Voici quelques semaines, Gianni Infantino faisait les gros titres : l'arbitrage vidéo serait utilisé lors du Mondial 2018 ! Touchons du bois, même si les tests doivent se poursuivre, même si l'IFAB ne donnera son éventuel feu vert qu'en mars 2018 ! Chez nous, l'URBSFA a révélé que 48 rencontres déjà testées offline (sans communiquer avec l'arbitre terrain) avaient généré 327 analyses, dont 285 ont donné raison au referee : en restent 42, soit 14 donnant tort à l'arbitre... et 28 douteuses, conséquences du pouvoir arbitral d'interprétation.
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Voici quelques semaines, Gianni Infantino faisait les gros titres : l'arbitrage vidéo serait utilisé lors du Mondial 2018 ! Touchons du bois, même si les tests doivent se poursuivre, même si l'IFAB ne donnera son éventuel feu vert qu'en mars 2018 ! Chez nous, l'URBSFA a révélé que 48 rencontres déjà testées offline (sans communiquer avec l'arbitre terrain) avaient généré 327 analyses, dont 285 ont donné raison au referee : en restent 42, soit 14 donnant tort à l'arbitre... et 28 douteuses, conséquences du pouvoir arbitral d'interprétation. Avoir repéré en 48 matches 14 foirages certains, mine de rien, c'est beaucoup et déterminant, dans ce foot où les scores sont étriqués souvent : ça peut faire un match sur trois où la vidéo évitera la gaffe arbitrale majeure, celle qui fourgue aux couillonnés de service ce sentiment récurrent d'injustice ! N'empêche qu'en dépit de l'apport vidéo, demeureront les polémiques liées à la subjectivité siffleuse : juger si le hands est volontaire, taxer l'arrachage ballon d'imprudent (voire correct) au lieu d'y voir horrifié un excès d'engagement, considérer le hors-jeu d'un joueur comme influençant l'action... toutes choses rendant les arbitres heureux d'être humains plutôt que robots ! Notre Marcel Javaux ne dit-il pas que " l'interprétation est la beauté de l'arbitrage " ? Bof. Vu qu'un créateur de beauté s'appelle un artiste, j'ai beaucoup de mal à considérer un siffleur comme tel... Mais soit. À tout prendre, et puisque les siffleurs tiennent au statut d'artiste comme à la prunelle de leurs yeux, ne serait-il pas préférable que s'épanouisse cette créativité qu'ils revendiquent ? Bientôt, une équipe arbitrale réunira jusqu'à NEUF gars pouvant communiquer : le siffleur, les agitateurs de drapeau, les glandeurs derrière le but, le pion des bancs, et paraît-il trois gars et des écrans ! Oufti, l'armada : si l'IFAB doit les brider en fixant le rôle de chacun, ça va encore en amener, des textes et du boxon ! Alors, tant qu'à faire, adoptons l'inverse, osons la révolution : sur la base des Lois du Jeu et de l'outil vidéo, avec bien sûr un seul siffleur / interlocuteur des joueurs, laissons l'équipe arbitrale s'organiser de façon créative ! À ceux qui brandissent le jaune et le rouge, donnons carte blanche ! J'imagine des équipes arbitrales saisonnières, calquées sur celles de footballeurs : une douzaine de gars, donc des réservistes en cas de blessure, et la possibilité de varier postes ou titulaires au sein du neuf de base en cas de méforme ! Y'aurait un capitaine, sans doute le siffleur mais pas forcément lui, qui animerait le briefing d'avant-match pour fixer les positionnements. Et nous, spectateurs comme journaleux, bénéficierions d'un spectacle dans le spectacle, fascinés par la découverte d'une stratégie arbitrale à géométrie variable ! Le collectif arbitral débattrait du nombre de gars à placer derrière les écrans : 1 ou 2 si ça suffit, plus si l'on préfère... dont le capitaine même, why not, s'il choisit de chapeauter le siffleur ! Et le placement des autres varierait selon les besoins : pourquoi pas plusieurs à pouvoir circuler sur le ground ? Ou des linesmen plus ou moins nombreux tout autour, bougeant davantage et différemment ? Ou un des arbitres exclusivement concentrés sur tel ou tel aspect à redouter particulièrement : duel s'annonçant musclé entre X et Y, contrôle exhaustif des tirages de maillots ? Ou réquisition générale à proximité, lors des tricheries sur coups de coin pour mieux gendarmer ? Ou marquage culotte face au banc, les yeux dans les yeux d'un entraîneur trop speedé ? Les arbitres se veulent créatifs ? Ils le seraient, recherchant entre eux la concertation, le jeu rapide, sur la base d'une responsabilité plus collective que celle d'un siffleur tête de Turc : il y a plus dans 9 têtes que dans une, les décisions ne seraient pas plus exaspérantes, elles rejoindraient davantage le bon sens populaire. Et nous, public, confronterions des pratiques arbitrales et des initiatives, ce serait une clé de progression. Si 9 gars en arbitrent 22 en se causant via écrans, replays et ralentis, faut les laisser s'organiser, jouer ensemble, trouver une complémentarité : en équipe et en nous surprenant comme (parfois) les footballeurs ! Je sais, ça n'arrivera jamais. Mais la science-fiction permet de craindre et de rêver, pourquoi le foot s'en priverait-il ? PAR BERNARD JEUNEJEAN