiliens qui viennent d'autres Etats que le nôtre, mais aussi des Turcs, des Marocains, des Africains, des Belges... Nous finissons toujours par nous comprendre parce que nous parlons le langage de la convivialité ". C'est aussi d'un sourire qu'il répond aux supporters carolos qui l'accostent dans la rue : " Un très bon public. Ils nous suivent partout en déplacement, crient notre nom : je me sens bien avec eux. Je crois qu'ils sont à l'image des gens d'ici : très accueillants. Ils méritent ce qui arrive au Sporting et je serais vraiment heureux si je pouvais contribuer à leur bonheur en offrant au club une place en Coupe de l'UEFA. Moi, j'y crois. Charleroi possède une équipe bien équilibrée, construite patiemment. J'entendais souvent dire que telle ou telle équipe était très forte, plus forte que nous mais, au fil du match, nous prenions confiance. Maintenant, on sent bien que tous les adversaires nous respectent. Nous n'avons connu qu'un seul gros point noir cette saison : l'élimination en Coupe au Lierse. Ce jour-là, nous étions trop confiants et nous avons été mangés par des lions. Ce fut notre seule erreur. Bien sûr, nous avons eu des problèmes offensifs mais nous les avons résolus. Avec IzzetAkgül, Christ et moi, il y a de la diversité dans ce secteur. Il a déjà été question, à la théorie, de permuter les flancs, mais cela ne s'est encore jamais produit en match. Je me suis aussi adapté assez facilement à mon rôle défensif, qui est plus important qu'au Brésil, car l'entraîneur a été très clair dès le départ. Le plus difficile, c'est parfois la reconversion offensive en déplacement, car la distance à couvrir est très importante ". Orlando ne veut pas se mettre de pression supplémentaire en se fixant des objectifs : " Mon but, c'est de bien remplir mon contrat pendant trois ans. Après, on verra. Mais c'est vrai qu'une carrière est aussi faite de bilans intermédiaires, alors, pourquoi pas une quatrième place en championnat pour l'équipe et dix buts en ce qui me concerne ?" De quoi alimenter encore l'album personnel que confectionne Keilane sur base des articles de presse qu'elle découpe soigneusement. Les journalistes de La Gazette des Sports l'ont d'ailleurs affublé d'un nouveau surnom : le guépard. " J'aime bien ", sourit-il. " C'est un animal racé et rapide. Comme moi ". Un guépard qui caresse encore le rêve d'éclater dans un grand pays du football, peu importe lequel. " Le foot m'a permis de vivre. Maintenant, j'aimerais pouvoir également en faire profiter ma famille ". Patrice SintzenPourquoi le test d'un Brésilien DURE-T-IL PLUS LONGTEMPS ?