La piste est sèche et il aligne des tours de piste à une cadence folle tout en améliorant régulièrement son chrono. Malgré des pneus sérieusement entamés. Vu ces conditions techniques, pour n'importe quel pilote, la raison dicte de lever le pied.
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La piste est sèche et il aligne des tours de piste à une cadence folle tout en améliorant régulièrement son chrono. Malgré des pneus sérieusement entamés. Vu ces conditions techniques, pour n'importe quel pilote, la raison dicte de lever le pied.Mais voilà, Villeneuve n'était pas un pilote comme les autres et encore moins un pilote raisonnable. Il aimait le danger comme personne. "Villeneuve croyait à ce que j'appelle la Gap Theory, la théorie du trou", explique le Dr Sid Watkins, toubib de la F1. "Il prétendait qu'il y aurait toujours bien un petit espace dans lequel il pourrait se glisser en cas de problème critique". Depuis ses débuts au guidon d'une moto-neige jusqu'aux commandes de son hélicoptère privé qu'il pilotait comme un kamikaze, le risque était son modus vivendi, sa raison d'être.Son ingénieur le rappelleRetour à Zolder. "Pour mettre fin à ce petit jeu dangereux, je lui ai montré le panneau IN, l'enjoignant de rentrer au stand. Je savais que son dernier train de pneus de qualification était cuit. Il venait d'accomplir trois tours extrêmement rapides et il ne pouvait rien espérer de plus", explique son ingénieur de piste. Villeneuve déboule comme une fusée dans la petite descente vers le gauche précédant Terlamenbocht. A 225 km/h. Devant lui se trouve la March de Jochen Mass, un pilote réputé prudent et fair-play. "J'ai vu Gilles dans mes rétroviseurs", se souvient l'Allemand. "Il est arrivé comme une fusée. Je m'attendais à ce qu'il me dépasse par la gauche pour faire l'intérieur du virage. Je me suis donc légèrement rabattu vers la droite pour lui laisser l'ouverture. J'ai eu peine à croire mes yeux quand il a tenté de me passer par la droite. Son pneu avant gauche a heurté l'arrière droit de ma voiture et il a décollé". Après être passée au-dessus de la March, la Ferrari entame une série de tonneaux et de pirouettes sur une centaine de mètres, parallèlement à la piste. Des images insoutenables. Ejecté de sa monoplace, casque arraché, Gilles Villeneuve, toujours attaché à son siège, est projeté tel un pantin désarticulé par-dessus la piste et s'écrase, pratiquement en position assise, au pied des grillages de protection.Le premier véhicule d'intervention, avec un médecin à bord, est là dans les 40 secondes qui suivent l'accident. Deux minutes plus tard, arrive le Dr Watkins. Voici son témoignage, tel qu'il le raconte dans son livre intitulé Life at the Limit - Triumph and Tragedy in Formula One *. Pieds nus!"Quand je suis arrivé, Gilles ne respirait plus. Il était flasque et ses pupilles étaient dilatées. J'en ai conclu qu'il devait souffrir d'une fracture de la colonne cervicale. Son pouls battait et était même assez fort, mais il était malgré tout dans un état très grave. Nous l'avons mis sous intraveineuse tandis que les commissaires de piste, disposés en cercle autour de nous, tentaient tant bien que mal de protéger la scène des curieux, des photographes et des cameramen en déployant des couvertures. Un détail étonnant m'a frappé: Gilles était à pieds nus. Nous l'avons placé sur une civière et emmené vers l'hélicoptère qui l'a conduit à l'hôpital universitaire de Louvain. Là, après une séance de radios, on a posé le diagnostic: fracture du cou, juste à la base du crâne". L'état du pilote est gravissime, voire désespéré. C'est au Dr Watkins qu'échoit le devoir d'annoncer la nouvelle à l'épouse de Gilles, restée à Monaco. Elle décide sur-le-champ de rejoindre la Belgique. Sur l'insistance du team manager de Ferrari, Watkins entre aussi en contact avec le Professeur Gilles Bertrand, un éminent spécialiste de Montréal, surnommé le "meilleur neurologue du monde" dont Villeneuve lui avait parlé et qu'il lui avait recommandé en cas de besoin. En début de soirée, Céline arrive à l'hôpital. "J'ai eu une longue conversation avec elle pour lui expliquer combien la situation était sans espoir. Elle fut très courageuse, digne et rationnelle. Avant de nous quitter, nous avons fait silence pendant quelques minutes", explique le Dr Watkins. A 21h12, Gilles Villeneuve décédait sans avoir repris connaissance.Bernard Geenen, * Pan Books, 1996,