Tour du Qatar

Il lance le train, emmène le sprint. Simple, ennuyeux. C'est le tour le plus prévisible du monde. Le peloton s'incline très vite devant la suprématie de Tom Boonen et de l'armada de Quick-Step. Seuls les simples d'esprit et les téméraires tentent de s'y opposer. Nico Mattan crie dans le désert : " Si vous roulez pour la deuxième place, autant vous abstenir. Il faut se dire qu'on peut le battre. Je ne comprends pas que tout le monde roule pour arriver avec Boonen. Il faut neutraliser son équipe, démarrer, le gêner. Ce n'est pas rouler contre Boonen, c'est pédaler pour la victoire ".
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Il lance le train, emmène le sprint. Simple, ennuyeux. C'est le tour le plus prévisible du monde. Le peloton s'incline très vite devant la suprématie de Tom Boonen et de l'armada de Quick-Step. Seuls les simples d'esprit et les téméraires tentent de s'y opposer. Nico Mattan crie dans le désert : " Si vous roulez pour la deuxième place, autant vous abstenir. Il faut se dire qu'on peut le battre. Je ne comprends pas que tout le monde roule pour arriver avec Boonen. Il faut neutraliser son équipe, démarrer, le gêner. Ce n'est pas rouler contre Boonen, c'est pédaler pour la victoire ". Soulagement à la troisième étape : Bernard Eisel s'impose ; Boonen, gêné par son braquet, est troisième. Il remet les points sur les i dans la cinquième et dernière étape. Il s'adjuge le classement aux points et la victoire finale. Le calendrier conduit le champion du monde à la Ruta del Sol, où il prend la mesure d' Alessandro Petacchi dans un duel direct. Il remporte trois étapes de Paris-Nice, première épreuve du Pro Tour. Wilfried Peeters ne sombre pas dans l'euphorie : " Nous ne devons pas humilier les autres formations ". En Belgique, lors du premier week-end de la saison, Boonen est confronté à un étonnant Gert Steegmans. Il parlera ensuite d'une bête course et d'une bête tactique de Davitamon-Lotto. " Je suis heureux que ni Steegmans ni Van Bon n'ont gagné car les gars de Davitamon ont roulé pour me foutre en l'air ". Réplique de Steegmans : " Je cours pour gagner. Tom a réagi par frustration ". La rivalité qui oppose les deux coqs nous fait rêver de nombreux duels héroïques à l'avenir mais c'est sans compter avec l'esprit d'entreprise de Patrick Lefevere. If you can't beat them, join them. Donc, Steegmans, le seul Belge à pouvoir quelque peu rivaliser avec Boonen, par sa classe et son gabarit, rejoint Quick-Step et a les ailes coupées. Après un essai l'année dernière, Boonen prend la classique italienne au sérieux. Il reconnaît le moindre centimètre du Poggio et de la Cipressa, il a répété la finale dix fois. Il a son plan A. Tossato, Pozzato, Bramati, Trenti, Cretskens et Nuyens sont les wagons du train Quick-Step qui doit placer Boonen pour son sprint sur la Via Roma, afin qu'il batte Petacchi pour la deuxième fois de sa vie. Le plan B s'appelle Bettini. Il peut essayer de s'échapper dans la Cipressa. On se rabattra sur le plan C. Quand Alessandro Ballan attaque le Poggio, Boonen fait signe à Filippo Pozzato de le suivre et celui-ci ne le regrette pas. Sous l'impulsion de Rabobank et de Milram, le peloton rejoint le groupe de tête à quelques centaines de mètres de l'arrivée mais Pipo tient bon et conserve un mètre d'avance sur Petacchi, à l'arrivée. Boonen lève les mains trop tôt et cède ainsi sa place sur le podium à son ancien coéquipier Paolini.Les plans sont au bac mais Quick-Step est content, surtout le sponsor : Boonen reste adoré en Belgique et l'Italie chérit Pozzato. Une semaine plus tard, Alessandro Ballan est de nouveau à l'origine de l'échappée décisive, cette fois dans le Patersberg, après que Boonen a secoué le peloton dans le Kruiskensberg. Boonen l'accompagne. Les deux hommes arrivent sans souci à Harelbeke. Ils ont battu Andreas Klier, Peter Van Petegem, Gert Steegmans et Leif Hoste. Ballan ne déborde pas de confiance, comme Boonen le comprend vite : " En route, il m'a raconté que sa selle avait du jeu et qu'il ne se sentait pas bien. Il a ajouté qu'il n'avait aucune chance au sprint, qu'il ne pouvait pas me battre ". Boonen a réussi la répétition générale au Tour des Flandres. " Je ne suis ni meilleur ni moins bon qu'il y a un an mais personne ne m'a impressionné ces dernières semaines. Je ne vois donc pas d'autres favoris au Tour ". Le défaitisme accable le peloton. Même Marc Sergeant, de l'ennemi Davitamon-Lotto, doit l'admettre : " Boonen vient d'une autre planète ". Les observateurs sont unanimes : Tom Boonen sera son principal ennemi à Meerbeke. A moins que ce ne soit un de ses coéquipiers car Quick-Step compte trois autres vainqueurs potentiels : Pozzato, Nuyens et Bettini. Intelligent, Boonen fait des cadeaux à ses valets. Il a laissé Kuurne-Bruxelles-Kuurne à Nuyens, Milan-Sanremo à Pozzato. Reste Bettini, assuré d'être le leader de l'équipe à Liège-Bastogne-Liège et à l'Amstel Gold Race. Le champion olympique s'en satisfait, cette année du moins. Quand on lui demande pourquoi sa deuxième victoire au Tour des Flandres lui fait plaisir, Tom Boonen répond : " Parce que je suis champion du monde et que j'ai gagné alors que j'étais le favori. Tout le monde me suit mais personne ne peut me mettre de bâtons dans les roues ". Les mots d'un battant et d'un homme culotté. Boonen a emmené la première attaque au Molenberg, Bettini s'en charge au Kwaremont, puis Crestens et Baguet (le champion de Belgique que Davitamon-Lotto trouvait trop cher) prennent le relais au Patenberg. Petacchi lâche au Koppenberg et Boonen attaque. Le peloton s'amincit suite aux attaques de Quick-Step jusqu'au démarrage déterminé de Leif Hoste au Valkenberg. Boonen n'hésite pas, Bettini laisse le trou se creuser. Seuls Hoste et Boonen savent ce qui a incité Hoste à collaborer avec Boonen jusqu'au Hallebaan. Tentative d'explication : Hoste se sait dépourvu de chances au sprint. Il a deux options. Soit il ne roule pas un mètre en tête en couvant l'espoir un peu fou de démarrer dans le dos de Boonen, avec le risque d'être rattrapé et de se mettre le pays à dos si George Hincapie ou un autre étranger s'impose, soit il assure sa deuxième place, avec éventuellement un extra financier. Hoste a préféré ce scénario. Aux abords du podium, c'est le délire. On se dispute son bouquet, on hurle son nom. Boonen gère très bien cet aspect-là aussi. Le champion du monde redécouvre la défaite. Il épuise sa propre garde et est isolé à 90 kilomètres de l'arrivée, à la grande joie de ses concurrents. Il ne parvient pas à suivre le futur vainqueur, Fabian Cancellara, il doit aussi laisser filer Hoste et Van Petegem. Il atteint le podium grâce à l'incident du chemin de fer mais reconnaît que la cinquième place correspondrait mieux à sa forme du jour. Il lève le pied après une nouvelle victoire, au GP de l'Escaut. Boonen s'adjuge deux étapes du Tour de Belgique, la course Veenendaal- Veenendaal et la première étape du Tour de Suisse. Il obtient un train à la Petacchi au Tour de France. Dans les étapes plates, six hommes roulent à son service : Wilfried Cretskens, Steven de Jongh, Filippo Pozzato, Bram Tankink, Matteo Tossato et Cédric Vasseur. Le maillot vert semble acquis, d'après les journalistes, son entourage et le coureur lui-même. " Je suis le meilleur sprinter du Tour ", déclare-t-il à Strasbourg. Pourtant, au Championnat de Belgique, il vient d'être battu au sprint par Nico Eeckhout, qui est rapide mais n'a pas le calibre de Robbie McEwen ou de Hushovd. Le champion du monde est las, physiquement et mentalement. On le remarque dès la première semaine du Tour. Lors de la première étape, il heurte une caméra. Le lendemain, Tossato chute, Pozzato souffre de la chaleur, Cretskens se tue à rattraper une longue échappée, De Jongh craque dans la dernière côte. Seul au sprint massif, Boonen est battu par McEwen, qui raffole de ces mêlées. A Valkenburg, Boonen est quatrième, ce qui lui vaut le maillot jaune. Le lendemain, De Jongh lâche Boonen à trois kilomètres de l'arrivée et Gert Steegmans conduit McEwen à la victoire. Etape 5, malentendu avec De Jongh, qui épuise son leader. Boonen est deuxième derrière Oscar Freire. Le tandem McEwen-Steegmans frappe encore dans l'étape suivante ; Boonen, frustré, n'est que troisième. Quick-Step annonce un boycott de la presse, coupable de n'être pas assez positive à l'égard du champion du monde. Deux jours plus tard, Boonen est quatrième du sprint massif. La journée de repos devrait calmer les esprits mais le champion n'a pas plus de succès dans la neuvième étape. Explication du jour : il a été poussé trop vite en tête par Marco Velo. Six jours plus tard, dans l'étape de l'Alpe d'Huez, il quitte le peloton, épuisé. Tom Boonen a reçu une dure leçon, très importante. Même un talent comme lui peut avoir de la malchance ou, simplement, ne pas être assez bon. Il peut céder sous la pression, même s'il la gère généralement bien. Perdre fait très mal. Le Tour a sans doute inculqué une certaine modestie à Boonen. Il ne faut pas toujours viser plus haut mais aussi pouvoir se contenter de ce qu'on a, comme quatre maillots jaunes. Le dernier porteur belge du maillot de leader au Tour a encadré celui-ci et l'a pendu dans son living, au-dessus de la table. Si tout le pays était sens dessus dessous et Lummen proche du délire lorsque Marc Wauters a enfilé ce maillot, tout le monde semble trouver banal que Boonen le conquière. En ce sens, il est victime de son succès. Avant tout dans sa propre tête. Après quelques critériums lucratifs, Boonen participe au Tour Eneco. Par malheur, il gagne les étapes 1 et 3 et peut enfiler le maillot du leader. Boonen lève le pied dans le contre-la-montre afin de pouvoir traverser Balen, son village natal, dans son maillot arc-en-ciel. Quelque 20.000 personnes (le nombre d'habitants de Balen) se sont massées dans le village. Elles patientent pendant des heures, sous la pluie, pour applaudir leur héros. Boonen, homme du peuple : " Je place cette victoire juste en dessous de celle au Tour des Flandres. Je ne réalise pas toujours à quel point mes victoires rendent les gens heureux. C'est presque effrayant. Même si je remporte encore cinq fois le Tour des Flandres, on commentera ma victoire du jour pendant des années, ici ". Après ce tour, Boonen ne rejoint pas l'Espagne et la Vuelta pour s'y préparer au Championnat du Monde. Il préfère le Tour de Grande-Bretagne, où il s'adjuge quand même une étape, en passant, et quelques courses d'un jour en Belgique. On passe sous silence sa défaite à Paris-Bruxelles, des £uvres de Robbie McEwen. Le champion du monde a remporté 21 courses, soit un quart de toutes celles auxquelles il a participé, compétitions d'un jour et étapes confondues. Il est le premier champion du monde depuis EddyMerckx à avoir remporté le Tour des Flandres et à avoir porté le maillot jaune du Tour de France pendant quatre jours. Il a été sur les routes de janvier à septembre et il va terminer dans le Top 5 du Pro Tour. En outre, il est de nouveau le grandissime favori du Mondial autrichien. Que demander de plus ? LOES GEUENS