Tel Christophe Colomb, il fut un Européen qui découvrit une terre. Pas un continent, une simple île qui se voulait centre du monde. De son petit monde. Qui se régalait de la simplicité de son football. Qui refusait, faute de savoir comment y parvenir, de se remettre en cause. Parce que la cause demandait des réponses au pourquoi, au comment. Tel le navigateur espagnol, sa découverte fit passer l'objet de son désir du Moyen Âge aux temps modernes. Arsène Wenger a changé la vision du monde footballistique à tout un peuple. Il a ouvert les eaux pour y faire passer un convoi de nouvelles idées. Les plus audacieux diront même que c'est lui qui a initié le tunnel sous la Manche. Les plus terre-à-terre diront qu'il est un immortel dont les idées semblent mourir avec son obsession de ...

Tel Christophe Colomb, il fut un Européen qui découvrit une terre. Pas un continent, une simple île qui se voulait centre du monde. De son petit monde. Qui se régalait de la simplicité de son football. Qui refusait, faute de savoir comment y parvenir, de se remettre en cause. Parce que la cause demandait des réponses au pourquoi, au comment. Tel le navigateur espagnol, sa découverte fit passer l'objet de son désir du Moyen Âge aux temps modernes. Arsène Wenger a changé la vision du monde footballistique à tout un peuple. Il a ouvert les eaux pour y faire passer un convoi de nouvelles idées. Les plus audacieux diront même que c'est lui qui a initié le tunnel sous la Manche. Les plus terre-à-terre diront qu'il est un immortel dont les idées semblent mourir avec son obsession de la non-compromission. Je suis, je resterai, celui qui a vécu, qui survit et qui mourra avec ses idées. Nobles et respectables mais plus en adéquation avec le monde tel qu'il est devenu. Arsène Wenger fête ses 20 ans à la tête d'Arsenal. 20 saisons faites des quatre saisons, du paradis devenu enfer. Son voyage vers l'Albion fut long. Très long. 10.000 km. Du Japon à l'Angleterre. Fasciné qu'il fut par le soleil levant, fascinant il sera en offrant de nouveaux matins à un football voué à une nuit sans fin. Le choix de revenir en Europe lui fut dicté par la future naissance de sa fille. Mais celui qui lui a suggéré l'idée de venir à Arsenal est certainement le plus audacieux des deux. Imaginez la tête des actionnaires d'Arsenal quand, un jour de 1995, David Dein alors vice-président propose un Français inconnu qui entraîne au Japon pour dicter le futur de ce club emblématique. Un grain de folie qui va changer à jamais non seulement la vie d'un club mais aussi de tout un football. Un foot qui ne voulait rien savoir. Imaginez, quand il arrive en 1996, Wenger est seulement le deuxième coach venu d'au-delà des mers pour entraîner dans l'élite anglaise. Le premier ? Un docteur tchèque nommé Josef Venglos dont les prescriptions ne seront jamais digérées par ce malade qui s'ignore. Wenger n'est pas docteur mais il va devenir professeur. 20 ans plus tard, ce sont les entraîneurs anglais qui sont une exception dans le plus grand championnat du monde. Arsène Who ? Cet inconnu est parvenu à ôter des esprits british cette fameuse peur de l'inconnu. Maintenant, ce sont des collègues plus que connus qui sèment le vent de la compétence. Nouvelle révolution, le foot le plus riche du monde veut les meilleurs entraîneurs. Pour le jeu mais aussi pour devancer l'Espagne dans le catalogue de destinations préférées des meilleurs joueurs au monde. Au début de son règne, c'est Wenger qui faisait des joueurs qu'il choisissait des superstars. Il proposait et eux lui offraient des titres, des trophées. Du coup tout le monde voulait venir à Arsenal. C'était il y a bien longtemps. Et le plus triste, c'est qu'à 66 ans maintenant, le bel Arsène ne veut pas de l'ombre de ceux qu'il a fait briller. Où sont les Patrick Vieira, Dennis Bergkamp, Thierry Henry ? Ceux-là mêmes qui ont fait le succès d'Arsenal et la crédibilité de Wenger. Ceux-là mêmes qui étaient dans l'organigramme du club. Qui formaient les jeunes. Ils sont tous partis. Alors qu'ils voulaient rester. Arsène veut régner seul et sans partage. Arsène veut gérer seul et sans excès. Mais qu'est-ce que l'excès de nos jours en football ? La résonance de la décence sportive a fait place au vide de l'indécence. L'excès n'existe plus. Il est devenu la norme. Quoi qu'il arrive, Arsène Wenger sera pour toujours hors norme. 20 ans à la tête du même club dans le championnat le plus exigeant du monde. 20 ans à terminer dans le top 4 et ce, avec trop souvent, des serpents dans les poches. Monsieur Wenger a oublié de n'être qu'un coach, il est devenu le club. Pour le meilleur qui devient le moins bien. Mais, a jamais, il fera partie de nos meilleurs souvenirs. PAR FRÉDÉRIC WASEIGE