On est un soir de mai 1991. Deux clubs sans grandes références s'affrontent pour le gain de la Coupe des clubs champions. Marseille et l'Etoile Rouge Belgrade devront attendre la séance de tirs aux buts et le penalty raté de Manuel Amoros pour connaître le dénouement de cette soirée. Il s'agissait là de la dernière finale sans représentant d'un des quatre grands pays (Angleterre-Allemagne-Italie-Espagne). 13 ans plus tard, deux outsiders remettent le couvert.
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On est un soir de mai 1991. Deux clubs sans grandes références s'affrontent pour le gain de la Coupe des clubs champions. Marseille et l'Etoile Rouge Belgrade devront attendre la séance de tirs aux buts et le penalty raté de Manuel Amoros pour connaître le dénouement de cette soirée. Il s'agissait là de la dernière finale sans représentant d'un des quatre grands pays (Angleterre-Allemagne-Italie-Espagne). 13 ans plus tard, deux outsiders remettent le couvert. La chance a certainement joué un rôle pour expliquer cette année la présence du FC Porto et de l'AS Monaco à ce niveau. A une minute près, Porto se faisait écarter par Manchester United alors que Monaco n'éliminait le Real Madrid qu'aux buts à l'extérieur. La nouvelle formule de la Ligue des Champions peut également fournir une explication. Le système à deux tours en poules privilégiait la régularité et surtout les gros noyaux. Les équipes à petit budget se retrouvaient avec des titulaires lessivés par le nombre de matches et un blessé pouvait mettre en péril tout l'équilibre d'une équipe. Désormais, si la régularité paie toujours lors du premier tour en poules, elle est moins prépondérante car ce premier système intervient en début de saison lorsque les organismes n'ont pas encore été mis à rude épreuve. Par la suite, c'est la forme du moment qui joue et sur deux matches, les petites cylindrées peuvent surprendre les grosses écuries. Cependant, Monaco et Porto ont réussi à se transcender et à compenser leurs faiblesses par une tactique supérieure et un talent non négligeable. Le succès des deux formations repose avant tout sur la tactique élaborée par leurs deux entraîneurs. Arrivé il y a trois ans à Monaco, Didier Deschamps a pu convertir son équipe monégasque, qui possédait déjà un certain esprit offensif et une touche technique, en lui inculquant ses qualités d'ancien joueur : l'envie de gagner et la rigueur italienne acquise lors de son long passage à la Juventus. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien qu'au moment où Marcello Lippi annonce son retrait comme entraîneur de la VieilleDame, qu'on ait pensé à Deschamps pour le remplacer. " Deschamps a donné à ses joueurs sa soif de victoires. Il a ajouté de la rigueur et a mis en place un véritable système de jeu. Lorsqu'on voit Monaco jouer, on est frappé par la complémentarité qui existe entre les joueurs ", explique Enzo Scifo qui connaît bien Monaco pour y avoir évolué. Deschamps a changé ses batteries et son système suivant les occasions. Lors du match aller face à Chelsea et après l'exclusion d' Akis Zikos, il réorganise son milieu avant de lancer un attaquant supplémentaire ( ShabaniNonda). Résultat : avant l'exclusion, le score était de 1-1. A la fin du match c'est 3-1 pour les Monégasques. Selon l'adversaire, tantôt il opte pour trois milieux récupérateurs (Zikos- Lucas Bernardi- Edouard Cissé), tantôt pour un repositionnement de Jérôme Rothen, l'ailier gauche, au centre. Il choisit également d'avancer le capitaine, Ludovic Giuly, au poste de deuxième ou troisième attaquant. La vitesse du numéro dix de Monaco surprendra de ce fait aussi bien la défense de Chelsea que celle du Real Madrid. A Porto, José Mourinho n'a pas les atouts offensifs de Monaco. Il doit penser avant tout à construire à partir de l'arrière. Une défense solide, un milieu qui chasse les ballons et quelques artistes pour donner un avantage qui s'avère souvent décisif. Porto pense avant tout à empêcher son adversaire de développer son jeu avant de porter l'estocade finale. Il suffit de voir la seule et unique occasion obtenue par La Corogne dans son propre stade pour se convaincre de l'efficacité du système mis en place par Mourinho. Et si Deschamps est courtisé par la Juventus, Mourinho est cité pour remplacer Claude Ranieri à Chelsea. Pour arriver en finale, Monaco a su innover, se rebeller et miser sur les jeunes chiens fous de son groupe. " Il y a ceux qui ont explosé comme Rothen ou Giuly mais qui avaient déjà une certaine aura et puis il y a ceux qui sont sortis de nulle part comme les défenseurs Patrice Evra et Sébastien Squillaci ", ajoute Scifo. Trois princes et un collectif autour. Tel pourrait être résumé le noyau monégasque. L'Espagnol Fernando Morientes et les Français Giuly et Rothen sont les penseurs du jeu monégasque. Ce sont eux qui l'orientent soit en donnant les assists décisifs soit en les convertissant en buts. Morientes, prêté par le Real, a pris une formidable revanche sur son ancien club. Ses deux buts empilés au Real ont pesé bien lourd dans l'élimination des Galactiques. Il est le meilleur buteur de l'édition 2003-2004 de la Ligue des Champions. Il a pu s'imposer directement. Il marque mais est également un formidable manieur de ballons. Deschamps l'a compris, n'hésitant pas à lui demander de reculer dans le jeu pour en toucher plus, ce qu'il ne pouvait pas faire au Real, barré par Zinedine Zidane et Raul. Mais Morientes exploite également les services trois étoiles de Giuly et Rothen. Giuly a glissé de son flanc droit à l'axe, voire même à l'attaque, où il a fait merveille contre le Real et contre Chelsea. C'est lui le baromètre de Monaco. La mauvaise passe des hommes de Deschamps en championnat a coïncidé avec l'absence de Giuly. A gauche, c'est Rothen qui s'y colle. Lors du match retour contre Chelsea, il est à la base du premier but. Balle au pied, il est impressionnant et sait conserver le cuir. Avec ces trois joueurs, Monaco dispose d'un triangle offensif percutant qui occupe tout le terrain. Comme avec Manchester ces dernières années, les flancs font office des rampes de lancement. Mais le milieu n'est pas en reste avec Giuly qui ne cesse de permuter et Morientes qui descend chercher le ballon. Le but égalisateur de Morientes face à Chelsea illustre cet exemple. L'International espagnol est venu chercher le ballon, s'est appuyé sur Bernardi avant de partir dans le dos de la défense et de fixer le gardien italien de Chelsea, Carlo Cudicini. Le reste de l'effectif a été découvert cette année. La défense est une des plus jeunes de la Ligue des Champions. Grâce à leurs prestations, le défenseur central Squillaci, 23 ans et le back gauche Evra, 22 ans, sont aux portes de l'équipe de France. Volontaire, cette défense est devenue une des meilleures de France. Elle peut également s'appuyer sur un gardien peu connu mais exemplaire, Flavio Roma. L'Italien, qui a quand même 30 ans, ne compte pas beaucoup dans son pays où il est barré par Gianluigi Buffon, Francesco Toldo, Ivan Pelizzoli voire Cudicini mais il est devenu une valeur sûre du championnat français. Lors du match retour à Chelsea, il a sauvé les meubles dans une équipe qui, lors du premier quart d'heure, prenait l'eau de toutes parts. Outre Rothen et Giuly, le milieu de terrain a une vocation de récupération. Bernardi, Zikos ou l'ancien Parisien Cissé doivent annihiler les actions de l'adversaire avant de donner le ballon aux cadors de l'équipe. L'attaque ne repose pas que sur Morientes. Si l'Espagnol peut reculer dans le jeu, c'est parce qu'il est idéalement secondé par son compère d'attaque. Que ce soit le Togolais Emmanuel Adebayor (7 buts en championnat) ou le Croate Dado Prso (7 buts en Ligue des Champions), le deuxième attaquant peut fixer une défense et décharger Morientes de l'omniprésence de la défense sur lui. Il ne faut pas oublier non plus Nonda. Sa blessure avait suscité l'inquiétude du côté du Rocher. Son remplacement n'a pas posé de problèmes et son retour permet à Monaco de compter une arme offensive en plus. C'est d'ailleurs l'attaquant congolais qui avait inscrit le troisième but lors du match aller face à Chelsea. Porto compense son manque de talent par rapport aux équipes du top par une recherche permanente du dispositif parfait. " Porto dispose d'un collectif des plus robustes. C'est une énorme force tranquille qui n'a pas vraiment de faiblesses ", explique Robert Waseige qui avait officié un temps au Sporting Portugal. La rigueur est le maître mot de cette équipe. La défense ne laisse rien passer et le milieu recherche avant tout à boucher les trous. C'est un bloc soudé qui n'offre rien à l'adversaire et qui ne perd pratiquement jamais la balle ". Pour ce faire, Mourinho préfère opter pour un 4-3-3 mais les longues blessures de Cesar Peixoto et du Brésilien Derlei ont obligé l'entraîneur portugais à avoir recours au 4-4-2. Pour animer ce système, Mourinho mise sur l'expérience avec des joueurs comme le gardien Vitor Baia et le défenseur Jorge Costa. En Ligue des Champions, Mourinho privilégie encore plus cette expérience car il sait que chaque erreur se paie cash. Il choisit ainsi des joueurs qui minimisent cette prise de risque. Le Russe Dmitri Alenichev joue plus en Ligue des Champions qu'en championnat où on lui préfère Pedro Mendes. Dans cette optique du risque zéro, Mourinho aime également les artistes qui savent garder le ballon. Deco, le petit numéro 10 d'origine brésilienne est le véritable cerveau de l'équipe. C'est souvent lui qui fait basculer le match et lorsque le résultat est acquis û comme après le penalty transformé à La Corogne û il peut garder le ballon et de ce fait, empêcher l'adversaire de jouer. Dans le milieu de terrain, Maniche occupe également un rôle important et répond parfaitement aux critères imposés par son entraîneur. Infatigable travailleur, il est partout sur le terrain et peut surgir à tout moment là où on ne l'attend pas. Par sa frappe puissante, il peut quitter la deuxième ligne et faire la différence comme à Lyon où, lors du match retour (2-2), il fut l'auteur des deux buts portugais. En défense, après une expérience ratée à Barcelone, Baia est revenu à Porto se refaire une santé. Costa intraitable dans les duels, physique et toujours bien placé, est une des clés du système Mourinho. A ses côtés, Ricardo Carvalho, à 25 ans, est devenu un des meilleurs défenseurs d'Europe. Les flancs sont occupés à gauche par Nuno Valente, qui a éclaté cette saison et à droite par Pedro Emmanuel, le plus offensif du quatuor. Outre Deco et Maniche, le milieu a avant tout une vocation de récupération. A ce jeu-là, l'ancien Monégasque Costinha se montre très fort. Il a complètement éteint JuanCarlos Valeron lors du match retour à La Corogne et il sait se montrer décisif comme en témoigne son but qualificatif à Manchester en 1/8 de finale. " Le système est mis en place pour user l'adversaire, que ce soit en pourchassant le ballon ou en le conservant jalousement ", ajoute Waseige. L'attaque aurait pu être un souci pour Mourinho après le départ d' Helder Postiga et les blessures de Peixoto et Derlei. Mais les substituts se sont montrés à la hauteur. En championnat, Mourinho peut utiliser Sergio Conceiçao et Maciel mais ces deux joueurs ne sont pas qualifiés en Ligue des Champions et, en outre le premier nommé vient d'être opéré au genou.. Avant le retour de Derlei, le Sud-Africain Benedict McCarthy, qui se morfondait sur le banc, a saisi sa chance. Auteur de 17 buts en 19 matches en championnat, c'est à lui que l'on doit une bonne part de la qualification en 1/8 face à Manchester puisqu'il fut l'auteur des deux buts lors du match aller (2-1) et du coup franc décisif (but de Costinha à la retombée du ballon) au retour. Sa baisse de forme a permis le retour de Derlei. Il s'agissait de la surprise des demi-finales et le Brésilien s'est montré efficace immédiatement puisqu'il plaça une tête sur le poteau et convertit le penalty. Enfin, Porto a lancé également le jeune milieu Carlos Alberto, 19 ans. On en fait le successeur de Deco mais pour le moment, il évolue en attaque. Si la technique et la vivacité sont présentes, il s'avère moins percutant à la finition. Son rôle consiste à déstabiliser la défense adverse. Par contre, quand il faut la percuter physiquement, Mourinho préfère appeler l'ancien Brugeois Edgaras Jankauskas. Jean Forest" Deschamps a converti son équipe en lui inculquant ses qualités : ENVIE ET RIGUEUR " (Enzo Scifo)